“…you can hear whatever you want to hear in it, in a way that’s personal to you.”
James Vincent MCMORROW
Qualités de la musique
soigné
(81)
intense
(77)
groovy
(71)
Doux-amer
(61)
ludique
(60)
poignant
(60)
envoûtant
(59)
entraînant
(55)
original
(53)
élégant
(50)
communicatif
(49)
audacieux
(48)
lyrique
(48)
onirique
(48)
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(48)
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(47)
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(44)
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(43)
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(43)
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mardi 5 décembre 2017
GRAYSON CAPPS - Scarlett Roses (2017)
OO
efficace, sensible, rugueux
songwriter, americana
Après Hiss Golden Messenger, c'est au tour de Grayson Capps d'utiliser ce symbole de la rose. La rose que l'on peut brandir et celle que l'on peut admirer. Comme le symbole d'un renouveau, de ce que l'on peut se consacrer à chérir dans un pays ressemblant à un jardin terrassé et sans plus de poésie.
Grayson Capps et son groupe, Willy Sugarcaps, sont importants pour le sens de communion musicale qu'ils perpétuent à travers leur pratique de l'americana. On la ressentira par exemple sur l'album d'un canadien expatrié à leur rencontre, Scott Nolan, Silverhill (2016). Du nom de cette ville de l'Alabama ayant scellé le destin du groupe. Sur Scarlett Roses, seul Corky Hugues apporte sa présence, profil bas mais décisive, à l'album. Il y ajoute une dimension.
C'est révélateur de l'intelligence du jeu des deux musiciens que la personnalité de Hugues soit si bien intégrée, faisant de ces chansons des monolithes, déjà éprouvées en concert et ici dans leurs versions définitives. L'un donne la voie aux solos de l'autre, leurs guitares se relèvent sans que l'on sache très bien qui est qui. Ils se complètent à merveille.
Grayson Capps a beau porter la Louisiane en lui, il joue la décontraction jazzy (You Can't Turn Around), mêle le grand ouest à ses pérégrinations. « J'ai été dans des groupes depuis la fin des années 80. J'ai signé avec beaucoup de labels. J'ai parcouru énormément de kilomètres. Les expériences que j'ai accumulées ont été durement gagnées, et je me sens bien rodé, prêt pour ce qui doit advenir, plus que jamais», commente t-il en 2015. Un film avec Scarlett Johansson et John Travolta porte le nom d'une de ses chansons, A Love Song For Bobby Long. Le décor ? La Nouvelle-Orléans, bien sûr.
Ses chansons d'affirmation philosophique et émotionnelle gagnent en souffle dans ce brassage naturel de styles traditionnels. Si naturel que la manœuvre pourrait sembler facile, comme s'il était aisé de choisir un temps, un lieu pour capter la quintessence d'une écriture. L'important, il nous le rappelle, est de créer des conditions idéales afin que ses chansons puissent prétendre à cette limpidité hypnotique. Il a le bon goût de s'abandonner juste assez à la musique pour la faire prendre profondeur, lui donner un air de ce temps et de toujours. Sa précieuse humilité nous marque longtemps après la fin du disque.
Deux instants de grâce dominent l’album : Capps y joue la carte de la gratitude, puis de la rédemption, mais « pas dans un sens chrétien ». Sur New Again, il espère « laver [seul] ses péchés » pour provoquer le retour de son amour. « There’s the world of mysticism/i’am in the world of criticism for you » tente t-il pour prouver son sens des responsabilités. Capps refuse de rendre les chansons inutilement compliquées, il se contente ici d’un peu d’harmonica par dessus les guitares. Thankful est d’un style plus texan. « Ain’t you thankful for the moonshine/that takes away the pain » chante Capps dans une démonstration de « bon temps rouler ».
s. Le swamp-rock halluciné de Taos transforme une virée en voiture en rencontre avec le diable au croisement. Par ailleurs,les sensations ne s'entrechoquent pas sur cet album avenant, mais cette chanson dramatique, coiffe l'album d'une belle aura de spontanéité, tandis que sa narration rutilante provoque des retombées sur tout le reste de l'album, l'ancre profondément dans la culture sudiste. L'aplomb est grand.
dimanche 21 mai 2017
THE AFGHAN WHIGS - In Spades (2017)
OO
soigné, spontané, efficace
Rock
Quand on lui demande pourquoi ses derniers albums sont signés des Afghan Whigs et non des Twilight Singers, en dépit du fait que le groupe est constitué de ces derniers, à l'exception du bassiste originel des Afghan Whigs, John Curley, le chanteur donne cette réponse : « parce qu'on voulait prendre les Doobie Brothers, mais quelqu'un portait déjà ce nom. » Il aurait pu avec plus de crédibilité citer les Temptations, Husker Dü ou Lynyrd Skynyrd. « Parce que j'ai décidé qu'il en serait ainsi. » La question n'a plus lieu d'être.
In Spades est l'album d'un groupe définitivement installé chez lui, comme à la maison, sur le label qui fit découvrir le grunge, Sub Pop, auquel ils sont revenus après un détour par les majors Elektra puis Columbia. Sup Pop est désormais une maison de disques à succès, et seulement en partie indépendante ; mais lorsqu'ils ont signé le groupe dans les années 90 c'était suite à un vrai coup de cœur, et le premier groupe qu'ils démarchaient en dehors de leur ville d'élection, Seattle.
The Spell offre le meilleur refrain de l'album : « I wanna go deep down/To where my soul lets go/And take my fantasy/And lay it on the table/And are you gonna see the light? ». Ce n'est pas tant pour la teneur des paroles, assez banale depuis Black Love (1996) dans sa volonté d'éclairer plutôt que de confondre ou de condamner. Mais la façon dont le groupe entonne « free the light », Dulli prenant sa voix de tête, en l'un des moments les plus attachants ici. Les morceaux sont enlevés et courts, se concentrant sur l'essentiel : même à presque quatre minutes, The Spell passe comme un message subliminal.
Peut-être le single grandiloquent Demon in Profile leur vaut-il de passer à la radio, à la déception de certains fans. Mais Greg Dulli est d'abord intéressé par l'oeuvre dans son ensemble, et quand il enregistre, il visualise très clairement ce qui va être sur la face A d'un album puis sur la face B. Ces irréductibles continuent de sacraliser la forme longue, même si In Spades est concis et resserré à 37 minutes. Demon in Profile était un parfait single à extraire d'un tel album ; séduisant mais frustrant, ouvrant sur de nouveaux secrets de conception, liés à la façon dont le groupe persévérerait : toujours obscurs, toujours nocturnes, et plus fidèle à la grande époque de Black Love qu'au moment de 1965. Elle promettait surtout que le groupe n'avait pas quitté les lieux de sa prise de pouvoir sur l'auditeur : une chambre noire, où la musique rock se détache de la trivialité quotidienne.
