“…you can hear whatever you want to hear in it, in a way that’s personal to you.”

James Vincent MCMORROW

Qualités de la musique

soigné (81) intense (77) groovy (71) Doux-amer (61) ludique (60) poignant (60) envoûtant (59) entraînant (55) original (53) élégant (50) communicatif (49) audacieux (48) lyrique (48) onirique (48) sombre (48) pénétrant (47) sensible (47) apaisé (46) lucide (44) attachant (43) hypnotique (43) vintage (43) engagé (38) Romantique (31) intemporel (31) Expérimental (30) frais (30) intimiste (30) efficace (29) orchestral (29) rugueux (29) spontané (29) contemplatif (26) fait main (26) varié (25) nocturne (24) extravagant (23) funky (23) puissant (22) sensuel (18) inquiétant (17) lourd (16) heureux (11) Ambigu (10) épique (10) culte (8) naturel (5)

Genres de musique

Folk (118) Pop (88) Rock (81) Rock alternatif (78) Americana (72) indie rock (69) Folk-Rock (65) Blues (51) Country (42) Psychédélique (39) Soul (39) Rythm and blues (32) Alt-Folk (31) Expérimental (30) orchestral (29) Garage Rock (26) Synth-pop (25) Noise Rock (23) Rock progressif (20) Funk (19) Métal (17) Psych-Rock (16) Jazz (15) Atmosphérique (14) Auteur (14) post-punk (14) Dream Folk (13) Electro (13) Punk (13) World music (13) acid folk (13) shoegaze (13) Lo-Fi (12) reggae (12) Post-rock (11) Dance-rock (10) Stoner Rock (10) Indie folk (9) folk rural (9) hip-hop (9) rock n' roll (9) Folk urbain (8) Grunge (8) Rock New-Yorkais (8) avant-pop (8) Bluegrass (7) Surréalisme (7) instrumental (7) Post-core (6) Dub (5) krautrock (3) spoken word (2)

Trip Tips - Fanzine musical !

Affichage des articles dont le libellé est Americana. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Americana. Afficher tous les articles

mardi 5 décembre 2017

GRAYSON CAPPS - Scarlett Roses (2017)




  OO
efficace, sensible, rugueux
songwriter, americana


Après Hiss Golden Messenger, c'est au tour de Grayson Capps d'utiliser ce symbole de la rose. La rose que l'on peut brandir et celle que l'on peut admirer. Comme le symbole d'un renouveau, de ce que l'on peut se consacrer à chérir dans un pays ressemblant à un jardin terrassé et sans plus de poésie.

Grayson Capps et son groupe, Willy Sugarcaps, sont importants pour le sens de communion musicale qu'ils perpétuent à travers leur pratique de l'americana. On la ressentira par exemple sur l'album d'un canadien expatrié à leur rencontre, Scott Nolan, Silverhill (2016). Du nom de cette ville de l'Alabama ayant scellé le destin du groupe. Sur Scarlett Roses, seul Corky Hugues apporte sa présence, profil bas mais décisive, à l'album. Il y ajoute une dimension.

C'est révélateur de l'intelligence du jeu des deux musiciens que la personnalité de Hugues soit si bien intégrée, faisant de ces chansons des monolithes, déjà éprouvées en concert et ici dans leurs versions définitives. L'un donne la voie aux solos de l'autre, leurs guitares se relèvent sans que l'on sache très bien qui est qui. Ils se complètent à merveille.

Grayson Capps a beau porter la Louisiane en lui, il joue la décontraction jazzy (You Can't Turn Around), mêle le grand ouest à ses pérégrinations. « J'ai été dans des groupes depuis la fin des années 80. J'ai signé avec beaucoup de labels. J'ai parcouru énormément de kilomètres. Les expériences que j'ai accumulées ont été durement gagnées, et je me sens bien rodé, prêt pour ce qui doit advenir, plus que jamais», commente t-il en 2015. Un film avec Scarlett Johansson et John Travolta porte le nom d'une de ses chansons, A Love Song For Bobby Long. Le décor ? La Nouvelle-Orléans, bien sûr.

