“…you can hear whatever you want to hear in it, in a way that’s personal to you.”

James Vincent MCMORROW

Qualités de la musique

soigné (81) intense (77) groovy (71) Doux-amer (61) ludique (60) poignant (60) envoûtant (59) entraînant (55) original (53) élégant (50) communicatif (49) audacieux (48) lyrique (48) onirique (48) sombre (48) pénétrant (47) sensible (47) apaisé (46) lucide (44) attachant (43) hypnotique (43) vintage (43) engagé (38) Romantique (31) intemporel (31) Expérimental (30) frais (30) intimiste (30) efficace (29) orchestral (29) rugueux (29) spontané (29) contemplatif (26) fait main (26) varié (25) nocturne (24) extravagant (23) funky (23) puissant (22) sensuel (18) inquiétant (17) lourd (16) heureux (11) Ambigu (10) épique (10) culte (8) naturel (5)

Genres de musique

Trip Tips - Fanzine musical !

Affichage des articles dont le libellé est communicatif. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est communicatif. Afficher tous les articles

mardi 5 décembre 2017

WATERMELON SLIM - Golden Boy (2017)




OO
communicatif, élégant, original
blues


Watermelon Slim a enregistré cet album comme une lettre d’amour au Canada. Invité en 2003 à jouer à Toronto, ce pays lui a beaucoup donné, dans la dernière partie de sa carrière. Lui aussi, comme Smoky Tiger, joue d’une ouverture sur le monde manifeste, comme un sport de combat. Si on y combine son feeling de vétéran de la guitare slide, et sa voix de basse dont il explore toutes les possibilités, évoquant un peu Captain Beefheart dans certaines intonations, c’est une vraie magie.

On débute avec le très rock n’ roll Pick Up My Guidon, et on finit par côtoyer les esprits en entonnant des chants rituels... Scott Nolan, figure de la scène folk de Winnipeg, a apporté une tranche de tendresse, Cabbagetown, et plein de bonnes vibrations à l’album. «Musiciens et vocalistes ( je n’en connaissais que quelques uns auparavant) m’ont fait participer à une expérience nouvelle pour moi de communauté musicale en studio. » témoigne Slim dans les notes de l’album.

Ce sentiment communautaire est aussi nourri par la participation de représentants de peuples natifs canadiens. La production est riche en tours de passe-passe, l’originalité étant cette décision de mettre en avant la voix, le révélant un personnage medium capable de canaliser la danse des nuits et des jours, le passé et le présent avec une sensibilité pour le travailleur, l’explorateur, le militant de la liberté des peuples. L’inventivité des arrangements ne fait pas oublier qu’ils sont au service d’un grand partage. Watermelon Slim apparaît, dans les photos accompagnant le disque, comme un parleur de rue, toujours micro en main. Une personnalité atypique, refusant de s’incliner dans le sillage des héros. Les mots puissants, les histoires vécues peuvent donner le change, et aussi Barrett’s Privateers, le chant viril Irlandais maintes fois repris depuis qu’il fut enregistré par Stan Rogers, entre autres par Smoky Tiger. Dark Genius, qui évoque les ombres totémiques de dirigeants politiques, culmine sur cette phrase : « He was a dark, dark genius/And i’ll probably just end like him some day ». Pas de fausse modestie, mais une majesté méritée pour un homme prenant le parti de la générosité et de la sincérité totale dans tous les aspects de cet album.

jeudi 5 octobre 2017

CHARLIE PARR - Dog (2017)



OO
Communicatif, naturel, engagé
Country blues


L'aridité de Charlie Parr n'est qu'une apparence. Ses chansons sont fertiles et profondes, même si elles sont chantées depuis une Duluth, Minnesota, une terre rurale avant tout intérieure. Une distance qui semble temporelle, aussi, l'impression qu'une autre époque presque pantéisme s'invite dans ses chansons sur la quête de chaleur humaine.

Surtout, on entend beaucoup de blues dans sa musique, et même un peu de ce style du Delta de mississippi. Ainsi, quoi qu'il joue, cela semble puissament ancré, même quand la tempête menace, ou que l'inondation fait des ravages.

Accompagné de quatre musiciens, jonglant entre guitare et banjo, il chante l'humanité comme quelqu'un qui a vécu le pire, qui a peut-être été en passe de la perdre. Plutôt ue de se replier, il élargit son expérience, invitant chacun à s'y reconnaître, à participer, provoquant une musique évocatrice car capable de tous nous impliquer. Il joue une musique folklorique et commune, primitive et expérimentale, dérivant comme par définition de notre histoire à tous, ce qui nous le rend très sympathique.

Ici, la musique traditionelle est définie par la confrontation avec l'extérieur. Cette confrontation qui résonne dans les tonalités insondables sur Rich Food and Easy Living. Ou dans le dénuement si réaliste sur Sometimes I'm Alright, tétanisante de justesse., dans un lyrisme laconique proche de Bill Callahan sur le bouleversant A River Ain't Too Much To Love. "The times are hard to tell/fiding light at the bottom of the darkest well". La vérité n'est peut-être pas si palpable, mais la justesse de l'artiste au plus près de son inspiration est aussi claire que la sérénité du monde physique, naturel, celui qui n'a pas besoin de nous, mais que, si nous sommes lucides, nous réclamons en priorité.

