“…you can hear whatever you want to hear in it, in a way that’s personal to you.”

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mardi 12 janvier 2016

VARIOUS - Remembering Mountains : Unheard Songs by Karen Dalton (2015)



O
Intimiste, poignant
Folk, dream folk

Il y a dans ces chansons un souvenir qu'on ne peut pas atteindre, et Marissa Nadler le touche de toute sa présence spectrale, avant de se retirer. Elle semble plus proche de l'attitude sépulcrale qu'elle ne l'a jamais été sur ses propres albums, un paradoxe doucereux quand on sait que c'est pour donner vie à l'un des textes jamais enregistrés en chanson par Karen Dalton. La chanteuse folk New-Yorkaise des années 60 fait partie de ces figures tragiques ayant laissé filer leur créativité devant le manque de réponse commerciale. Sa voix trop dévastée, sa timidité auraient trouvé plus d'écho dans le monde d'aujourd'hui, affamé de sincérité, de fragilité. Pourtant, à Greenwich Village, elle partageait l'amitié de Bod Dylan ou de Tim Hardin. Sur une photo d'époque, elle serait cette jeune fille difficile à identifier, mais dont l'étrangeté ferait la valeur même du cliché. Elle donnerait de la présence, rétroactivement, à tout ce qu'elle effleurerait.

Aujourd’hui, il s'agit, pour douze artistes et chanteuses toutes incroyables, de l’atteindre où elle se trouve. Hormis Lucinda Williams, qui donne comme habituellement une dureté, un aspect rugueux à sa chanson, les chanteuses choisies sont irrémédiablement fascinées par le drame et le mystère intangible du folk, et s'appliquent à recréer les conditions dans lesquelles Karen Dalton pourra disparaître comme une flamme fugace. C'est comme de se retrouver autour d'une table de divination. Julia Holter, Laurel Halo ou Josephine Foster sont bouleversantes en se retranchant le plus possible dans ce fantasme qui les habite un peu, c'est à dire en cet intérieur sans joie d'où provient la magie de Karen Dalton, et du folk. Julia Holter évoque ce que peut faire Jenny Hval. A rapprocher de l’expérience extrême que constituait Servant of Love, l'album de Patty Griffin paru à la même période (2015).  

dimanche 16 décembre 2012

Best of 2012 - 4 ème rang albums # 12 à # 16



Shovels and Rope - O'Be Joyful
 
Les contributions de Trent sont souvent lyriques, poétiques et parfois sombres. Il dit aimer les auteurs de chansons qui utilisent des personnages et des perspectives distinctes de leur propre existence. D'autre part, Hearst joue sur la corde du conteur populaire, usant de phrases entêtantes et des bons mots. “Tell New York, tell Tennessee/ Come to Carolina and ya’ drinks on me,” chante-t-elle sur le old-timey Kemba’s Got The Cabbage Moth Blues, inspiré par les enregistrements qu'Alan et John Lomax ont fait de chanteurs de Johns Island, Caroline du Sud, dans les années 1920.


The Mountain Goats - Transcendenal Youth
 
Darnielle continue à développer un univers noir, créant des personnages dont les expériences semblent s’approcher de plus en plus des limites de l’existence, résultant d’une poésie pleine de feu, d’hallucinations et de lumière sacrée, d’images bibliques. Les Mountain Goats, après tout, ont un album appelé The Heretic Pride (2008), et un autre qui s’inspire d’extraits du nouveau testament. Darnielle en tire une modernité propre, dans sa façon de traiter différentes psychologies et de les diriger vers la rédemption.


Dr John - Locked Down
 
Le pouvoir d'évocation de la sorcellerie vaudou accentue l'impact d'un album sur lequel Dr John appelle aux armes, pourfend les nouvelles religions, finance et surveillance, y apparaissant pourtant plus touchant que sauvage. Comme dans toute musique néo-orlanaise, les thèmes de la persistance de la rédemption transcendent celui de la désobéissance, de l'acte inconsidéré, même si l'ouragan Katrina a donné depuis 2005 une tension supplémentaire au discours des artistes locaux.


