“…you can hear whatever you want to hear in it, in a way that’s personal to you.”

James Vincent MCMORROW

Qualités de la musique

soigné (81) intense (77) groovy (71) Doux-amer (61) ludique (60) poignant (60) envoûtant (59) entraînant (55) original (53) élégant (50) communicatif (49) audacieux (48) lyrique (48) onirique (48) sombre (48) pénétrant (47) sensible (47) apaisé (46) lucide (44) attachant (43) hypnotique (43) vintage (43) engagé (38) Romantique (31) intemporel (31) Expérimental (30) frais (30) intimiste (30) efficace (29) orchestral (29) rugueux (29) spontané (29) contemplatif (26) fait main (26) varié (25) nocturne (24) extravagant (23) funky (23) puissant (22) sensuel (18) inquiétant (17) lourd (16) heureux (11) Ambigu (10) épique (10) culte (8) naturel (5)

Genres de musique

Trip Tips - Fanzine musical !

Affichage des articles dont le libellé est Fleet Foxes. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Fleet Foxes. Afficher tous les articles

samedi 11 novembre 2017

FLEET FOXES - Crack-Up (2017)



OOO
Lucide, audacieux, contemplatif
Folk-rock

Robin Pecknold se montre farouche, intérieur sur Crack-Up. Mais s'il paraît en retraite, c'est tout le contraire. Il a l'intime conviction que le moment de retrouver son public est venu. Les concerts pour défendre Crack Up sont les plus beaux de l'histoire des Fleet Foxes. Leur anachronisme, leur façade savante est gommée dans l'embrassement chaleureux de Pecknold, un homme qui ne ressemble à rien en une star du rock et qui, pourtant, y est pour beaucoup dans l'aura de son groupe, sa voix au bord du gouffre gageant du pouvoir de surimpression de la musique, sautant d'un continent à l'autre. En changeant d'échelle sans cesse, donnant aux circonvolutions la démarche d'un géant sensible capable de fouler les sociétés engoncées d'un continent à l'autre.

La profondeur et la distance sont des éléments fondateurs de leur musique. Ils n'ont jamais joué du folk isolé du reste du monde pour le plaisir d'être simplement différents, mais pour garder le bon recul et renvoyer un reflet le plus contrasté, cinglant, voire dangereux possible de la société occidentale en la mettant face à ses craintes. Il n'est pas question de s'échapper de cette société, puisque les Fleet Foxes n'en ont jamais fait partie. Cela fait brûler les étapes, pensez vous. Pas si sûr. Voilà peut-être la raison pour laquelle ils doivent patienter autant entre chaque disque. Pour ne pas se faire rattraper par l'esprit du temps, une chose sur-estimée basée sur des mots répétés de façon abrutissante pendant quelques années. Pour faire paraître Crack-Up, ils ont attendu que certains de ces mots superflus disparaissent. Leur vocabulaire, leur répertoire nécessitait de la place et Pecknold refusait d'assister à l'agonie de son talent, par manque de recul sur l'époque. Les nouveaux outils, les divertissements ont changé, les nouvelle façons de faire de l'argent ont dérivé, pure création humaine qui se croit à l'égal de la nature. Pecknold le fait remarquer : “Fire can’t doubt its heat/Water can’t doubt its power/You’re not a gift/You're not adrift/You’re not a flower” sur Cassius.-

Pecknold voudrait placer de son côté la constance, mais il est difficile de la connaître sans vivre dans un bonheur total et infini. Pour se sentir perdurer dans son élément, il peut s'attarder sur les images terribles et poétiques du monde humain en retirant l'intervention de l'homme de leur existence. Les fumées sur l'océan ou les feux du désert ne sont plus dus à des marées noires ou des rejets de pétrole. La même fumée pour masquer que la forêt n'a plus rien d'originel, et peut être la faire revivre sur la foi de ses cimes. La fumée c'est l'alliée dans l'illusion, pour brouiller ce que l'on sait de l'humain.

Les Fleet Foxes s'inscrivent dans une brume bienveillante, ils ne surjouent pas, par leur standards, et pourtant jouent davantage d'instruments que tout autre groupe de pop. Avec un réalisme un peu forcené, ils veulent rendre les visions exactes de qui se hisse sur les épaules de Darwin et se permet un rire inquiétant.

Les quatre éléments apparaissant sur la pochette. L'eau, l'océan, sont une nouvelle fois très présents. D'ailleurs les chansons contiennent des éléments de mise en scène, comme sur -Cassius, cette précision:[Under the Water] et [Above the Surface], pour décrire depuis quel lieu Pecknold les chante.

