“…you can hear whatever you want to hear in it, in a way that’s personal to you.”

James Vincent MCMORROW

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dimanche 26 novembre 2017

NATASHA AGRAMA - The Heart of Infinite Change (2017)




O
élégant, frais, soigné
Jazz, fusion


Parmi les moments de magie musicale sur The Heart of Infinite Change figurent l'apparition de Austin Peralta, dont ce fut les dernières sessions. Son âme seventies, sa révérence pour le piano Rhodes mâtine l'album, d'entrée, d'un halo saint. Il est retrouvé à l'âge de 22 ans, ayant succombé d'une pneumonie aggravée par l'alcool et les drogues. Les vétérans George Duke (Piano, claviers) et Stanley Clarke (le beau-père d'Agrama) à la basse rejoignent l'album dans un ballet suggérant le déroulé d'un concert, mieux, d'une célébration. Une certaine histoire de Los Angeles, à travers des lieux de passion qui ont servi de cadre pour l'album. A qui le confier, sinon à Gerry Brown, connu pour son travail avec Prince, Marvin Gaye, Wayne Shorter, Earth Wind & Fire...

Le lien entre Natasha Agrama et Austin Peralta, c'est Thundercat. Sa basse ondoie dans les deux premiers morceaux de l'album, donnant aux dehors plus frêles de la composition de Joe Henderson, Black Narcissus, un côté rutilant sur lequel a voix de Natasha Agrama vient apporter son contrepoint léger et virevoltant. C'est l'exercice de ce premier album étonnant et scotchant : convoquer certains des favoris du jazz du XXème siècle, Mingus, Ellington, ou l'incomparable saxophoniste Joe Henderson, et compléter leur musique par du chant. Parfois simple plaisir de lyrisme, le chant peut aussi évoquer les souvenirs de ces artistes hors normes et dessiner un certain sentiment du jazz. Raffiné, singulier, parfois ostracisé, et triomphant, finalement, du fait de son élégance.

Il y a aussi à fêter les 100 du premier morceau de jazz enregistré. L'humilité, la dévotion de cette musique spirituelle et connectée à la soul music et certaines choses des plus contemporaines. Agrama ne choisit pas entre le monde d'hier et celui d'aujourd'hui. Elle projette de son mieux une personnalité soulful, même si c'est pour son don du phrasé, les acrobaties de sa voix qu'on la trouve réellement vibrante.

Belle histoire que celle qui l'a conduite à cet album. Alors qu'elle se destinait aux arts visuels, elle se mit à écrire sans en informer personne, et développa son sentiment musical lors d'une expérience à Paris, avant de retrouver les États-Unis transformée par sa nouvelle vocation. Encore intimidée par les génies du jazz, elle a rejoint à Los Angeles les derniers tenants du titre, participant aux chœurs sur The Epic de Kamashi Washington, et le conviant à ses côtés pour sa propre musique. C'est de cette affirmation musicale qu'il est question dans l'album. Briser l'armure pour s'apprêter à donner et recevoir à travers la musique. Les musiciens l'entourant semblent presque trop bienveillants avec elle dans leur perfection.

Un autre participation très en phase avec l'univers de Natasha Agrama, c'est celle de Bilal, l'expérimentateur lyrique qui mêle les styles sur des albums à fleur de peau. All Matter, tiré de son album Air Tight's Revenge, met en valeur la délicatesse du texte qui explore le sentiment amoureux. Son propre arrangement était résolument soul et moderne, ici, on revient à un contexte plus dépouillé mais qui continue de nous récompenser après plusieurs écoutes, son texte sensuel dans la continuité d'autres choix de l'album, et du questionnement émotionnel d'Agrama.




mercredi 18 octobre 2017

SMOKY TIGER - Great Western Gold (2017)


OO
audacieux, vintage, frais
Pop, blues


Si l'on écoute Great Western Gold dans le détail, il paraît un peu comme l’exploit d'un homme n'ayant jamais enregistré ses chansons auparavant. La simplicité didactique des paroles, le côté sensationnel des histoires racontées – celles de hors la loi et d'indiens ayant vécu « not so long ago » et d'occultisme climatique – viennent droit de Manitoba, canada. Ces histoires n'ont jamais été racontées, et elles le sont avec cette conviction. 


Pour éveiller ces histoires remontant parfois au XIXème siècle, le mystérieux Smoky Tiger emprunte au rockabilly des années 50. Son baryton évoque Johnny Cash, ce qui sied à merveille, puisque le pénitencier est le lieu où résident beaucoup de ces histoires. Vous ne les trouverez pas à la bibliothèque, où elles auraient trouvé le repos. Comme en témoigne Smoky Tiger, ce sont des légendes déambulant dans les couloirs et les allées, attendant qu'un médium les restitue.

La drôle de maturité de Great Western Gold en fait un album d'adultes, à l'image de ses personnalités licencieuses : des durs connus pour la façon dont ils ont persévéré, toute leur vie, à se rebeller, et dont le fantôme viendra s'assurer que vous n'ayez pas raté un épisode de leur pulp fiction. Jets Anthem, avec son break à l'orgue hammond, explore la modernité, de façon toujours mythologique : « Back in the seventies/We where the champs » On pense à We Will Rock You.