Reste que la voix de Dulli est toujours évocatrice mais plutôt en retrait dans la balance, ce qui nous conduit à se focaliser plutôt sur la dynamique explosive reliant les membres du groupe. « C'est la première fois depuis Black Love que nous avons enregistré en investissant à fond tout le groupe », confie Dulli à Robert Ham en 2017, pour Paste Magazine. «Je suis entré en studio et j'avais une idée en tête, je leur ai jouée et ils ont commencé à m'accompagner. C'était une situation très naturelle. C'était incroyablement spontané. Les gars ont apporté leur immense talent à ces propositions. » Cette spontanéité le rend musicalement plus attrayant que Black Love, qui profitait plutôt de la qualité de ses chansons que de la vivacité de son jeu. Porté par une esthétique allant désormais de soi, Dulli a aussi pu improviser au dernier moment sur les textes et les performances, captant Birdland en une seule prise, sa voix en suspens sur des staccatos de cordes.
C'est le son d'un groupe avançant coûte que coûte, avec John Curley prenant toute la place qui lui revient dans cet écheveau existentiel. « Faire un break m'a aidé à réaliser ce qui rendait les Whigs si enrichissants », confie le bassiste pour le communiqué de presse de Sub Pop. « Sur le cours d'une vie, il y a des constantes, et aussi des changements. Vous en avez vu un sauter en cours de route. C'est intéressant de voir où la vie vous mène, et où elle ne vous mène pas. Elle ne s'arrête pas pour vous. » Cette déclaration est à double tranchant, avec Dave Rosser, fidèle compagnon depuis plus de dix ans, atteint d'un cancer incurable. « Nous avons fait quelque concerts pour cet album, et c'est étrange de ne plus le sentir à mes côtés », commente Greg Dulli. « Je pense que tout le groupe l'a ressenti de cette façon. Étrange, mais je refuse de m'attrister en envisageant l'avenir. »
Ne pas poursuivre le groupe, c'aurait été comme de se résoudre à une condamnation aussi hasardeuse que celle d'une maladie. Se replonger dans le passé leur a permis, juste à temps pour retrouver le plaisir intact, de rejouer l'intégralité de Black Love en concert, de récolter des fonds pour les soins de leur ami.
Tandis qu'on s'est longtemps demandé quelle genre de muse si peu rancunière inspirait Dulli, sur cet album c'est la vie elle même, finalement, qui sert de muse à tout le groupe, et non plus seulement à leur chanteur.
lundi 15 mai 2017
{archive} THE REPLACEMENTS - Tim (1985)
OO
Doux-amer, efficace
Rock
Les premières secondes de Dose of Thunder sont à écouter à fond ! Le morceau le plus abrasif de l'album vous saute au visage, sans véritable riff avant les vingt dernières secondes, les hurlements de Paul Westerberg n'étant, paraît t-il, qu'un prétexte pour que Bob Stinson ait enfin un solo de guitare à jouer. Ça en dit long sur le sentiment de frustration qui parcourt l'album. Dose of Thunder est intercalée entre deux moments en apparence plus conciliants, mais en réalité exubérants, voire cyniques, Kiss me on The Bus et Waitress in the Sky.
L'attitude à l’œuvre ici est celle d'un groupe conscient qu'il a tout à gagner en écrivant un certain type de chansons, et pourvu d'un songwriter, Westerberg, enclin à y satisfaire. Ce qu'il y a de plus flamboyant, c'est le sens de l'inéluctable qui parcourt Tim. Alors que les Replacements sont à leur apogée, c'est encore une désillusion pour eux : signer avec une major s'ajoute au lourd poids d'un destin que l'on voudrait maîtriser, d'une carrière qu'on voudrait conduire à sa guise. Tim maintient une profondeur en dépit de cela, et c'est cet équilibre périlleux qui fascine.
On se demande à quel moment l'époque, la fatigue et les mauvais choix vont les rattraper, mais cela n'arrive pas. Here Comes a Regular clôt l'album sur une note de confiance de Tim Westerberg, ses facultés à se confesser comme régénérées. Hold My Life est d'une intensité qui ne prête pas à rire, et l'une des meilleures chansons du groupe. Les paroles ne sont que fragments, et pourtant elles éclairent la confusion, l'espoir et l'amertume du groupe tout entier à travers Westerberg. Envolé, les blagues, l'humour. Swingin' Party trouve le meilleur équilibre entre intimité et écriture sûre de ses effets, le chanteur parvenant à une vulnérabilité adolescente et perdant de son autorité. « If being afraid is a crime we hang side by side. » Peut être Tim est t-il fait de chansons en quête systématique de confiance, avec Bastards of The Young pour inciter les fans à conforter le groupe dans son autonomie. « We are the sons of no-one... » Ils interpellent sur leurs doutes, le premier couplet porté par des accords triomphaux : « God, what a mess, on the ladder of success/Where you take one step and miss the whole first rung/Dreams unfulfilled, graduate unskilled/It beats pickin' cotton and waitin' to be forgotten. »
dimanche 14 mai 2017
{archive} MARGO GURYAN - Take a Picture (1968)
OO
romantique, orchestral, efficace
Rock, Pop
Les premières secondes de Sunday Morning, où le piano rhodes, la guitare électrique et la batterie se mettent en branle, nous propulsent dans ces productions authentiques qui ont si bien réussi à porter les chansons des divas du rock de la fin des années 60. Même si Margo Guryan a travaillé un temps avec John Simon, avant qu'il ne parte produire Janis Joplin, elle n'a rien à voir avec ce rock là. Les chansons suivantes, Sun et Love Songs, font deviner les raisons très différentes pour lesquelles Take a Picture, le seul disque de son auteure, est révéré depuis sa parution et sa disparition rapide, par une frange d'auditeurs transis dans le monde entier. Voix éthérée mais pleine de séduction, propulsée par des mélodies concises et tendues comme des pièges à qui viendrait y chercher une aventure. La curiosité sensuelle laisse rapidement place à un plaisir plus profond : les paroles épicuriennes sont en osmose parfaite avec la musique. Sans ampleur apparente mais avec un sens du détail captivant. Take a Picture suscite, en surface, l'amusement ; mais on y revient pour son exquise exigence.
On pense immanquablement aux Byrds pour les guitares. Un multitude de tons et d'instruments s'entremêlent sur Sun pour créer une ambiance dans laquelle Guryan, pianiste élevée dans la musique classique, révèle les influences rythmiques et harmoniques les plus désirables, la bossa nova en tête. Love Songs, fantaisie pour la tête et pour le corps, résonne avec la même fraîcheur aujourd’hui, peut-être volée chez Goldfrapp sur Seventh Tree. Il y a, comme sur chaque chanson, un élément musical pour rendre sublime une chanson déjà agréable : ici, la harpe. Quelques accords éternels (Bach, surtout) donnent à Think of Rain et Someone i Know une élégance et du crédit à leur sensibilité. Sur Don't Go Away, le style vocal est parfaitement assumé : une autre qu'elle aurait dramatisé, elle se maintient dans l'intimité de son seul regard, n'attend que sa propre décision.
