“…you can hear whatever you want to hear in it, in a way that’s personal to you.”

James Vincent MCMORROW

Qualités de la musique

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mercredi 9 mai 2012

Helios - Moiety (2012)


Parution2012
LabelUnseen Records
GenreAmbient, instrumental
A écouterNothing it Can
6,75/10
Qualitéscontemplatif, apaisé

Un disque qui agit comme le petit frère de Valtari, le nouvel album de Sigur Ros. Pas tout à fait trente minutes de musique ambient fragile et contemplative, avec des sonorités pleines et intenses. Helios est le projet de Keith Kenniff à Portland.

Le télécharger gratuitement :
http://victoryrosemusic.blogspot.fr/2012/04/helios-moiety-new-album-free-download.html

"Your support helps me to continue to make music. These items are my thank you to you, but if you like what you hear and you would like to donate, you may do so below. Warmest Wishes ~ Keith"

http://www.facebook.com/heliosmusic#!/heliosmusic/info



dimanche 6 mai 2012

Death Grips - The Money Store (2012)



Voir aussi la chronique de Exmilitary
Voir aussi l'article sur Zach Hill


Parutionavril 2012
LabelEpic
GenreHip-hop, expérimental
A écouterGet Got, The Fever (Aye Aye), I've Seen Footage
 ~
Qualitésintense/td>



En tout juste un an, depuis la parution de leur mixtape (entendre souvent par là : album novateur et excitant promis à un avenir confidentiel), Death Grips s’est précisé, s’est focalisé. Certains détails ont enfin filtré, et le trio hip-hop tendance apocalyptique (pensez Year Zero de Nine Inch Nails, 5 ans plus tard et en plus urbain) semble enfin destiné à devenir un vrai groupe. The Money Store devrait être correctement distribué, puisqu’ils n’ont pas attendu pour signer avec une major. On connaît enfin le nom du MC : Stefan Burnett. On savait déjà son phrasé terrible, c’est chose confirmée. Et Zach Hill, connu un jeu de batterie nerveux et technique au sein de Hella, divers autres projets ainsi que pour ses compositions en solo, reconnaît un attachement affectif à son nouveau groupe, le plus proche, selon ses dires, de ce qu’il a toujours désiré entendre. La perfection sonore atteinte avec cet album compressé, éclaté, commence par la façon dont est produite la batterie, comment elle se joue – avec les mains parfois – se transfigure.

Death Grips est un projet de paradoxes. Inspiré par les groupes à l’ignorance revendiquée des années 80, le hardcore insensé de Suicidal Tendencies, Fear ou Cro-Mag, ils se revendiquent pourtant futuristes, évoluent dans un espace dont l’existence est éphémère – à eux de la façonner de manière à ce qu’il soit durable. La dictature de l’instant, de l’action, qu’ils imposent en envahissant les speakers de sons oppressants autant qu’excitants ne les empêche pas d’avoir un impact intellectuel sur l’auditeur. « Nous voulons garder les choses là où elles s’arrêtent quotidiennement. » C’est un trio promis à élargir le public généralement amateur de hip-hop tout en faisant paraître l’un des albums les plus radicaux du genre, et capable de polariser comme un roman graphique de Franck Miller à l’intérieur même de sons système, parmi ses personnages. Leur pochette, noire et blanche, ne se prive pas d’affiche son influence au polar sexy et meurtrier qu’incarne mieux que quiconque Miller. Comme une femme violentée sortie de J’ai Tué Pour Elle, Death Grips semble avoir attendu le moment propice pour assassiner son bourreau. Le seul challenge que le trio propose à l’auditeur n’est pas intellectuel ; c’est de le faire accepter que le meilleur et le pire peuvent se côtoyer frénétiquement.

« Notre groupe et comme internet ! » s’exclame Hill lorsqu’on évoque cette propension de la toile à faire se rencontrer le mauvais goût et la bonne foi, les œuvres vides de sens et celles, puissantes, révélatrices d’un travers, que l’on envoie en mission, pour créer le buzz et observer jusqu’où elles peuvent se faire approprier. Internet, c’est l’ADN de Death Grips, leur raison d’être puisqu’il ont à leur tour tenté de voir jusqu’ou un vidéo de Stefan Burnett attaché sur le siège passager d’une voiture, en train de vomir les paroles de Guillotine, pourrait aller. « Sit in the dark and ponder how/I'm fit to make the bottom fall through the floor/And they all fall down, yah/It goes, it goes, it goes, it goes, YAH !”. Cette chanson restera sans doute le classique du hip-hop à l’heure ou il porte des pixels à l’insurrection avec un brio inégalé.