Smoky Tiger a trouvé sa vocation il y a une dizaine d'années, puisque un album existe déjà sous son nom en l'année 2009. Sa voix parfaitement maîtrisée montre bien qu'il sait exactement quoi en faire. Une voix de balladin ayant défié les éléments, et quand il rocke, sur Bloody Jack, on dirait Tom Rush en plein pastiche sur Who Do You Love ? Le pont, lugubre, assure que même la mort ne laisse pas ce héros tranquille. La mère du bandit s'en va trouver un sorcier vaudou pour le faire ressusciter. L'ambiance décrépite de se grand moment de narration, puis la fin déchaînée du morceau, est l'un des meilleurs moments de l'album.

Flying Bandit, une histoire de détrousseur de banques, est agrémentée de bossa nova. Tout ce qui pourrait paraître semi délirant, comme de mêler les sons de jeux d'arcade électroniques à ce backdrop exotique, plus des accords en power chord et des harmonies dans la tradition des vieux studios américains, tout cela est parfaitement vrai. Le mélange des genres donne des ailes à Terry Fox (un athlète unijambiste canadien), avant que la chanson ne se termine avec un message révérencieux, passé comme un relais à travers les âges « Stay strong ».

Puis démarre une deuxième moitié de l'album, peut -être plus incroyable encore. Deux chansons autour de sept minutes, la première, un blues hypnotique et brûlant où « Tommy Prince was a natural born killer. » Elle décrit un héros de guerre populaire canadien, avec saxophone énervé et guitares blues rock. Plus loin la voix de Tiger devient carrément celle de Tom Waits. L'évocation de Winnipeg, omniprésente dans l'album rappelle qu'il s'agit d'un disque de ce cartel terrible, Transistor 66. « I must sing this sad song/It's a story you should know/I've yourd heard of Big bear/He was a leader here » démarre Big Bear, moins austère que ses premièrs abords le suggèrent. L'histoire d'un chef indien désireux de défendre les droits des siens, et dont ces sept minutes de magnificence constituent l'éloge universel. 

Purple City Glow nous ouvre les portes d’un monde de secrets et d’excès. «The Pool of the Black Star n’est pas une référence à David Bowie, comme me l’expliquera Courtnage après avoir lu dans cette chronique une allusion dans ce sens . «J’ai été scotché qu’il fasse cette chanson, Black Star, bien après que la mienne ait été écrite. Il y a un hall mystérieux à Winnipeg appelé  the pool of the black star, dans notre building légilatif. » Des chœurs sépulcraux s’associent bientôt. 
Louis Riel revient, à travers le portrait d’un instigateur de révolte, au temps de la chasse au bison, déjà évoquée dans Warden of the Plains. C’est peut-être une histoire d’après guerre, cette fois, mais celle d’hommes toujours tributaires d’un immense passé, bâti de règlements de comptes et de procès expéditifs. Un monde où il valait mieux être artiste derrière des portes closes que de respirer trop intensément l’air de la piste sauvage, ou encore de chercher de intéressements dans la politique locale, au risque de finir pendu. 



Ecouter l'album : 
http://www.transistor66.com/smokytiger

mardi 25 juillet 2017

{archive} LILY & MARIA - S./T. (1968)






OO
pénétrant, envoûtant, frais
folk, soul


Cet album a été comparé à Parallelograms, mais l'album révéré de Linda Perhacs ne parvient pas à être aussi envoûtant que celui-ci, doublette de murmures spectraux. C'est le folk des années 60 à son crépuscule, le sentiment en musique d'une époque faste en train de se résorber. Cette capacité à résumer beaucoup d'humeurs en sensualité simple et pénétrante, toutes les couleurs de l'arc en ciel en deux visages blafards, le faste de cent mille arrangements en l'interaction sourde de mellotron et de guitare acoustique. Il est facile d'oublier que de nombreux musiciens ont participé à cet album, qui se détache par son atmosphère étouffée, des instruments au son cotonneux, et régénéré lorsque les mélodies s'interrompent pour ouvrir sur un quasi silence.

Deux mystérieuses adolescentes new-yorkaises, Lily Fiszman et Maria Neumann, deux voix virginales poussées par une force inespérée, subliment le temps d'un disque leurs influences folk et soul. Elles révèlent les utopies pour ceux à qui la conscience de fins brutales n'interdisent pas la douceur, l'affection. Leurs voix réunies, un susurrement d'une grande volupté, semble avoir été repris par Alison Goldfrapp. There Will be No Clowns Tonight, de la teneur lyrique aux arrangements stridents, renvoie de façon limpide à l'univers de la chanteuse rétro futuriste.

Il y a un je-ne-sais-quoi d'infiniment britannique sur cet album : les mots élégants, capables d'innocence, nous bercent de l'illusion d'un folk charmant et sémantique, précieux. Mais on sera régulièrement trompés.

Everybody Knows s'ouvre dans la turbulence, pour déboucher sur un lent refrain, permettant de convoquer des tonalités du monde entier au sein d'une vaste instrumentation. La basse et le tempo tranquille seront encore les meilleurs alliés de Lily & Maria sur Melt Me. Celle là exsude la lascivité, suinte après le triomphe désespérément intime du summer of love.

Il y a quelque chose de glacé dans la musique des deux femmes, une fraîcheur renouvelée à chaque écoute, comme dans un poème intemporel. La simplicité lyrique d'une chanson comme I Was souligne cette fraîcheur, basée sur la description spontanée de l'éphémère. Ismene Jasmine, sépulcrale, met en avant un nouveau ton de guitare et le mellotron, suscitant avec des sons poisseux, une humanité sans chaleur. La combinaison de ces deux instruments crée une atmosphère splendide, en espagnolade, sur ...Clowns Tonight. Les deux voix vont crescendo, s'unissant dans une harmonie déchirante.

