“…you can hear whatever you want to hear in it, in a way that’s personal to you.”

James Vincent MCMORROW

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dimanche 5 novembre 2017

SUSANNE SUNDFØR - Music for People in Trouble (2017)




OO
nocturne, sensible, pénétrant
Pop, folk 

Des artistes ont dit que certaines années qui ont mené à 2017 n'étaient « pas bonnes pour la musique folk ». Le folk n'est plus musique populaire depuis longtemps, il est devenu l'apanage de ceux qui souhaitent quitter la célébrité, ou ne jamais l'acquérir. En 2017, plus personne ne se plonge en soi pour y chercher un sens à l'existence. C'est que qu'affirmerait la norvégienne Susanne Sundfør, échappée d'une rêve de Léonard Cohen, par une provocation dont elle a le secret, pour intimer exactement l'inverse : l'urgence d'effectuer ce voyage en soi-même et de cesser d'agir par obéissance à une folie. Ten Love Songs, le précédent album de Sundfør, la voyait expérimenter avec des sons électroniques.

Elle signe avec Music for People in Trouble son désir de retraite de la vie publique – Ten Love Songs a fait d'elle une star en Norvège.

Le folk sied parfaitement à la partition gothique de Sundfør, une personne chez qui les présages funestes pour d'autres, les corbeaux par exemple, deviennent des mantras, des images pourvues d'assez de force pour s'élever. C'est ce qui se produit sur la première chanson de l'album, où la chanteuse se fait de toutes les dimensions pour s'ériger, avant de revenir à sa condition de poussière humaine. « I'm as empty as the earth/An insignificant birth/Stardust in a universe/That's all that I am worth ». Tout ce qui nous constitue est à la surface. Nous sommes des être de sensation, ou alors nous ne sommes rien. Ce sera ce un rapport conflictuel entre ce qu'on croit ancré dans son cœur, qui nous aide à vivre, et ce qui n'existe que de façon superficielle et qui nous fait vivre malgré nous. Sundfør change de perception constamment pour susciter notre réaction.

Les choses gagnent en intensité avec Reincarnation, où la compositrice lorgne habilement du côté de la ballade pop, cette fois, ses arpèges agencés comme un refuge. The Sound of War est une litanie longue et douloureuse, où l'artiste s'engage à révéler les blessures qu'a provoqué son passage dans le monde. Elle assied l'autorité dont elle fait preuve sur son œuvre. Trop imprévisible pour une chanteuse de pop, elle montre ce qui se produit lorsqu'une âme romantique est aussi dotée de talents de musicienne et de productrice afin d'offrir une vision totale.

Au deux tiers de la chanson, un Do dièse mineur apocalyptique s'émancipe dans un espace sidéral de Floydien. Sundfør nous surprend par une atmosphère composite, entre restitution de plages émotionnelles suspendues dans l'infini, et effort pour transmettre un message dans le présent, cela lié par la musique concrète. « We don't choose life, life does us » prononce une voix d'homme dans la chanson-titre, avant de déboucher sur un arpège de guitare solitaire, à laquelle vient gracieusement se joindre une flûte.

Le justesse de l'album dépend de la variété et des contrastes. En opposition aux ballades pop, la veine jazz est éclairée par la performance, au saxophone, d'André Roligheten sur Good Luck, Bad Luck.

« Don't trust the ones who love you/Cause if you live them back/they will always disapoint you/It's just a matter of fact." Une telle phrase, plutôt qu'inutilement défaitiste, se laisse entendre comme une provocation. Elle ne nous appelle pas à nous isoler, mais bien plus à renouer des relations sur de nouvelles bases plus solides, moins illusoires, plus spontanées. La même chose sur l'accrocheuse No One Believes in Love Anymore, dont le titre seul incite à la protestation. En creux, elle suggère que l'amour existe aussi au fond de nous, et pas seulement par commodité sexuelle, comme certains finiraient par le croire. Sundfør ne cesse de noue mettre face à nos images d'Epinal pour les briser. Elle ne cesse de s'interroger. What it is ? What it means ? Expose t-elle dans un moment galvaniseur à la fin de l'album. En romantique invétérée et désespérée, elle porte une accusation fatale contre ceux prétendant avoir sondé l'amour et drainé le monde de sa magie. « The almighty scientist/Says most of the universe is empty and gods don’t exist/Well maybe that’s where our love ends up/No holy grail, just an empty cup”.

Il y a le sens d'une patience, d'un temps si long qu'il amène Sundfør au bord de l'existence. Elle semble y rencontrer des poètes tels le britannique William Blake, qui se posa cette question. « What is the price of experience ? Do men buy it for a song ? » Sundfor est à sa place auprès du poète. Elle sait qu'il y a des prix à payer que l'on imagine pas, et que l'argent n'est parfois pas la solution.

Inspirée par Dolly Parton, Undercover est peut-être la chanson qui se bat avec le plus de sensualité contre le refroidissement des cœurs. La voix de Sundfør, brillante depuis le début, exprime une extase durement gagnée. Dans une éclaircie de country-pop, elle se détache d'une atmosphère plombée par la crainte, et place au premier plan l'envie d'indiscrétion, la témérité sentimentale. Il est présomptueux de faire croire que rien ne nous est caché. Là, elle manifeste l'envie de se cacher, juste un petit peu, puis de se montrer, comme par jeu érotique. Dans Bedtime Story elle évoque Marissa Nadler, plus que jamais. Elle a cette façon d'évoquer l'état du monde comme miroir d'un émoi profond. « All the birds are gone/ And all the oil’s been spilt/ And left us on this earth alone. » De Nadler, l'album conserve cette pedal steel porté à une langueur extrême, très éloignée de son utilisation dans la musique traditionnelle américaine. Elle sait donner, comme les meilleurs, un sens de familiarité et d'étrangeté à la fois, ne laissant que lentement deviner le monde étranger depuis lequel elle chante. L'un de ces univers qui peuvent brusquement figer votre existence, mais auquel Music for People in Trouble vous a préparé.

Et, toujours, dans chaque son patiemment fabriqué, souvent à partir d'instruments acoustiques, parfois non, il y a la recherche d'un objet concret auquel se raccrocher. C'est la différence avec le monde animal que Sundfør côtoie : eux n'ont pas besoin de constance, ni rien à quoi s'accrocher, ni la conscience de changements inéluctables. Surtout, ils n'ont pas peur de la solitude ni de l'ennui.

Le groupe américain The Mountain Goats ont sorti un très bon album sur ce la permanence des sentiments du gothique, d'hier à aujourd’hui. Leur esthétique, et comment il ont changé la musique, avec leurs émotions. Susanne Sundfør est de cette nature là. Une artiste à part, que l'on a envie, après un tel album, de défendre de l'oubli.