Guryan flotte dans une progression harmonique qui supplante le reste. La juxtaposition de chaque mesure, dans un tempo égal, est ce qui la démarque, lui permettant finalement de nous envelopper. Le choix des instruments, balancés entre les sons de rock daté sixties et les textures d'orchestre universelles, se poursuit jusqu'au bord de l'extase. On se demande comment ces chansons se seraient encore transfigurées si elles avaient duré cinq minutes au lieu de deux et demie. Pour ne rien gâcher, la légèreté se mue doucement en charme quand elle flirte avec la badinage : « Can you look into my face/and see the changes that has takin place/Can you tell i love you from the look in my eyes/Don't you know how badly i want to tell you about it/Loving you the way i do makes me feel good inside/Even if we never touch/If you knew it means such to me... » Ouvertement romantique, et cependant capable de travailler son ouverture à l'infini, dans un frémissement amoureux qui n'a jamais de résolution.
Guryan flotte dans une progression harmonique qui supplante le reste. La juxtaposition de chaque mesure, dans un tempo égal, est ce qui la démarque, lui permettant finalement de nous envelopper. Le choix des instruments, balancés entre les sons de rock daté sixties et les textures d'orchestre universelles, se poursuit jusqu'au bord de l'extase. On se demande comment ces chansons se seraient encore transfigurées si elles avaient duré cinq minutes au lieu de deux et demie. Pour ne rien gâcher, la légèreté se mue doucement en charme quand elle flirte avec la badinage : « Can you look into my face/and see the changes that has takin place/Can you tell i love you from the look in my eyes/Don't you know how badly i want to tell you about it/Loving you the way i do makes me feel good inside/Even if we never touch/If you knew it means such to me... » Ouvertement romantique, et cependant capable de travailler son ouverture à l'infini, dans un frémissement amoureux qui n'a jamais de résolution.
Libellés :
°°,
1968,
archive,
chronique,
efficace,
orchestral,
Pop,
review,
Rock,
Romantique
lundi 2 mai 2016
THE BONES OF J.R. JONES - Spirit's Furnace (2016)
O
fait main, envoûtant, efficace
Americana, rock
Cet album direct séduisant et repose sur un équilibre subtil, on en prend conscience avec les touches gospel qui font se mouvoir la musique par le fond, tandis que la présence d'un batteur sur la moitié des morceaux s'occupe de la forme. Et pour emballer le tout, il y a la voix haut perchée de Jonathon Linaberry, le seul musicien de ce projet (l'omnipotence, un bon moyen de créer l'énigme autour d'un album). Linaberry réussit, à sa mesure, à produire un son hanté par le blues, à défaut de jouer le blues lui-même.
Plutôt que d'inventorier les 13 genres de blues d'un catalogue qu'on ne souhaite pas réellement entendre, il joue dans un sous-genre façonné de sa main, ou la félicité se devine toujours, plutôt que le désespoir ou la gravité, dans un instant fugace, assez bien symbolisé par cette image d'une âme poussée vers l'au-delà. Spirit's Furnace a beau être court, il trouve son rythme de croisière et sa plus haute authenticité avec la ballade décrépite au banjo Bless Your Soul, puis Dry Dirt. Ce qui s'y passe est bien de sud des Etats-Unis. Bon, le musicien est de Brooklyn, mais il y aura moyen d'élucider les derniers mystères de sa création par une petit interview...
Un autre sommet, Walk on By, la joue moins concise. A huit chansons et trente minutes, ça ressemble au circuit accéléré d'une âme, qui entre dans le monde, subit quelques turpitudes avant d'en ressortir poussée vers la porte. Au fil des écoutes, Spirit's Furnace se ritualise et finit par évoquer des embrasements nocturnes et des têtes cagoulées, mais sans qu'un ostracisme entre en jeu. Les âmes doivent sortir des corps, sinon, que se passera t-il ?
samedi 19 mars 2016
WINTERSLEEP - The Great Detachment (2016)
O
Efficace, entraînant,
Indie rock, rock
Wintersleep
est, en raison de leur identité immédiatement reconnaissable, d'un
charisme toujours sous évalué, de leur nervosité vitale et d'un
chanteur attachant, l'un des groupes indie-rock dont Trip Tips a le
plus de plaisir à avoir des nouvelles. C'est comme de retrouver de
vieux amis, qui depuis 2007 et Welcome the The Night Sky, n'en
finissent pas de s'émanciper. Après deux bons albums, l'ample New
Inheritors (2010) et le plus électro Hello Hum (2012), produit par
Dave Fridmann (MGMT, Flaming Lips, Mercury Rev), ils reviennent avec
un album fait pour séduire.
Amerika, la première chanson qui
propulse leur nouvel comme un Coldplay plus rock, atteint semble t-il
un niveau de succès sans précédent. Ce n'est que satisfaction de
l'entendre démarrer par une rafale de caisse claire si typique du
groupe, non sans rappeler aussi les premières secondes du Loveless
de My Bloody Valentine. Le shoegaze est une esthétique musicale à
laquelle ce groupe répond, comme à la simple envie de rendre leurs
chansons le indie rock le plus galvanisantes possible.
On
peut ne pas en apprécier toutes les méthodes pour arriver à cet
objectif, mais cela n'empêche pas les chansons d'être racées et
intéressantes. Par exemple, le vocoder sur Santa Fe, qui rappelle la
BO de Drive. La bonne foi de Paul Murphy n'est pas mise en doute,
mais c'est la tendance de leur producteur à rapprocher leur son de
l'idée que le grand public se fait d'un 'album rock' qui constitue
leur aspect un peu navrant. Cependant, ils ont de belles chansons,
capables d'envoûter : More Than, Shadowless, Love Lies...
D'autres impressionnent par la conviction palpable que Paul Murphy,
en particulier, met à en faire des déclarations d'intention
(Territory). Ils nous enjoint à ne pas être « le territoire
de quiconque », ne pas nous rendre manipulables.
Le groupe est
efficace sans s'exalter, le batteur se démarquant quelles que soient
les circonstances. Que serait Love Lies sans ses rafales de caisse
claire, à nouveau ? More Than brille même sans l'explosion
tellurique sur le pont, par l'impression d'un groupe focalisé, réuni
autour d'un hymne l'amour : « I love you more,more than i
said, more than i felt before ». Des mélodies musclées
soutiennent l'album sans temps mort. La longévité du groupe tient à
un équilibre que l'on ressent sur The Great Detachment.
dimanche 31 janvier 2016
BOUKOU GROOVE - Let The Groove Ride (2016)
O
ludique, efficace, funky
Funk, new soul
Boukou
Groove, un trio funky dont 'existence n'est pas cantonnée aux
releases parties dont ils sont friands, car c'est un bon moyen de
dire, hey, watcha, on est un groupe incroyablement talentueux, certes
consensuel mais dont l'âme est ancrée avec conviction dans la terre
de la Nouvelle Orléans. Le genre qui puisse nous faire sentir toujours un peu dignes, pourvus pour nous accompagner dans nos croisières pleines de tentations, partis dans le golfe du Mexique sur un yacht pour faire semblant d'oublier la misère du monde.