Aftermath, Fourteen After One ou Morning Glory Morning renouent avec la lumière, les harmonies renvoyant à d'autres duos folk à la tendresse toute bucolique. La flûte traversière joue une part importante de cet éclairage plus serein.

dimanche 9 avril 2017

DEVON SPROULE - The Gold String (2017)



O
frais, apaisé
folk rock jazzy


Quand on trace le chemin parcouru depuis le superbe Keep Your Silver Shined (2007), on réalise que Devon Sproule a développé, en toute quiétude, les armes lyriques qui l'on fait devenir discrètement l'une des plus brillantes dans son domaine. Lorsqu'elle évoque le jazz, c'est pour en reprendre ses éléments les plus volatiles, laisser sa parole porter dans un flow poignant, avec une once de fantaisie. C'est le cas sur la chanson titre, où Sproule part d'une voix presque monocorde, son phrasé indolent soulignant finalement la subtilité harmonique du morceau. Elle y évoque la vie au contact de la nature dans une île sauvage, la contemplation bucolique et celle des gens. Outre les harmonies, l'électronique est elle aussi révélatrice d'une plénitude. Elle est chants d'oiseaux sur la chanson d'ouverture Listen To This. Le sens de l'exploration musicale de Devon Sproule se confond avec ses textes, pénétrés de ce qui l'entoure, créant un amalgame singulier.

Après avoir révélé au fil du temps, des tons différents, des variations et des façons d'affronter la musique folk sans réellement en faire, Devon Sproule a finit par se tenir aux abords de l'expérimentation tonale, jouant de sons et de productions éthérées et profondes. Mais davantage encore, c'est le disque d'une personne ayant su s'intégrer, à sa façon, partout où elle a vécu, depuis les villages hippies de Virginie où elle a grandi, jusqu'au Canada, où elle a vécu dans plusieurs provinces puis enregistré cet album, en passant par New York et l'Europe. Elle est capable d'établir des connections décalées avec tout ces lieux et les personnes qu'elle y dépeint, qu'elle définit comme des tribus.

Devon Sproule dégage un charisme inattendu dans sa manière de figurer ses chansons sur scène. Cette expérience se reflète dans l'aisance de son album, une maturité qui se ressent dans la production, bénéficiant de la participation de son mari Paul Curreri. En atteste, par exemple, la diversité de textures des couplets sur Jana, puis le solo de guitare. Curreri chante et joue sur l'album également.

samedi 3 décembre 2016

NICOLAS PAUGAM - Aqua Mostlae (2016)




OO
ludique, original, frais
Pop française tropicaliste

"En 2008, j'ai 40 ans. J'écris mes premières chansons en français tout en écoutant, paradoxalement, des artistes brésiliens (….) Milton Nascimiento, Tom Zé et Jorge Ben. » Nicolas Paugam a été régulièrement remarqué, un article par ci, un prix par là. Mais le public ne l'a pas souvent trouvé, voilà. Pourtant si on aime les parcours d'orientation, les jeux de piste, les traversées de l'équateur, la nature de là-bas, on devrait accueillir Nicolas Paugam bras grands ouverts. Le temps de les ouvrir, de faire un pas, il est déjà ailleurs. Aqua Mostlae, fluide, contient ses danses, récurrences, et beaucoup de diversité. Une des premières choses auxquelles il nous fait retourner : le chansonnier britannique Robert Wyatt, qui sans surprise, fait partie des inspirations. L'envie de retrouver une certaine balance des années 60, courageuse en se montrant précieuse, là où les menaces politiques sont combattues avec une légèreté poétique. 

C'est un rêve ou tout semble « trop facile ». Ses influences littéraires* et musicales libèrent Paugam qui 'joue avec les sons ' et qui 'teste'. Aqua Mostlae surprend et éloigne du chemin par ses arrangements, ses directions délicates, sans temps mort. Le lyrisme de La Fièvre est soutenu par le chant de Nelly Dvorak, avec des éclats de romantisme que l'on retrouve aussi plus loin « Je me réveillais, transi, combattant les morsures de ma mémoire vive comme la neige pure. » Il accumule de la clairvoyance, se fait poète de la transversalité naturelle. « Les animaux sont des cousins[...]/Où les dieux sont multipliés/on les retrouve dans des béliers». Sa simplicité est pleine de tangages, l'incertitude se défend de mots dérisoires, autrement il sait qu'ils peuvent trop aisément évoquer la mort, la solitude, la liberté. Il n'a pas peur. Il ne faut pas se défendre trop gravement, mais mimer l'émerveillement. On n'est jamais ni libre, ni seul, et quand on est mort il n'y a rien après.


Païole Koja mais à l'honneur les influences jazz, Django Reinhardt et Robert Wyatt, à renfort de percussion (le cajon). Toujours Aqua Mostlae amuse par tous les ressorts de l'imagination toujours bien mariée au souvenir, au sentiment. Les Serpents de l'Arkansas, il y a des chœurs exotiques, un solo de clarinette de Sylvain Hamel, une batterie jazz tout en syncope, et un vrai groove des ïles. La Merveille des Merveilles décentre toujours plus le discours. Paugam est incapable de délivrer une pensée triste sans amuser, sans nous adresser un clin d’œil, sur Tu vois pas pas qu'on s'aime pas. Les arrangements s'épanouissent progressivement, fruits d'un longue imprégnation des mélodies d'ailleurs. Cordes parfaitement au service de la tournure que prennent ces chansons étonnantes, ravitaillées d'un mélange sans égal.