Parr est capable d'un entrain communicatif, qu'il plaide la cause animale, ou plus classiquement l'importance d'avoir un endroit ou l'on se sente chez soi, sur Lowdown ou Peacefull Valley, une transe rayonnant du plaisir fou de jouer ensemble, astucieusement placée à la fin de l'album. Ray & Glover, un groupe de Minneapolis, lui sert d'inspiration. I Ain't Dead Yet s'entend comme une reprise d'un de ses héros, peut-être Spider John Koerner, un présage issu des années 60 et qui sonnera juste à chaque fois qu'un homme ressentira le besoin d'un peu de reconnaissance en retour de ses efforts pour s'intégrer, honnêtement, ici bas, plutôt que, sans sincérité, où Dieu voudra. L'urgence de vivre, et d'écouter avec humilité ceux qui nous entourent, va de soi quand on écoute Dog.

samedi 18 mars 2017

ALL STRINGS ATTACHED - Incantations For Strange Folk (2017)





OO
engagé, communicatif, original
Gypsy rock


Leur style bohème repose sur une candeur et une franchise sémillantes, et leur force festive reflète parfaitement quelque chose de typiquement australien : des groupes-orchestres taillés pour produire des concerts super excitants et distiller une rage artistique bienvenue. Dans le monde exalté de All Strings Attached, quintet opérant à Sunshine Coast, nord de Brisbane, c'est carnaval toute l'année, on se réveille déguisé pour le petit déjeuner, on ne sait plus très bien quand a commencé la performance mais on ne s'imagine plus retrouver la vie monotone d'avant. Ils se réclament du gypsy folk d’Europe de l'est et le combinent au punk et au hard rock, sans ciller. Mais que peu donner sur disque cette musique dénaturée, qui mêle riffs agressifs, rythmes endiablés de polka et violon gitan ? Ce serait maigre sans cohésion mais elle est là, dans le style charismatique, mais en plus progressif, de Gogol Bordello et de son cabaret punk gitan ukrainien, grâce à la présence et à l'inspiration hyper-communicative de leur chanteuse violoniste. Les refrains appellent à la générosité, au retour à la vie réelle.

On commence à vraiment prendre part à leur fantaisie sur All Strings Show. La plantureuse tranche de violon, viola et violoncelle terminant le morceau semble être ponctuée par un aboiement de chien ! La variété et la qualité des mélodies nous rassurent rapidement, cet album n'aura pas le défaut de répéter la même formule et de nous lasser. Au contraire, ils explorent des tempos différents. Sur Keep it Stupid ils commencent à évoquer System of a Down. C'est le guitariste-chanteur, dont la voix curieuse sert essentiellement de contrepoint au cours de l'album, qui y tient le rôle majeur. Son coffre de pirate abreuvé de rhum du pacifique vient donner de la texture à l 'ensemble. 


Le refrain de la chanson suivante, nous exhortant encore à retrouver notre humanité, est l'un des plus beaux de l'album. Le talent du groupe à écrire y égale celui à agiter le public. Encore une fois, les guitares servent de muscle et permet au violon de jouer du rock, comme dans un tour de magie. Tout au long de l'album, le groupe, par ses messages, reste assez grave pour éviter de basculer dans la farce ou l'absurde. Même les moments les plus burlesques, le pont de Behind the Couch, par exemple, sont emprunts d'une vitalité guerrière jamais superflue. Le carnaval est de retour avec un je ne sais quoi latino sur Forgotten Skies. Caving In montre un groupe encore plus novateur, entre guitare épicée et violon mélancolique. Enfin, Where the Answers Grow conclut avec l'une des chansons les plus immédiatement familières, l'une des premières composée par le groupe. L'une des belles découvertes de ce début d'année, et plus de détails à suivre sur ce groupe encore peu présent sur le web.

http://www.allstringsattachedband.com/


Possibilité d'envoyer l'album par We Transfer en échange d'une adresse mail à redon@hotmail.fr


lundi 2 janvier 2017

{archive} TRAFFIC SOUND - Virgin (1969)




OO
ludique, communicatif, audacieux
psych rock, blues rock

Des éléments de culture locale dans un disque rock donnent dans le meilleur des cas l'impression d'une envie indéfectible de s'adresser à tous les êtres humains, en dépit de la frontière tracée par un régime militaire dictatorial. C'est au Pérou en 1969. Traffic Sound n'est pas un groupe générique, et ils ne tentent pas vainement d'appeler à un public le plus large possible. Leur culture sonne comme de l'énergie pure, qui a abattu les frontières dès l'origine, avec une intuition et une inspiration qui semble en appeler à tous les pays opprimés par des régimes d'enfermement de la culture. Ils sont l'appel de l'aventure, des expériences psychiques. D'ailleurs Meskhalina offre, dans ce dernier registre, un hymne inattendu à la nation Inca en proposant d'en vanter le cactus hallucinogène.


Sur Virgin, propulsé par le plus important label de musique péruvien, MAG, ils déploient leur propre 'révolution', avec une attitude unique, qui valorise bien plus que certains de leurs pairs anglais la cohésion de groupe. Que ce soit les sons latins ou simplement leur approche, ils recyclent les meilleurs sentiments de communion de la world music au service d'un son presque purement anglo-saxon, à la fois psychédélique et focalisé. Les rythmes indolents portés par le saxophone de Jean Pierre Magnet sont rendus à des rivages oniriques, et traversent tout l'album. On ne sera pas étonné de découvrir que ce groupe s'est fait la main dans un premier album, Bailar a GoGo, inspiré par le blues rock des Doors, de Cream, de Iron Butterfly. Une suite de neuf minutes, Yellow Sea Days, est l'occasion d'une fresque rocambolesque vivifiante et enjouée ou le piano, les interjections, les cris sauvages nous préparent à la véritable mue en maître lézard du chanteur Manuel Sanguinetti dans le morceau suivant, un blues enfiévré exactement dans la veine de Jim Morrison. D'ailleurs, on croirait entendre deux groupes jouer simultanément, et non un seul. C'est une constante dans cet album qui frappe par l'impression qu'un vaste hangar bourré d'instruments a été alloué à son enregistrement. Simple est empreinte d'un charme tout sixties. C'est une musique évidemment faite pour porter loin, et pour s'ancrer profond. Des chœurs tribaux, des solos abrasifs, et les percussions se pavanant au premier plan sont le propre de Traffic Sound. 