Cold Specks - I Predict a Graceful Expulsion
 
« Je ne pourrais pas davantage m’en moquer. » Ce qu’elle dit avec un petit rire, effronterie presque. Cette désertion semble désagréable jusqu'à ce qu’on se rende compte de la vérité de son jugement. Les chansons lui ont bel et bien échappé dès lors qu’elle les a enregistrées. Ce que son disque résout sobrement. Arrachant des fragments de libération, pour en faire poésie très personnelle, la chanteuse demeure extraordinairement focalisée. « J'ai toujours eu l'impression que les premiers albums étaient votre greatest-hits, et que le deuxième est plus difficile », lâche t-elle comme pour expliquer sa grande inspiration pendant les deux années à se découvrir en tant qu'artiste, entre 2010 et 2012, deux années qui ont donné lieu à l'album. Elle est déjà sincère en reconnaissant qu’il pouvait y avoir comme une forme de triomphe moins évident à partager que de la noirceur pure et simple. « Je ne sais pas de quoi ça parle. La mort. Laisser filer. Grandir. »

(Extraits : interview réalisée lors de son passage à Paris)

 
Larkin Grimm - Soul Retrieval
 
Paradise and So Many Colors est sans doute la meilleure chanson enregistrée par Larkin Grimm à ce jour. Without a Body or a Numb and Useless Mind prend des airs de cérémonie, sur une mélodie vive, menée par un accordéon – l'instrument traditionnel des Appalaches. C'est une de ces chansons profondément personnelles et très abouties qui émaillent tout album de Larkin Grimm. Sur la ballade The Road is Paved With Leaves, celle-ci n'a jamais aussi bien chanté. Un tel morceau laisse penser qu'elle pourrait avoir une belle carrière dans un registre blues. La langueur est de mise, avec « Nothng to worry about/ everything is fine» au refrain, et les Shoo bi doo-doo-doo aaaah... pour finir.




samedi 31 mars 2012

Larkin Grimm - Soul Retrieval (2012)


Parutionjanvier 2012
Label
GenreFolk, acid folk
A écouterParadise and So Many Colors, Without a Body or a Numb and
useless Mind, The Road is Paved with Leaves
°
Qualitésenvoûtant



Voir aussi la chronique de Parplar (2009)
Des origines de son nom – oui, elle serait la descendante des frères Grimm ! (à qui l'on doit d'avoir rassemblé et restauré certains des contes les plus chargés de charmes et de symboles de toute la littérature) - jusqu'aux détails d'une enfance communautaire dans les montagnes de Géorgie, Larkin Grimm est une curiosité qui ne cesse, de surcroît, de croiser la route de personnages aussi étrangers qu'elle à la banalité. Michael Gira, du groupe Swans, est déjà une chose. Mais que penser de cette Kelly Donohue, une sculptrice qui utilise les visions provoquées par les infusions psychotropes colombiennes Ayahuasca pour leur donner corps dans l'argile ?

Et enfin, s'il faut prouver que Grimm est bien New-Yorkaise et non plus recluse dans les sauvages montagnes des Appalaches, vient sa dernière rencontre. John Perkins, l'auteur d'un best-seller, Confessions of an Economic Hitman. Perkins, un type de Wall Street qui se fit soigner par un chaman lors d'un voyage en Equateur. Seulement, le chaman déclara que désormais, la vie de Perkins lui appartenait, et le prit comme apprenti. Perkins finit par organiser des cérémonies chamaniques dans les centres de formation des entreprises. Ces enseignements furent le point de départ de Soul Retrieval. « 2012 est supposé être le moment où le cœur et l'esprit des hommes trouvent un équilibre, explique Grimm. « Une façon pour les gens de trouver cette balance, ce sont ces cérémonies que l'on appelle Soul Retrievals. Vous recherchez des pièces de votre âme qui ont été perdues, pour essayer de vous rendre plus fort, meilleur, encore plus égal à vous-même. » Elle redonne à des croyances devenues clinquantes une drôle de sobriété. Cela grâce à son regard particulier, enthousiaste, son épanouissement de mère. Voir une personne d'obédience aussi mystérieuse étaler sa vie privée sur Facebook, depuis la naissance de son bébé il y a plusieurs mois, signifie que le réseau social a de beaux jours devant lui.