Les interactions de Donnie Sundal et Derwin 'Big D' Perkins méritent l'adjectif sexy de
'tight'. Ce qui correspond au contenu de cette chanson au milieu de l'album, I Can take You Further, « Imagine how it's gonna be/girl i hope you're ready. » Une ambiance positivement moite règne sur cet album pourtant loin d'être dépravé. Des interventions du guitariste qui moulent parfaitement la voix et l'approche et ses claviers nettement plus dans la tradition du rythm and blues néo Orlanais. Ils sont liés au pianiste Jon Cleary, l'un
des musiciens locaux les plus talentueux, prêts à reprendre le flambeau
d'ambassadeur après la disparition de Dr John. Les moments entêtants
tels que Can't See Around Corners ou l'énorme End of the Bottle
alternent avec des moments moins marquants, et on ne retrouve rien
à la hauteur de la fracassante Stay Broke, sur l'album précédent.
« It cost a lot of money just to stay broke. » Blame it on Me et surtout Can't Come Back, ont un potentiel déchirant dans leurs paroles jamais atteint musicalement, et c'est dans le fade-out de cette dernière que Sundal choisit d'enfin chanter comme si sa vie en dépendait. Sa voix nasale est d'ailleurs un instrument fascinant, jouant sur plusieurs registres. Il a la volonté de ne pas en faire trop, avec des paroles qui de toute façon donnent l'impression d'avoir basculé au cœur d'un album de sentiments forts, convaincant comme tel.
Aujourd’hui comme trois ans plus tôt, Boukou Groove est un bonbon funk amené par des musiciens que l'on brûlerait tant d'écouter live, et de partager avec le plus grand nombre.
Aujourd’hui comme trois ans plus tôt, Boukou Groove est un bonbon funk amené par des musiciens que l'on brûlerait tant d'écouter live, et de partager avec le plus grand nombre.
jeudi 29 octobre 2015
TOMMY CASTRO & THE PAINKILLERS - Method to my Madness (2015)
OO
groovy, efficace, intemporel
blues rock, rock n' roll
Tommy Castro est d'abord un interprète puissant. Il arrive en plus à enchâsser dans ses albums des chansons aux saveurs roots variées, jamais trop éloignées d'une bonne vibration soul. Il semble mettre l'accent davantage sur son chant modulé et puissant cette fois, et un peu moins sur sa guitare, par rapport à l'entêtant The Devil You Know, sorti 18 mois auparavant (et #9 dans le classement Trip Tips des meilleurs albums 2014). Les chansons sont plus ouvertes, peu-être débarrassées de l'aura un peu machiavélique que dégageait le précédent. La facilité avec laquelle ces chansons ont été enregistrées est audible, et souligne sa qualité principale : son côté contagieux et communicatif. C'est une invitation à danser, à sauter à pieds joints, le blues rock Shine a Light donnant dans le blues du Mississippi (et ce solo de guitar hero !), tandis que Got a Lot fait dans le rock n' roll infectieux, la basse roulant des mécaniques. Un fondu déchaîné à écouter fort.
Tommy Castro et son groupe The Painkillers - Randy McDonald (basse), Michael Emerson (claviers) et Bowen Brown (batterie) - restent parmi les meilleurs musiciens actuels, avec Robben Ford, pour ce qui est de donner au blues rock sa place assumée, celle d'une musique qui met sans façon les pieds dans le plat, quitte à laisser la subtilité à d'autres formes de blues. Son album est selon moi un peu meilleur que Into the Sun de Ford, paru la même année. La chanson titre joue sur ce refrain accrocheur : 'i might be crazy but i'm not insane'. On est rassuré.
jeudi 1 octobre 2015
DAN BERN - Hoody (2015)
il est aussi peintre.
O
efficace, entraînant
Country pop, folk, roots rock
On croirait d’abord un de ces albums de terroir qui veulent impuissamment arriver à la cheville de Hank Williams, Johnny Cash, Merle Haggard. Mais le timbre de voix et l’ambiance texane et charmante de ces chansons rapproche Dan Bern, qualifié de ‘trésor national’, de Townes Van Zandt. L’homme a l’habitude, à cinquante ans. Il est surnommé ailleurs la ‘machine à songwriting’, et c’est vrai qu’un tour sur son site internet (l’un des moyens les plus sûrs – et des seuls – pour se procurer ses disques autoproduits) confirme qu’il est prolifique. Il y a de la joie dans sa démarche, qu’il chante l’amour (Turn on a Dime) ou parade sur le mauvais état de son pays, partant en fumée, sur Welcome. Des chansons comme Welcome ou World ont de ces mélodies qui n’ont pas changé depuis les années 1960, harmonies et ton rogue inclus. Le coté décontracté de l’ensemble est dû aux conditions d’enregistrement : plusieurs batteurs disponibles, tous excellents, et Dan Bern enregistrant live dans un studio suffisamment grand pour accueillir tous les musiciens.
Pas de véritable inquiétude mais le ton de celui qui n’est jamais en reste pour s’amuser un peu aux dépends des autres. C’est qu’il regarde dans toutes les directions, il faut bien alimenter la machine intérieure de son inspiration. Le jeu du name-dropping cher à Neil Young sur The Monsanto Years s’éparpille ici avec irrévérence. C’est avec souffle, et en embrassant sur les styles propres à la côte ouest - le surf rock, la country pop -, et ce qu’on qualifie d’influences dues à ‘l’invasion britannique’ (les Beatles) qu’il trousse ces chansons. Elles courent comme des proies sous le feu de la réalité, et en sortent indemnes, trop bondissantes pour se voir butées. Il faudrait une grave altération de leur environnement – peut-être cette fameuse extinction des dernières réserves californiennes, prochainement sur vos écrans – pour que ces chansons perdent de leur vitalité.
Libellés :
°,
2015,
Country,
country rock,
Dan Bern,
efficace,
entraînant,
Pop
jeudi 28 mai 2015
LOCAL NATIVES - Hummingbird (2013)
O
lyrique, intimiste, efficace
indie rock
La musique New Yorkaise passe toujours très bien l'atlantique, et c'est plus rare que des sensations telles que Other Lives nous enchantent depuis l'Oklahoma. Ce grand pôle concentre énormément de talents, musiciens du cru, ou bien aillant déménagé pour profiter d'une émulation, d'une vibration particulière. Pour New York, on peut penser à The National, au franc succès qu'à remporté ce groupe en France. Leur leader Aaron Dessner est l'un des parrains de la musique de Sharon Van Etten, qui aurait pu très bien figurer dans cet revue aux côtés d'Other Lives (si je ne lui avais pas consacré un article de 3 pages).