  • A1Virgin3:00
  • A2Tell the World I'm Alive4:15
  • A3Yellow Sea Days
  • a. March 7th3:27
  • b. March 8th2:10
  • c. March 9th4:08
  • B1Jews Caboose4:30
  • B2A Place in Time Call "You and Me"0:35
  • B3Simple3:30
  • B4Meshkalina5:30
  • B5Last Song2:20

samedi 15 octobre 2016

REVEREND KM WILLIAMS - We All Sing The Blues : Live in Deep Ellum (2016)






OO
communicatif, hypnotique, rugueux
Texas blues, hill country blues

« All lives matter » insiste le Reverend KM Williams en introduction à ce concert enregistré à Dallas, apportant sa nuance au slogan Black Lives Matter. La défiance est à son comble en 2016 aux Etats Unis, alors qu'Obama est sur le pont de quitter la maison blanche, et qu'il a été instrumentalisé pour attiser les haines raciales plutôt  que pour faire de ce marasme social une nation intègre. Dallas, le Reverend KM Williams s'y est fait filmer pour un superbe documentaire, sur lequel plane l'ombre de ses inspirateurs, en particulier son «héros» Blind Willie Johnson, ou Elmore James. Williams y montre une maîtrise de l'histoire du blues, et montre qu'il a depuis longtemps sondé les raisons qui poussent des personnes, quelle que soit leur couleur de peau, à rechercher ce genre de vibration musicale jusqu'à en faire un art à l'intensité charnelle. 

Quelles que soient les étiquettes et les préférences, « we all sing the blues ». Il y a la notion d'art consommé, partagé, durable, comme pour faire table rase de l'image vaine de musiciens consumés par leur musique. Et Deep Ellum, quartier artistique et expérimental du vivre-ensemble de Dallas, est un endroit parfait pour exprimer ces idées en musique. 


Dans une époque de grande solitude, ce n'est pas anecdotique que de redonner de l'endurance au partage. Cette musique, le Texas blues, le boogie aux influences Hill country, peut servir d’émetteur pour nos pulsions. On se rend compte bien vite qu'il y a beaucoup de personnes pour recevoir ces ondes, puis les interpréter et en faire quelque chose de bon. Saisir la musique, l'énergie sans cesse recommencée derrière ses pulsions et en faire une force pour aller de l'avant ensemble, persévérer. Chacun a le pouvoir de changer les choses, en allant à des concerts pour écouter une musique libre, ouverte, qui ouvre les sens et le cœur, se laisser hypnotiser par ses riffs fusionnels, répétitifs, et les longues phrases d'harmonica de Deacon Jeff Stone. La balancement d'une telle musique est fait pour perpétuer des actes intimes inavouables, en connexion avec au moins une autre âme que la sienne. C'est du blues, pas de la pop ; aucun risque de se laisser abuser, tromper.

Le Reverend KM Williams est de ces musiciens qui dégagent plus que de l'authenticité, de la fraîcheur. Dans l'authenticité il y au une forme presque élégante de respect. Il y a l'acte de faire avec ce qu'on a à l'intérieur de nous, sans chercher la perfusion de l'argent, qui nous ferait perdre notre liberté. C'est aussi le fait de rechercher dans la musique des relations aux expériences de la vie au quotidien, dans faire un mode de vie. C'est une musique qui imite la vie, exprime la vérité à propos de la vie, pleine et ressentie au plus profond, entraînante comme un désir intérieur. 


Étrange que d'être, aux yeux de la société, le plus proche de Dieu, le révérend, tout en interprétant cette musique pulsionnelle. Le secret est dans les rapports de force, l'inflexibilité de d'esprit, le rapport d'ouverture, la capacité à être inviolable, fidèle à soi-même comme à une forme de dieu supérieur. Le son du Reverend KM Williams est très électrique, l'harmonica incessant, son jeu indécent laissant penser qu'il ne représente par d'autorité supérieure, comme le musicien tirant une trop lourde révérence à sa musique, mais à sa propre exigence qui est une règle saine et équitable. La transe et la plénitude, puisqu'il s'agit du corps autant que de l'esprit, est atteinte sur I Know his Blood can Make me Whole où la guitare s'épanche superbement.


A découvrir également, ses enregistrements et séances filmées avec l'incroyable percussionniste Washboard Jackson, qui n'est pas présent (ou bien perceptible) sur cet album.

lundi 11 avril 2016

ABERDEENERS - Rewind to The End (2016)






O
Communicatif, romantique, orchestral
Indie rock cuivré, harmonies vocales, folk


Reprenant la formule communautaire qui a donné en 2016 des fulgurances chez Scott Nolan, par exemple, les français (de Clermont Ferrand) d'Aberdeeners travaillent leur jumelage (avec l'Écosse) en collectif. Dans le cas de ce groupe qui a déjà fédéré un large public, preuve qu'il est possible en France de jouer et de produire de la musique dans la tradition d'une bonne formation anglo/canadienne. 


Ils visent le pop rock choral, que de riches arrangements de cuivres, les portent à un niveau exaltant. On apprécie comment les voix de Damien Boutterige, Yvan Cusumano et Victor Lafarge concordent, produisant une ferveur qui évoque Dry the River, l'archétype du groupe de rock anglais puisant son agilité mélancolique dans le folk. October est une chanson importante de cet album, profonde et émouvante, dans la recherche d'un mouvement plus intérieur. 80 Windows, une reprise de Nada Surf, complète ce revirement, dans un lyrisme rappelant Shearwater. Après ça, l'album ne sera plus comme avant : Happy Accident est une délicieuse cavalcade romantique qui tire le meilleur pari des arrangements concoctés et interprétés par Aurélien Gendre et Geoffroy Proye. La même vibration romantisme séducteur traverse le disque jusqu'à Little Lady, et ses harmonies très Beatles. « We could make love just one more time » Let it go, chantent t-il à la fin, comme un écho à Let it be... Morning Haze conclut (momentanément) ce tour de force par une belle orchestration. Le charme de cette croisière enflammée opère encore, dans les minutes qui suivent...



