“…you can hear whatever you want to hear in it, in a way that’s personal to you.”

James Vincent MCMORROW

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mercredi 19 octobre 2011

Björk - Universal Applicant (1)


« Tied up in a boat and kicked off to sea
In tight baby binding technique
My arm chews through the swaddling slings
There's a flare gun in my hand
I point it straight and point it high
To the universe it applies”

Bill Callahan, Universal Applicant

Face à l’industrie musicale monolithique, l’icône populaire d’origine islandaise Björk a voulu son propre monolithe de connaissance. L’énigmatique bloc rectangulaire noir du chef-d’oeuvre de Kubrick, 2001, l’Odyssee de l’Espace donnait aux hommes qui l’approchaient de soudaines vagues de savoir, et les projetaient dans un avenir de plus en plus intense.
Le tout aussi tactile Biophilia synthétise les dimensions qui font de la chanteuse d’origine islandaise une artiste hors du commun ; sincérité, capacité de se fier à son instinct, démarche participative plus jazz que rock dans un univers mélodique proche de la pop. Sa musique penche entre deux dimensions modulables à l’infini ; l’intérieur, l’intimité et l’extérieur, les individus. Et il semble que plus Björk étudie ces dimensions, et plus elles se confondent au sein de la nature, une force omnipotente qu’elle n’a jamais besoin de mystifier.
Ces dix dernières années, Björk a écrit et enregistré quatre albums, parus régulièrement : Vespertine (2001), Medúlla (2004), Volta (2007) et Biophilia (2011). C’est donc pour les dix ans de l’excellent Vespertine qu’apparaît Biophilia, un nouveau disque subtil, largement commenté, qui se veut projet interactif, média autonome, ensemble d’applications pour l’ipad. Une expérience pourtant moins surprenante quand l’on se rend compte que les principes qui la sous-tendent sont les mêmes qui parcourent l’œuvre de Björk depuis le début du XXIème siècle.

Après un Homogenic (1997) cathartique et son rôle tout en émotion dans Dancer in the Dark (1999), de Lars Von Trier, c’est sans surprise que le nouveau disque de Björk sera une rupture de ton. S’il est difficile de dire le travail de Björk influencé par l’industrie musicale, c’est encore plus vrai avec Vespertine, cajoleur et feutré, composé du bout du doigt, et Medúlla, un disque fait presque uniquement de voix – mais quelles voix!. C’est en 2000 que commence pour elle une nouvelle ère, dans une « année intéressante », selon ses mots. De nouvelles dimensions, sonores, visuelles et humaines, se mettent alors en place, qui lient entre eux les quatre albums de la nouvelle décennie dans un grand mouvement commun. Björk dirait cosmique.


Mots


UNE PHRASE, DANS MUTUAL CORE (BIOPHILIA) : “Can you hear the effort of the mutual strife ?” sonne superbement. On trouvait déjà ‘strife’, lutte, répété en mantra par un cœur inuit sur Undo: « It’s not meant to be a strife ». Björk s’approprie tous les mots, leur donne relief et rugosité. Son accent islandais lui fait rouler les r, parfois exagérément, comme dans un élan de compassion pour sa langue maternelle. « J’ai très vite compris que je pouvais être à la fois islandaise et internationale, se souvient Bjork en évoquant son déménagement à Londres en 1993. En fait, je fais en deux jours à Londres ce qui me prendrait des mois en Islande. C’est pour cette raison que je préfère de loin rester à Londres, avec des amis chers ». Medúlla contenait quelques chansons en islandais, qui est une langue parfaite pour ce que Björk souhaite exprimer de fierté, de différence ; mais, passant de plus en plus de temps à New York ou à Londres, elle a de son propre aveu laissé le pays de côté. « J’ai réalisé que ma fille [Isadora, née en 2002] ne connaissait pas certaines chansons pour enfants Islandaises », confiera t-elle à la fin du long processus créatif pour Biophilia à Puerto Rico.


D’autres évènements la rappelèrent chez elle auparavant : la crise environnementale suscitée par la construction d’un barrage pour alimenter une usine d’aluminium (un barrage que l’on voit bien dans le documentaire de Sigur Ros, Heima, 2008) qui risquait d’ouvrir la voie à de futures chantiers propres à défigurer l’île, petite et fragile. « Je n’ai jamais cru que je deviendrais environnementaliste », remarquera t-elle. Mais à la suite de cet affront de l’industrie, elle travailla pendant trois ans pour protéger son territoire. Puis il y eut la crise financière, terrible en Islande. A ce moment, Björk veut faire de Biophilia, sur lequel elle travaille déjà, un projet réparateur.