Les sessions pour l'album ont été bouclées en deux jours en compagnie de Toni Visconti. Grimm ne cesse de raconter sa relation avec le producteur mythique de David Bowie ou T. Rex, et comment sa reprise de She Was Born to Be My Unicorn scella leur collaboration (Visconti étant responsable de la production de la version originale de Marc Bolan). Grimm nous rappelle qu'avant le glam-rock, Bolan enregistrait de l'acid folk.

« J'ai écrit toutes les chansons, et j'ai fait de nombreux arrangements. J'ai choisi tout les musiciens moi-même », commente Grimm. De fait, inutile de chercher quelque son seventies dans cet album, qui s'inscrit dans la lignée folk étonnante du précédent Parplar (2009). Flûtes, basse, harpe et guitare constituent l'ossature des morceaux.

Paradise and So Many Colors est sans doute la meilleure chanson enregistrée par Larkin Grimm à ce jour ; on la croirait échappée d'une comédie musicale, tant elle rayonne de ravissement charmant et fonctionne sans arrière-pensée. Flash and Thunder Came to Earth sort quant à elle la grande métaphore, du genre « The seed that you plant/will grow up strong and kind », pour un résultat moins convainquant mais toujours enjôleur. C'est un tableau passé, saisissant parfois : « Flash of starlight spinning in the dirt. » Without a Body or a Numb and Useless Mind prend la cérémonie du Soul Retrieval à cœur, sur une mélodie vive, menée par un accordéon – l'instrument traditionnel des Appalaches. C'est une de ces chansons profondément personnelles et très abouties qui émaillent tout album de Larkin Grimm. Sur la ballade The Road is Paved With Leaves, celle-ci n'a jamais aussi bien chanté. Un tel morceau laisse penser qu'elle pourrait avoir une belle carrière dans un registre blues. La langueur est de mise, avec « Nothng to worry about/ everything is fine » au refrain, et les Shoo bi doo-doo-doo aaaah... pour finir.

Avec Be a Great Burglar, l'album change d'ambiance. Une mélodie médiévale évoque C.O.B. et Comus, la corde acid-folk est pincée et les thèmes tournent à la séduction et au sacrifice. « Now be couragous/jump into his bed/tear off your clothes and pin off his had/He'll probable kill you/Isn't that great ? ». Grimm redevient la sorcière de Parplar et maintint ce registre inquiétant dans les chansons suivantes. Sur Lying in a Pool of Milk : « dans le vide de ton esprit/Dans l'espace entre tes yeux. » Elle semble jeter un sort, posant sa main sur votre front, vous laissant confus, arrachant les pièces superflues de votre âme, selon les règles de la cérémonie. Jusqu'à la fin et l'onirique I'm Not Real, elle semble poursuivre son propre mystère, et cela sans pleinement convaincre. « I'm not real/you're not real to me/You could be anywhere/I could be anywhere with you ».

mardi 20 juillet 2010

Larkin Grimm - Parplar (2008)




Parution : 2008
Label : Young God Records
Genre : Folk
Producteur : Michael Gira
A écouter : They Were Wrong, Ride That Cyclone, Dominican Rhum



Note : 7.25/10
Qualités : lucide, pénétrant

Je tiens à remercier Julien Tilly pour m'avoir fait découvrir cette grande artiste. Tous les extraits d'interview dans cet article sont tirés de son travail pour le fanzine Twice.