Enfin, la présence lointaine de John Grant, l'un des grands chanteurs pop masculins de ce continent, offre sa voix de bûcheron sensible dans un rôle où on l'imagine maquillé d'eye-liner et de fond de teint, sur les cinq minutes tétanisantes de Mountainers. Il n'est pas dans la nature de l'homme de faire le premier pas vers son avenir. Il préfère l'ignorer et c'est normal. Mountainers accueille l'inconnu, dans une onde presque chamanique. « Now I know, will never be what you need, no/What we are, what we want, it will never change/We will break through your walls, unstoppable /Wild wolves/Wild wolves/Wild wolves/Wild wolves » répéte t-elle dans cet instant de transcendance.

jeudi 12 octobre 2017

KURT VILE & COURTNEY BARNETT - Lotta Sea Lice (2017)





O
Spontané, pénétrant, intimiste
Rock

On imagine facilement le duo de Kurt & Courtney écouter cet album, fruit de leur collaboration, en boucle, étonnés d'un résultat aussi addictif. Et même nous, pouvons apprécier, en dépit du fait qu'Over Everything sonne foutraque, la volonté de se ressourcer, de se prendre en main. C'est particulièrement vrai de la façon dont Courtney Barnett, la plus jeune des deux, se conforte, dans ses reprises de Peepin' Tomboy ou de Untogether. Elle avoue être tombée amoureuse (d'une fille) sur la bande son de Smoke Ring For my Halo, de Kurt Vile. La combinaison de vulnérabilité (plutôt Courtney) et de malice (plutôt Kurt), permet à l'album de dépasser les abords nonchalants pour s'infiltrer.

La participation de Nick Turner et Jim White de Dirty Three n'est pas étrangère à la légèreté très réussie de Let It Go. La présence de ces kadors nous fait penser à la stratégie déjà utilisée par les Stones sur Exile on Main Street, auxquels avaient participé des techniciens notoires sur leur instrument, venus étayer les vibrations pressenties pendant l'enregistrement. Leur contribution 
accélère la décontraction de Lotta Sea Lice. Il rappelle que beaucoup de très bons disques rock sont issus de la collaboration de deux songwriters, capables d'exprimer à travers leurs chansons respectives leur singularité profonde. Cette collaboration, parvient à révéler un peu de leur psychisme et ouvre le notre. 

En privilégiant un tempo lent et une humeur un peu morose sur Outta the Woodwork, Kurt Vile se rapproche d'un crooner de type Iggy Pop sur ses plus belles ballades. On a presque l’impression qu'ils explorent de nouvelles configurations pour faire du rock.

On ressent combien il est révélateur pour eux mêmes de chanter leur amitiés, leur perception l'un de l'autre, leurs aspirations mutuelles et combien cela les clarifie entre le début et la fin de l'album. La musique comme alternative aux conversations et regards de connivence.


jeudi 10 août 2017

LESLIE MENDELSON - Love and Murder (2017)




O
pénétrant, nocturne
pop, country folk

Originaire de New York, l'une des raisons qui lui ont valu une comparaison avec Carole King, Leslie Mendelson tend parfois vers la tristesse ostentatoire que l'on entend chez certains chanteurs pop dès qu'il jouent des ballades au piano. Elle a la voix facile, une aisance à composer des chansons paraissant vite familières, et est capable de leur insuffler ce petit supplément d'âme qui fait qu'on y revient. Les influences jazz ou country blues, dans la deuxième moitié de l'album, la montrent capable d'une maturité apaisée. Parmi les sept chansons originales, trois reprises montrent aussi les cordes sur lesquelles elle joue, notamment Just Like a Woman. Deux chansons choisies parmi les très nombreuses qu'elle reprend en live.
Elle y est accompagnée de musiciens et de chanteurs pour qui entendre entendre la pop et le jazz dans le piano de Leslie Mendelson apportent une quiétude que l'on soupçonne longtemps attendue. Pour la reprise de Blue Bayou (Roy Orbison), elle s'appuie sur la participation de Bob Weir, le fondateur des Grateful Dead. Leur amitié gravite autour de sessions au sein du studio d'enregistrement maison, en californie. C'est son talent et son sens de l'emphase seule à son instrument, guitare ou piano, qui permet à Leslie Mendelson d'offrir des chansons que l'on ressent intactes. Elle est du type à beaucoup jouer, mais à peu enregistrer, comme si elle avait craint de ne pas avoir suffisamment de matière pour produire Love & Murder. L'aspect sans fioritures est finalement la force du disque. L'aspect lugubre de Jericho ou de Murder Me s'explique en partie par la perte de son compagnon et producteur, mais c'est aussi une recherche d'intensité, et une façon de rendre ses images plus vivaces et obsédantes. Dans la même veine, The Circus is Coming évoque une ballade de Tom Waits.

mardi 25 juillet 2017

{archive} LILY & MARIA - S./T. (1968)






OO
pénétrant, envoûtant, frais
folk, soul


Cet album a été comparé à Parallelograms, mais l'album révéré de Linda Perhacs ne parvient pas à être aussi envoûtant que celui-ci, doublette de murmures spectraux. C'est le folk des années 60 à son crépuscule, le sentiment en musique d'une époque faste en train de se résorber. Cette capacité à résumer beaucoup d'humeurs en sensualité simple et pénétrante, toutes les couleurs de l'arc en ciel en deux visages blafards, le faste de cent mille arrangements en l'interaction sourde de mellotron et de guitare acoustique. Il est facile d'oublier que de nombreux musiciens ont participé à cet album, qui se détache par son atmosphère étouffée, des instruments au son cotonneux, et régénéré lorsque les mélodies s'interrompent pour ouvrir sur un quasi silence.

Deux mystérieuses adolescentes new-yorkaises, Lily Fiszman et Maria Neumann, deux voix virginales poussées par une force inespérée, subliment le temps d'un disque leurs influences folk et soul. Elles révèlent les utopies pour ceux à qui la conscience de fins brutales n'interdisent pas la douceur, l'affection. Leurs voix réunies, un susurrement d'une grande volupté, semble avoir été repris par Alison Goldfrapp. There Will be No Clowns Tonight, de la teneur lyrique aux arrangements stridents, renvoie de façon limpide à l'univers de la chanteuse rétro futuriste.

Il y a un je-ne-sais-quoi d'infiniment britannique sur cet album : les mots élégants, capables d'innocence, nous bercent de l'illusion d'un folk charmant et sémantique, précieux. Mais on sera régulièrement trompés.

Everybody Knows s'ouvre dans la turbulence, pour déboucher sur un lent refrain, permettant de convoquer des tonalités du monde entier au sein d'une vaste instrumentation. La basse et le tempo tranquille seront encore les meilleurs alliés de Lily & Maria sur Melt Me. Celle là exsude la lascivité, suinte après le triomphe désespérément intime du summer of love.

Il y a quelque chose de glacé dans la musique des deux femmes, une fraîcheur renouvelée à chaque écoute, comme dans un poème intemporel. La simplicité lyrique d'une chanson comme I Was souligne cette fraîcheur, basée sur la description spontanée de l'éphémère. Ismene Jasmine, sépulcrale, met en avant un nouveau ton de guitare et le mellotron, suscitant avec des sons poisseux, une humanité sans chaleur. La combinaison de ces deux instruments crée une atmosphère splendide, en espagnolade, sur ...Clowns Tonight. Les deux voix vont crescendo, s'unissant dans une harmonie déchirante.

