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jeudi 2 juin 2011

{archive} Gil Scott-Heron - The Revolution Will Not be Televised (1974/1988)





Voir aussi la chronique de Winter in America (1974)
Voir les archives sur Gil Scott Heron

Parution : 1974/1988
Label : Bluebird
Genre : R&B, soul, spoken word
A écouter : Lady Day and John Coltrane, Home is Where the Hatred Is, Save the Children,

9.75/10
Qualités : poignant, sensible, engagé, vibrant


Cette compilation contient l’essence de ce qui fait Gil Scott Heron au début des années 1974, dans un époque où tout ce qu’il avait d’important à dire lui venait en même temps, ou il lançait des traits d’esprit à profusion,  créant un œuvre à la densité rare. C’est l’endroit idéal où commencer à l’écouter. Scott-Heron faisait alors preuve d’une conscience politique et sociale que peu d’artistes ont égalée. A mesure que son talent s’était révélé, il était devenu auteur de prose,  de vers, musicien (son instrument de prédilection restera le piano rhodes), et surtout orateur, inspiré par Martin Luther King et avec en tête, constamment, le discours que celui-ci avait prononcé devant le Lincoln Memorial en 1963. Scott-Heron avait ce besoin brûlant de partager des messages simples et très puissants, les communicant avec une ferveur inoubliable. Il était de ces artistes qui transforment votre façon de penser, qui exacerbent votre sensibilité. Un slogan aussi fort que The Revolution Will not be Televised a un peu vieilli, à l’heure où la révolution passe par les réseaux sociaux ; et cette chanson qui est devenue pour beaucoup l’épitaphe de Scott-Heron ne devrait pas cacher toutes les beautés humanistes que révèlent certaines de ces chansons, et la vivacité de son espoir, un sentiment indispensable pour faire face, aujourd’hui comme hier, à l’engrenage de la finance. Ecouter Gil Scott-Heron c’est consommer un peu de cette espérance – qui pourra être utilisée dans les jours, les mois, les années à venir pour toute action utile à soi et aux autres.

La version de 1974 de cette compilation rééditée en 1988, tout en étant plus courte, a plus d’impact. Les morceaux ajoutés en 1988 sont en réalité la seconde face de l’album Pieces of a Man (1971), dont sont aussi tirées certains des meilleures sélections ici. Allant de 1970 à 1972, les enregistrements présents nous permettent de profiter des meilleures chansons de Scott-Heron au début de sa carrière. Le style musical est très ouvert ;  poésie parlée, rythm & blues innovant qui contiennent des influences jazz, grooves qui préfigurent le hip-hop. L’abrasivité de certaines pièces – No Knock, The Revolution Will not Be Televised, Brother - confirment les assertions comme quoi Scott-Heron serait un parrain du rap. Ces séquences choc choisissent la confrontation directe et ne deviennent que jouissives, étant donné l’agilité de langue du parolier. Sa colère est contagieuse, notamment sur Whitey on the Moon : «  A rat done bit my sister Nell (with Whitey on the moon)/Her face and arms began to swell (and Whitey's on the moon)/I can't pay no doctor bill (but Whitey's on the moon). « Un rat a mordu ma sœur Nell/Son visage et ses bras commencent à enfler/Je ne peux pas payer de docteur/Pendant que le Blanc est sur la Lune ». Tout est une question de point de vue, et ce que fait Scott-Heron est nous ouvrir à une réalité complètement différente à celle à laquelle la plupart d’entre nous sommes habitués. L’époque ne change rien. Ses observations transcendent les temps et les lieux, car Scott-Heron est un véritable écrivain (il a d’ailleurs commencé par écrire un livre, The Vulture).