*Gombrowicz, dont le hasard veut que j'ai lu Les Envoûtés juste avant d'écouter ce disque. Nicolas peut t-il m'en conseiller un autre ?

dimanche 10 juillet 2016

{archive} LARRY GROCE - The Wheat Lies Low (1971)






OOOO
lyrique, sensible, frais
Folk-rock, americana, songwriter

Deux hommes distincts, deux images qu’il faut sonder pour y trouver des correspondances ; Larry Groce en 2016, qui vient de faire paraître Live Forever, un album paisible, bien produit, où le chanteur songwriter reprend certaines des chansons qui lui tiennent le plus à cœur, par des songwriters ouest-américains emblématiques qu’il a pu faire découvrir à des milliers d’auditeurs de son émission de radio, Mountain Stage. Il y a Townes Van Zandt, The Band, Jesse Winchester, Billy Joe Shaver. Sur ce riche humus musical issu des années 70, repose le véritable intérêt de ce que fait Groce, ce qu’il tente de réveiller là avec quatre chansons originales. Ce n’est pas facile, 27 ans après avoir enregistré pour la dernière fois un album qui se rapproche de celui-ci. Entre-temps, son tempérament enjoué l'a naturellement transformé, rendu plus léger, comme le montrait son hit Junk Food Junkie (1976) ou ses collaborations avec Disney. Il est devenu l’hôte de ses convives, certains diraient pris en otage par la soif de divertissement sans limites de la population.

The Wheat Lies Low (1971) nous renvoie au contraire à la racine de Larry Groce, montrant ce que même Crescentville (1973) ne contient plus entièrement ; un homme capable d’émouvoir à la simple force de sa musique, sans faire appel au divertissement.

C’est l’album d’un artiste en inflorescence, dont l’insécurité semble être sur le point de se résoudre en sérénité, et cela se traduit par une douceur rare, à côté de laquelle beaucoup paraîtraient poussifs. On y retrouve un peu de la mélancolie à l’œuvre sur l’album éponyme de Townes Van Zandt, celui dont la pochette le montre attablé dans une cuisine. Prenons la chanson-titre ; la voix fragile, s’élève et se maintient avec ténacité, et ce n’est pourtant plus qu’un murmure, pour décrire un jour de vagabondage, de liberté dans l’isolement d’une campagne ensoleillée. Dans la lenteur, dans le parallèle saisissant de simplicité que fait Groce entre l’hésitation de son propre cœur et les vent dans les blés, il atteint une sorte d’apothéose malheureusement vite oubliée, dans une époque où les chansons qui décrivaient la survie émotionnelle devenaient presque un cliché. La qualité mélodique de cet album culmine avec les dérives fascinées que constituent Compton et Look Up For Your Troubles. Déjà, c’est dans ses gènes, Larry Groce semble chercher à nous redonner de l’allant.


Si la phrase et la rime semblent faciles, ces chansons sont révélatrices d’une ère de durcissement, où les enfants vont devoir se battre avec plus de pugnacité que leurs parents avant eux pour ne pas être ingérés par la société. « So they played the same old games/But the players' names had changed/And the stakes were higher than their father had/And the rules were several hundred times as bad. Par ses thèmes, par l’histoire particulière de cet album tellement lié à son époque, The Wheat Lies Low peut être rapproché des disques de Lou Bond ou de Scott Fagan. Little Bird nous terrasse autant que They Think She’s Crying Because She’s Happy, chez ce dernier. La fraîcheur qui émane de chansons comme I Love, avec sa flute altière, reste longtemps à l’esprit. 

dimanche 24 avril 2016

ULRIKA SPACEK - The Album Paranoïa (2016)







OO
pénétrant, hypnotique, frais
indie rock, noise rock

Comment crée t-on un album addictif ? Ulrika Spacek semble avoir la réponse. Sublimant leurs influences de Sonic Youth, Me Bloody Valentine et Deerhunter, ils créent un son très ouvert, et qui nous laisse, malgré l'intensité, en soif. Le groupe s'est formé en une nuit à Berlin, entre Rhys Edwards et Rhys Williams. C'est la même nuit qu'il ont définit le concept et le nom de leur album, The Album Paranoïa.

Ce disque finalement capté à Londres, en compagnie de trois autres musiciens, s'écoute comme une expérience sonore incroyablement homogène. The Album Paranoïa puise avec un contrôle hors du commun dans l'attitude vaporeuse et les nappes chères à Deerhunter et Atlas Sound, tandis que même le chant ressemble parfois à s'y méprendre à celui de Bradford Cox. La répétition et les guitares traitées en fluctuation tonale donnent à une chanson comme Porcelain l'air d'un classique indie-rock, dans la veine de ce qu'on a entendu chez les américains sur Halcyon Digest (2011). La maîtrise de l'aspect répétitif joue un rôle révélateur dès la première écoute, surtout dans le cœur de l'album, Beta Male et NK. Ainsi, les chansons mettent à l'épreuve notre soif de variété plutôt que notre patience. Mais l'homogénéité bat du même coup des records.