The Money Store est le parfait album du nerd 3.0, quand la vraie vie se tweete et les braquages sont un jeu sur Facebook. La précision du trio à créer cette atmosphère oppressante et tendue qui les caractérise tient à leur acuité, à leur procédé de palette. Leurs influences sont une partie de cette palette, des sons glanés sur internet une autre source. You Tube ou conversations enregistrées en douce fabriquent l’album.  L’album, ramassé, se développe dans un flow ascendant et culmine avec des morceaux comme I’ve Seen Footage. « Nous avons enregistré un de nos amis pendant qu’il avait cette conversation – il ne savait pas qu’il était enregistré. Il était complètement défoncé, et rabâchait ces trucs fous. Il parlait des structures de la lune. Et il me disait : "j’ai vu des vidéos ! J’ai vu des vidéos ! Et j’étais genre : ouais, d’accord. »



Julia Holter - Live @ Le Poisson Rouge







Téléchargement gratuit.


Voir aussi la chronique de Eckstasis :














Set List

Marienbad



So Lillies


Fur Felix


Try to Make Yourself a Work of Art


Our Sorrows


Four Gardens


This is Ekstasis


In the Same Room


Moni Mon Amie


Goddess Eyes




jeudi 15 décembre 2011

Other Lives - Groupe de l'année 2011




Il y a un groupe sur lequel les membres de Radiohead sont tous d’accord, cette année, et selon Colin Greenwood, le bassiste du quintet anglais, le consensus est une chose sur laquelle il ne faut pas trop compter en temps normal chez eux. Ce groupe qui remporte tous les suffrages, c’est un autre quintet, de l’Oklahoma celui-là. « Il y a une beauté, une gravité, un pouvoir expansif et une mélancolie qui fait penser à Morricone», suggère l’aîné des Greenwood.

“Vivre entouré de ces paysages ouverts vers l’infini a influencé notre songwriting, explique Jesse Tabish, le chanteur, multi-instrumentiste et parolier du groupe. On voulait visualiser ces grands espaces et écrire la bande-son des plaines de l’Oklahoma.” Le résultat, des chansons bouleversantes aux harmonies complexes, est aussi bon car les musiciens de Other Lives ont la bonne attitude ; entièrement voués à produire la musique la meilleure possible, juste assez effacés derrière elle, tout en hésitant pas à la promouvoir à 100 % en proposant des vidéos somptueuses, dont la symbolique dépasse le contenu des chansons. Celle pour For 12 représente le voyage spatial du Jesse Tabish, et laisser deviner un groupe voulant donner l’impression d’être bien établis, ancrés dans l’inconscient de leur pays comme influences bienveillantes.

Formé en 2004 sous le nom de Kunek et enraciné dans une sorte de sévérité classique, c’est désormais un groupe d’americana, même s’il reste différent de tous les autres. Tamer Animals étoffe la pallette de son très bon prédécesseur éponyme, paru en 2009. L’album révèle au fil des écoutes force d’éléments suggérés – trains à vapeur, ambiances lumineuses ou crépusculaires, clins d’œil cinématiques. Il y a aussi le mystère de la relation de Jesse Tabish à ce qu’il chante : « I was waiting in the dark age/Searching for the ones in my life/I'm so far away » sur For 12, tandis que les cordes d’un quatuor s’élèvent et s’effacent comme dans la chanson de… Radiohead, How to Disapear Completely.


Avez-vous une inclinaison particulière pour la musique classique ?