Aftermath, Fourteen After One ou Morning Glory Morning renouent avec la lumière, les harmonies renvoyant à d'autres duos folk à la tendresse toute bucolique. La flûte traversière joue une part importante de cet éclairage plus serein.

mercredi 19 avril 2017

SLOWDIVE - Slowdive (2017)



OOO
intemporel, apaisé, pénétrant
shoegaze, rock, pop alternative

Alors que le shoegaze semblait s’attribuer de plus en plus à un certain public et à des pronostics échangés sur internet, Slowdive vous incite, comme jamais ils ne l'on fait en leur premier temps, à sortir de votre PC et à vivre. Dans le temps en question, internet existait à peine. Ces années passées à ne pas jouer ensemble, puis à se retrouver en 2014, leur ont fait regagner une chance d'avoir une place dans le paysage, profitant aussi la défection d'Oasis, de Blur, des Libertines, de Franz Ferdinand... Ils ont attendu ce moment où les fans les retrouveraient, ceux-ci remisant leurs espérances pour rejoindre le groupe dans les concerts et façonner ensemble de nouvelles fonctions émotionnelles pour le monde, changé, de l'année 2017. Une date que le groupe s'approprie en jouant un rock vivant, entraînant, et simple.

Certains diraient que leur son a 'bien vieilli', mais a t-il été suffisamment écouté par le passé? Il arrive jusqu'à nous, sourd et langoureux, souterrain, identifiable comme celui d'un groupe revenant de loin et pourtant palpable.

Slowdive sait surprendre, et donner plusieurs dimensions à leur musique. Ils ne reposent pas seulement sur une texture aérienne mais arrimée, même si c'est une belle qualité que d'être si direct et statique sur Sugar For The Pill. Ils réussissent un disque enlevé, avec des changements de rythme au cours des morceaux, et où les thèmes communs avec leurs anciennes chansons – les dernières en date remontent à 1995 - ne se jouent pas au détriment des plus récentes. Ils ont montré en concert une volonté de régénérer leur répertoire, revisitant notamment des chansons réputées impénétrables de Pygmalion (1995), Crazy For You et Blue Skied An' Clear, en guise de douce revanche contre le temps et le music business qui aurait pu leur retirer, dans le cas où les contraintes auraient été les plus fortes, l'envie de s'aventurer de nouveau dans leur rock à l'aura nimbée de lumière.

Don't Know Why, une mélodie rappelant Machine Gun, est la première apparition notable de Rachel Goswell sur l'album. Elle réitère la même forme d'émanation sur Everyone Knows. Les arpèges de Falling Ashes font écho à Daydreaming, la chanson de Radiohead. Slowdive parvient, comme cet autre quintet britannique, à rester concret et attrayant pour le plus grand nombre malgré ses explorations. Le charisme insoupçonné de Neil Hamstead, qui troque son mal-être adolescent pour une maturité radieuse, hisse Slomo et Star Rowing bien au delà de ce que leurs trames laissent présager. C'est peut être lui qui évite à Slowdive de sembler engoncé dans son ancien désarroi.

Mais tout le groupe évolue de façon audible, comme ils l'ont fait entre leurs trois albums passés. Ils réitèrent le grand saut effectué entre chacun d'entre eux. Pour nous, le regret d'avoir attendu aussi longtemps est balayé par la réalisation que c'est de cela dont il s'agit, en musique : pas un timing, rapide et régi par des exigences fonctionnelles, mais plutôt un tempo, s'entendant selon des lois naturelles et le cœur de chacun. Sans encore élucider le message véhiculé par cet album, on en profite déjà pleinement. Les paroles méritent de rester inexplorées, admirées pour leur grain et l'endroit d'où elles émanent, aussi irréel que le sentiment que ce n'est pas un aboutissement, mais les signaux d'une présence intemporelle qui s'offre à nous. Les éléments vocaux et instrumentaux se combinent avec une grâce jamais attente auparavant sur un album de Slowdive, jusqu'aux chœurs finaux de Falling Ashes.

samedi 25 février 2017

NOVELLA - Change of State (2017)



O
soigné, vintage, pénétrant
pop rock

Enregistré avec une économie de moyens, Novella se démarque de nombre de prétendants. Le quatuor londonien se joue des apparences de banalité et trace une voie de plus en plus évidente au fil des écoutes. On apprécie la production aérienne, capable d'introduire les éléments progressivement et des idées intéressantes jusqu'à la fin. On croirait entendre se développer une conversation, d'abord anecdotique, mais qui bien rapidement évoque des sentiments forts, gagne en intensité (la chanson titre), nous incite à vraiment écouter. Le choix de la méthode d'enregistrement, du producteur et du studio démontrent que Novella savent exactement où ils veulent aller avec leur son. Tout se combine pour rendre Change of State stimulant, autant qu'il est poli et étudié. Les époques musicales s'y entrechoquent candidement, surnagent, tel ce clavier analogique sur Four Colors.

On se retrouve propulsé par la suite dans les sentiments en formation, on pense à Slowdive, ou l'aspect juvénile et la fraîcheur active est balancée par des zones d'ombre mélancoliques. La batterie, détachée, les guitares envoûtantes et mélodiques évoquent les expérimentation de Rain parade (Elements). Mais les voix chorales de Holie Warren, la guitariste Sophie Hollington et la bassiste Suki Sou les démarque sur le plan de l'originalité pop. La voix de Warren et s'impose définitivement sur A Thousand Feet, avancée par le jeu resserré du duo basse/batterie. Les guitares percent pour un effet shoegaze dans la deuxième moitié du morceau. avant que l'album ne redémarre avec encore plus de pulpe mélodique. Dès lors, c'est une inertie faisant que, même lorsque l'album perd de son énergie, c'est pour mieux flotter et se rendre agréable.

samedi 19 novembre 2016

CHRISTIAN KJALLVANDER - A Village : Natural Light (2016)






O
pénétrant, apaisé, contemplatif
Folk somptueux

Il est parfois plaisant d'entendre un album à travers ses influences, et de se rendre compte que cela n'enlève rien au plaisir d'écoute. On peut même se dire qu'"affecté" n'est pas un terme péjoratif. Les mots doivent être employés avec précaution lorsque l'influence en question est Bill Callahan. C'est particulièrement vrai sur Rider in the Rain. C'est avant que la voix de crooner de Kjellvander se pose sur des notes qui évoquent plutôt la bande originale de Twin Peaks par Angelo Bandalenti. C'est le genre de chanson à la surface de laquelle il serait dommage de rester. C'est tellement mieux d'aller racler la boue, là où on devine une alliance perdue par un couple de baigneurs. « I picked up a hand full of earth like a fist full of god's own cash ». La finesse du jeu de Callahan, encore mieux, de son phrasé, nous frappe encore en écoutant l'album de ce suédois encore peu connu, mais dont la musique est étonnamment profonde et orageuse. Dans le registre des influences américaines, il serait plutôt Townes Van Zandt quand son compatriote The Tallest Man on Earth est Bob Dylan. En outre, A Village : Natural Light est différent de ses autres disques, plus personnel et ombrageux. 