A rapprocher aussi de Stanley Brinks. 

samedi 19 mars 2016

LOU BOND - S./T. (1974)







OOO
Engagé, poignant, communicatif
Soul, folk, funk

Cet album peut vous prolonger dans une profonde mélancolie. La mélancolie est le moteur de l'écrivain et le ferment de la différence, de la liberté à laquelle aspire Lou Bond. Il chante cette liberté dès les premières secondes de son album, et partir de là, ne perdra aucune seconde dans ces sept chanson hors normes. « No more i loves yous that i could not return/no more laughing at the girl who nevers learns. » 


La production riche en cordes est de la richesse mélodramatique que l'on peut attendre d'une perle Stax, le label sur lequel fut signé Lou Bond, avant de disparaître faute, pour la maison de disques, d'avoir su vendre son mélange émotionnel redoutable de soul et de folk. On pense à Terry Callier, pourtant, et tous ceux qui vibrent au son de What Color is Love (1973) devraient trouver dans cet album un compagnon plus qu'attachant, comme les admirateurs de Gil Scott Heron. Dans cet album paru en 1974, sur Why Our Eyes Must Always Be Turned Backwards se ressent l'inspiration des plus grandes chansons de Heron (présentes sur Pieces of a Man ou Winter in America), dont elle a a la portée sociale et le groove funky. 

Mais c'est To The Establishment, qui donne à son disque son amplitude émotionnelle rare. «If i had my way, i'll put you all on the electric chair », assène t-il en guise de conclusion sans appel, avant de se lancer dans plus de cinq minutes de scat, tandis que les cordes semblent l'arracher à la simple rébellion pour le porter dans un domaine à lui seul, ou quoi qu'il arrive personne ne peut l'atteindre. Réutilisé par la suite par Outkast et The Prodigy, c'est un moment épique, à la sincérité presque épuisante, un contrepoint à l'atmosphère souvent (faussement?) sereine du reste de l'album. Encore un lien avec Gil Scott Heron, cette volonté de donner 'To give these children a happy home', en écho à Save the Children, l'une des chansons les plus douces du poète et chanteur New-Yorkais. 

Il a cette volonté de réparer les couples cabossés, la privation de tendresse et la précarité, un sentiment d'injustice impossible à retenir, et qui embrasse un forme d'écologie venue du fond cœur, qui pousse Bond à préconiser la chaise électrique pour ceux qui en sont la case. L'ambiance feutrée et la narration si évocatrice de That's the Way i've Always Heard it Should Be, avec cette émotion qui l'envahit de nouveau à la simple évocation de se marier. «My friends and collegues are all married now/They have their houses and their dogs.» chante t-il en l'appuyant, pour en faire ressortir la naïveté cocasse, d'un falsetto. C'est un disque réjouissant de distance et de sensibilité. 

Le livret de l'album est la belle histoire de la recherche de Lou Bond homme au multiples personnalités, qui a débouché sur la réédition de sa seule oeuvre musicale chez Light in the Attic. Élusif, difficile à cerner, c'est un homme un peu sorcier.





vendredi 5 février 2016

SCOTT NOLAN - Silverhill (2016)


-





OOO
Poignant, communicatif, intemporel
Country rock, Americana


A écouter Si­lverhill, on sent la facilité avec laquelle les musiciens se sont glissé dans la musique imaginée par Scott Nolan, un soir particulièrement inspiré où il participait à une fête. Ils n'ont pas besoin de se mettre en condition autrement qu'en buvant ce fameux cocktail d'Alabama à base de whisky de maïs, déjà décrit par Grayson Capps dans sa chanson Coconut Moonshine. Une boisson suffisamment douce et exaltante pour apprécier à leur juste valeur le simple plaisir de jouer ensemble, comme une version plus solaire de Tonight's The Night (Neil Young) ou des Basement Tapes (Bob Dylan). Ce que vous entendez sur ces albums, des artistes (Capps, mais aussi Will Kimbrough entre autres) enregistrant sans rien pour s'interposer entre leur âme de musiciens et l'auditeur qui redécouvrira toujours ces albums comme des moments de studio on toute humanité semblait possible, on le rencontrera sur chaque chanson de Silverhill. La combinaison de ces musiciens talentueux rend leur musique comme venue du fond des âges. Ce n'est pas seulement les instruments qu'ils jouent, mais la façon si authentique avec laquelle ils contribuent de leurs voix. En comparaison, l'album rutilant de Grayson Capps semblait forcé, mettant l'accent sur les riffs de guitare et produisant un personnage convaincant de rocker sud-américain, parfois au détriment des textes. Scott Nolan réussit à être captivant et touchant de bout en bout, jamais mieux que dans la chanson titre finale, qui décrit cette brise traversant le sud américain et le plaisir d'avoir trouvé des frères d'inspiration ici, bien au sud du canada, d'où il est en réalité originaire. 


Il opère en félicité, laissant les chansons découler d'une atmosphère bienveillante, un son organique et capté au cœur des histoires. Nolan suscite des collaborations inespérées qui lui feront dire que c'était l'album qu'il a attendu de faire toute sa carrière. Il n'y a qu'à écouter la longue Trouble in Love, créée avec une grande songwriter, Mary Gauthier, qui illumine le cœur du fond de son vague à l'âme et nous rappelle que si la musique trouve le bon rythme, celui permettant de nous gagner, nous nous sentons liés à ces musiciens, investis d'une part de responsabilité à partager cet enchantement. A mi-chemin de l'expérience, Nolan reconnaîtra se sentir profondément changé. Les participations de Hayes Carll, habitué du country rock serti d'une auto-dérision du meilleur goût, et de Jaida Dryer sont délicieuses. C'est l'album de vagabonds souriants et mélancoliques, capables de refaire de la musique une force enveloppante, affirmée mais pourtant raffinée.