Jesse Tabish : « Au cœur de notre pratique, nous sommes des passionnés de musique classique. C’est le plus gros de ce que j’écoute, aussi c’est un objectif que d’essayer de se rapprocher de ce monde, tout en restant capables de sonner comme un groupe contemporain. J’ai suivi des leçons de piano quand j’étais gosse mais Jenny [Hsu] est la seule qui ait une formation classique. J’enseigne la musique à Stillwater, je suis un professeur de guitare, ainsi, nous avons tous d’assez bonnes bases théoriques, mais pas aussi bonnes que nous le devrions. J’essaie d’intéresser mes étudiants à la théorie mais ils n’en font qu’à leur tête, ils veulent seulement jouer. »
La musique de Other Lives s’apparente en effet parfois à de la musique de chambre, telle qu’elle aurait été interprétée par les gens de la terre. Dans chaque chanson, le groupe ouvrage la relation entre une certaine qualité de textes et une façon d’installer des ambiances dramatiques réussies. Le fait que Tabish enseigne la musique donne au groupe une autre forme de maturité, déjà très présente dans le premier album.


Les chansons sont construites avec un art qui dépasse celui de la seule chanson folk. Il y a dans leur balancement une précision d’horloge, dans leur polyphonie le déclenchement d’une série de mécanismes aux effets persistants.


Jusqu’à quel point Tamer Animals est-t il un travail de groupe ?

« La plus grosse partie de la musique qui est écrite, c’est moi qui l’écris. Les paroles sont de Jon [Jonathan Mooney]et moi. Avec les autres, c’est un travail seul à seul. Par exemple, je vais montrer à Josh [Onstott] une mélodie encore grossière et il va lui donner une direction. Je tiens généralement compte de leur avis. Mais le plus gros de la musique, et des arrangements, je les écris moi-même. »

Other Lives est un groupe organisé autour de Jesse Tabish, qui a une prédominance sur le processus créatif. Dans le velours des arrangements, sa guitare et sa voix claire et lasse nous guident tout au long d’un improbable voyage, entre lieux fantasmés (Desert, Landforms), objets et créatures plus vrais que nature. « Un thème commun est la relation entre la nature et les gens », explique Tabish. Sommes-nous trop apprivoisés, comme il le suggère sur la chanson Tamer Animals ? Incapables de nous ouvrir à l’extérieur, de nous laisser béatifier par les immensités qui nous entourent ? C’est la même volonté de remise en cause existentielle qui a conduit le groupe à emprunter le nom du film allemand La Vie des Autres. Tamer Animals est une quête qui entraîne chacun à s’émanciper en fonction de ses sentiments intérieurs.

Comment votre expérience et l’album ont t-il été affectés par la possibilité de jouer dans votre propre studio ?

« Nous étions capables de façonner la musique à notre convenance, et si quelque chose n’était pas juste, nous passions le temps nécessaire dessus jusqu’à ce que ça devienne correct. Nous avions ce luxe d’enregistrer les chansons en deux ou trois versions différentes parfois, pout être sûrs qu’elles étaient telles que nous les voulions. C’était avoir les bonnes harmonies, aussi bien que le bon tempo. C’était une expérience libératrice et très agréable. »

Le disque a nécessité 18 mois maturation, une chose extraordinaire pour ce genre de musique, rendue possible car le groupe a décidé entre son premier album et celui-ci, d’aménager un studio où le temps ne leur serait pas compté. Leur confort a donné naissance à ce disque moelleux, élégant et organique, enveloppant. A réécouter Tamer Animals, ce qui frappe le plus musicalement parlant, c’est la complexité des rythmes, longuement maturés. Les chansons sont construites avec un art qui dépasse celui de la seule chanson folk. Il y a dans leur balancement une précision d’horloge, dans leur polyphonie le déclenchement d’une série de mécanismes aux effets persistants.

Les interviews sont traduites depuis le site internet Indie Rock Reviews. © Britt Witt















vendredi 26 août 2011

Other Lives - Tamer Animals (2011)



Parution : mai 2011
Label : Tbd Records
Genre : Américana, Folk alternatif
A écouter : As i Lay my Head Down, For 12, Dust Bowl III