Ses chansons d'affirmation philosophique et émotionnelle gagnent en souffle dans ce brassage naturel de styles traditionnels. Si naturel que la manœuvre pourrait sembler facile, comme s'il était aisé de choisir un temps, un lieu pour capter la quintessence d'une écriture. L'important, il nous le rappelle, est de créer des conditions idéales afin que ses chansons puissent prétendre à cette limpidité hypnotique. Il a le bon goût de s'abandonner juste assez à la musique pour la faire prendre profondeur, lui donner un air de ce temps et de toujours. Sa précieuse humilité nous marque longtemps après la fin du disque.

Deux instants de grâce dominent l’album : Capps y joue la carte de la gratitude, puis de la rédemption, mais « pas dans un sens chrétien ». Sur New Again, il espère « laver [seul] ses péchés » pour provoquer le retour de son amour. « There’s the world of mysticism/i’am in the world of criticism for you » tente t-il pour prouver son sens des responsabilités. Capps refuse de rendre les chansons inutilement compliquées, il se contente ici d’un peu d’harmonica par dessus les guitares. Thankful est d’un style plus texan. « Ain’t you thankful for the moonshine/that takes away the pain » chante Capps dans une démonstration de « bon temps rouler ». 


s. Le swamp-rock halluciné de Taos transforme une virée en voiture en rencontre avec le diable au croisement. Par ailleurs,les sensations ne s'entrechoquent pas sur cet album avenant, mais cette chanson dramatique, coiffe l'album d'une belle aura de spontanéité, tandis que sa narration rutilante provoque des retombées sur tout le reste de l'album, l'ancre profondément dans la culture sudiste. L'aplomb est grand.

mercredi 22 novembre 2017

MALCOLM HOLCOMBE - Pretty Little Troubles (2017)




OO

audacieux, rugueux, lucide
Blues, americana

Pretty Little Troubles mêle l'euphémisme et l'ironie, et le message nous cogne dès Crippled Point of View : Holcombe ne nous offre pas d'échappatoire que de contempler ses plaies. Ses maladies, ses combats, contre la société et la misanthropie, l'histoire objective d'un point de vue isolé. La cocasserie de Good Ole Days, avec le banjo d'époque du producteur Darrell Scott. Les 'bon vieux jours' sont ceux des travailleurs en Virginie, leur vie au rythme de la souffrance sociale. La seule raison de tout cet humour , c'est qu'ils sont désormais morts et enterrés et y trouvent plus d'honneur que jamais. La vivacité du morceau injecte une vraie nostalgie, comme si la grâce du souvenir transcendait la douleur des vies brisées par l'imposture. Bury England est dans la même veine, mais à ce stade de l'album, on s'est accoutumés à la proximité avec Holcombe, et à cette étroite famille de trimards au sein de laquelle il nous convie.

Malcolm Holcombe a joué dans certaines villes de Caroline du nord depuis quarante ans. A Boone, il salue le « Windmill », conçu dans les années 70 pour apporter l'électricité, et qui n'a jamais fonctionné. Le mot évoque le travail des champs plutôt que la technologie des énergies renouvelables, pourtant la traduction française est l'éolienne. Empreinte d'une ruralité qui grince, gronde, rutile. Authentique et proche de sa terre, Holcombe l'est sans forcer. Il est en toute humilité un symbole, bien au-delà de cette partie du Sud américain. 


Solitaire de tempérament, il a depuis des années brisé sa carapace, enregistrant des albums collaboratifs en compagnie de musiciens extraordinaires. Tony Joe White venait saluer sur Another Black Hole (2016), et la pléthore d'instruments à cordes joués par cet amoncellement de talents n'occulte jamais le jeu singulier de Holcombe, qui éreinte son instrument avec une sollicitude magique. C'est l'impression que donne, en tout cas, le mélange de précision et de rudesse de son jeu tendu. Rien d'un esthète à première vue, dans cette voix éraillée, et pourtant chaque mot est une teinte de sa palette de noirs, étalée au couteau. La chanson titre, par exemple montre une densité et une profondeur des mots frappante comme un coup de poing.