Sur leur deuxième album, trois ans après Gorilla Manor, le groupe développe un son mélancolique et mélodique basé sur les rythmiques inventives et très expressives de Matt Frazier. Le groupe, plutôt que de se contenter de perdre leur bassiste en 2011, se voit retrouver un cinquième membre en la personne de leur producteur Dessner, propriétaire d'un studio à Brooklyn. La présence de Dessner est partout dans cet album au son détaillé, où le travail vocal de Kelcey Ayer est spectaculaire, qui profite du moindre moment de nudité pour étirer une chanson de façon bouleversante. Il suffit d'écouter Three Months pour s'en convaincre. Il y a une interaction addictive, de l'ordre de la régénération perpétuelle, entre le chanteur et son groupe, une élévation palpable sur chaque falsetto. Le groupe ne cherche pas à contrôler chaque note, laisse échapper des imperfections qui font partie de l'émotion, si on les compare aux anglais de Wild Beasts par exemple. La musique des Local Natives n'apparaît jamais comme une thérapie de groupe, comme c'est le cas pour d'autres artistes d'indie folk mélancoliques, mais se jalonne de célébrations telles que Wooly Mammoth. Le son vaste, détaillé, profond, la consistance mélodique, presque pop, et la tension de ce disque en font presque oublier la subtilité lyrique. Des chansons plus rapides sont tendues vers le dénouement de Hummingbird, sa raison d'être, la chanson Colombia, adressée à la mère du chanteur, qui est décédée pendant la création de l'album. On pense alors à la démarche valeureuse de Ari Picker, chanteur de Lost in the Trees. La capacité de Local Natives à transformer l'émotion et l'intimité en panorama, à lui donner des tonalités élégiaques, qui ont lui fait marquer un grand pas vers les sommets de l'indie folk sur Hummingbird.
lundi 11 mai 2015
DRY THE RIVER - Shallow Bed (2012)
O
efficace, lyrique,
rock alternatif, indie folk
Texte provisoire extrait de l'article à venir dans Trip Tips 26.
La voix de Peter Liddle, le chanteur de ce groupe, évoque par ses trémolos des chanteurs folk tels que Paul Simon et Art Garfunkel, que sa mère lui faisait écouter petit. Les harmonies chantées avec le guitariste Matthew Taylor et le bassiste Scott Miller, les arrangements riches, parfois pompeux, les structures ambitieuses, en tensions mélancoliques, de leurs chansons en font un groupe rafraîchissant à aligner aux côtés des pourtant moins fougueux Other Lives. Rapprochement intangible peut-être, mais pour un article rassemblant six artistes/groupes, et après en avoir écouté beaucoup d'autres, je me permets cet écart intercontinental.
C'est la vidéo d'un concert à Brighton, où le groupe mélangeait les morceaux de ses deux albums, qui m'a révélé aux subtilités d'un groupe capable si malignement de s'exporter. Car comme le décrivaient Britich Sea Power (pressenti pour figurer aussi aux côtés d'Other Lives), dans l'album The Decline of British Sea Power, le déclin de la nation britannique est irrémédiable, et pour les groupes de ce pays, c'est essentiel de pouvoir créer du lien au-delà des océans. La morale, la science (humaine) et la religion sont ici creusées par des paroles paradoxalement complexes que des fleuves de cordes tentent un peu trop vainement de faire passer bien qu'une grande majorité du public du groupe (qui ont troqué Mumford and Sons pour celui-ci) ne cherchera pas à comprendre. Dry the River attire sur lui les avanies et les peines du monde alternatif et interchangeable du rock d’aujourd’hui : beaucoup de gens les considéreront avec suspicion, n'entendant plus, sur un album construit autour de refrains et moments fédérateurs, la transmission de foi du groupe et son attitude de recherche.
Ils avaient trouvé, avec Shallow Bed, un producteur américain capable, mais Dry The River méritent dans le futur d'être poussés dans de nouvelles voies avec leur musique. Comme les meilleurs groupes, leur identité vient de ce que chaque musicien écoute et apprécie des genres musicaux différents, jusqu'à la country pour l'un des guitaristes. Constitué de chansons jouées depuis les débuts du groupe en concert, Shallow Bed fait désormais la cartographie de leurs débuts. Il y a les chansons écrites à 15 ans par Liddle, telle Weight & Mesures, qui avec trois accords et, en sa qualité de relecture post-adolescente, se consume pour créer un formidable pont avec la culture folk. Elle est, d'ailleurs, le mieux reçue lors des concerts aux Etats-Unis. Il y a aussi l'accueil déconcertant d'enthousiasme des fans réservé à No Rest, une chanson qui concentre e paradoxe, la bipolarité du groupe entre des paroles d'abord complexes. Et puis, juste après avoir hésité un peu sur une dernière contemplation, 'Our hearts are a herd', elle débouche sur un refrain si facile à scander, dont le climax est atteint sur le pourtant beaucoup moins excitant 'Did you see the light in my heart?
vendredi 1 mai 2015
JIMBO MATHUS - Blue Healer (2015)
OO
communicatif, efficace, varié
rock, country
Chronique extraite de l'article sur Jimbo Mathus (à paraître dans Trip Tips 26)
Il
y a eut-être un livre qui commence ainsi : il n'y a rien de
mieux que d'inviter des amis dans beau soir d'été et tandis que la
bonne compagnie et les boissons fraîches sont toujours ça de pris,
la véritable raison pour se retrouver à un barbecue est simple :
la nourriture. De la poitrine de bœuf braisée, des lamelles de porc
badigeonné de sucre brun, de poudre de chili, de cumin et de
cannelle (sur un lit d’ail et d'oignon et couvert d'un bouillon de
poulet), des brats (saucisses à hots-dogs), sans parler du poisson-chat.
Si on veut parler d'une musique, quand elle prend la dimension
festive, en plus d'être incantatoire, on ne peut pas s passer d'évoquer l'un de ces barbecues dont les effluves de grillade, de
graisse et d'épices s'immiscent dans la culture et dans la création.
D'ailleurs, c'est une critique de Blue Healer qui contient cet
éloge au barbecue*. En ajoutant avec humour, 'même la salade de
quinoa ramenée pas notre copain végétarien remporte toujours
quelque succès.' Reste à trouver la place pour le menu végétarien
dans un disque aussi charnel que Blue Healer, qui, lorsque il
n'évoque pas les tourments de la chair, se tourne vers les esprits
et les drogues dures plutôt que la verdure.
DarkNight of The Soul (2014) était l'album le plus intense de sa carrière,
poussant parfois le chanteur dans ses retranchements, pour notre
plaisir, et l'obligeant à chanter mieux que jamais. Sur Blue Healer,
les moments de rock intenses prennent davantage l'air de célébrations
musicales comparables à ce que déroule Bruce Springsteen en
concert. L'essence et la personnalité se dissipent un peu au service
du muscle et de l’élasticité, mais rien d'étonnant puisque ce
n'est strictement le Tri-State Coalition qui joue, mais un cercle
d'amis plus large au fur et à mesure que Mathus étend sa palette
jusqu'aux limites du rock mainstream.
