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samedi 5 septembre 2009

Smog - A River Ain't too Much to Love (2005)



Parution : mai 2005
Label : Drag City
Genre : Folk
A écouter : Say Valley Maker, Rock Bottom Riser, Let me See the Colts

7.25/10
Qualités : poignant, Doux-amer, onirique



Voir aussi le portrait de Bill Callahan
Voir aussi la chronique de Sometimes i Wish we Were an Eagle (2009)



A River Ain’t too Much to Love est le onzième album de Smog (alias Bill Callahan), artiste qui s’applique à développer une écriture en forme de relecture distancée du folk, et nourri d’un principe ; la plus grande beauté vient du plus profond dénuement ; les grands morceaux sont construits d’attentes, de silences, d’appréhensions, et non de couplets ou de refrains.

Depuis les quelques notes éparses qui ouvrent le disque, les constructions ne conservent que l’essentiel. Callahan pose sa voix comme nul autre, ou seulement peut t-on le rapprocher de Kurt Wagner de Lambchop. Il y a dans son phrasé une architecture, un recul curieux. Il raconte ses histoires et ses personnages – ivroges, amoureux aux cœurs brisés et, clin d’œil amusé notoire en fin de parcours, un cow-boy sur Let me See the Colts. Il le fait en lovant les mots sur les abords de sentiers, progressant d’une piste à suivante, du haut des cimes au fond du puits, attendant que le son de sa voix trouve un écho de son humeur (Hello ? Fuck ya all sur The Well). Il sait faire des portraits fictifs en sonnant comme s’il avait vécu, sait posséder les légendes au corps et profiter de leur panache, tel Robert Ford qui joue et rejoue devant son public la mort de Jesse James. «Winter weather is not my soul» murmure le crooner en introduction, comme s’il avertissait son public d’une tromperie ; cet isolement dépeint dans la première moitié du disque n’est pas le sien.

Cependant, comme le cœur de Callahan, le résulat est versatile lorsque l’on s’enfonce dans le décor ; pour l’essentiel, c’est une douce chaleur qui s’insinue en nous, la sensation d’un optimisme discret, d’une ouverture au monde plutôt que d’un repli. On a là, derrière les observations, les bêtes, des histoires humaines, des sentiments, des désirs, des ambitions dénudées. Les textes sont d’une sagesse vibrante, d’une ferveur reposée. Le mal, lorsqu’il est évoqué, est intangible, arbitraire, la cruauté est toute naturelle, c’est la loi du plus fort ; adoptant une attitude trompeuse, un poste de méditation autant que d’observation, Bill Callahan est toujours dominé par son environnement. Dans sa prose, celui-ci est omniprésent et indéchiffrable. Les failles de l’homme, sa solitude, trouvent des métaphores dans le vie animale. Callahan se présente au sein de ces forces comme un être complètement lucide, comme celui qui a vu la brise provoquer l’envol des oiseaux (« Like a southern bird that stayed north too long »).

Enregistré en dix jours en novembre 2004 aux Pedernales Studio, à Spicewood, Texas, lieu de travail pour Willie Nelson, ces dix pièces sont à la fois profondément enracinés et volatiles. Il y a une tristesse latente qui encore une fois frôle le mysticisme pastoral de Nick Drake, artiste folk anglais incontournable qui produisit notamment Five Leaves Left.

Les textes sont riches d’images et quelques sommets mélancoliques (Say Valley Maker, Rock Bottom River – qui profite de la participation de Joanna Newsom au piano) créent un genre de brèches, de déchirures qu’il faut explorer, et laisser nous imprégner. D’autres morceaux sont plus secs, plus traditionnels, et annoncent une deuxième facette au disque ; In The Pines ou Running the Loping.

A River Ain’t Too Much to Love nous fait hésiter ; est-ce une destination pour Callahan, ou bien un nouveau départ ? Mais le talent de cet artiste est aussi de produire des pièces enigmatiques qui font revenir cette même question. Il n’en dit jamais assez.


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