Il s'inscrit dans la lignée du texan Guy Clark, dont le collaborateur Verlon Thompson est de la partie. Parmi les bonnes surprises de cet album, la ballade Rocky Ground, illuminée de pedal steel et de la voix en backing de Thompson. Difficile de faire plus américain. « Watching you grow old and lonely/Hungry to be found » chante Holcombe, décrivant un état qui fut le sien avant d'être exhumé et de quitter l'alcool. We Struggle atteint le même niveau d'émotion, avec une économie de mots bouleversante. Damn Weeds, autre classique, poursuit dans cette véracité sur le vif. Les chansons ont d'ailleurs été écrites sur une période de deux semaines, d'où sans doute une certaine homogénéité thématique. Darrell Scott les pare d'une audace sincère, sans y réfléchir à deux fois. La cornemuse en est le gage. Le quatuor de cordes le pinacle.

mercredi 18 octobre 2017

SMOKY TIGER - Great Western Gold (2017)


OO
audacieux, vintage, frais
Pop, blues


Si l'on écoute Great Western Gold dans le détail, il paraît un peu comme l’exploit d'un homme n'ayant jamais enregistré ses chansons auparavant. La simplicité didactique des paroles, le côté sensationnel des histoires racontées – celles de hors la loi et d'indiens ayant vécu « not so long ago » et d'occultisme climatique – viennent droit de Manitoba, canada. Ces histoires n'ont jamais été racontées, et elles le sont avec cette conviction. 


Pour éveiller ces histoires remontant parfois au XIXème siècle, le mystérieux Smoky Tiger emprunte au rockabilly des années 50. Son baryton évoque Johnny Cash, ce qui sied à merveille, puisque le pénitencier est le lieu où résident beaucoup de ces histoires. Vous ne les trouverez pas à la bibliothèque, où elles auraient trouvé le repos. Comme en témoigne Smoky Tiger, ce sont des légendes déambulant dans les couloirs et les allées, attendant qu'un médium les restitue.

La drôle de maturité de Great Western Gold en fait un album d'adultes, à l'image de ses personnalités licencieuses : des durs connus pour la façon dont ils ont persévéré, toute leur vie, à se rebeller, et dont le fantôme viendra s'assurer que vous n'ayez pas raté un épisode de leur pulp fiction. Jets Anthem, avec son break à l'orgue hammond, explore la modernité, de façon toujours mythologique : « Back in the seventies/We where the champs » On pense à We Will Rock You.

Smoky Tiger a trouvé sa vocation il y a une dizaine d'années, puisque un album existe déjà sous son nom en l'année 2009. Sa voix parfaitement maîtrisée montre bien qu'il sait exactement quoi en faire. Une voix de balladin ayant défié les éléments, et quand il rocke, sur Bloody Jack, on dirait Tom Rush en plein pastiche sur Who Do You Love ? Le pont, lugubre, assure que même la mort ne laisse pas ce héros tranquille. La mère du bandit s'en va trouver un sorcier vaudou pour le faire ressusciter. L'ambiance décrépite de se grand moment de narration, puis la fin déchaînée du morceau, est l'un des meilleurs moments de l'album.

Flying Bandit, une histoire de détrousseur de banques, est agrémentée de bossa nova. Tout ce qui pourrait paraître semi délirant, comme de mêler les sons de jeux d'arcade électroniques à ce backdrop exotique, plus des accords en power chord et des harmonies dans la tradition des vieux studios américains, tout cela est parfaitement vrai. Le mélange des genres donne des ailes à Terry Fox (un athlète unijambiste canadien), avant que la chanson ne se termine avec un message révérencieux, passé comme un relais à travers les âges « Stay strong ».

Puis démarre une deuxième moitié de l'album, peut -être plus incroyable encore. Deux chansons autour de sept minutes, la première, un blues hypnotique et brûlant où « Tommy Prince was a natural born killer. » Elle décrit un héros de guerre populaire canadien, avec saxophone énervé et guitares blues rock. Plus loin la voix de Tiger devient carrément celle de Tom Waits. L'évocation de Winnipeg, omniprésente dans l'album rappelle qu'il s'agit d'un disque de ce cartel terrible, Transistor 66. « I must sing this sad song/It's a story you should know/I've yourd heard of Big bear/He was a leader here » démarre Big Bear, moins austère que ses premièrs abords le suggèrent. L'histoire d'un chef indien désireux de défendre les droits des siens, et dont ces sept minutes de magnificence constituent l'éloge universel. 