La profondeur de la musique est en partie dû au vécu qu'elle véhicule, l'homme ayant travaillé, il me semble, comme fossoyeur. Quand il chante "I will follow you into the Grave/I will follow you into the groove » et « I will dig i will dig i will dig until the world is split in two/It is laborious work and so sad/but what else can one do ? », c'est toute une vocation qu'il laisse paraître à demi mot. Les tombes et les trous, cela correspond bien à une personnalité qu'on imagine pragmatique. Kjallvander est à la recherche d'une vision, d'une femme, d'un sentiment. Cette recherche est empreinte de la sérénité d'un homme contemplant la tempête couver, attendant qu'elle se déchaîne enfin. C'est l'effet de style plein de sang froid qu'évoque Dark ain't that dark, éblouissante de beauté suggérée. Mais le sentiment est comme détaché de l’émotion ; là ou elle véhiculerait des clichés, Christian Kjellvander s'en tient à un registre épuré et toute en retenue. La guitare, parfois inventive, reste très sobre la plupart du temps. Il y a aussi différents pianos, du vibraphone, pour créer une ambiance sourde (Misanthrope River), de la clarinette et du saxophone très dosés.

lundi 14 novembre 2016

BRIAN S. CASSIDY - Alpine Seas (2016)






OO
pénétrant, contemplatif, soigné
Indie rock

Encore une personne contribuant, sans rien demander à personne, à rendre le monde meilleur. Alpine Seas est un album profond et vaste comme un panorama, chaque chanson agrandissant par un bord ou l'autre la fresque heureuse d'une intimité particulière. On pense à Owen Pallett quand on lit la mention que l'album a été produit, enregistré, mixé et masterisé par le même Brian S. Cassidy, qui décide ainsi de produire sa propre symphonie, proportions gardées, à toutes les échelles respectueuses du genre humain - celles qui séparent la grandeur des territoires de l’émotion trop à l'étroit et incontinente produite par les glandes humaines.

Cette émotion marque chaque chanson de cet enregistrement rare, soulignée dans sa franchise par une belle production. C'est la mandoline sur (The South), la pedal steel (Uncompahgre), les atmosphères ouvrant Clare's Bridge ou les cuivres sur Make Believin'. Il y a aussi cette fraîcheur sur Rich Man, un moment de pure sensation auquel on a envie de revenir, comme pour comprendre mieux ce que révèle tant de simplicité. On se souvient de Bon Iver sur For Emma, Forever Ago, entre autres sources de frissons incapables de se tarir. La lassitude ne vient pas ; au contraire, c'est une jouvence, au fil des écoutes.

Cette émotion, Cassidy la traite comme en musique classique, avec un sentiment que l'ensemble est supérieur à la somme des parties. Ce qui inspire Cassidy, c'est le sentiment de plénitude et d'incertitude, face à un ensemble de ciel, de terre, tandis qu'il se demande ce qu'il peut en faire. C'est l'album d'un homme à qui la possibilité d'appeler la paix était offerte, puisqu'il est un auteur compositeur, un artiste. Il a réussi à rassembler les impressions sans frontières, à suggérer la félicité, pour l'explorateur, qu'il y a à reproduire en un seul endroit intérieur la somme des impressions successives de son voyage.

Il peut s'appuyer sur son expérience avec Okkervil River et Shearwater, dont il retrouve le côté plus poignant de The Golden Archipelago – et des chansons comme Castaways. Une voix dégageant un sentiment intrépide, une ouverture à tous les liens et cultures. La hiérarchie à l'oeuvre est celle des choses nobles qui élèvent ceux vivant sans exclure de possibilités, de rencontres, de liens. Il jouit, aussi, de son indépendance. Il privilégie la clarté dès l'origine de l'album, qui s'ouvre avec quelles notes de piano électrique et une mélodie épurée, annonçant à peine les subtilités à venir.

Être terrien, avec le pied sûr dans le nuage et l'océan, qui n'en a pas rêvé ? Cela semble simple, avec un tel disque, d'ouvrir les horizons.




https://microcultures.bandcamp.com/album/alpine-seas

samedi 15 octobre 2016

CONOR OBERST - Ruminations (2016)




OOO
spontané, fait main, pénétrant

Folk

Certains grands disques n'ont pas été le fruit d'une ambition particulière. Leur qualité tient à la façon déconsidérée avec laquelle il sont abordés, mais aussi à la décision d'un musicien déjà établi d'enregistrer dans des conditions inattendues.

On connaît Conor Oberst pour l'énergie et la générosité de ses projets en groupe – The Mystic Valley Band, Desaparecidos – et pour sa capacité à enregistrer beaucoup, d'abord sous le nom de Bright Eyes puis sous le sien, depuis 2008. Pour les conditions inattendues qui ont produit Ruminations, un disque enregistré en 48 heures, comme souvent dans ce cas, Conor Oberst s'en serait bien passé. Il y a eu ce kyste au cerveau, et la tension artérielle devenant un vrai problème (Tachycardia), ce qui expliquerait l'agitation, la défiance, la nervosité parfois ravalée que contient sa musique. Il en écrit depuis l'âge de 13 ans, cela fait plus de 20 ans maintenant.

Ruminations est inattendu pour l'auditeur aussi, car il va à rebours de la capacité du chanteur de se projeter toujours en avant. Si le même genre d’éclectisme hasardeux qu'habituellement y est délivré, c'est avec c'est avec une cohérence plus forte cette fois ci, et avec le dévouement spécial d'un homme au pied du mur, combattant ses démons. Alors qu'il pouvait se contenter de nous imprégner de sa vitalité débordante, il se pointe avec une ardeur dévoyée, une exigence nouvelle, nous mettant à contribution avec une certaine amertume. « Tomorrow is shining like a razor blade / And anything is possible if you feel the same », sur Counting Sheep. Il est risqué de croire que l'adage d'une de ses anciennes chansons, Method Acting, que chanter l’apaise dans ce cas précis. Difficile de savoir ce qu'il pensera de Ruminations, quand il se souviendra de cet hiver 2015 à Omaha (Nebraska), sa ville de naissance, qui lui inspira cet album plein d'efforts palpables pour éviter l'intimité. C'est ainsi que ce qui s'est produit pendant ses années de célébrité est traité par des allégories dédaigneuses.

S'il nous déstabilise par la spontanéité et parfois la cruauté des paroles, il est facile de prendre du recul et d'apprécier la densité émotionnelle en suspens et la malice de cette installation piano harmonica. Il va même jusqu’à sonner comme Randy Newman sur Till St. Dephna Kicks Us Out. On pourrait lire une bonne partie de Ruminations en y imaginant le ton caustique de Newman, capable d'endosser les rôles les pires pour décrire une certaine dégénérescence de la société en général. Et soudain, de nous saisir par une narration poignante. Ce qui signifie que Oberst est rarement lui-même, sauf peut-être dans ...Kick Us Out, justement, où il tente de retrouver un ami dans un pub irlandais d'East Village afin qu'ils boivent jusqu'à se faire jeter. Ce détail a plus de résonance que « Je ne veux pas me sentir coincé bébé, je veux juste me prendre une cuite avant ce soir. » sur Barbary Coast (Later). C'est touchant comme d'entendre enfin un détail sonnant vrai.