La vieille symbolique d'une nature vertueuse dont l'homme serait légataire est balayée, au profit d'images plus vivifiantes : le soleil, avec son lourd passif dans les chanson pop, est ici une boule enflammée, c'est la cruauté amusée de Bruegel l'ancien quand il dépeint la chute d'Icare.

Pas étonnant, dans ce monde où l'écume, le vent, ont un pouvoir létal, que Pecknold se montre aussi nécessiteux de stabilité, et parfois se montre perdant pied. Entre l'aube et le crépuscule qu'il nous décrit telles que la nature les perçoit, ils nous a conviés, une nouvelle fois, à tester l'émerveillement. Cette poésie culmine dans Third Of May/Odaigahara, avec ces paroles inscrites en capitales dans le livret de l'album : LIFE UNFOLDS IN POOLS OF GOLD/I AM ONLY OWED THIS SHAPE/IF I MAKE A LINE TO HOLD/TO BE HELD WITHIN ONE'S SHELF/IS DEATHLIKE ». Elle résume la pensée de l'album : la condition et le conditionnement. On peut vouloir une cohérence, sans pour autant se limiter à ce que l'on sait de nous.

Produire une musique naturelle, pour les Fleet Foxes, revient à chanter l'inconnu. Quelle meilleure manière que de l'inclure dans sa vie, que de le définir, en constante expansion, avec une musique à l'avenant ? Rappelons que Pecknold joue 18 différentes sortes de guitares, de synthétiseurs et percussions au cours de l'album, parfois plus de 2 ou 3 au cours du même morceau. Skyler Skelset, avec qui il a fondé le groupe, arrive deuxième. Les trois autres membres explorent d’autres pistes encore, instruments à vent notamment.

Pour être à la hauteur de la tâche, Pecknold les a toujours sentis trop jeunes. « Too young, too young » répète t-il sur Another Ocean, l'une des chansons les plus harmonieuses et totales de l'album, qui se dissout dans des notes de saxophone. Fool's Errand, lui succédant, offre un drôle de single à l'album, qui capitalise sur les sentiments jusqu'ici. Pecknold rassemble le passé et le présent. Réconcilier le passé pour les Fleet Foxes et leur habileté à jouer des focales, c'est s'y perdre, et c'est exactement ce que fait I Should See Memphis, d'une nostalgie à peine humaine.

Cela confirme que le chanteur, s'il les a intimés et les a éclatés, n'a pas fragilisé les Fleet Foxes, mais les a rendus plus pertinents que jamais avec Crack-Up. Ne plus entendre les Fleet Foxes, ne plus les commenter même, cela reviendrait à une inquiétante résignation.

vendredi 29 avril 2011

Fleet Foxes - Helplessness Blues (2011)



Parution : mai 2011
Label : Sub Pop/Bella Union
Genre : Folk
A écouter : Helplessness Blues, Montezuma, Grown Ocean

°
Qualités : vibrant,lyrique, pénétrant

Le choix du morceau-titre comme premier extrait du disque est révélateur ; pour toute sa grandeur, Helplessness Blues n’a pas la magie folk immédiate de White Winter Hymnal, extrait du précédent opus, et son attrait ne réside pas d’abord dans les harmonies païennes qui ont contribué au succès des Fleet Foxes mais dans les paroles du chanteur et guitariste Robin Pecknold, en quête de sens. « I was raised up believing I was somehow unique/ like a snowflake distinct among snowflakes/ unique in each way you can see/ and now after some thinking Id say Id rather be/ a functioning cog in some great machinery/ serving something beyond me." (“J’ai grandi en croyant que j’étais d’une certaine façon unique/comme un flocon de neige parmi les flacons/unique de toutes les façons/et maintenant après avoir réfléchi je dirais que je préfère être/un rouage dans une grande machinerie/servant quelque chose qui me dépasse »).

Ce qui frappe le plus dans le second disque des Fleet Foxes, n’est ainsi pas tant que ses mélodies puissent faire oublier celles du premier opus. Le titre Helplessness Blues, s’il contient de ces rengaines qui jaillissent toutes seules des guitares de Pecknold et de son plus vieil ami, Skye Skjelset, prend cinq minutes pour se déplier, ce qui en fait une chanson bien plus réflective que ce à quoi nous étions habitués. C'est est un origami insolent après le premier disque, ses pop songs de trois minutes et ses harmonies naturelles comme un lever de soleil. Si Montezuma, en ouverture du disque, vous fera retrouver vos marques en termes d’immédiateté, avec Pecknold faisant cette assertion qu’il est devenu « plus vieux que ses parents », Blue Spotted Tail se situe davantage, au terme d’un disque sinueux, dans l’ombre de Léonard Cohen que dans l’éclat des joyaux primitifs de lumière vivante (petite référence à Tolkien, dont Pecknold fut un ardent lecteur) du premier disque.