Voix


EN AOÛT 2010, BJORK REMPORTE le Polar Music Prize, après Paul McCartney ou Pierre Boulez. Pourtant, derrière la scène, la carrière de Björk est dans l’impasse. « Quand j’ai découvert que j’avais des nodules dans la voix », dit t-elle, « Je ne savais pas si j’allais pouvoir chanter de nouveau, ou du moins, comme j’avais l’habitude le faire. Je ne voulais pas être opérée, alors j’ai vu tous ces experts et j’ai commencé un processus, des exercices qui font lentement travailler les cordes vocales. » Sa profusion vocale scénique aura-t-elle eu raison de son instrument favori ? Biophilia, une étude par voie de science et d’histoire naturelle des traditions orales, prouve que non.
« Plusieurs choses m’ont forcée à tout mettre sur la table et à me demander : « Ok, qu’est-ce qui marche, et qu’est-ce qui ne marche pas ? » Parmi les composantes les plus remarquables que Björk a choisies de garder et de valoriser avec toujours plus de finesse sur Biophilia sont les voix. Medúlla était l’expérience d’utiliser toutes sortes de voix, de sons élastiques ; des ouuh, des aaah des grrr, des wiiizzzz, des rythmes de beat-boxing mis en musique, en s’affranchissant des thèmes répétitifs de la pop pour multiplier les nuances. Pleasure is All Mine, Vokuro ou Submarine sont l’impression qu’en donnant une musique faire de chair et de sang, de gorges déployées, on brise les derniers remparts d’intimité d’une artiste qui semble avoir déjà tout donné. Au moment de Medúlla, il nous semble connaître de la chanteuse dans ses moindres détails. Qu’elle a des poumons plus grands que la moyenne, par exemple.
C’est cela, sa véritable force ; ne jamais s’en remettre à ce qu’elle peut évoquer, par ses origines, par son sexe – on peut oublier les sagas nordiques et les reines glaciales des contes de fée – pour tout ramener à son esprit terrestre, pour susciter des interactions physiques. Plus les voix seront audacieuses et vivaces, plus Björk s’incarnera dans sa musique.


Elle ne s’en remet jamais à ce qu’elle peut évoquer, ramène tout à son esprit terrestre, pour susciter des interactions physiques.

Thèmes


SUR BIOPHILIA, MUTUAL CORE EST UNE CHANSON militante, comme Declare Independance (« Don’t let them do that to you ») l’était sur Volta – un album que Björk a qualifié de travail pour les « tribus de la planète ». L’ouverture aux autres et le repli sur soi sont un grand thème de Vespertine. Volta affiche les couleurs du mélange, jusque dans le maquillage et les costumes extravagants et bigarrés de l’artiste. Elle y interroge l’identité et la protection de nos libertés. Plutôt que de se battre frontalement, cependant, Björk (que le féminisme agace) préfère redonner à l’amour ou à la solidarité toute leur légitimité naturelle, à travers l’observation d’évènements intimes.
Sur Biophilia, le thème de l’identité s’élargit davantage, avec l’évocation de nos origines et de notre place à l’échelle du cosmos. Les phénomènes microscopiques et macroscopiques se superposent, les caractères humains y sont brossés, laissés à l’état du simple jeu des gènes et des protéines. L’homme est une créature animée par l’électricité, il n’est pas maître de ses origines ni de ses besoins, mais il est force d’action, un instrument naturel pour entretenir les équilibres. Un chaînon dans une symphonie rationnelle.
« Je vois mes chansons comme une expérience spatiale, géométrique ».
Björk entend Biophilia comme un antidote d’humilité à Volta et à la tournée qui s’ensuivit. « Tout ce que je voulais faire c’était planter une petite graine totalement pure et la regarder grandir », se rappelle t-elle de sa situation après les concerts éprouvants. La même humilité que l’on trouve dans Desired Constellation (Medúlla), une invitation nocturne à regarder les étoiles en se questionnant : « How i’m i gonna make it right ? ».





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