Purple City Glow nous ouvre les portes d’un monde de secrets et d’excès. «The Pool of the Black Star n’est pas une référence à David Bowie, comme me l’expliquera Courtnage après avoir lu dans cette chronique une allusion dans ce sens . «J’ai été scotché qu’il fasse cette chanson, Black Star, bien après que la mienne ait été écrite. Il y a un hall mystérieux à Winnipeg appelé  the pool of the black star, dans notre building légilatif. » Des chœurs sépulcraux s’associent bientôt. 
Louis Riel revient, à travers le portrait d’un instigateur de révolte, au temps de la chasse au bison, déjà évoquée dans Warden of the Plains. C’est peut-être une histoire d’après guerre, cette fois, mais celle d’hommes toujours tributaires d’un immense passé, bâti de règlements de comptes et de procès expéditifs. Un monde où il valait mieux être artiste derrière des portes closes que de respirer trop intensément l’air de la piste sauvage, ou encore de chercher de intéressements dans la politique locale, au risque de finir pendu. 



Ecouter l'album : 
http://www.transistor66.com/smokytiger

jeudi 5 octobre 2017

JOSH RITTER - Gathering (2017)





O
poignant, soigné
Folk rock, americana

Les personnages dans les chansons de Josh Ritter sont aventureux, parfois peu vraisemblables mais attachants. La précision de leurs états d'âme est presque affaire de superstition. Dans une certaine confusion de figures, de foi et de ferveur variables, les contemplations poétiques de Ritter se perpétuent avec une ardeur païenne, dépassant la tentation religieuse. “Out across the fields are the thunderheads gathering / Clouds all turned to the color of a cavern » chante t-il sur Feels Like Lightning, et jusqu'à Myrna Loy : “Still every now and then sometimes when the night sky gets so bright / And no Bethlehem of stars could match its burning”. On y entend la liberté. On apprécie que le fièvre et la fragilité s'empare de cet exercice tellement maitrisé qu'est, depuis toujours, un album de Josh Ritter. Et d'autant plus le neuvième. Originale et tourmentée, Dream est cette plongée, cœur noir cerné de deux autres chansons au ton doucement dévasté. On y retrouve un homme en proie à des hallucinations, un thème réminiscent chez Josh Ritter, qu'elles soient malveillantes ou bienveillantes.

Avec Showboat, Gathering démarre comme l'album d'un homme cherchant à garder la face et montrer à tout prix de la joie, tentant de redorer son ancienne fierté, comme une raison d'être. Il finit par gagner la capacité de consoler les autres avec Cry Softly. “I thought the sun was going down/ but the sun was coming up.” chante t-il sur Thunderbolt Goodnight, s'engageant plus que jamais dans le cliché réparateur. Josh Ritter, à l'image de certains écrivains, le prouve encore : les clichés sont inévitables, mais peuvent triompher dans le domaine du storytelling.

Le casting de Gathering ferait un bien étrange film, mais l'album évolue de toute façon selon les règles établies avec les précédents albums, au rythme d'une époque romantique. Il évacue les faux rôles dans les premières minutes, pour nous gagner peu à peu de sa vraie épaisseur émotionnelle. Friendamine et Feels Like Lightning s'écoulent en un instant, nous laissant le sentiment d'un trouble dissimulé dans l'agitation. Josh Ritter nous fait croire le désarroi enfui à dos de cheval, avant que When i Will be Changed marque la direction définitive prise par la musique de Ritter. Mature, spirituelle, révérencieuse, se fondant dans le gospel pour aller au delà du désamour et se réconcilier avec l'empreinte de l'humain en nous. Une musique pour tous, dont les émotions sont vécues en chacun.