Si
vous voulez comprendre ce que les américains appellent un groove
profond, une définition possible est de prendre la chanson titre de
cet album. Elle pose une ambiance poisseuse à souhait, la voix de
Mathus comme altérée par l'alcool et la peur, avec un narrateur
visité dans son lit par un ange un peu sorcière. Fallen Angel,
Whispering in the Wings, White Angel, ce n'est pas la première fois
qu'il y a un ange au tableau. Les influences surnaturelles sont aussi
l'ingrédient d'une bonne chanson, une façon imagée à l'extrême
de décrire les émois de l'âme.
Mama
Please est une nouvelle collaboration avec Robert Earl Reed, qui en a
enregistré, comme souvent, sa propre version bien plus roots. Il offre avec Thank You et Coyote les évocations les plus
profondes de l'album sans plomber son propos de trop de sentiment.
Love and Affection est chantée sur un ton léger que le titre ne
pourrait le laisser penser. Les choeurs, tiré des meilleures
traditions rythm and blues et pop, son bien présents.
*http://gutterbubbles.com/album-review-jimbo-mathus-blue-healer/
*http://gutterbubbles.com/album-review-jimbo-mathus-blue-healer/
Libellés :
°°,
2015,
communicatif,
Country,
efficace,
Jimbo Mathus,
review,
Rock,
varié
lundi 30 mars 2015
ALLISON MOORER - Down to Believing (2015)
OO
efficace, soigné, touchant
Pop, Country rock
Un album très soigné, de la musique jusqu'à la pochette et au titre, parfaitement ajusté pour frapper les esprits sensibles. Un disque rutilant enregistré à Nashville, avec une foule d'amis et même l'ancien compagnon, Steve Earle, dont la séparation nourrit ce disque. Et l'autisme de son fils n'est pas en reste pour lui faire briser les fatalités de la voyance injuste. Une oeuvre en équilibre entre la pop commerciale et la gravité cathartique de refrains tel que Thunderstorm/Hurricane, ou à la limite de la dépersonnalisation, sur le blues Mama let The Wolf In.
Touchant de voir comment on peut se battre et gagner pour remplir de façon crédible le vide des choses qu'on nous a retirées; ces chansons ressemblent à des after thoughts, des pensées non sur le vif, mais pour se donner du courage après cette tornade émotionnelle à la banale évidence. Comment ça, on devrait subir les aléas de l'existence ? S'agit t-il au moins d'aléas, quand on en sort une collection si ruisselante de sentiments, de guitares, de banjos et de mandolines. If i Were Stronger pourrait être dans la B.O. du Cendrillon nouvelle mouture, et ce n'est probablement pas la seule. "I guess i'not your Cinderella", chante t-elle d'ailleurs ensuite sur Wish I. La tenue dramatique, comme les arrangements, sont irréprochables. Allison Moorer sait si bien porter sur elle ce qu'elle enregistre, comme une parure qu'il est plus facile d'admirer, même si au fond, elle révèle la vérité. La voix puissante, on la découvrait le mieux sur un album de reprises renversant, Mockingbird (2008).
mardi 10 mars 2015
NORA JANE STRUTHERS - Wake (2015)
O
efficace
Pop, Country-rock
Quand il s'agit de s'autoproduire en réunissant toutes les conditions - bon groupe, enregistrement parfait - pour faire un disque marquant dans la veine pop et country. Tout est là pour faire fondre les coeurs dans une ambiance rustique : les mélodies, la steel guitar, les duos craquants - sur When I Wake, ces trois choses à la fois. Struthers peut être comparée à Jason Isbell. Dans son cas la mélancolie ne prend jamais le dessus sur l'énergie, le bonheur, la volonté de s'exprimer haut et fort et la sensation de vivre dans un sommeil où les rêves se réalisent les uns après les autres, par voie de banjos propulsifs, de refrains entêtants et de soli de guitare assez incisifs pour maintenir l'excitation. Elle est encore en plein développement, mais aussi déjà épanouie, comme en témoignent une l'assurance qui rend ses textes si agréables à écouter et ses concerts à regarder. Après Mistake et Loving You (un jeu de métaphores qui claquent serti d'harmoncas), elle revient à une touche plus tourmentée (The Wire, Let Go, qui fait un pont avec l'indie rock des années 90) et parvient à se surpasser continuellement, brûlant par les deux bouts la chandelle pop grâce à son merveilleux groupe.
dimanche 1 février 2015
STRAND OF OAKS - Heal (2014)
O
audacieux, efficace
indie rock, dance rock
« J'étais un gamin de l'indiana, qui ne couchait avec personne, mais j'avais tes chansons si belles à écouter », chante Timothy Showalter, né en 1982, sur JM, son hommage, non à John Mellencamp (qui vient lui aussi de l'Indiana) mais à Jason Molina. La chanson embrasse autant la mélancolie en fusion du groupe Magnolia Electric, et l'arrière pensée, moins émotionnelle, de ce qu'il faut reconstruire, une fois prise en compte cette disparition. On retrouve dans cette musique le garçon au futur incertain qu'était Molina en son temps, quinze ou vingt ans avant sa mort prématurée. Elle est rendue plus touchante si l'on a entendu ce que partage plus simplement Dark Shores (2009), le précédent album de Strand of Oaks, avec la musique de Molina. La pochette de celui ci était, soit dit en passant, magnifique, dénotant comme celle de Heal une sensibilité particulière. « Je ne veux pas tout recommencer à zéro » chante Showalter sur Goshen '97', une chanson dépréciative sur sa jeunesse, mais capable aussi de remonter puissamment à la source de son art. La mort de Molina aurait aisément pu interrompre Showalter au cours de sa tournée européenne en 2013 pour le faire rentrer aux Etats-Unis et capturer son sentiment. Mais il y a eu autre chose, une insatisfaction concernant le précédent Dark Shores, que l'on ressent comme un album en demi-teinte, fait de chansons qui évitent à tout prix le sensationnel. La voix claire et haute de Showalter est dans un environnement dépouillé qui n'est pas tout à fait satisfaisant. Il fallait trouver le moyen de parler de blessures tout en s'affirmant beaucoup mieux. « Je n'aimais pas ce à quoi je ressemblais, la manière dont je me comportais », confesse le chanteur à son nouveau label, Dead Oceans, pour mieux souligner le grand pas en avant effectué avec son nouvel album. Il était alors en Suède ; mais il ira bien plus loin encore, à la limite de la mort, quand, juste avant la date prévue pour terminer l'album, il réchappera à un accident de voiture avec un traumatisme assez grave. Le son de l'album sera, suite à l'accident, rendu le plus cathartique possible, faisant de Heal bien plus qu'un simple nouvel album de Strand of Oaks. Un point de non retour.