Le son fuzz semble parfois aplanir toutes les aspérités, et contribue à produire ce son fluide dans lequel les paroles des chansons semblent si bien intercalées. C'est vrai en particulier sur la profession de foi, I Don't Know, en ouverture. Tout, drones sonores, harmonies et paroles doucement balancées, semble en parfaite osmose. Les émotions se battent un peu pour échapper à ces gangue hypnagogique. Ultra Vivid puis le single She's a Cult débrident l'album de son self-control, le signe d'une emprise rare pour un groupe aussi juvénile. Les deux dernières chansons évoquent quand à elle différentes époques de Radiohead comme résultant de l'enregistrement à Londres. 


https://ulrikaspacek.bandcamp.com/album/the-album-paranoia

samedi 5 mars 2016

KING GIZZARD & THE LIZARD WIZARD - Concert le 03:03:16 à la Flèche d'Or






OO
ludique, intense, frais
Garage rock, punk, boogie

"As loose as they are, they still sound incredibly tight, if that makes sense », peut-on lire en commentaire d'une vidéo live du groupe-collectif australien KingGizzard and the Wizard Lizard sur internet. Oui,pourrait t-on répondre, cela a un sens de dire qu'il sont incroyablement rigoureux, tout en abandonnant leur musique à des longueurs, allongée sur le stomp furieux de deux batteurs. Mais ce n'est pas le seul paradoxe de ce groupe, qui est aussi fun que sinistre, et sort en 2016 leur album le plus punitif, encore à paraître au moment de ce concert. Prenez leur dernier album en date, Papier Maché Dream Balloon, qui prenait le contre-pied du précédent (une habitude) en présentant des morceaux acoustiques, faisant ressortir les influences bluesy du groupe. 

Le meilleur morceau de cet album, Trapdoor, est inquiétant, habité. On pense aux Black Lips. C'était le seul morceau de cet album qui sera joué ce sort, son côté répétitif et obsédant se prêtant à un concert fait pour marquer le subconscient. Le groupe joue visiblement ce soir dans un élan qui a commencé à 2015, lorsqu'il ont inclus à leurs sets à la fois Head On/Pill, The River et toutes les pièces détachées d'I'm in Your Mind, issues de l'album portant ce nom, celui qui semble les avoir vraiment révélés en 2015.

Ils ont donné leur propre sens à la musique garage punk rock, ne se contentant pas de ressusciter les années 60. Les années 60 n'existent que dans la tête des nostalgiques dont King Gizzard n'a rien à faire. Ils ne sont pas là pour signer des pochettes mais pour abattre en particulier les morceaux punitifs de leur futur nouvel album, tels Robot Stop, Gamma Knife et People-Vultures, qui portent l'intensité un cran au delà de ce que propose les parangons du genre, les californiens Thee oh Sees, dont King Gizzard s'affirme comme le pendant australien. Il n'y a pas vraiment d'autre groupe dans le genre à se montrer aussi prolifique avec le même succès dynamite. 

Le concert à la Flèche d'Or a servi d'intense séance de rattrapage pour quelqu'un étant resté sur Oddments (2014). Leurs revendications se sont noyées dans la sueur, mais le lendemain, en écoutant leur musique psychédélique et abrasive l'esprit clair, on est émerveillé. Vraiment, on se demande ce qu'il font en ce 5 mars, après avoir donné autant de concerts depuis plusieurs semaines, et on le suppose, avec toujours la même intensité. On imagine le chanteur/compositeur/multi-instrumentiste Stu Mackenzie se mettant, tranquillement, à composer leur deuxième album de 2016. Avec un sitar, il en est capable.  



dimanche 31 janvier 2016

RACHEL DREW & THE BITTER ROOTS - Under The Sun (2016)





O

frais, vintage, soigné
Rythm & blues, soul, pop


Comme la pochette le laisse présager, il va y avoir très peu d'artifices sur cet album de soul et de ballades à la forte résonnante. Quelques musiciens très talentueux de Chicago entourent une jeune songwriter, trouvant l'énergie de les réunir après avoir eu celle d'écrire des centaines de chansons, depuis ses débuts en 2008. L'évidence, la vivacité, la langueur de leurs mélodies, basées sur une guitare discrète mais parfaite et un piano Rhodes évoquant les productions du label Stax, tout est fait pour porter l'attention sur ce que Rachel Drew véhicule comme originalité discrète, audaces mesurées qui donnent, au bout, un disque touchant, dynamique et frais. On assiste à une maturité acquise en milieu naturel, Rachel Drew étant issue d'une famille de musiciens. C'est l'album d'une jeune artiste dont les chansons à la fois graves et légères pourront être réinterprétées, à l'aune de ce qu'elle vivra maintenant que sa carrière musicale a irrévocablement gagné le cœur de son existence. Elles prennent à chaque écoute plus d'emphase, mais Drew ne devrait pas les laisser l'affecter : elle a déjà des douzaines d'autres textes à mettre en musique.



https://soundcloud.com/rachel-drew/sets/first-3-tracks-of-14-on-rachel

lundi 21 septembre 2015

THE BONES OF J.R. JONES - Dark Was The Yearling (2014)





O
élégant, frais
Country rock, blues acoustique


A découvrir d'urgence ! New Yorkais trentenaire d'origine 'ukrainienne aussi bien que galloise', Jonathon Linaberry a attiré sur bandcamp les aficionados de musique roots bien chantée. Avec une voix mélodique qui rappelle Doug Paisley, et sa fragilité capable de capter l'attention instantanément - surtout si Melaena Cadiz ou Lindsay Swartz Newman relèvent le niveau d'émotion en se proposant aux choeurs (sur The Dark, This Fire ou Hearts Racing, avec de surcroît l'harmonica pour achever de charmer l'auditeur.) De simples accords, à la guitare hollow body ou au banjo (Broken Land), et une vision musicale qui se nourrit des mouvements et des sons de la ville. des évocations de lieux (la Nouvelle-Orléans..) sur Ticket Home ou St James'Bed et de souvenirs, et une fascination pour les matinées qui démarrent au café, assis au comptoir, tandis que des hommes en bottes entrent et foulent de le sol, clomp, clomp, clomp. Ou le "changement d'ambiance", que les portes du métro s'ouvrent ou se referment. Rien d'aussi touchant encore que dans Si tard, il était si tard, le livre de James Kellman. Mais un rythme lancinant où les sons remplacent les 'sans dec', les 'putain' et les 'bordel'.