Après Mina Loy, Josh Ritter est redevennu celui qui nous affecte comme peu d'autres, l'un de ceux autour desquels gravitent la tradition américaine actuelle, capable de garder son caractère même si elle s'adoucit, se matine de cuivres et de solemnité. Gathering est l'album d'un homme habitué à ce que chacune de ses décisions artistiques portent leur fruit. When i Will Be Changed illustre aussi cela, par la présence de Bob Weir. Ritter a produit avec succès son album en 2016, Blue Mountain. Et sa participation s'inscrit dans une connivence voire une complaisance très en phase avec l'album dans son ensemble que Weir participe, en retour, à Gathering. Enfin, Ritter secoue parfois ses habitudes. Ce qu'il qualifie de bourrasques, des mouvements à l'intérieur de l'album produisant sa générosité persistant
e. 

dimanche 24 septembre 2017

HISS GOLDEN MESSENGER - Hallelujah Anyhow (2017)



OO
Americana
apaisé, attachant

Le swagger, c'est cette nonchalance exaltante qui fait que des chansons de Taylor comme Domino (Time Will Tell) sont désormais comparées à celles de Rolling Stones. Ayant laissé, à l'issue d'un travail quotidien, l'aisance prendre le pas sur l'austérité, sa musique peut passer à la séduction internationale.

La quarantaine et les caps de l'existence, paraissent désormais des raisons bien circonspectes de faire des chansons. Allelujah Anyhow, ce sont plutôt les signaux du grand dehors, qui attendaient que Taylor ait trouvé une parfaite clarté pour les décoder. Il écrit un disque aux lignes franches et dégagées, dont il pourra encore être fier quand le monde aura changé. Les chansons illuminées comme des divinations ou des paris sur l'avenir. Son précédent disque, Heart Like a Levee, le montrait observant comment il avait tenté, dans un effort un peu vain, de prouver à ses enfants qu'il méritait sa place aux côtés des héros sur les pochettes d'albums disséminées dans la maison. Il reconnaissait en même temps ne plus vraiment chercher à atteindre ce statut de héros.

Ces grands efforts pour se faire un nom l'avaient vu progresser jusqu'à l'impressionnant Haw (2013), où son désir de spiritualité trouvé des échos dans un culture musicale embrassant le gospel et le blues, une certaine sévérité. Sa douceur ne masque toujours pas entièrement cette volonté couvée, de bâtir une société à part, dans laquelle il puisse sentir une plénitude naturelle. « J'essaie de mon mieux, chaque jour, de garder la tête froide, de laisser l'art montrer la voie et de m'amuser. Je gagne désormais ma vie en faisant la chose que j'aime le plus au monde et je dois être attentif à ma relation avec celle-ci, je dois la traiter avec soin. Et mes enfants me voient quotidiennement pratiquer ma passion. Peu d'enfants ont cette expérience avec leur père. Je n'ai pas eu ça, du tout. Donc c'est important. »

Magnifiquement produit, avec des cuivres et un piano qui révèlent de plus en plus la douceur et ont fait presque définitivement reculer la rudesse des chansons. Caledonia My Love, montre une écriture toujours plus mise à nu, ouverte. Qu'on se rassure, les chansons de Hiss Golden Messenger, même les plus dénuées, conservent leur part de magie. On peut poursuivre, familiers désormais à la façon dont Taylor séquence ses albums, en s'intéressant à la dernière chanson sur celui-ci, When the Wall Comes Down. Toujours élégant et en retenue, il délivre un message fort de compassion.

Taylor crée le monde qu'il veut faire entendre à ses enfants, et aux prochaines générations : où les changements environnementaux sont une force pour abattre les murs, pour se réconcilier. « I'm trying to be hopeful for you, brother », chante t-il sur Lost Out in the Darkness. En gage d'optimise, il fait preuve de patience. Il pense aux efforts du Michigan en faveur du texas, du nord en faveur du sud. Il réconcilie les camps de la guerre de Sécession quand la nécessité d'entraide n'a jamais été aussi forte. Etant passé lui même de l'ouest à l'est. L'endroit où il vit, la Caroline du nord, chère à son cœur Californien.