La densité émotionnelle de celui-ci est, enfin, propulsée par des mélodies accrocheuses et des sons puissants. Quoi de mieux que de faire venir J. Mascis (Dinosaur Jr), un de ses héros, pour brûler un solo sur la chanson d'ouverture, ouvrant l'album dans une effervescence toute contraire à la discrétion du précédent album ? Et comme souvent dans l'album, un lien magique unit les paroles et la musique, car au moment ou Mascis, joue, Showalter est justement en train de raconter ses souvenirs musicaux et ses héros de jeunesse. Heal est, à tous points de vue, un éclatement, plein de pont musicaux entre trente ans de musique, avec en fer de lance les surprenantes Heal, Same Emotions, ou For Me. Shut In, Plymouth ou Woke Up To The Light ont une présentation classique, en droite ligne des années 70, mais c'est la manière dont elles s'intègrent à l'album qui les rend passionnantes. La musique profite habilement de la batterie de Steve Clements pour ne rien perdre de sa puissance, quels qu'en soient les atours, nappes de synthés comme guitares électriques. C'est l'ordonnancement d'un trop plein qui en impose, peut-être pas à la première écoute, mais, et c'est mieux, ensuite, plus tard, quand on a mesuré l'importance de cet album. Une originalité, c'est de croire qu'on a affaire à un groupe tout entier, alors que c'est une œuvre voulue par un seul homme, et ainsi plus personnelle et audacieuse. Showalter ne recommence pas à zéro ; il prend une nouvelle dimension, c'est dans ces conditions qu'il peut faire partie de ce label décidément prestigieux.
samedi 24 janvier 2015
POND - Man it Feels Like Space Again (2015)
OO
efficace, groovy
Synth pop, Rock alternatif
Au départ attendu comme le successeur rapide de Beard Wires and Denim, qui avait rencontré un grand succès, Man it Feels Like Space Again a été retardé, profitant des tournées du quintet australien et d'une envie de se transformer de nouveau. On y voit le premier grand disque de l'année, comme Merriweather Post Pavillon d'Animal Collective en 2009. Pond prend d'ailleurs le même chemin, tentant d'épurer au maximum leur formule fracturée mais chaleureuse. A ce stade de leur carrière, alors que les esprits se sont ouverts partout dans le monde à leur message, il devaient sortir un chef d'oeuvre. Avec un tel son et un tel titre auto-descriptif (Mec, c'est de nouveau le grand voyage), difficile de ne pas voir en Pond ceux qui exhument Yoshimi Battles the Pink Robots (2002). En visant l'excellence des Flaming Lips ou parfois de Mercury Rev, ils s'inscrivent dans la lignée des archontes pop de ces trente dernières années, ajoutant, tous synthés dehors, quelques balades (Holding Out For You, Sitting Up On Our Crane) aussi pleines de grandeur qu'embrumées au canon gélatino-mélancolique. Les ambiances sont à propos, très spacieuses, musclées plutôt qu'éthérées. Le thème de l'album ('décollage immédiat') donne à Zond l'air d'une fantaisie funk alien, et, partout, illustre cette capacité à rebondir, donnant un bon coup de pied au sol. A chaque nouvelle hauteur atteinte, ils prouvent paradoxalement qu'ils ont les pieds sur terre et que oui, leurs attitudes héroïques sont de l'humour. Chaque morceau sait construire sur les arpèges précédents dans un effet tunnel combinant rythmes et sons, dans la confiance absolue, avec en plus une touche de yatch rock, ce style kitsch cher à Dan Bejar de Destroyer.
dimanche 10 août 2014
CHEATAHS - S./T. (2014)
O
groovy, pénétrant, efficace
shoegaze, indie rock
Ils ont été décrits comme le lien manquant entre Dinosaur Jr. et My Bloody Valentine. Il n'y a pas les solos, ou même les compos épiques de J Mascis, ou encore l'agressivité sonixuelle de Kevin Shields/Belinda Butcher pour le confirmer. Mais dans cette ère où même Rather Ripped (2006), l'album des Sonic Youth, commence à s'éloigner et à faire partie de l'histoire, ce genre de rock les rappelant clairement ce qu'il est possible de faire avec des guitares électriques est le bienvenu. On a envie de croire que le shoegaze est plus fort que jamais, avec les sons de Loveless (1991) et tout le reste ressuscité. Le groupe sait ce qu'est le développement harmonieux d'une chanson : les meilleurs morceaux sont certains des plus longs : The Swan (très Sonic Youth), Mission Creep, IV... Cette dernière chanson montre leur capacité à nous faire rêver, plus souvent qu'à les soupçonner de répéter des formules, et dès lors, peu importe qu'il n'y ait pas de riffs particulièrement mémorables ; on y reviendra, encore et encore, car le shoegaze crée cette sensation de manque. A l'épreuve de la scène en Août à Saint Malo, déjà riche en jeunes sensations britanniques avec Toy et Temples, ils franchiront sans doute la ligne des groupes les plus attachants de 2014. Ils ont déjà l’attitude généreuse, produisant, mixant eux-mêmes dans une profusion de sons qui met à l'honneur toutes les guitares, jouant à se renvoyer des vagues de riffs comme celles de l'atlantique (du canada, le guitariste/vocaliste Nathan Hewitt a fini à Londres).
jeudi 30 janvier 2014
BIG HEAD TODD & THE MONSTERS - Black Beehive (2014)
O
Groovy, efficace
Rock, blues rock
Todd Park Mohr et son groupe ont 25 ans
de carrière, réalisé une douzaine d'albums, ont fait le Fillmore
East et les stades, en particulier dans certaines régions des Etats
Unis. Le chanteur d'origine
germano-coréenne est une force de la nature, qui, en plus d'écrire,
de chanter, sait jouer de la guitare, des claviers, du saxophone et
de l'harmonica. A la recherche de toujours plus de subtilité, il
enregistre avec Black Beehive un album qui réconcilie la dignité à
l'arraché de Springsteen et la noblesse de Ry Cooder dans ses
derniers albums, en l'espace de quelques chansons merveilleuses,
telles que la chanson-titre (écrite pour Amy Winehouse), Josephina
ou We Won't Go Back. Le groupe de 'Big Head Todd' n'a pas besoin de
se chercher une identité de pacotille. Il est le plus mémorable en
restant à la croisée des routes de l’Amérique. Quand à la
pochette, elle rappelle les belles illustrations de celles de Steve
Earle, un autre héros.
jeudi 5 septembre 2013
THE POLYPHONIC SPREE - Yes, It's True (2013)
O
efficace, entraînant
Indie rock, pop
Les paroles écrites pour le nouvel album de The Polyphonic Spree par le maître de cérémonie Tim De Laugther), ont une lourde responsabilité. Propulsées par cet immense groupe (17 musiciens), elles sont le Message. (La similitude avec les harangues évangélistes est souhaitée, canalisée et transformée depuis longtemps par le groupe en spectacle de science-fiction s’inspirant un peu des Flaming Lips – mais ‘plus large que la vie’). Pour bien jouer leur rôle, les paroles ressemblent parfois à des discours de bonheur dont The Polyphonic Spree abreuve la multitude, comme si s’adresser aussi ostensiblement au plus grand nombre était le meilleur moyen de rassurer tous ceux qui ont donné de leur poche pour financer les 100 000 dollars qu’a coûté l’album (avec Kickstarter). Des paroles telles que “It's the feel-good time of the day” ou “keep yourself feeling brand-new” laissent sceptique. Il y a pourtant des moments sur Yes It’s True où la réalité rattrape les utopies de ‘vivre ensemble’ du groupe depuis son apparition en 2000. C’était alors le nouveau projet de De laugther suite à l’overdose de son ami Wes Berggren.