A découvrir aussi, Mary Gauthier, de la génération de Lucinda Williams et aussi bouleversante. 

mercredi 18 novembre 2015

Article - GALACTIC & JJ GREY (2015)




Galactic

OO
groovy, funky, communicatif
Rythm and blues, modern R&B, funk

JJ Grey

OO
groovy, funky, communicatif
Blues rock, funk, soul, country rock


Au premier abord, la musique de JJ Grey est une soul musclée avec un goût prononcé de revenez-y. Mais plongez-vous un peu plus dedans et prenez plaisir au talent de raconteur d'histoires du guitariste et compositeur de Jacksonville, en Floride. Terre changeante au carrefour de plusieurs mondes, et surtout au bord de l'océan, la Floride a son compte de surfeurs quinquagénaires, sans doute, mais peu nombreux sont ceux qui, une fois sortis de l'eau, rejoignent le studio d'enregistrement pour produire une musique qui irradie la joie et la communion et s'exporte si bien à l'international. Le crédo de JJ Grey, tel qu'il l'a donné dans une riche interview publiée par la magazine Soul Bag en avril 2015 : « Chanter comme Otis Redding, jouer comme Jimmy reed, et écrire comme Bill Withers, sans oublier un peu de Georges Jones! » L'enthousiasme de Grey est contagieux. C'est qu'il sait quels extraordinaires moments musicaux l’attendent encore, comme celui qui l'a réuni avec Galactic, un grand groupe et l'un des meilleurs ambassadeurs de la musique de la Nouvelle Orléans, neuf heures de voiture à l'ouest de Jacksonville. Une occasion de partager ce qui réunit de tels artistes : le goût du son live, des tons boisés du fait maison et de la chaleur humaine. 

Galactic s'inscrit dans une continuité qui lui offre tous les mérites. Bien que l'hyperactif batteur Stanton Moore soit le porte parole du groupe, les cinq musiciens originels de 1994 sont toujours ceux qui font le groupe en 2015, plus de vingt ans plus tard. Cette performance à elle seule est un indice de leur osmose et de leur cohésion. On retrouve dans le son de Galactic tout ce qu'il y a de typiquement typiquement néo-orléanais, les rythmes de second line, plein de groove, un croisement d'influences à la fois musclé et souple, moderne et traditionnel, tour à tour dansant et communicatif en diable. Interroger l'un d'entre eux, c'est faire parler tout le groupe à travers lui. Démonstration avec Robert 'Rob' Mercurio, le bassiste, interviewé sur le website Jambase. « Jeff [Raines], notre guitariste, et moi, nous avons grandi ensemble. Nous sommes allés au collège [à la Nouvelle Orléans] en même temps quand nous avions 17 ans. Pendant le collège, nous avons rencontré plusieurs musiciens dont certains deviendraient membres du groupe. Vers 1994, nous nous étions stabilisés tels que nous sommes aujourd’hui, avec Rich Vogel [claviériste], Stanton Moore et Ben Ellman [saxophone]. » L'envie de former un groupe s'est manifestée naturellement, Mercurio et les autres aillant eu pour exemple les mythiques Meters et le Dirty Dozen Brass Band, inspirés par le flegme festif d'un Professor Longhair et la longue tradition instrumentale combinant dans la ville le boogie-woogie, le blues, le jazz, le funk et bientôt le hip hop.

Ils étaient talentueux. Leur histoire semblait devoir s'écrire d'elle même. Mais sont sont les circonstances de leur apprentissage qui en ont fait un groupe à part, autant qu'une voie d'accès immédiate aux sonorités de la ville. « Nous n'avions pas de véritable maison de disques ou le support qu'un groupe normal aurait pu avoir. Nous l'avons fait indépendamment. Avant nous, la plupart des groupes qui partaient en tournée avaient déjà un hit à la radio. C'était rare d'être un groupe sans pedigree et de tourner. » Les clubs leur ouvrent de plus en plus facilement leurs portes, puis le premier album se profile à l'horizon. Rétrospectivement, ils ont permis à de nombreux groupes, dans leur sillage, de se produire en concert sans n'avoir rien enregistré. C'est la raison pour laquelle Galactic est l'un des groupes cité le plus souvent comme ambassadeur de la culture vivante de la Nouvelle Orléans. Pour se développer, il fallait ensuite enregistrer en studio. Et c'est de rencontres en tours de forces et en surprises que Galactic est devenu le groupe qui est capable d'aligner Mavis Staples, JJ Grey, et la bohémienne soul Macy Gray et d'autres chanteurs-compositeurs brûlants et visionnaires sur un seul album.

Impossible de rendre l'énergie du live en studio. Et, au contraire, difficile de reproduire tous les samples et les sons présents sur les albums studio une fois les morceaux joués en concert. Alors autant faire des albums profitant d'une qualité d'écriture telle que les chansons qui le constituent sont destinées à entrer dans le répertoire de tête des interprète invités, tout en proposant une montée en puissance dignes d'une fête de carnaval. Pour faire tenter d'oublier la nature de l'exercice, se réunir tous dans un studio et écrire de la musique, Galactic a usé de différentes techniques qui tenaient quasiment de la mise en scène. Jamais en manque d'inspiration, ils ont inventé des albums à concepts, comme Carnivale Electricos, qui mettait en parallèle le mardi gras de la Nouvelle Orléans et ceux du Brésil. Le groupe y trouve avec félicité les points communs à ces cultures, tout en transformant audacieusement leur musique, comme rendue par les platines d'un DJ. Comme dans la série Treme, ils ont permis à des chanteurs de quasiment jouer un caméo, c'est à dire se mettre en scène dans leur propre rôle. Ainsi, sur Move Fast, ils invitaient le rappeur Mystikal à courir après sa réputation dans des timings à mettre hors d'haleine. Galactic est un groupe qui a la volonté de s'effacer derrière l'immense diversité d'une scène. Ils mettent leur versatilité au service de leurs éternelles retrouvailles avec le Dirty Dozen Brass Band, ou de leurs rendez-vous exceptionnels avec le rappeur gangsta Juvenile, le chef indien Big Chief Juan Pardo ou la chanteuse presque octogénaire des Staple Singers, Mavis.