Quand à l'harmonica, sa poésie rappelle Neil Young sur l'album After The Gold Rush... Pourtant, en comparaison jamais Conor Oberst n'a paru seul dans sa musique : ici, simplement sonné de frôler la solitude de si près, et de manquer faire surgir de mauvaises pensées. C'est comme si l'influence vicieuse dont jouent de musiques plus tourmentées, telles le blues, l'avait saisi et déposé en grâce.

lundi 19 septembre 2016

WILLARD GRANT CONSPIRACY - Ghost Republic (2013)




OO
pénétrant, contemplatif, inquiétant
Americana, folk

Cet album, j'ai cru pendant une journée qu'il venait de paraître alors qu'il remonte à 2013 ! Mon histoire de Willard Grant Conspiracy s'arrêtait avec Paper Covers Stone (2009), un disque toujours demeuré dans ma mémoire pour son côté artisanal, franc-tireur de l'americana squelettique et surtout la prestation habitée de son chanteur et seul membre permanent, qui ressemble toujours plus à Scott Kelly (Neurosis) en solo. Dans une année où je découvrais Bill Callahan, Willard Grant Conspiracy s'est doucement installé comme l'autre valeur DIY à percer avec une version peaufinée de lui-même. Il y a ici comme sur Sometimes i Wish We Were An Eagle (2009, Callahan), la volonté de faire beaucoup avec peu, quelques mots répétés qui permettent à la poésie de bourgeonner progressivement, un arpège contemplatif se développant avec une lenteur naturaliste (Parsons Gate Reunion) tandis que The Only Child rappelle, violon inclus, Venus in Furs. La poésie et la façon de poser de Lou Reed peut être citée comme référence, là ou sur Piece of Pie et son lyrisme dense. La chanson titre est aussi inscrite dans ce style détaché, énumérant des choses sur le thème de « When i think of you... » et qui s'achève bien vite par cette concision : «...I think less of me ».

Ghost Republic est fondé sur l'interaction de Robert Fisher avec un artiste qui l'accompagne depuis plusieurs années, la violoniste David Michael Curry. En concert, il est capable de susciter des mélodies qui, comme les fantômes qui mettent l'inspiration poétique de Fisher à l'épreuve, ne prennent jamais vraiment corps, mais se suggèrent tout au plus. Sur l'album, sa contribution paraît au premier abord un poil timide, si l'on s'en tient aux mélodies. Ce qui contribue, et ce n'est pas un mal, à souligner le côté errant et farouche de l'album, qui m'a évoqué Daniel Johnston.

Pour revenir à ma méprise concernant la date de parution de l'album, ce n'est n'est pas innocent, à un moment ou je m'interroge sur la transversalité des époques et des temps, et comment une histoire peut être racontée et interprétée depuis une époque ou elle n'a pas encore eu lieu, ou bien retrouvée par un narrateur qui s'en improviserait le contemporain alors qu'elle a été vécue voici bien longtemps auparavant, dans une vie qui n'a pas été achevée. Fisher médite, et sa poésie confine parfois à la transe. Ghost Republic fonctionne sur les murmures et les voix dans sa tête (Good Morning Wadlow).

L'album nous embarque dans une dérive hallucinante au cœur du désert Mojave fantasmé, car Robert Fisher y vit depuis 2006. Les vivants, les morts se rencontrent et les détails de leurs divagations prennent un relief épineux et tragique comme un cactus solitaire. Cela peut prendre la forme d'une paire de bottes abandonnées. La plus grande désolation est atteinte avec The Early Hour, un instrumental où le feedback de l'alto ne se veut plus mélodique mais capable de faire froid dans le dos, même dans celui de Fisher, on imagine. C'est là que le talent de David Micheal Curry s'affirme le mieux. Si l'objectif de l'album était de créer une ambiance poisseuse qui ne vous lâche plus, il y parvient après presque trente minutes où la poésie et l'instrument se sont tournés autour de façon tentative. A la fin, la voix de Fisher a gagné de ses vibrations notre épine dorsale.

lundi 11 juillet 2016

MARISSA NADLER - Strangers (2016)




OOO
lyrique, pénétrant
Folk rock

Extrait provisoire de l'article sur Marissa Nadler à paraître dans Trip Tips 28.



La musique est un formidable moyen d'imputer des éléments personnels, de les formuler, de les façonner, et c'est exactement ce que fait Marissa Nadler en décidant d'animer elle-même la vidéo pour Janie in Love, la chanson la plus entêtante de Strangers, son septième album. Elle donne une forme physique au ressenti, insuffle la vie dans les corps obtus, en pâte à modeler, en éléments de papier, animés par la magie du cinéma. Malgré le soin apporté, cet art de la mise en scène paraît bien creux en comparaison de la musique, qui tient du romantisme pleinement assouvi, produisant un jeu d'ombres et de lumières très évocateur, emprunté à la soul orchestrée de Nina Simone, Billie Holiday, Sam Cooke, Roy Orbison qu'on aurait plongée dans une torpeur dont Opal et Mazzy Star reste les meilleurs représentants. Comme parfois lorsqu'on veut représenter une scène trop dure au cinéma, elle donne corps en projetant un jeu d'ombres, le plus doux possible, sur les murs qui délimitent son entité.

Les artistes qui sont perçus comme nébuleux, élusifs, sont ceux qui ont le plus fort rapport à la silhouette, à la forme que leur musique. Ils émergent convaincus par leur hésitation même, par leur timidité (Marissa Nadler reconnaît, qu'à ses débuts, elle n'osait dévisager les gens dans la rue) pour se donner les moyens de tout définir ; la façon dont cette musique sera vêtue, son odeur, son visage, sa couleur, son appartenance à une culture ou à une autre. Pour ces artistes là, la musique est d'abord l'entité de leurs rêves, et ils ne seront toujours qu'à travers elle. Elle concrétise leurs désirs intérieurs.

Le trait le plus évident de la musique de Marissa Nadler, c'est sa couleur : le noir. C'est si évident qu'on n'y prête plus attention, on sait que la pochette de son nouvel album devait être aussi noire que celle du précédent. Sur Strangers, elle apparaît comme une statue, en élément en regard de sa musique, en réceptacle, plutôt qu’instigateur de ces mélodies profondes. Peut-être le noir est t-il là parce qu'avec ces deux disques, July (2014) puis Strangers, elle est entrée dans une phase plus lourde, pus sourde, se fondant mieux que jamais avec son entité, se permettant d'entrer osmose et de parler d'elle dans ses chansons, un changement qui a été largement remarqué par les fans de July. Son travail avec Randall Dunn (Sunn O))), Björk, Black Mountain), a aussi encouragé cette projection musicale à se faire plus totale, les synthétiseurs contribuant beaucoup à l'évolution des ambiances, surtout sur les chansons Skyscraper et Hungry is the Ghost.

Dans le noir, les mouvements sont invisibles, gratuits. C'est la couleur d'une fluidité, d'une mouvance, parfaite illustration d'une musique d'apparence statique mais qui, en réalité, est sans cesse en évolution, ne se repose par sur un rythme ou un schéma d'accords figés mais sur une progression continue. Prenez par exemple Katie I Know. C'est la meilleure forme de chanson s'il s'agit de développer une tension, Nadler donnant encore l'impression, à la première écoute, qu'elle se contente de poursuivre sur le même ton qu'avec son précédent disque, alors qu'on devine, après plusieurs écoutes, une ouverture progressive qui ouvre la voie aux plus grandes chansons de l'album, Skyscraper, Hungry is the Ghost, All the Colors of the Dark. Puis vient la chanson titre, le moment le plus engourdi.