« Cette musique est pour l'espoir. C'est la seule chose que je peux dire à son propos. L'amour est la seule solution. Je n'ai jamais eu peur de la pénombre ; c'est juste une autre sorte de lumière », tente t-il, pour paraphraser Jenny of the Roses, la chanson enlevée qui installe l'album sans perdre un instant. Pourquoi commenter plus avant un album s'inscrivant si logiquement dans l'existence d'un homme et dans le cours de la société qui l'a vu grandir ? Parler d'une existence en toute simplicité, juste pour dire qu'une telle musique existe, derrière, une révélation.

samedi 29 juillet 2017

JAMES ELKINGTON - Wintress Woma (2017)




O
élégant, hypnotique
Folk, americana

L'album de James Elkington concentre ce qui fait du Paradise of Bachelors une maison de disques aussi intéressante. Ils choisissent des guitaristes au talent confirmé et un goût pour leurs aînés des années 60 tels que John Fahey et Davy Graham. Des personnages pour qui le folk, plutôt qu'une tradition, était surtout une façon d'être au monde, avec gravité et rigueur, ainsi qu'un fameux réservoir d'accordages sur lesquels hisser leur créativité, avec l'envie d'orienter vers d'autres rivages.

A ce point de l'histoire du label, qui vient de faire enter Michael Chapman dans son catalogue, il devient un peu superflu de citer encore ces ouvreurs de tonalités. On préfère rapprocher James Elkington, 46 ans, de jeunes gens : James Blackshaw (sur When i Am Slow) ou Steve Gunn, pour la façon dont il mêle le son du folk anglais et une production vaste, riche et aérienne.

Délivré lui aussi de la tradition, il prend le meilleur des deux côtés de l'atlantique, avec une prédilection pour Bert Jansch, qui le voit rapidement évoquer Nick Drake dont il réitère l'élégance et la méditation. C'est comme d'instinct qu'il marie son timbre au violoncelle sur son propre Cello Song (Vading in Vapour), envoûtant. La pedal steel est également un bon choix en contrepoint du jeu en picking sur Grief is not Coming. Une même façon de jouer caractérise Chapman , le 'plus américain' des guitaristes anglais.

Comme cette cohorte à laquelle il appartient, Elkington reprend des chansons traditionnelles sans chercher à apparaître comme un puriste folk, au contraire. The Parting Glass est de cette espèce, s’inscrivant avec assurance et fluidité dans cet album qui s'écoule avec magie. Le guitariste sait aussi insuffler du dynamisme, de la vivacité, avec des chansons telles que Make It Up ou Sister of Mine. Greatness Yet To Come garde le meilleur pour le temps second : avec, pour être à la hauteur de l'ironie du titre, un arrangement de cordes laissant pencher cette « grandeur à venir » du côté la l'appréhension sublime. Une de ces plages qu'on imagine tout à fait étirer une chanson sur un temps bien plus long.

Au final, grâce à une écriture ciselée et sans prétention, tout converge vers la guitare.



vendredi 28 juillet 2017

JOHN MURRY - A Short Story of Decay (2017)




OO
lucide, apaisé, rugueux
Americana, rock

John Murry n'est pas votre artiste habituel. C'était si tentant, en 2013, d'essayer de se mettre dans sa peau, quitte à fabuler sur le personnage, avec cette terrible expérience de l'overdose. A la découverte de sa voix profonde, on ressentait avec bien trop de détail comment sa perception de l'existence avait été transformée. The Graceless Age était un album traversé par cette nécessité de prendre sa revanche sur la vie, l'un des meilleurs disques de la décennie, où la perfection musicale et les choix de production semblent tellement facilités par la résolution de se réconcilier avec la société.

On était confiant dans l'avenir de John Murry. Aujourd’hui, il faut s'approcher prudemment. Tim Mooney, musicien d'American Music Club, et mentor de Murry, avec lequel il avait reconstruit sa vie, est mort à 53 ans, et depuis la vie de Murry a bien failli s'effondrer complètement comme une bicoque sans fondations par un jour de tornade. C'est lié à la raison première de sa dépendance, apparemment : jeune, porteur d'une forme d'autisme non dépisté, il avait convergé d'abord vers les médicaments prescrits, puis les drogues. Il a fait des séjours en hôpital psychiatrique. Plus tard, à Memphis, la musique sera la seule source positive de son existence. Et lorsque le mentor d'un type comme ça meurt, ça fait des dégâts. Quand sa femme et sa fille le quittent, qu'il est interné, ça en fait aussi.