7.25/10
Qualités : orchestral, contemplatif, soigné,


La vidéo pour For 12, qui représente le voyage spatial du chanteur et multi-instrumentiste Jesse Tabish, montre un groupe voulant donner l’impression d’être bien établis, ancrés dans un inconscient intangible, comme influences bienveillante et insaisissables sur leur territoire, L’Oklahoma. Formé en 2004 sous le nom de Kunek, c’est un groupe d’Americana différent de tous les autres. Celui dont des écoutes répétées révèlent force d’éléments dissimulés – trains à vapeur, chansons western avec guitares à l’avenant, clins d’œil cinématiques, avec moins de la patine bucolique qui sied tant aux Fleet Foxes mais autant de mystère occulte que ce qu’on trouvait sur Helplessness Blues (2011). Le mystère de la relation de Jesse Tabish à ce qu’il chante : « I was waiting in the dark age/Searching for the ones in my life/I'm so far away » sur For 12, tandis que les cordes d’un quatuor s’élèvent et s’effacent comme dans la chanson de Radiohead How to Disapear Completely.

C’est dans la ville natale de Tabish, Stillwater, que l’album a peu a peu pris forme. « Ce n’est pas un disque qui a été écrit en le jouant tous ensemble. C’était une chose à la fois. Je ne sais pas combien 16 mois dans un studio nous coûteraient sur la côte ouest, mais c’est sans doute plus que nous sommes capables de payer. Nous avons beaucoup de place et de confort dans le studio ici et la ville est très hospitalière à la créativité. » Le confort a donné naissance à ce disque moelleux, élégant et organique, enveloppant, d’abord fascinant pour ses grandeurs et ses cordes. Le groupe laisse le violons inspirer et expirer, s’élever et s’évanouir avec une lenteur presque hypnotique. La musique de Other Lives s’apparente parfois à de la musique de chambre telle qu’elle aurait été interprétée par les gens de la terre ; et accompagnées de images les mieux choisies de leur conscience collective. Dans chaque chanson, le groupe ouvrage la relation entre une certaine qualité de textes – fuyants et contemplatifs – et une façon d’installer des ambiances dramatiques réussies.

Dust Bowl III est ainsi particulièrement poignante, évoquant ces tempêtes de poussières qui sévirent, au centre des Etats Unis, durant les années 30. Il devient difficile de replacer le groupe dans un lieu particulier ; comme si le prix de leur plus grande lucidité leur était acquis par une douce aliénation. « Dans ce disque, nous avons approché chaque chanson en nous rendant compte que, seulement parce que nous jouions d’un certain instrument, cela ne signifiait pas qu’il appartiennent à cette chanson. Nous avons exploré plusieurs nouvelles possibilités, parfois jusqu’au point où nous nous écrivions presque hors de la chanson. » Comme si le prix à payer pour attendre au sublime était, pour les musiciens eux-mêmes, de disparaître derrière la musique et sa profusion de tons. C’est basson, clarinette, violon, cuivres et violoncelle, travaillant à donner au groupe une voix différente.

La guitare de Tabish et sa voix lasse nous guide pourtant tout au long d’un improbable voyage, entre lieux fantasmés (Desert, Landforms), objets et créatures plus vrais que nature. « Un thème commun est la relation entre la nature et les gens ». Sommes-nous trop apprivoisés ? Incapables de nous ouvrir à l’extérieur, de nous laisser béatifier par les immensités qui nous entourent ? « We’re just tamer animals » gémit Tabish dans la chanson titre, d’une façon qui évoque Thom Yorke. Tout en recherchant par ailleurs une harmonie pour s’émanciper de son environnement, pour lui envoyer en retour de sa bienveillance une gratitude. « Et tu le fuis maintenant, tu ne peux plus t’échapper, car c’est tout ce que tu vois. » Nous ne pouvons échapper à la nature environnante, sans parvenir pour autant à cohabiter pleinement avec elle. Others Lives cherche les arrangements possibles, les pactes oubliés qui pourraient être conclus pour atteindre une meilleure sérénité. Tabish évite souvent de se montrer prophétique. Weather est peut-être une exception, et l’une des chansons les plus sombres sur Tamer Animals, avec ses cœurs évoquant le Because des Beatles – les influences pop anglaises sont présentes comme nulle part ailleurs dans le genre – pour un disque souvent mélancolique. Mais pourtant, comme The Golden Archipelago (Shearwater), par exemple, tourné vers l’avenir et l’harmonie future.






mardi 6 juillet 2010

Black Breath - Heavy Breathing (2010)


Parution : 2010
Label : Southern Lord
Genre : death metal, punk, hardcore
A écouter : Black Sin, Escape from Death, Children of the Horn

7.25/10
Qualités : intense, sombre



Pour ce qui est de son pesant et éprouvant, le label américain Southern Lord indé est l’un des meilleurs. Les amateurs de drone et de metal le savent bien. Black Breath, groupe de cinq jeunes gens de Seattle, y sont nouveaux et déjà favoris .