Elle ne doit pas retenir d'aller chercher les pépites en fin d'album, et en particulier Dissolve, qui fait songer, étrangement, au songwriter britannique Richard Hawley. Lui introduit toujours un sens du lieu dans ses chansons ; et au début de son album le plus crépusculaire, Truelove's Gutter (2009), il emprunte le langage de l'ombre et de la lumière commun à ceux qui observent depuis l'ombre et veulent définir leurs ressentiment avant de s'avancer. « As the light creeps over the houses/and the slates are darked by rain». Aidé du crystal bachet et de l'harmonica de verre du français Thomas Bloch, Hawley paraît cependant avancer plus en lumière, se permettant d'être davantage lui-même. «In this morning search for meaning/ I hear a songbird melody/And she's singing just for me. » Marissa Nadler ne chante pas seulement pour vous, comme dans la chanson de Richard Hawley, mais pour un entremonde.

Le noir, c'est la couleur du mouvement, du frémissement, du trouble, de la peur. Toutes choses que, de façon générale, l'artiste peut décider de révéler ou de cacher, mais seulement à condition de les trouver, de les reconnaître, et de les projeter. Les possibilités sont dès lors infinies, et des chansons ressemblantes en apparence cachent mille formes d'avancement et dessinent le parcours d'audaces intérieures.

Le noir a ainsi de multiples fonctions, et Nadler les maîtrise parfaitement. Même une pochette entièrement noire, en apparence, resterait la preuve que rien n'est laissé au hasard. Les devenirs et les désastres intimes ne se forment t-ils pas à la faveur de la nuit ? Comme dans un conte d'ETA Hoffman, les situations les plus concrètes naissent de commencements ambigus, d'états indescriptibles. Ces positionnements intelligents permettent à Nadler d'atteindre le plus haut niveau d'abandon sur ce beau moment qu'est Janie In Love.

dimanche 24 avril 2016

ULRIKA SPACEK - The Album Paranoïa (2016)







OO
pénétrant, hypnotique, frais
indie rock, noise rock

Comment crée t-on un album addictif ? Ulrika Spacek semble avoir la réponse. Sublimant leurs influences de Sonic Youth, Me Bloody Valentine et Deerhunter, ils créent un son très ouvert, et qui nous laisse, malgré l'intensité, en soif. Le groupe s'est formé en une nuit à Berlin, entre Rhys Edwards et Rhys Williams. C'est la même nuit qu'il ont définit le concept et le nom de leur album, The Album Paranoïa.

Ce disque finalement capté à Londres, en compagnie de trois autres musiciens, s'écoute comme une expérience sonore incroyablement homogène. The Album Paranoïa puise avec un contrôle hors du commun dans l'attitude vaporeuse et les nappes chères à Deerhunter et Atlas Sound, tandis que même le chant ressemble parfois à s'y méprendre à celui de Bradford Cox. La répétition et les guitares traitées en fluctuation tonale donnent à une chanson comme Porcelain l'air d'un classique indie-rock, dans la veine de ce qu'on a entendu chez les américains sur Halcyon Digest (2011). La maîtrise de l'aspect répétitif joue un rôle révélateur dès la première écoute, surtout dans le cœur de l'album, Beta Male et NK. Ainsi, les chansons mettent à l'épreuve notre soif de variété plutôt que notre patience. Mais l'homogénéité bat du même coup des records.


Le son fuzz semble parfois aplanir toutes les aspérités, et contribue à produire ce son fluide dans lequel les paroles des chansons semblent si bien intercalées. C'est vrai en particulier sur la profession de foi, I Don't Know, en ouverture. Tout, drones sonores, harmonies et paroles doucement balancées, semble en parfaite osmose. Les émotions se battent un peu pour échapper à ces gangue hypnagogique. Ultra Vivid puis le single She's a Cult débrident l'album de son self-control, le signe d'une emprise rare pour un groupe aussi juvénile. Les deux dernières chansons évoquent quand à elle différentes époques de Radiohead comme résultant de l'enregistrement à Londres. 


https://ulrikaspacek.bandcamp.com/album/the-album-paranoia

jeudi 10 mars 2016

ALEJANDRO ESCOVEDO - Thirteen Years (1994)









OO
Doux-amer, pénétrant, contemplatif
Rock alternatif, americana

Un album précieux et ample, à garder pour les grandes traversées, pour les moments de solitude, une rivière de bonne chansons, mélodieuses et instinctives, empreinte d'un sens de la contemplation intense, voire déchirant. Régulièrement, il vous transportera dans d'autres contrées, déroulant un genre americana qui puisse sa source dans les reflets du pacifique autant que dans la sécheresse du désert. Way it Goes, nous enjoint à fermer les yeux. Le disque nous sollicitera pourtant souvent par sa rudesse, sa franchise. Il ne s'agissait que du deuxième album du texan Alejandro Escovedo, déjà très ambitieux et capable de surpasser ses influences. Ce disque renferme tant de détermination artistique et d'espoir pour un artiste encore au début de sa carrière, qu'il mériterait Le bon moyen de découvrir ce songwriter qui est, à dix ans d'écart, aussi talentueux que Tom Petty (la ressemblance est criante sur Helpless, mais qui ne voudrait atteindre le succès scénique de Breakdown !) et peut-être plus émotionnel. 

C'est l'album d'un artiste cherchant plus que tout se connecter avec son audience et à l'affecter par sa personnalité et sa voix, bien mise en avant. C'est d'autant plus vrai qu'Escovedo semble chanter l'isolement et se montre réflexif sur le fait d'avoir maintenu ses proches à distance pendant trop longtemps (la chanson titre). Une autre grande réussite (elle sont nombreuses) est Baby's Got New Plans, où il livre la chronique d'une séparation et parvient à rendre palpables les personnages, une habitude qu'il développera sur son album suivant (With These Hands, 1996). She Towers Above contient aussi beaucoup de charme, et on retrouve de belles inventions d'Escovedo pour illustrer ses chansons, plus que pour simplement les accompagner ; la volupté d'un simili-clavecin, et une détente qui repose sur les roulements de toms. Il nous arrache à la langueur poisseuse d'Austin. 

Thirteen Years est aussi l'un des exemples les plus gracieux que je connaisse de l'utilisation d'une section de cordes dans un album de rock ! C'est éclatant dès Ballad of the Sun and the Moon, auxquels les violons, la harpe et a guitare jouée avec gaieté confèrent une douceur quasi élégiaque. Car Losing Your Touch ou Mountain of Mud nous rappellent qu'il s'agit de rock un peu cavalier pour solitaire loin de chez lui, avant que la sensibilité et les portraits affectés reprennent bien vite le dessus.


dimanche 28 février 2016

FREAKWATER - Sheherazade (2016)





OO
country alternative
envoûtant, sombre, pénétrant


Voici le nouvel album d'un duo du Kentucky qui a réussit le tour de force de demeurer, à vingt ans révolus, excentrique et de finir par devenir le meilleur projet de de country traditionnelle issu des années 1990, où ce genre de musique ne s'est pas vraiment épanoui. L'un et l'autre de ces arguments sont liés : si elles ont pu rester les mêmes que sur Feels Like The Tird Time (1995), c'est en semblant sourdes au bruit des conventions qui les entouraient. La tradition sait revêtir les apparences, et sait en jouer. Sheherazade renferme une musique pleine de chausses trappes, et le sol peut aisément se dérober sous vos pieds à chaque fois que vous espérez trouver votre confort, car cette musique prête plutôt à garder l'oreille en alerte.