Ces handicaps et coups durs sont peut-être la raison pour laquelle le regard de l'autre, dans ses chansons, est si important.

Le voilà contraint de repartir du point zéro, composer avec la solitude et la déception d'une fragilité pas seulement en lui, mais ancrée dans son entourage. Comment être constructif quand on commence à écouter la petite voix disant qu'il y a quelque chose de damné en nous, conduisant le monde extérieur à nous faire défaut de façon répétée ? Murry a gagné l'Irlande et trouvé d'autres soutiens, notamment Michael Timmins des Cowboy Junkies et Cait O'Riordain, ancien des Pogues.

Silver and Lead est une chanson dont les prémices au piano rhodes n'ont pas sonné aussi dépouillé depuis certaines chansons de Michael Hurley. Ce qui pourrait être pris pour de la nonchalance, c'est une simplicité qui vire quasiment à l'hésitation, une sorte de défaut d'assurance remarquable à l'heure ou la musique qu'on écoute doit forcément dégager un terrible entrain. Comme s'il n'était pas sûr, un instant, de son désir de poursuivre. Silver and Lead trahit sa déception sentimentale, mais sonne pourtant irrémédiablement lumineux, paisible. Il sait toujours séquencer cela avec des moments plus enlevés. Tout a changé dans l'équipe de conception, et ce qu'on apprécie en premier, c'est le soin particulier apporté aux guitares. Avec leurs textures étudiées, elles sont les meilleurs alliés de Murry.

« Tout ce que je peux faire, c'est réparer ce que j'ai brisé la veille », raille t-il de sa position de Sisyphe, sur Under a Darker Moon. « Tu peux me voir tomber, mais jamais trébucher, car je suis enfin libre ». Il faut l'imaginer heureux...

Il y a une autre histoire derrière cet album. Adopté à la naissance par la famille de William Faulkner, c'est l'histoire d'un garçon grandi à Tupelo, Mississippi, une enfance marquée par la mémoire de l'esclavage, celle de la guerre de sécession, une passion pour le whisky, la littérature et la poésie. Des qualités que l'on retrouve facilement dans l'écriture si vivante de Murry. Bien que cette enfance qui dans les moments de fatigue post-overdose a pu sembler un rêve. Revenir sur les traces de son passé, a du être une expérience évanescente, d'où la pochette.

La délivrance, si elle est utile, passe par une calme appréciation de ce qui est à sa portée, et ce qui ne l'est pas. Les chansons désormais n'ont pas tout à fait la même ampleur, avec un son volontiers sourd, cette aridité évoquant Smog, dans ses contrastes. En contrepartie, l’immersion en studio, cet espace d'enregistrement que l'on ressent fortement sur des chansons comme When God Walks In, nous rapproche de Murry. Les quelques performances a avoir précédé l'album sur You Tube mettent en avant cet agencement, comme un lieu de paix. La reprise des Afghan Whigs en fin d'album résonne de façon particulière en regard de l'histoire récente de Murry. Comme Greg Dulli, il devra apprendre, ou réapprendre, à mettre la distance nécessaire avec les paroles de ses chansons, pour peut-être les jouer en concert. Une telle distance existe déjà sur One Day (You'll Die) ou la bien rock Countess Lola Blues.

mardi 18 avril 2017

SEAN ROWE - New Lore (2017)