J’ai lu quelque part que l’empathie des gens les uns envers les autres devait sauver le monde. Pour la stimuler quelque peu, on peut prêter une oreille à ces Pieces of a Man (la chanson, un touchant portrait de famille où il dit avoir vu son père « se mettre en pièces »), ou Home is Where the Hatred Is, qui décrit les causes intimes de la violence, et comment cette violence commence d’abord par se manifester envers soi-même avant de nuire à autrui. « I left three days ago, but noone seems to know i’m gone » « Home is where the needle Marks/Try to heal my broken Heart ». Et surtout, Save the Children, la brillante complainte pour sauver l’avenir des nouvelles générations, entre les mains desquelles on place une responsabilité chaque jour plus grande. « We got to do something yeah to save the children/Soon it will be their test to try and save the world/Right now they seem to play such a small part of/The things that they soon be right at the heart of ». Au centre des chansons de Scott-Heron, il est toujours question de cœur ; l’empathie est sienne, il la travaille comme Klein son bleu si particulier. Ca et là, la légèreté, l’humour – assez noir, c’est le cas de le dire en ce qui concerne Brother – ou une instrumentation sensuelle allège l’atmosphère. Lady Day and John Coltrane, tiré de Pieces of a Man, est un classique R&B qui raconte comment la musique jazz peut adoucir les mœurs. Scott-Heron ne se fait pas seulement plaisir dans ces moments de brillance pop, il ouvre ses auditeurs, les met en confiance, les charme. Save the Children ou Home is Where the Hatred Is montrent aussi l’excellence de Scott Heron comme chanteur de soul.

jeudi 11 mars 2010

Gil Scott-Heron - I'm New Here (2010)



Le pape du spoken-word, avec The Last Poets. Gil Scott-Heron venait à chaque fois avec toutes ses forces, ses faiblesses, taper à la porte pour exorciser le rêve américain. The Revolution Will Not be Televised est peut-être sa pièce la plus célèbre. A sa propre manière, il a incarné l’anxiété des années 70, a porté avec une voix neuve les transformations d’une époque de troubles. Aujourd’hui, cela fait seize ans qu’on ne l’a plus entendu, à l’exception d’un featuring ou deux (il a écrit un livre) ; il a eu des démêlés avec la justice pour des histoires de drogue, malheureusement. Comme si le sarcasme qu’il adressait à la société l’avait rattrapé, qu’il faisait maintenant partie du lot des figures pathétiques qui la constituent, incapable de dominer les emmerdes.

Sur I’m New Here, il apparaît solitaire, comme retardataire ; comme quelqu’un qui a définitvement perdu la course, et, plutôt que de voir les choses comme un leader convaincant, est maintenant déconnecté des réalités qu’il connaît pourtant. C’est ce qui fait que ce disque semble honnête ; Scott-Heron ne tente pas de rattraper le temps perdu, il célèbre en déchu ses revendications passées en les adaptant pour sa nouvelle situation. « It’s easier to run », remarque t-il ; lui n’a pas cherché à fuir en avant ; il préfère regarder fuir les autres devant lui, les voir disparaître vainement tandis qu’il progresse à son rythme en arrière, aux endroits les plus difficiles, les plus noirs, les plus stimulants aussi. Et dans sa musique au moins, il reste maître de lui, complètement décontracté.

Le morceau I’m New Here est une reprise de Bill Callahan, roi solitaire du lo-fi jusqu'à ce qu’il s’entiche récemment de mieux produire ses enregistrements. Me and the Devil est évidemment une référence à Robert Johnson, l’un des premiers musiciens populaires significatifs, et à son Me and the Devil Blues. Comme si Scott-Heron, dans sa position inconfortable, était en mesure de fermer la parenthèse presque sans âge d’une musique accouchée dans la douleur et avec une volonté de repentir incommensurable.

  • Parution : 8 février 2010
  • Label : XL Recordings
  • Producteur : Richard Russell
  • Genre : Spoken Word, Trip-Hop
  • A écouter : Me and the Devil, New York is Killing Me, Running

  • Note : 6.75/10
  • Qualités : attachant, spontané

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