Le ton est dramatique, les voix de Janet Bean et Catherine Irwin rivalisent de liberté. C'est particulièrement évident sur The Asp and the Albatross. Bolshevik and Bollevil emprunte un ton à Lucinda Williams, cela laisse une idée de profondeur et de la maturité que dégagent les chanteuses. Comme celle-ci, elles ont leur lôts de fantôme à écluser en chansons, sous l'incantation parfois gutturale des guitares (Falls of Sleep). Elles nous font ressentir intensément combien la vie est une pente glissante, les arrangements plus atmosphériques et chaotiques donnant l'impression de chanter des murder ballads biaisées à leur façon disjointe, pour des résultats sans concession (Down Will Come Baby). La guitare électrique apporte ainsi son lot de dissonance à l'occasion comme un souvenir du punk dont son issues ces filles. Elles partagent la capacité d'envoûtement des cinématiques Dirty Three, et le violoniste Warren Ellis apparaît d'ailleurs en invité, dès les premières secondes de cet album. C'est par leurs propres moyens qu'elles sont troublantes, inégalables sur un terrain qui se dérobe. Velveteen Matador fait triompher une bonne fois pour toutes les guitares, Number One With a Bullet est particulièrement entêtante.

mardi 9 février 2016

TINARIWEN - Imidiwan : Companions (2009)





OOO
engagé, pénétrant, hypnotique
Blues touareg

Tinariwen est un groupe culte de notre génération, ils ont un son magique, mélange d’instruments acoustiques et électriques, qui est comme le soupir du désert. Ils emportèrent avec eux, partout où ils furent révélés, leur musique centrée sur la guitare électrique et ses drones (et il est facile de voir comment ceux qui enregistrent une telle chose gutturale que Tahult In ont inspiré Dylan Carlson de Earth), autour de laquelle s'orchestre un mélange de sonorités traditionnelles maliennes, de blues noir-américain réinterprété et d'épices moyen-orientales. 

Mais leurs plus beaux secrets doivent être expérimentés sur place, au Mali et dans les terres changeantes qui comprennent l'Algérie, la Libye, le Niger. Voir des pierres cambrées battues par les vents, entendre les échos du roulement minéral dans les cavernes rocheuses sous le sable, et les cordes de guitares électriques branchées à leurs amplis gronder sous la seule direction du vent. Parmi tous les combats, leur musique naturelle évoque ainsi celui contre la société technologique que nous adorons ou abhorrons.

Va t-on parler bientôt de matrimoine, et plus seulement de patrimoine ? L'un des chanteurs de Tinariwen, Ibrahhim ag Alhabib « Abraybone », ferait office de figure paternelle d'exception dans cet album qui donne envie de s'écrier : patrimoines de tous pays, unissez vous ! Sa responsabilité, restituer le son de la communauté culturelle tout entière. En comparaison d'autres albums du groupe, Imidiwan : Companions comprend plus de chœurs, notamment dans sa première partie. La deuxième partie contient un élément plus lancinant, un plus grand dénuement et des riffs qui n'auraient pas été déplacés sur un album de John Lee Hooker (Ere Tasfata Adounia).

Il y a là le paradoxe d'un message élusif partagé par le plus grand nombre, et toutes les générations. C'est un chant de vie dans toute sa complexité autant intérieur et ombragé que propre à être partagé. Cette vie est aussi vaste que des mots intraduisibles, tels assuf, qui signifie la nostalgie de sa maison, la solitude, la tristesse. Assuf ag Assuf est une chanson hypnotique, sa guitare improvisant un chant poétique rarement porté à ce niveau dans un morceau de Tinariwen. 


C'est qu'après avoir avec Aman Iman (2007) affirmé le message urgent de rébellion et de survie du peuple et de la culture des Tamasheq (touaregs), après avoir dispensé leur musique dans le monde, Imidiwan : Companions célèbre leur retour au désert, terre des hommes, qui n'appartient à aucune superstition, qui ne se soumet pas, mais s’embellit et se révèle sous le charme de la musique et des émotions de Tinariwen. Plus que jamais, cet album donne envie de considérer Tinariwen non comme un groupe aux frontière délimitées, mais comme une grande famille d'artistes dont l'esprit tout en variantes et nuances nous imprègne graduellement.


vendredi 8 janvier 2016

DAUGHTER - Not To Disappear (2016)






OO
sensible, pénétrant
indie-rock

La nature nous entourant est lumineuse, bien plus que nous. Il suffit d'imaginer que nos morts sont réincarnés dans n'importe quel détail, végétal ou animal, de cet écrin à l'imagination infinie, pour ne plus éprouver de chagrin. C'est en écoutant le trio britannique indie rock Daughter qu'on peut avoir une telle sensation. Elena Tonra sait comment insuffler mille grâces à ses chansons, façonner des cycles qui imitent la nature, dépeindre la disparition comme décadence des esprits, des corps, des sentiments. La vidéo pour Doing the Right Thing nous présente ainsi Harry et Bella, un couple âgé confronté à l'oubli. Mais dans les dernières secondes, on réalise que la chanson, plutôt que d'évoquer une situation qui existerait, recrée, de façon magistrale, ce qui provoque notre empathie, notre compréhension des personnages, et les happe dans son propre système. Tonra a toujours une longueur d'avance sur n'importe qui d'autre en termes d'acuité mordante rendue à l'état de musique, elle sait impliquer l'auditeur, le guider et surprendre. C'est un peu le cinéma de Michael Haneke à l'état de chanson.

vendredi 6 novembre 2015

MIGHTY SAM MCLAIN & KNUT REIERSRUD - Tears of the World (2015)





OOO
intense, sensible, pénétrant
Soul, rythm and blues

Quelques semaines après sa mort le 15 juin 2015, Samuel 'Mighty Sam' McClain laisse un album de soul qui déclasse tous les autres genre musicaux dans cette année 2015. Lui attribuer l'étiquette de l'artiste de l'année est un peu vain, étant donné qu'il n'est plus de ce monde. Et puis, il n'est pas seul responsable de cette tuerie, car c'est le guitariste norvégien Knut Reiersrud qui a produit l'album (production qui rentre en bonne part dans la fascination qu'il exerce sur nous, écouter les ballades Jewels ou Too Proud pour s'en convaincre) et qui a également choisi de confier des reprises bien senties au puissant chanteur. Né en Louisiane, débutant dans la chorale de l'école maternelle à 5 ans, McLain a eu une vie mouvementée, relançant dans les années 1990 une carrière prématurément éteinte, montant des tournées par la force de sa seule volonté. C'est à cette période qu'il se met à écrire des chansons relatives à sa propre expérience, abordant la foi, la dignité, l'oppression, la liberté, la responsabilité sociale. 