« Le 'featuring' est souvent une idée de managers, de producteurs ou de cadres de maisons de disques », commente JJ Grey pour Soul Bag. « Rien de mal à ça, mais cest trop souvent une manière de caser un nom connu supplémentaire sur un disque. Notre démarche est différente. On est comme une famille, comme une mafia du sud-est dont Derek [Trucks] et Susan [Tedeshi] [des superstars du sud Tedeshi-Trucks Band], les Allman Brothers, sont d'éminents représentants, et tous les groupes de cette région sont plus ou moins liés. » Pour Galactic, il n'est pas question de caser un nom sur un album. La collaboration doit être donnant-donnant, et c'est encore mieux si elle débouche, comme avec Macy Gray, sur une tournée pendant laquelle le groupe se transforme en accompagnateurs de luxe pour la chanteuse, réécrivant ses chansons et leur donnant une nouvelle perméabilité. Leur premier chanteur, Theryl ‘Houseman’ DeClouet, leur avait été suggéré par leur manager de l'époque. Puis il est devenu une sorte 'd'invité permanent' prenant très souvent part aux concerts du groupe. Les musiciens comprirent rapidement qu'inviter des chanteurs provenant de sphères un peu différentes, tout en défendant souvent les mêmes valeurs spirituelles qu'eux, participait à l'hybridation de leur musique sans en entamer la cohésion. Et leur batteur Stanton Moore de défendre le secret de ces collaborations – qui ne doivent pas servir de faire valoir pour l'album. Il essaie de ménager le suspense sans citer les noms les plus célèbres : « Je groupe peux tout de même vous parler de certains d'entre eux, comme David Shaw [du groupe de soul festive The Revivalists, auteur en 2015 d'un album, Men Against Mountains] et Maggie Koerner. », explique t-il à un journaliste du website Glide Magazine début 2015.

Santon Moore est ce genre de musicien accélérant le rythme de sa vie derrière les fûts quand d'autres décideraient de s'octroyer une pause. Multipliant les collaborations et les disques en solo, il agit pour sa ville comme s'il était investi d'une mission qu'il ne pouvait jamais abandonner. Moore use de toutes les influences pour en faire un mélange unique, depuis les sons lourds de John Bonham et Bill Ward jusqu'aux feux d'artifice de Buddy Rich et de Max Roach. Et difficile de contourner pour lui Zigaboo Modeliste, le batteur des Meters, qui reste le groupe instrumental le plus célèbre de la ville.

Moore est content de la direction qu'a prise cet album, effectivement assez différent de leurs deux précédents albums, qui contenaient beaucoup de samples et un son très remixé. « Il est plus direct au niveau de la production, se focalise plus sur la façon dont on sonne quand on joue nos instruments. » Into te Deep sonne plus organique plus comme une collection de bonnes chansons, qui à paraître un peu moins cohérent pris dans son ensemble. C'est pourtant un album habilement construit, qui s'ouvre un instrumental , Sugar Doosie, puis enchaîne avec un gros morceau de blues rock, la ballade intense de Macy Gray qui donne son nom à l'album, puis un funk qui capture la patte du groupe. Un autre instrumental, puis deux chansons de R & B moderne. Domino, chantée par Ryan Montbleau est la plus entêtante surprise de l'album. Puis, après un nouvel instrumental, viennent la ballade de Mavis Staples et le tube du Jamaïcain Brushy One String, qui ne joue effectivement qu'une seule corde de sa guitare, mais produit une musique rythmique entre reggae et soul. Il existe de vieilles connexions entre la Nouvelle Orléans et tout les cultures caribéennes et sud américaines.

2015 est l'année exceptionnelle qui a vu la parution de leur nouvel album leur permet de faire équipe avec ce chanteur si puissant qui partage un producteur avec eux : JJ Grey. Retour en Floride. Ou à Paris, où le sociologue Eric Doidy a conduit son interview très enrichissante. Qu'il se rappelle les influences entendues dans le cocon familial ou qu'il parvienne à décrire avec humanité les mentalités des gens de Floride, il dessine la trajectoire d'une musique vécue comme une formidable machine de rencontres qui l'a fait échapper lui-même au grand cliché du 'tous conservateurs'. C'est un musicien humble et chaleureux, frappé par la patte funk du chanteur country Jerry Reed, par Otis Redding et par l'ombre inévitable du Lynyrd Skynyrd d'avant le dérapage. « Je viens d'une famille de la vieille école, très typique du sud. Là ou j'ai grandi, c'était moitié blanc, moitié noir, sans "minorité". Ma famille est un drôle de mélange. » Il grandit au milieu des exploitations de poulets.

Au delà, c'est son groupe tout entier qu'il s'agit de célébrer. « Le batteur, Anthony Cole, est l'un des plus formidables multi-instrumentistes que je connaisse, vient d'Orlando en Floride, mais est né à Detroit, je crois. Todd Smallie, qui vient de groupe de Derecks Trucks, est d'Atlanta. Les autres viennent du Texas, de Los Angeles... Dennis Marion, notre trompettiste, vit à Jacksonville depuis longtemps, mais il est de Baltimore. Tous sont des gens que j'ai connus au fil des années lors de tournées. Je faisais la première partie de leur groupe ou c'était l'inverse ; ou alors ils étaient dans le groupe d'un pote à moi ; ou bien ils m'ont hébergé. Mais on s'est tous connus sur la route. Au début de Mofro j'écrivais des morceaux sans vraiment avoir un vrai groupe : j'embauchais quiconque était libre selon le moment. » L'apport du producteur Dan Prothero a aussi été crucial. «Quand je l'ai rencontré pour la première fois, il m'a expliqué quelles étaient mes forces et mes faiblesses, m'aidant à consolider les unes à à me débarrasser des autres. Ce qui faisait ma force selon lui, c'est le fait de baser mes chansons sur ma vie, mon coin, les choses que j'avais vues et celles que j'avais faites. Ma grande faiblesse, c'est quand j'essayais de jouer de manière un peu artificielle au mec qui met l'ambiance. »