Ils se situent entre métal satanique, Motorhead et punk-hardcore. La pochette, dédiée au culte du diable, illustre bien l’aspect punk et devilish, tandis qu’un morceau comme Children of the Horn, avec ses airs de Ace of Spades, laisse deviner leur inspiration du trio de Lemmy. En fait, on croirait que Black Breath sont partis d’une base punk-hardcore à la Fucked Up et sont grimpés, échelon par échellon, construisant de nouvelles voies de traverses et ralentissant certains passages de leurs titres et poussant les volumètres dans le rouge jusqu’à se sentir en danger. Ils ont beau être ultra directs, concis et brutaux comme beaucoup d’autres, ils parviennent dès leur premier EP Razor to Oblivion à déchaîner les passions et à faire percevoir une originalité intérieure, viscérale. Mûrement réfléchi, leur mélange crée des moments obsédants.

Ce disque a été enregistré avec l’aide de Kurt Ballous de Converge, formation au son d’une intensité rare. Comme l’est l’objectif de certains groupes du genre, celui de Black Breath semble être d’aller toujours vers plus de sombre, de lourd et de brutal, tandis que leurs corps s’habituent peu à peu à ce qu’ils s’infligent et finissent pas y voir un culte, une religion, une spiritualité. Les groupes comme Celtic Frost sont les meilleurs à ce petit jeu ; ils finissent par perdre leur aspect amusant et par réellement incarner toute la théatralité dramatique que provoque leur musique. Leur apparence devient profondément glauque, alors qu’il ne s’agit sans la musique que de maquillage indigent. Black Breath sont des admirateurs de ce métal à l’intensité exubérante, le death metal, et laissent la voie libre à ce genre d’insouciance profane – ou lourdement en proie à la superstition et à la paranoïa, c’est selon – dès Black Sin, titre d’oubverture à réveiller les morts. Ils réussissent l’exploit de combiner grossièreté et laideur.

Leur rapidité d’exécution rappelle le vieil adage au sein de Motorhead, qui enregistra le disque Ace of Spades en rejouant les morceaux toujours plus vite – peut être sous l’effet du speed en ce qui concerne Lemmy – jusqu'à ce que le morceau ressemble à une charge invincible. Sur Heavy Breathing, ils réussissent même l’exploit de rendre certaines parties entêtantes en diable, malgré la précipitation générale. Le chant de Nate McAdams est parfait, juste à la hauteur de l’objectif qu’il s’est fixé. Un cri énorme dès les premiers instants, puis une cavalcade ou reprendre son souffle ne semble vraiment pas être une priorité. La production particulièrement crue fait s’entrechoquer les appartés et les intros théatrales et intimidantes avec des couplets hardcore envoyés sur une rythmique binaire. L’intensité, la densité musicale est rarement aussi bien maintenue tout au long d’un disque, et même si par hasard les tempos venaient à ralentir, ça na veut pas dire que l’atmosphère va s’alléger.

Eat The Witch, Escape From death, I am Beyond… Les titres seuls des morceaux promettent que Black Breath va vous offrir davantage que l’habituelle confrontation hardcore, suggérant qu’ils broient du noir à un niveau au-delà de toute envie de distraire, et, plutôt que de finir à genoux sur scène face à leur public, c’est vous qui allez vous agenouiller après avoir laissé transiter de mauvais esprit par le vôtre. Si le hardcore provoque une décharge qui peut s’avérer assomante, Black Breath le combinent avec des pensées noires qui le rendent encore plus cruel et impie. On ressent parfois une sixième présence prette à apparaître derrière les musiciens, capable de vous contaminer de leur énergie, si vous n’êtes pas sur vos gardes. Il pourrait bien leur manquer une fragilité, une faille, mais difficile de trouver une place dans Heavy Breathing pour ce genre de faiblesses.  

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