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James Vincent MCMORROW

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mercredi 6 mai 2009

Bill Callahan – Sometimes I Wish We Were An Eagle (2009)




Doux-amer, romantique, élégant
Folk


Après Woke on a Whaleheart, premier disque publié sous son nom en 2007 et opus relativement mineur de sa discographie, Bill Callahan (Smog) fait de nouveau graviter sa poésie autour d’une vieille Amérique, de ses mythes, de sa vie sauvage. Callahan ne tire l’essence de son imagination de l’observation des réalités quotidiennes, construisant ses disques de sang-froid, comme un berger organiserait des notes concernant le comportement de son troupeau ; exactement comme un document engageant sa responsabilité, et sans lequel il ne saurait progresser au fil des saisons. C’est aussi, le refuge qui abrite sa retraite studieuse, refuge de plein air, grands espaces où son mental peut se mesurer aux éléments. Il se cache pour enregistrer l’hiver, et le printemps venu, fait paraître son nouveau disque avant de le défendre en concert au mois de mai, dans une heureuse routine que son label, Drag City, est trop heureux de maintenir. Il est à la fois établi et confidentiel ; dissimulé mais à la vue de tous, de qui sait regarder, écouter, s’arrêter au milieu d’un champ pour le seul plaisir de capter le cours paisible de la nature immobile. Callahan est une force irrésistible pour qui sait donner un peu de son temps.

Sometimes I Wish we Were an Eagle célèbre le renouveau ; les bêtes batifolant, le soleil renaissant après les longues nuits d’hiver. On peut se focaliser pleinement avec ce disque sur la beauté et la sensualité que des arrangements inédits provoquent.  Sometimes… peut s’apprécier pour le seul chant de ses cordes et de ses cuivres frémissants, conçus pour imiter le bruit du vent dans une haie qui l’isolerait du territoire d’un(e) autre. On peut le prendre comme un envoûtement (The Wind and the Dove), une caresse (« She lay beside me/Like a branch from, a tender willow tree ») sur Rococo Zephyr. On peut trouver naturelle cette tension, cette amertume qu’il dégage sur Eid ma Clack Saw. L’une des actualités brûlantes dans la vie de Callahan est en effet qu’il vient de rompre. « I dreamed it was a dream that you were gone/I woke up feeling so ripped by reality”(“J’ai révé que c’était un rêve que tu étais partie/Je me suis réveillé trahi par la réalité.”) « Love is the king of the beasts/And when it gets hungry it must kill to eat » (« L’amour est le roi des animaux/Et quand il a faim il doit tuer pour manger »). Une tentative de séduction. Sa musique et son caractère peu expansif le font peut-être passer pour un homme taciturne, mais au sein de la nature sauvage Callahan a une place de choix, pour les fortes évocations qu’il éveille dans ses mots. C’est un romantisme débarrassé de tout égo.  

Alors que les textes de certains musiciens folk rassemblent aux pages débridées d’un journal intime, Callahan a épuré les siens à l’extrême.  Sa voix à la fois grave et légère, n’élève jamais le ton et parvient pourtant instantanément à nous faire ressentir le caractère crucial de ce qu’il délivre ; son intonation évolue subtilement d’un endroit à l’autre, étant toujours, aussi subtilement que possible, en phase avec ce qu’il veut exprimer. La colère comme l’allégresse sont particulièrement étouffées. Les jeux de mots, et de phrases, compensent en pouvoir révélateur ce qui manque en expressivité. C’est là un monde entre chien et loup, où rien n’est parfaitement clair. « Well I used to be sort of blind/Now I can sort of see » (« J’étais à peu près aveugle/maintenant je vois à peu près »). Il ne cesse de nuancer, cherche la justesse absolue.  « If you…If you could… commence t-il au milieu de Too Many Birds. Il ne terminera sa phrase qu’après deux minutes et l’avoir travaillée mot par mot, à dix reprises : « If you could only stop your heart to beat/For one hard beat ». Un tableau vivant, effectué par touches successives, de la main de celui qui sait.

Mémorable est la ligne "It's time to put god away"(« il est temps de mettre dieu de côté ») sur Faith/Void ; on le soupçonne pourtant ne n’avoir jamais vraiment reposé sur cette volonté immatérielle. C’est plutôt, à titre de douce revanche, une mise en garde déstabilisante qu’il transforme facilement en réalité, parce qu’il a l’autorité suffisante pour cela. « This is the end of faith, no more must I strive/To find my peace, to find my peace in a lie” (« C’est la fin de la foi, je ne vais plus lutter/pour trouver la paix, pour trouver a paix dans un mensonge”). Et toujours, la même allégeance : l’exploration de voies de traverse, est plus importante que la destination.  « For a void without a question is just perverse” (« Parce qu’un vide sans questionnements est pervers”). Toujours à la recherche de davantage de sensations vertigineuses, Callahan parvient à chaque fois sans faute à les trouver. Pour beaucoup, abandonner leur foi en Dieu serait source de vertige ; lui, déjà sevré en cela par l’observation de la nature environnante et de ses mécanismes impitoyables, trouve ailleurs, mais au même endroit, ses révélations enivrantes.

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