Si cet album nous divertit suprêmement, c'est grâce à ses solides fondations instrumentales, et aux mélodies que Grey parvient à trouver, infusant de sa ferveur originale tout ce qu'il touche. Ol'Glory est un de ces grands albums entre potes qui regardent effrontément vers le soleil. Parcouru d'un énorme groove funk, de soul bien léchée, de rock n' roll à soli droit sorti des seventies, de country rock, pour que jamais la machine ne s'essouffle. De quoi proposer des concerts juke-box. Douze valeureuses chansons écrites avec une inspiration puissante, une simplicité de ton qui invite chacun de quitter son champ et de rejoindre la party. JJ Grey & Mofro jouent comme un vieux groupe, mais un qui tente la rédemption après chaque refrain. Les citadins de la grande ville finissent invités, eux aussi. Everything is a Song secoue avec la fièvre des hommes de la terre, puis on gagne peu à peu l'apesanteur, au fur et à mesure que tout le beau monde rejoint (Luther Dickinson, des North Mississippi Allstars et Black Crowes, ou Derek Trucks) Leurs forces se rangent derrière la vitalité de Brave Lil' Fighter ou Tic Tac Toe et des ballades ou la voix rutile par dessus les cuivres, Light a Candle et Home in the Sky.

lundi 12 octobre 2015

OZARK SHEIKS - Run Devil Run (2015)



OO
communicatif, hypnotique, entraînant
Country, rock n' roll, blues

Les Ozark Sheiks, du nom de ce plateau montagneux qui constitue un bout de l’authentique culture américaine, entre les états centraux des Etats Unis que sont le Missouri, l’Arkansas, du Kansas et de l’Oklahoma – les Ozark Mountains. Pour nous comme pour les New Yorkais, des terres pleines de gens à qui il a fallu interdire le bourbon pas cher et les jeux d’argent pour qu’ils se rabattent, au mieux, vers une musique grossière. On n’y joue pas du banjo à la façon des Punch Brothers, mais plutôt comme d’un outil de chantier.
Le fait d’avoir lu Corto Maltese en écoutant les Ozark Sheiks a surement contribué au fait qu’ils sont désormais pour moi un groupe avec une capacité pour l’aventure, l’ironie, le détachement… D’un peu répétitifs, leur mélange survolté de country, de rock n’ roll et de blues joué en bande a revêtu, de plus en plus, un pouvoir libérateur. Leur attitude est excellente, c’est elle qui fait passer l’écoute de ce disque pour un pur bonheur à partager. On les voit danser tous ensemble, faire la fête. Leurs danses peuvent devenir transes quand ils empruntent au hill country blues du Mississippi (Martin Creek Blues).Ou rêves dodelinants dans d'insistantes et harmonieuses ballades (Ozark Crank). 

Ecoutez votre chanteur de folk texan préféré (Townes Van Zandt ou Bill Callahan), puis une fois touché du doigt le dénuement sensuel et quasi tantrique qu’ils dégagent, plongez-vous d’un seul coup dans cette longue chevauchée d’album (une heure quand même).Run Devil Run est généreux, choral et partageur comme si les Arcade Fire n’avaient jamais joué de l’accordéon mais de l’harmonica (accordéon pourtant présent sur une chanson au nom Arcadefirien, Wake up Sinners). C’est traditionnel en diable.


http://ozarksheiks.com/

mardi 14 juillet 2015

THE BOOM BAND - S./T. (2015)





O
groovy, communicatif
Rock, rythm and blues, soul


Le groupe de blues rock de l'été, avec une dose de soul. Le premier album de ce combo intergénérationnel démarre et se referme avec un hymne chanté à l'unisson, des harmonies que l'on retrouve sur le single Sweet Alberta, tandis que Under the Skin ou Monty's Theme alignent des riffs faits pour ressusciter le triomphe du rock des années 70. We Can Work Together, en ouverture, avait déjà tout donné, il n'y a pas une chanson qui n'approfondisse l'entrechat électrique, avec une mention spéciale pour Paddy Milner, aux claviers. On est bringuebalé entre le sud et l'ouest américain... sauf que nous sommes en Angleterre, et que The Boom band perpétue une tradition de 'supergroupes' tels que Cream. Moonshine puis Waste My Time, mais c'est le travail sur les parties de guitare, successivement jouées par quatre guitaristes distincts, qui est vraiment libérateur et nous transporte jusqu'au bout de l'album. On pense à la façon dont le sudiste Warren Haynes et surtout le californien Robben Ford ont détourné le Rythm and Blues, gonflant la prod' et bodybuildant la joie de jouer au point de la rendre palpable à chaque seconde. 

vendredi 1 mai 2015

JIMBO MATHUS - Blue Healer (2015)




OO
communicatif, efficace, varié
rock, country

Chronique extraite de l'article sur Jimbo Mathus (à paraître dans Trip Tips 26)

Il y a eut-être un livre qui commence ainsi : il n'y a rien de mieux que d'inviter des amis dans beau soir d'été et tandis que la bonne compagnie et les boissons fraîches sont toujours ça de pris, la véritable raison pour se retrouver à un barbecue est simple : la nourriture. De la poitrine de bœuf braisée, des lamelles de porc badigeonné de sucre brun, de poudre de chili, de cumin et de cannelle (sur un lit d’ail et d'oignon et couvert d'un bouillon de poulet), des brats (saucisses à hots-dogs), sans parler du poisson-chat. Si on veut parler d'une musique, quand elle prend la dimension festive, en plus d'être incantatoire, on ne peut pas s passer d'évoquer l'un de ces barbecues dont les effluves de grillade, de graisse et d'épices s'immiscent dans la culture et dans la création. D'ailleurs, c'est une critique de Blue Healer qui contient cet éloge au barbecue*. En ajoutant avec humour, 'même la salade de quinoa ramenée pas notre copain végétarien remporte toujours quelque succès.' Reste à trouver la place pour le menu végétarien dans un disque aussi charnel que Blue Healer, qui, lorsque il n'évoque pas les tourments de la chair, se tourne vers les esprits et les drogues dures plutôt que la verdure.

DarkNight of The Soul (2014) était l'album le plus intense de sa carrière, poussant parfois le chanteur dans ses retranchements, pour notre plaisir, et l'obligeant à chanter mieux que jamais. Sur Blue Healer, les moments de rock intenses prennent davantage l'air de célébrations musicales comparables à ce que déroule Bruce Springsteen en concert. L'essence et la personnalité se dissipent un peu au service du muscle et de l’élasticité, mais rien d'étonnant puisque ce n'est strictement le Tri-State Coalition qui joue, mais un cercle d'amis plus large au fur et à mesure que Mathus étend sa palette jusqu'aux limites du rock mainstream.