Légèrement misanthrope, (il le faut pour produire une musique affirmée comme celle-là) mais qui célèbre les gens et la vie avec cette patte matinale, simple, vagabonde, traditionnelle. Fury of the Light martèle le blues hypnotique d'un one-man band, mais ce n'était pas intentionnel. "J'aimerais être plus émotionnel et cru", avoue t-il comme pour montrer qu'il n'est pas de ces vaniteux qui brandissent simultanément guitare et frappent du pied leur kick drum.
http://thebonesofjrjones.bandcamp.com/album/dark-was-the-yearling

samedi 22 août 2015

La semaine psychédélique (2) - WALKING SHAPES - Taka Come Home (2014)






OO
ludique, entraînant, frais
Rock alternatif

De l'introspection extravertie, cette façon de négocier avec les êtres d'un autre monde pour mieux faire face aux impitoyables êtres humains. Walking Shapes se construit un impressionnant rayon d'hymnes punk rock discoïdes psychédéliques et pop. Ils sont armés pour lutter crâneusement contre les têtes d'affiches japonaises, contre Yoshimi et ses robots roses avec une joie débraillée et très cool. Font penser aux Flaming Lips, donc, en plus léger quand même. L'esthétique du clip de Feel Good est piquée aux visions ludiques de Wayne Coyne, déjà. Plein de tubes en puissance sur cet album, de d'échos rebondissants, de couplets sinusoïdaux, de refrains libérateurs et d'énergie élastique. Puis basculent sans prévenir dans l'élégance d'une ballade folk avec Find Me. Dans leur attitude exploratrice, font honneur à leur pays comme rarement ! Un album peu remarqué mais si bien amené et construit qu'il ne peut pas laisser indifférent. 

Réédité avec des titres bonus en 2015.

mardi 10 mars 2015

ASHER DEAVER - S./T. (2015)







O
poignant, frais
folk

Asher Deaver fait une musique qui parle d'elle même. Mais rien n'interdit d'essayer de trouver sur le web un peu de sa back story. Né en 1990, il a une histoire originale qui inclut des changements de région incessants dans l'ouest des Etats Unis, jusqu'à terminer presque à la frontière avec le Canada - ce qui est documenté dans Southern Bound et tout au long de l'album -, un partenariat avec une chanteuse folk plus précoce encore, Courtney Marie Andrews, que ceux qui l'on rencontrée en concert peuvent qualifier de grâce du folk. Et, le diagnostic d'une tumeur au cerveau dont il a été opéré en 2013, mais qui a entraîné des pertes de mémoire et des difficultés pour parler dont il a mis du temps à se remettre. Sans parler du temps perdu dans un lit d'hôpital. C'est l'histoire d'un esprit 'infesté' par le Blood on the Tracks de Bob Dylan et par la conscience de sa propre mortalité. Pas de fioritures sur ce deuxième album (le premier remonte à 2008, avant les ), loin d'être démonstratif, mais entraînant, mature et tourné vers les aventures à venir, même lorsqu'il rappelle le rock des années 1970 sur  Mercy surtout. On y trouve tout de même de la pedal steel en abondance (l'instrument de la fraîcheur matinale et du bonheur), du violon et de l'harmonica. La voix parfois un peu rauque de Deaver rappelle une jeune Steve Earle, et rejoint la manière poignante d'un Ryan Bingham sur Elko, en duo avec Courtney Marie Andrews. 

http://asherdeaver.bandcamp.com/

samedi 24 janvier 2015

CUB & WOLF - S./T. (2015)





O
attachant, spontané, frais
folk-rock

Un album d'un groupe très loup solitaire, quasi invisible sur le net ailleurs qu'au nord de l'Allemagne (A l'exception notoire de l'excellent webzine Nothing but Hope and Passion). Leur pays d'origine : la suède. Il sera évidemment confondu avec les australiens de Wolf & Cub (!!!) Autant dire que ces deux là ont le même nom, et qu'il vaut mieux que les derniers venus en changent. Le producteur Mattias Larsson et Linus Lindvall ont composé la réussie A Place to Mourn pendant un temps récréatif en studio. Les autres chansons, issues de sessions pour d'autres groupes mais qui n'avaient pas trouvé leur place sur les albums des amis, sont toute revenues en une journée et ont été arrangées pour constituer cet album de rock mélancolique. Leur sincérité et leur spontanéité les rend attachants. Etant donné la démarche, la profondeur d'une production pourtant dépouillée d'une chanson comme Standing Tall while Failling Down est confondante.  Des constructions de morceaux propres à l'épanchement, à la communion, comme on pouvait en trouver dans la pop de Ages and Ages l'an dernier. Une instrumentation en banjo et glockenspiel (l'un de mes instruments préférés) apporte de la luminosité à des compositions à la monotonie positive. What we Lost in The Fire termine l'album sur une touche résolument déchirante, en témoigne son violoncelle.