« J’ai été accusée de toute sorte de sorcellerie. Il a été dit que j’avais une influence perverse et inquiétante et j’ai été renvoyée des églises, des écoles, des communautés hippies et de la ville de Skagway en Alaska. » Ainsi Larkin Grimm commente-t-elle sa jeunesse. Toute son enfance a sans doute été le plus marquée par les convictions de ses parents, qui faisaient partie d’une communauté religieuse et hippie utopique qui croyait à la guérison du monde par l’esprit et entretenait une relation détachée avec son environnement hostile et cruel. Grimm va faire l’expérience de la réalité relativement tard, protégée qu’elle avait été jusque là par ses parents. « Mes meilleurs amis dans l’école publique étaient le seul garçon noir de la classe, que l’on traitait constamment comme un idiot et une fille qui avait subi des abus sexuels par son voisin. Quelques années plus tard, ce même voisin lui a coupé la tête… »

Au moment de Parplar (2008), son troisième disque, Larkin Grimm a la trentaine. De son expérience de jeunesse, elle s’est forcée à garder l’esprit optimiste. « Je suis toujours très idéaliste et crois très fortement au pouvoir de la gentillesse, de la franchise et de l’amour. J’essaie de me maintenir en bonne santé de manière honnête et holistique et je ressens une responsabilité d’aider les autres à faire de même. » Fervente admiratrice de Patti Smith, Grimm va surtout au fond des choses, explorant sur ce disque le pouvoir du corps et des désirs charnels, le pouvoir des mots crus, la force des sentiments. Et il y a, rien qu’a considérer certaines paroles – l’infectieux Dominican Rhum en particulier – bien quelque sorcellerie noire à l’oeuvre. Sa signature chez Young Gods Records (Michael Gira de Swans en est le fondateur, et on lui doit la découverte de Devendra Banhart) semble ainsi naturelle. 

Usant de cette fausse légèreté qui endort les méfiances, Grimm charme rapidement, après un They Were Wrong magistral. « Who told you you were going to be all right/Well they were wrong, wrong, wrong/In my mind you’re already gone” Elle se bat avec le mal intime comme d’autre combattent les causes politiques et sociales. Et c’est par là que tout commence – dans l’affirmation de soi, dans la fierté de son propre corps et dans la force de son propre esprit. C’est notre vie intime qui va fonder notre tolérance, ou notre intolérance, notre ouverture aux autres, notre envie de partage… La vie est une lutte dans laquelle les plus paisibles, les plus inoffensifs ne sont pas ceux qu’on croit. Grimm semble voir le véritable mal, les mauvais sentiments enfouis en ceux qui ne savent les laisser s’en débarrasser – qui ne savent trouver dans l’existence l’expérience , la connaissance, la sagesse qui leur ferait chasser ces mauvaises pensées. Et quel meilleur moyen que la musique – les parents de Larkin Grimm étaient tous deux musiciens - pour exercer cette lucidité ?

Les chansons du disque sont plutôt sombres, et certaines phrases restent gravées dans nos mémoires : « you’re going to die anyway/So let me kill you nice ». Ces textes aux images fortes sont la façon pour Grimm de donner à ses pièces une profondeur dramatique ou tragi-comique, l’humour le disputant au macabre avec une adresse que seule pouvait négocier une artiste parfaitement équilibrée.

Mais le disque a aussi été produit par Gira, artiste excentrique avec qui Grimm partage plus d’une singularité. Sa voix, chantante et parfois stridente est sous le joug d’une langue polyglotte (Mina Minou, Durge), mais au-delà de l’aspect communautaire, il y a la tentative de partager des bribes de spiritualité tribale. Et la palette musicale très riche, qui emprunte autant à Morricone et au psychédélisme des années 70 qu’à des formations en quête d’exotisme (Os Mutantes), mais reste farouchement folk et fragile, fait parfois peser une atmosphère incantatoire sur les chansons. Il y a sur All the Pleasures in the World quelque chose du désert saharien. De l’ensemble du disque, c’est un sentiment de fraîcheur – et dans un certains sens de chaleur - qui se dégage, l’impression que le folk, la musique du ressenti et du partage, est encore renouvelé de la meilleure manière qui soit – instinctivement.




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