Si vous voulez comprendre ce que les américains appellent un groove profond, une définition possible est de prendre la chanson titre de cet album. Elle pose une ambiance poisseuse à souhait, la voix de Mathus comme altérée par l'alcool et la peur, avec un narrateur visité dans son lit par un ange un peu sorcière. Fallen Angel, Whispering in the Wings, White Angel, ce n'est pas la première fois qu'il y a un ange au tableau. Les influences surnaturelles sont aussi l'ingrédient d'une bonne chanson, une façon imagée à l'extrême de décrire les émois de l'âme.


Mama Please est une nouvelle collaboration avec Robert Earl Reed, qui en a enregistré, comme souvent, sa propre version bien plus roots. Il offre avec Thank You et Coyote les évocations les plus profondes de l'album sans plomber son propos de trop de sentiment. Love and Affection est chantée sur un ton léger que le titre ne pourrait le laisser penser. Les choeurs, tiré des meilleures traditions rythm and blues et pop, son bien présents. 

*http://gutterbubbles.com/album-review-jimbo-mathus-blue-healer/

lundi 16 mars 2015

BRANDI CARLILE - The Firewatcher's Daughter (2015)





OO
Communicatif, spontané
americana, rock

L'un des grands espoirs du country rock moderne revient avec un album studio ! Penser à Brandi Carlile, c'est penser aussi aux frères Tim et Phil Hanseroth, surnommés, 'les jumeaux', ce qu'il sont effectivement. Ils sont là depuis le début, et le son n'a donc beaucoup évolué, mais s'est consolidé. Sur scène, voir ces trois là se dévouer à leur musique hyper confiante est spectaculaire et très communicatif. 
La voix éclatante de Carlile brille encore plus sous l'énergie féroce The Things of Regret ou de Mainstream Kid. Elle sait accrocher par ses mélodies. C'est du rock and roll ! Mais c'est sur l'entêtante Wherever is Your heart qu'elle a misé pour éclater le billboard.  Carlile n'est pas du genre à s’encroûter dans des tournures ou des productions pro-Nashville. Sa musique est un americana qui couvre des centaines de miles, naturelle et spontanée - car c'est une série de premières prises. 
Les ballades, en particulier Beginning to Feel the Years ou I Belong to You, apportent une une balance qui endort l'aspect plus cavalier de l'album, mais semblent nécessaires à une intégrité toujours plus large.  Et la participation spontanée des frères aux harmonies fait des merveilles. Sur le pont de Alibi, déjà : mais surtout sur Wilder (We're Chained) en fait la ballade consumée dont Carlile avait besoin pour tenter de capitaliser sur l'énorme promesse qu'avait provoqué son apparition en 2005, avec l’album qui portait son nom et son portait si frappant. The Stranger at My Door finit de brûler les planches, dans une veine qui évoque un Johnny Cash, au niveau des paroles notamment mais dont les audaces  - le piano, la coda - en font une chanson éminemment personnelle. 

mercredi 4 mars 2015

RYAN BINGHAM - Fear and Saturday Night (2015)





O
communicatif, rugueux
country rock, rock

Parfois, dans les vidéos ou sur les photos, Bingham apparaît un peu lisse, un paradoxe quand on connaît bien sa voix rocailleuse. C'est le cas de la vidéo tournée pour la chanson Radio, qui fait partie de la face B de Fear and Saturday Night. Une chanson qui démontre par ailleurs parfaitement comment Bingham sait donner, musicalement, à ses chansons, tout ce dont elles ont besoin pour faire perdurer des ambiances fortes - comme celles que permettrait un western indie.  Bingham, qui aura sans doute encore longtemps cette image de jeune premier de la chanson texane, a désormais perdu ses parents, et certaines de ces nouvelles chansons décrivent comment désormais il accepte la tendance autobiographique, semblant se réconcilier avec un statut plus petit. Il avait un peu souffert du succès du film Crazy Heart et la chanson qui y était associée.

Fear and Saturday night semble célébrer, dans un mouvement habile, à la fois sa passion des clubs, les chaudes ambiances du texas (le rock n' roll Adventures of You and Me) et la force nouvelles d'idées rassemblées, derrière les talents des nombreux musiciens qui jouent l'album. Quoi qu'il en soit, c'est sa vision, car, propriétaire de ses droits, il contrôle tout. Bingham est aussi né entre les clichés, entre ranchers et rodéos, des ambiances dans lesquelles il a donné ses premiers concerts. Comme musicien, sur scène, il faut chaque jour qu'il s'affirme un peu plus à l'écart du rôle d'outlaw ou de mauvais garçon. C'est un disque choral, communicatif en diable, qui donne parfois à voir les tubes californiens en version West Texas. Il arrive après deux albums plus déchirés, et qui manquaient sans doute de liant, Junky Star (2010) et Tomorrow Land (2012). Et ce n'est que trois des cinq albums publiés en huit ans. Si on qualifie volontiers son style de country-rock, ses influences lui permettent de reprendre les Beatles comme de donner un pastiche mexicain avec Boracho Station. En attendant l'album live que les fans attendent depuis longtemps, voici donc, peut-être, son meilleur recueil de chanson studio.

L'ambiance presque festive d'une chanson comme Island in The Sky, sur laquelle, déjà, point l'accordéon, est contrebalancée par une voix toujours emprunte de fatigue. Bien sur, pas mal de filles le préféreront pour la douce mélancolie dont il est capable sur Nobody Knows My Trouble ou My Diamond is Too Rough (l'une de ces chansons très simples et effectives comme il a le secret), sans parler de la chanson titre. Le moins qu'on puisse dire, c'et qu'il enfonce le clou de la fière culture texane auprès des jeunes.
Related Posts Plugin for WordPress, Blogger...