http://cubandwolf.com/
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lundi 12 janvier 2015

THE PUNCH BROTHERS - The Phosphorescent Blues (2015)


O
soigné, élégant, frais
bluegrass, pop

Pour les Punch Brothers, la tradition musicale, la musique elle-même, est une évocation de plus en plus cinématographique. Leur nouvel album conçu pour susciter des images, avec une chanson qui ouvre comme une séquence à l'intensité inhabituelle dans le genre. On pense à Owen Pallett. Après avoir déjà travaillé avec le grand T Bone Burnett pour la musique du film Inside Lewyn Davis des frères Cohen, il s'allient à son don pour combiner musique commerciale et retour aux racines avec cet album, très balancé. On connaît l'extraordinaire Chris Thile, réputé comme l'un des meilleurs musiciens de sa génération à la mandoline, surtout au sein du trio Nickel Creek. Il chante, et à sa suite, dans un seul élan le groupe, rassemblé pendant une retraite printanière, un monde en apesanteur, partage avec l'auditeur toutes les expériences, les interactions, ce qui arrive lorsque chanson jaillit de la nature, du bois d'instruments vénérables, puis est reprise par une seconde voix, puis une troisième, jusqu'à former un chant à l'unisson. Au temps des applications numériques, cette révolution des interactions humaines peut être évoquée par la musique. Les Punch Brothers tentent de réunir tout le monde dans un seul mouvement. Il en est question naturellement, de mouvements, chez un groupe qui, après avoir démarré ambitieusement par une suite de quatre mouvements en 2008 avec The Blind Leading the Blind, reprend ici Debussy et Scriabin, confinant un peu son univers mais lui insufflant une légèreté enivrante.  

lundi 10 mars 2014

WATER LIARS - S/T. (2014)






OO
doux-amer, frais
rock, folk-rock

Un groupe du Mississippi qui rappelle Shovels and Rope dans son urgence de raconter des expériences de vécu, pour ceux qui vivent dans leur époque, le cœur sur la main, et ceux qui, de passage ont besoin d'être prévenus des déconvenues qui les attendent. Un rock pétri de délicatesse, l'un de ces groupes qui font pencher la tête pour en apprécier la simplicité et la qualité des chansons, à défaut d'originalité. Les textes se démarquent par leur sincérité et la musique par sa capacité à être poignante et entêtante en même temps. Tolling Bells et Last Escape ajoutent la libération nécessaire. 

dimanche 23 février 2014

HURRAY FOR THE RIFF RAFF - Small Town Heroes (2014)

 





OO
frais, communicatif
country, folk

Alynda Lee Segara ne fait pas de différence entre la musique et la vie. Les paroles de ses chansons, percutantes et pleines de bon sens font très vite s'envoler nos soupçons de voir en Hurray For The Riff Raff un autre groupe de country surannée. Segara n'a pas estimé que le style musical avait besoin de ressusciter : trouvant l'idée géniale d'endosser le rôle du héros dont le pouvoir est la franchise, elle contrecarre toutes les intentions vaseuses auxquelles on est habitués pour justifier un nouveau groupe et un nouvel album. Musicalement, c'est habile, riche, expansif. On aimerait plus de ces songwriters décomplexés qui font la loi en s'opposant à la violence des armes, en réécrivant les chansons du folk revival, avec la même niaque de petite Blanche dans un monde de marginalité. Mais il semble qu'elle est la seule à le faire avec cette empathie à deux doigts du féminisme, en s'emparant du personnage de Delia créé Dick Toops et Karl Silbersdorf, et incarné souvent par Jonnhy Cash. J'ai beaucoup aimé l'attitude, les textes et le développement de l'album ! 

samedi 25 janvier 2014

HARD WORKING AMERICANS - Hard Working Americans (2014)







O
vintage, frais, rugueux
rock, americana

Un album qui reprend des standards, peut-être, mais avec une approche qui montre combien ces musiciens réunis sur le vif sont à l'aise, entre engagement et satire poignante. C'est très agréable de retrouver, au chant, Todd Snider, l'inaliénable prophète des déshérités et des failles d'un système politique, bancaire et religieux américain en mal de spiritualité. La simplicité conjuguée du patronyme et du concept de l'album (des chansons pour les déclassés et ceux qui s'usent dans l'alcool et l'attente d'une vie meilleure) représente un tour de force. Une vraie 'tarte au citron', pour reprendre Shemekia Copeland qui disait dans une chanson que c'est tout ce qu'il y avait pour les pauvres, avec  Randy Newman et ses paroles géniales en cerise. Cela comporte des faiblesses, étant donné le potentiel et la gouaille de Snider, mais l'album décolle vraiment après la reprise de Stomp and Holler, une chanson de son ami Hayes Carll dans laquelle Snider a su retrouver l'héritage de ce que les Rolling Stones faisaient de social. Avec les écoutes, toute la deuxième moitié de l'album devient très savoureuse. On attend déjà le prochain chapitre de la saga ouvrière de Todd Snider, qui est en train d'écrire au fil des chansons, des concerts et des prises de parole humanistes une nouvelle page de la musique américaine.

mercredi 22 janvier 2014

DOUG PAISLEY - Strong Feelings (2014)