Pour comprendre le mérite de ce groupe, formé par vagues de douze, d’avoir maintenu son existence jusqu’à ce jour, il faudrait tous les nommer par leur prénom et leur nom et donner quelques mots sur leur CV musical. Il est fascinant d'imaginer, lorsqu'on les voit jouer, quel lien peut unir tous ces gens talentueux, si De Laughter a le Director's Cut ou qui d'autre décide de la direction à prendre pour chaque chanson. On n’osait croire qu’une armée de 17 se débarrasseraient aussi bien des fioritures pour se recentrer sur leur message d’espoir, et enregistreraient une suite de singles orchestro-pop étonnamment touchants. Ils sont par moments comme le nouveau wam’ bam thank you mam’ de la pop, avec des chansons entre Arcade Fire et Gary Numan (à la période de son premier disque Replicas, 1979) qui serait à la tête d’une nouvelle armée habillée cette fois dans un style psycho-elfique, ou comme si Timothy Leary était un Mormon. Ce qui frappe, c’est que De Laughter parvient à rester sur cette ligne entre amertume et enjouement, où l’isolation suscitée par un culte vide de sens est combattue par le groupe. De Laughter reste de loin le principal chanteur et clairement le leader du groupe, mais le fait d’être mieux entouré que tous les autres dans la musique pop lui permet de donner une résonnance singulière à des « platitudes » telles que “There’s always more to you than there are of them”. L’expression ‘l’union fait la force’ n’as jamais été mieux tournée.
mercredi 4 septembre 2013
THE RIDES - Can't Get Enough (2013)
O
groovy, efficace, rugueux
Blues rock, soul, Chicago blues
Le
bon sens, de la part de quelqu'un qui ne s'est vraiment jamais
attardé sur les disques de Stephen Stills, même les Crosby Stills,
Nash and Young de l'âge d'or des seventies ou les Buffalo
Springfield, qui n'a jamais rien lu sur cet extraordinaire musicien,
serait de considérer Can't Get Enough comme un voyage dans le temps
et de passer son chemin pour des routes plus empruntées, en
compagnie de l'un de ces groupes qui sortent un disque sans trop de
surprises tout les deux ans. Ce n'est pas l'inclusion au trio d'un
certain Kenny Wayne Shepherd, entre deux âges (c'est à dire plus
jeune que ses deux comparses), qui a enregistré un bon disque il y a
la bagatelle de deux ans en arrière, qui devrait me faire changer
d'avis.
Mais
finalement, est-ce un défaut de disparaître, et honteux de vouloir
relancer la formule 4 ans plus tard d'un disque appelé Super
Session. Cet album pénalisé à l'époque par la mode soudaine de
l'ornementation qui faisait suite à la parution de Sgt. Pepper
Lonely Hearts Club Band par les Beatles, un album avec un concept à
la bonne volonté parfaite qu'aucun groupe ne reproduira par la
suite. Si l'histoire de Stephen Stills nous apprend quelque chose,
c'est qu'il y a d'autres moyens d'exalter la camaraderie que
d'enregistrer que de vivre dans un rêve éveillé. Super Session
voyait déjà Stephen Stills revenir de l'oubli, en quelque sorte,
pour enregistrer avec Michael Bloomfield et Al Kooper (tous deux
notamment présents sur l'enregistrement de Like a Rolling Stone de
Bob Dylan) des jams de Chicago blues plus électrique que la foudre.
On est seulement à moitié surpris qu'en 2013, Stills ne trouve rien
de mieux que de placer dans la deuxième partie de Can't Get Enough
une version de Keep Rockin' in the Free World. Son amitié avec Neil
Young, l'auteur de la chanson, ne devrait plus faire l'objet
d'interrogations. Et cette chanson, au delà de son message de
liberté et d'engagement est l'hymne parfait du rocker
réapparaissant, et que plus personne n'attend vraiment, est
parfaitement intégré au propos de l'album.
Barry
Goldberg, qui apparaissait déjà en 1968 sur Super Session, donnant
d'un coup de piano électrique la touche qu'il fallait aux trois
compositions originales disséminées dans le parcours, a pris en
2013 la place de Kooper, aux claviers léchés plus qu'au simple
piano. Et Shepherd de Los Angeles, à la place de Bloomfield de
Chicago – bien que 'jeune', il a une discographie suffisamment
respectée pour qu'il ne soit pas utile de citer les mérites de son
ainé. Ses influences incluent Slash, Stevie Ray Vaughan, Robert Cray
ou Duane Allman. Les trois hommes ont d'ailleurs un passé, des
influences, des aspirations musicales que l'on devine aussi
divergentes que la musique roots puisse en produire, et pourtant ils
se sont mis à jouer, se mettant d'accord pour faire dominer celle de
Muddy Waters parmi toutes les formes d'autorité divergentes qu'ils
ont filtrées.
Stephen
Stills est convaincant en anti-héros, qui surgit avec sa voix
croâssante et des solos qu'il semble avoir attendu de jouer après
les avoir lus dans les stèles de Restvale pendant tant d'années,
car il n'a pas joué aussi fort depuis un temps dont seuls les
passionnés des seventies peuvent honnêtement parler. Plus que de
simples riffs, le carré de compositions originales fouillent la
mémoire du blues rock avec un plaisir et une naïveté évidente.
Démarrer avec une évocation passionnée du Delta quand on se donne
l'air de venir de Chicago, ne peut être qu'une marque d'absolue
sincérité. On ne peut pas reprocher à Shepherd de se laisser
porter sur That's a Pretty Good Love. Il partage la scène avec lion
: Stills est là pour ramasser tout ce qu'il peut encore saisir,
s'offrant de rugir sur un tapis de choristes, avant d'embraser sa
guitare, avec Don't Want Lies et Can't Get Enough of Your Love, le
morceau à l'évidence conçu pour servir de pivot au disque. Plus
rien n'égalera ce moment de félicité taillé pour les concerts.
A
la demande du producteur, Shepherd a déjà, avant ce point
culminant, remplacé Iggy Pop sur son trône en osant une version de
Search and Destroy, chanson iconique qui ouvrait le dernier (vrai)
album des Stooges, le détonateur à l'origine d'une autre branche de
l'histoire rock. Cette façon de s'abandonner, même si elle est un
peu vaine, a l'avantage de maintenir la surprise. C'est la force et
la limite de l'album.
Libellés :
°,
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Blues rock,
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