La beauté est intacte ; mais c’est davantage par la grâce du repli de Robin Pecknold que d’une oraison immédiate. Il y a trois ans déjà, Pecknold sentait venir quelque changement dans l’avenir créatif des Fleet Foxes. La genèse du premier disque s’était posée en termes sonores avant tout : « Quand nous avons commencé à chanter ensemble en pratique c’était très amusant et nous voulions juste incorporer davantage d’harmonies. » Leurs influences : Simon and Garfunkel, Crosby, Stills and Nash, Fairport Convention, Bill Withers, Van Morrison, le folk des années 60′s. Il s’agit de réveiller quelque chose d’ancien, de le plier à de nouvelles règles, et de créer un nouveau genre de lien avec le public. « Etre coude à coude, pour moi ça traduit sentiment qui reflète le mieux la musique ».

Helplessness Blues est bien plus solitaire que cela ; imaginer Pecknold seul dans la « vieille Amérique bizarre » de Greil Marcus, ses méditations soulignées par des voix qu’on jurerait plus lointaines à présent, c’est désormais cela les Fleet Foxes. Ces voix, « je pense que c’est un moyen facile d’enrichir les chansons sans les avoir trop chargées en instruments – tu peux ajouter quelque chose de vocal et éviter de mettre une section de cordes. Je veux faire de la musique dense mais elle devrait aussi être économique, car si cinq personnes chantent et jouent d’un instrument en même temps, c’est 10 choses qui se passent et c’est sûrement suffisant pour n’importe quelle chanson. » L'intention première était l'équilibre sonore ; l’équation est rendue plus difficile par l’éclosion de Pecknold comme un investigateur existentiel. 

Ce sont les nouvelles ambitions de Pecknold en termes de textes qui donnent sa forme au disque, qui a été réenregistré en entier en cours de route. En 2008, alors que l’album se dessinait à peine, il avait cette réflexion : « Avec mon écriture en ce moment j’essaie d’être vraiment honnête avec moi-même, même si ces chansons ne finissent pas sur le disque, et je ne me soucie pas vraiment de comment il sonne. Comme Blue, de Joni Mitchell, c’est très confessionnel. Sur les derniers disques [Fleet Foxes et l’EP Sun Giant] j’étais en quelque sorte oblique, ce n’avait pas de sens clair pour personne à part moi. Je voudrais être plus factuel ou quelque chose comme ça ; juste utiliser la chose naturelle d’une façon différente. » Sa vision va peut à peut transformer le disque en challenge. « Le processus de création a empiété sur ma vie et a commencer à affecter mes relations, ce qui en retour a affecté le disque ». Au final, Pecknold ne demande que la paix.

Sa volonté culmine dans les huit minutes de The Shrine/An argument. « C’est une partie importante du disque, émotionnellement parlant. Ce n’est pas forcément agréable mais nous sommes fiers de la chanson en entier”. The Shrine/An Argument est entièrement nimbée d’une beauté libératrice. A deux reprises, Pecknold hurle presque : « Sunlight over me no matter what I do.”(“Le soleil brille sur moi/quoi que je fasse”). C’est transformer un cliché de bonheur en dépression isolée. Derrière les tournures du groupe, l’émotion est crue, et l’humeur du disque s’en ressent ; il y a quelque chose de sombre, de méditatif sur Helplessness Blues qui n’existait pas sur son prédécesseur. Comme son double nom l’indique, The Shrine/An Argument amalgame deux chansons ambitieusement articulées, alternant mélopées poignantes, cavalcade et une section finale qui évoque le travail de Jonny Greenwood sur la bande originale de There Will Be Blood (2008).

Si la vision et la voix claire de Pecknold domine le disque, l’esprit du groupe est bien gardé, et c’est une image vertigineuse. « Une chose à laquelle je pense sans cesse, c’est le concept que nous sommes sur un rocher flottant dans l’espace, ou ce que les étoiles signifiaient à quelqu’un il y a 5000 ans – la grande question. J’aime la musique religieuse pour cette raison – comme Judee Sill, qui utilise toujours des métaphores chrétiennes et ce genre de choses, même si je pense qu’elle ne parle pas de chrétienté mais s’interroge plutôt sur le pourquoi des choses ». Les Fleet Foxes, un groupe perché, une étoile à part.
Related Posts Plugin for WordPress, Blogger...