OO
intimiste, frais
folk-rock

Certains avancent que l'art n'est pas une affaire d'équilibre, mais reflète au contraire un dérangement, un dérèglement... Pourtant cet album entre traditionnel et moderne, est un exercice d'équilibre parfait. C'est le genre d'album dont on a besoin lorsqu'on écoute de la musique tous les jours. Paisley nous laisse encore une fois en suspens, subjugués par sa justesse, comme avec l'album éponyme paru en 2008. Les instrumentations minimalistes ont plus de palette, la voix est bien plus assurée, mais les mêmes teintes mélancoliques et amoureuses se détachent du résultat.

jeudi 16 janvier 2014

ANGEL OLSEN - Burn Your Fire For No Witness (2014)




OO
intimiste, frais
 rock alternatif


Elle a beau paraître très sure d’elle sur ce disque, Angel Olsen n’a rien forcé pour passer en deux ans de la discrète vocaliste derrière Bonnie Prince Billy à celle qui propulse désormais des chansons plus solides à la force de sa guitare électrique. Pourtant, c’est une remarquable apparition que de jaillir d’un disque aussi clair-obscur que Wolfroy Goes to Town (2011). On se dit qu’elle est là pour graviter autour de la lumière, sans jamais quitter les tristesses que projette Will Oldham.

Burn That Fire For No Witness un album naturel : elle a toujours préféré l’électricité et les lumières de la ville, où elle est arrivée pour poursuivre sa carrière : Chicago. Sharon Van Etten, également chez Jagjaguwar, a suivi un peu la même trajectoire vers New York.  Là, elle a rencontré le batteur Josh Jaeger qui n’a eu de cesse de peaufine on plan : travailler avec elle, l’introduire à un autre ami avec qui il formait déjà un tandem solide pour la composition. Les chansons se sont formées avant et après la tournée exténuante. On se demande toujours ce qui pousse des artistes comme Olsen à prendre la route plutôt que de travailler tranquillement sur leur prochain album. Pourquoi un album à la gestation aussi organique, qui appelle la joyeuse solitude d’une petite famille de musiciens, doit t-il être entrecoupé d’obligations promotionnelles ? Heureusement, Jaeger n’a même pas eu besoin de l’avoir toujours sous la main pour tracer les lignes franches de cet album avant de les soumettre à sa validation. Les fondations folk-rock tâtonnantes reproduisent l’intimité, jamais vraiment dévoilée, des chansons, leur esprit encore énigmatique, hésitant à libérer complètement les envies de légèreté et de vitalité. Celles qui se dissimulent dans toutes les vies tiraillées entre la culpabilité d’être heureux face à soi-même et la peine de devoir devenir de plus en plus public. Ce sont ses limites qui semblent donner l’impression qu’il est plus qu’un pas en avant pour Olsen, mais une œuvre à part, qui se suffit à elle-même. 

mardi 12 novembre 2013

JOE LOCKE - Lay Down my Heart (2013)

 
 
O
frais, ludique, lyrique
jazz

Joe Locke reprend des standards, dans un album parfait pour écouter autour des fêtes de fin d’année. Et pourtant, derrière les mélodies apaisantes, il y a la volonté créer de nouvelles émotions, avec cet instrument trop peu répandu comme fenêtre de ses envies d’introspection et de légèreté.  

Joe, tu ne fais pas seulement de belles notes et de belles phrases mélodiques, mais il y a aussi beaucoup d’élégance dans ta performance. C’est un concert avec beaucoup de personnalité, non seulement dans ton jeu, mais dans ton langage corporel et la façon dont tu interagis avec le public.

 La « performance », ce n’est pas une intention de ma part. L’aspect physique de ma façon de jouer vient qu’il faut essayer de faire ressortir les meilleures notes possibles du vibraphone. Je joue avec quatre maillets à la fois. Cela demande beaucoup de force, c’est très physique. Afin de jouer les phrases je joue avec toute l’énergie dont j’ai besoin à l’instant où je dois la fournir. Si cette façon naturelle d’obtenir les notes apparait comme une chose préméditée, et bien tant mieux.

Quant à ma personnalité, je suis une créature très sociable. J’ai l’habitude d’aller vers les autres, même s’il y a une part de moi qui exprime de profonds doutes. C’est sans doute pourquoi j’ai besoin d’être heureux en public. J’ai besoin d’éprouver cette joie car je passe une partie de mon temps à m’égarer dans des réflexions peu sûres, dans des endroits sombres. Le terme de performance, finalement, me paraît péjoratif. Il dissimule ce que vous exprimez vraiment lorsque vous jouez.

Pourquoi graviter dans l’univers du jazz ? Aurais-tu pu jouer du classique ? 

J’ai toujours créé mes propres trucs. J’ai commencé à écrire mes propres chansons très tôt, pêchant des choses que j’entendais sur les disques et à la radio, m’appropriant des mélodies. J’ai été attiré par l’improvisation presque depuis le début de ma carrière.

Qu’est-ce que tu écoutais à ce moment-là ?

Quand j’étais enfant j’écoutais du rock n’roll. De 12 à 16 ans j’ai joué de la batterie dans un groupe de rock n’ roll avec des musiciens plus âgés, et j’écrivais de la musique. Puis, comme la plupart des gens de mon âge, je me suis mis au jazz en écoutant de la musique qui fusionnait les genres, Weather Report et Chick Corea, Return to Forever, Herbie Hancock, Headhunters, puis en replongeant dans du plus ancien pour trouver ce saxophoniste, Wayne Shorter, et m’apercevoir qu’il jouait avec Art Blakey et qu’il avait des disques sur le label Blue Note. J’ai continué de chercher, j’ai abouti dans le monde du jazz acoustique.  


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