Son histoire familiale terrible l'a sans doute poussé à chercher la voie de la réparation, et nombreux sont ceux qu lui ont adressé des lettres avouant qu'il avait changé leur vie à travers sa musique. Malgré les rencontres musicales fructueuses - dont Pat Hetherly, ami, co-producteur et co-arrangeur, qui a travaillé avec lui plus de 20 ans - la tension dramatique présente ici dès la chanson titre, et qui ne se relâche que pour céder à une transcendance nostalgie, démontre que dans cette musique larger than life comme dans la vraie vie, tout doit toujours être recommencé. En témoignent la fraîcheur de cette voix, celle d'un homme de plus de 70 ans, de ces chœurs, de ces instruments parcimonieux qui soudain font éruption quand un sentiment presque insurmontable est partagé. Lui, qui reconnaissait en riant qu'il ne savait plus ce que signifie le gospel, devant la multitude d'églises et de façons de le chanter,  préférait se définir simplement comme un chanteur. Ceux qui ont dispensé la magie à ses côtés, comme la chanteuse iranienne Mahsa Vahdat, peuvent désormais le traiter comme ses héros BB King, Clyde McPhatter, Little Willie John et surtout Bobby "Blue" Bland (1930 - 2013). Cette musique est chargée de décennies traversées sans jamais renoncer. Elle évoque des images, des sentiments qui sont en conséquence, mythiques. 


http://www.mightysam.com/


lundi 21 septembre 2015

WILLIS EARL BEAL - Nocturnes (2015)




OO
pénétrant, lyrique, nocturne
Atmosphérique, soul


Choisir Willis Earl Beal comme artiste de l'année 2013, c'était vanter son originalité et sa vision inversée du music business américain. Dandy Noir au visage masqué, sa voix à l'expressivité rare servant de bouclier à sa personnalité, il démontrait dans des chansons intenses jusqu'à évoquer Howlin' Wolf, que ce qui compte, c'est la musique - le temps qu'elle crée pour elle même, déconnectée de tout, et surtout de toute gloire future pour l'artiste. Seul le temps présent comptait. Burroughs le travaillait encore. 

Avec Nocturnes, la vie mouvementée - et parfois violente - de Beal, désormais marié (!) s'explique par ses insomnies. Et ce qui paraissait brave semble aussi, simultanément, naïf. C'est ainsi que cet album à écouter au casque entame avec des chansons autobiographiques, monotones et déchirantes, puis se métamorphose sous le coup de plaidoiries faussement anodines, et si intimes, par le temps particulier dans lequel elles se déroulent. Ce temps de nuit, intangible. Ce sont Stay, Survive ou Start Over, en particulier. No Solution et Able to Wait, qui évoque même le crooner anglais Richard Hawley, sont les pépites qui portent cet album au delà de la simple tentative.  Des sonorités en forme de chinoiseries ajoutent au candide obscur de de ce Nocturnes. 

La présence de Wilis Earl Beal, par sa voix, donne encore l'impression tenace qu'il pourrait être à côté de nous, que rien ne nous sépare d'autre que nos différences de deux consciences, et non la distance. 

lundi 20 juillet 2015

JOHNNY SANSONE - Lady on The Levee (2015)







OO

Pénétrant, puissant, nocturne
Blues rock, cajun

The Lord is Waiting, The Devil Too (2011) a relancé la carrière de cet ogre de la Nouvelle-Orléans. Il s'agissait juste des prémices de son nouvel engagement. 

Once it Gets Started était placé très haut dans le classement de Trip Tips l'an dernier, grâce à des chansons telles que In My Dreams, qui nous transportaient là bas et nous et y laissaient toujours traîner une part de nous. Son nouvel album, Lady on the Levee a été l'un des mieux vendus au Jazz Fest 2015, le grand festival Néo-Orléanais fort de 460 000 spectateurs.

Sansone semble de plus en plus visible dans son rôle de grand représentant du blues sudiste, avec des histoires dans ses chansons - Gertrude Property Line ou One of Us - qui le relient puissamment à l'âme de la Nouvelle Orléans. Avec son producteur Andy Osborne et l'excellent John Fohl à la guitare, ils obtiennent un son vaste, riche, habité, libre et incantatoire, avec un harmonica très présent et particulièrement déchirant - avec I'm Still Here comme point de non-retour. Ici, Sansone produit des moments irrésistiblement cajuns (Hey La La), ou mystiques comme un rassemblement d'indiens la nuit tombée (Tomato Vine), de grands moments de confrontation physique par K.O. (O.Z. Radio, et surtout Unnecessary Pain, gargantuesque). Tant de variété, de coeur, de chair sur cet album qu'on n'en revient pas complètement. Mention spéciale à Ivan Neville (The Meters), présent aux claviers.

vendredi 15 mai 2015

BEN HOWARD - I Forget Where We Were (2014)



OO

sensible, pénétrant, sombre
indie folk

En musique, le sentiment de mélancolie suscite bien plus un plaisir agréable, comme celui qu'on peut éprouver tandis que le soleil se couche et nous éclaire sereinement à travers les branches agitées d'un arbre, que d'une sensation de désespoir. L'attitude en retrait d'un artiste qui enregistre ce genre de musique n'a souvent rien à voir avec la générosité qu'il produit. Ben Howard, raide et sombre sur la pochette de son deuxième album, ne laisse pas imaginer toute la grâce virevoltante qu'il met par moment dans ses chansons, et jamais mieux qu'au milieu de la chanson titre. Les roulements de batterie nous emportent loin.

La mélancolie est aussi un sentiment particulièrement pur, dans cet album excellent ou tout sonne si juste, que l'influence du folk et de la musique ambient des seventies de John Martin saisit dans toute sa vérité intemporelle. Dès lors, ceux qui regretteront l'apparente létargie qui s'installe peu à peu dans l'album, en comparaison avec le folk plus heureux de Every Kingdom, rangeront bien vite lers regrets au placard. Howard expérimente ici avec les harmonies, crée un son vaste et original, qui retranscrit un saut dans l'inconnu. Au est précipités par la grand porte, dès Small Things, qui répète de façon frappante 'His the world gone mad, or is it me/All the small things that gather around me, gather around me...' On peut vraiment ressentir avec lui les forces contradictoires qui l'encerclent, dans un sentiment de solitude face aux éléments qui a tôt fait de donner à l'album un côté américain.

La gravité du jeune Howard ont incité à la comparaison avec Justin Vernon, par exemple, au moment où Every Kingdom remportait des prix et se vendait en grosses quantités. La voix de Ben Howard n'a sans doute rien d'extraordinaire, au delà de la belle lassitude qu'elle exprime. Il ne fait pas penser, comme son héros, du folk sur Solid Air (1973), au folk-soul transcendant de Terry Calier, même sa sensibilité exacerbée lui donne un charme particulier. Il s'assure que la production de son album bâtisse sur le folk du passé des canevas qui s'étirent et se transforment en prenant leur temps (Time is Dancing, End of the Affair) La première des deux est envoûtante, la seconde prouve que I Forget Where we Were est un album d'ambiances, capable de prendre son envol sous l'arbre agité au crépuscule comme dans la nef d'une cathédrale. On pense à Again, la chanson d'Archive, surtout lorsque Howard s'époumone directement dans le corps de sa guitare.

Dans cet enchaînement construit , chaque chanson semble apporter ce qu'il manquait à la précédente, la complétant qu'il est facile d'oublier où elles commencent et se terminent, se déroulant comme dans un fondu enchaîné. On retient en particulier comment la guitare acoustique réapparaît sur In Dreams, une C'est l'intelligence de cet univers dans lequel plonge la musique de Howard qui donne par contraste, à sa voix un aspect hanté. On pense à A. A. Bondy un autre merveilleux esthète de la mélancolie en forme de voyage. Si on en doute, pour le voyage, il suffit d'écouter Conrad. On ne décroche pas d'un tel album !

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