OO
Sensible, soigné
Folk rock, americana

Le dépouillement singulier de la guitare sur Gas Station Rose, en ouverture de cet album, est le fruit d'un choix artistique important et continuel chez Sean Rowe. « Je retourne toujours au désir de débarrasser ce que je crée de tout artifice. Dans la lignée de ce que j'écoutais à 18 ans et ce à quoi je reviens encore. Je ne suis pas impressionné par grand-chose dans la musique de maintenant. Le plus gros de ce que j'entends, c'est du pareil au même, pour moi. » Ainsi, il se lance pour défi d'aménager une intensité, une sincérité habitée de doutes et d'humour, à la manière de Tom Waits dont il partage le label, Anti-. Dans son ambition, et dans son approche spirituelle de la vie, où les rencontres provoquées entrent en collision avec un environnement fantasmatique, il fait penser au maître des bas fonds modernistes, visionnaire, la fibre politique en berne, pourtant, dans le cas de Sean Rowe. Il se 'contente' d'un matériau intime, comme issu d'une contemplation apaisée de la nature humaine plutôt que d'une envie de catharsis.

Sa poésie du dénuement le pousse à s'épanouir dans des mélodies entêtantes et des refrains éclairant les couplets construits autour d'eux. Le timbre rare de Rowe fait oublier peu à peu le classicisme de sa musique, et le positionne dans la lignée de poignants expérimentateurs comme Blake Mills et de son album Heigh Ho (2014). Le New Yorkais, jouant l'aller retour tendu entre ce classicisme en enregistrant à Memphis dans le studio mythique de Sam Philipps. Entraîné par sa guitare percussive, s'emploie à isoler un ton spécial, cela s'illustre à chaque seconde sur New Lore : les chœurs opulents sur The Salmon, soutenus par un refrain exalté, où il surprend un fois de plus en quittant sa voix de baryton pour une inflexion plus aiguë.

New Lore l'inscrit pour de bon dans la durée, il parvient à donner une façon finalement touchante à des moments quand Madman (2013) le voyait se confronter à des épreuves formelles au détriment du fond. Il sait se faire dans le sentimental hautement calibré comme Hayes Carll (It's Not Hard To Say Goodbye), John Murry (I Can't Make a Living By Holding You) ou Josh T. Pearson (Leave Something Behind), c'est dire qu'il sait s’inscrire dans ce qu'on appelle l'americana.

Il sait revenir dans un temps ou la ballade au piano pouvait couper le souffler d'une assistance de buveurs, et le hisser au dessus de ceux dont il semblait auparavant partager le goût de la boisson. Son ivresse n'est que mélancolique. Promise of You est aussi proche de Satellite of Love (Lou Reed) qu'elle est d'une sérénade de Waits jouée après minuit dans un diner. En voulant forger un album cohérent, il fait preuve d'un esprit de synthèse où Newton's Craddle joue le rôle du sursaut funky, le genre de ressort narratif insolite dont Tom Waits s'est fait une spécialité en changeant d'accent d'une chanson à l'autre.

samedi 4 février 2017

RICH HOPKINS & THE LUMINARIOS - My Way Or The Highway (2017)



O
intemporel, romantique, attachant
Rock, americana

L'americana s'affichant aussi ostensiblement depuis son titre passe pour une brave déclaration d'autonomie au pays de la liberté d'entreprendre, mais les choses deviennent bien plus riches quand on découvre finalement un musicien comme Rich Hopkins. Comme peut l'être Alejandro Escovedo avec un certain son texan, il est considéré comme l'inventeur de son propre rock du désert. Un 'pionnier', avec son groupe les Sidewinders, dans les années 80. Un véritable ouvreur de territoires qui n'opère pas seul : aujourd’hui avec  les Luminarios, avec qui il a déjà produit un quinzaine d'albums, dont l'écriture forme une chronique étourdissante de cette partie de la carte.

Il s'y trouve, notamment, la chanteuse et songwriter Lisa Nowak, qui est aussi sa femme. A leurs côtés, des musiciens chevronnés d'Austin, Texas et de Tucson, Arizona. Le dicton tout trouvé de cette ville du grand nulle part : Quand on vit là, il y a forcément une raison. Et si c'était, d'écrire sa propre histoire de la création du monde ? Leur écriture méticuleuse, l'amplitude des paysages et des traversées qu'ils décrivent, cette détermination, dès le premier instant, de continuer à révéler les merveilles du territoire, ne peuvent pas être seulement là pour sublimer les américains qui les habitent et leur sacro-sainte authenticité. Presque inévitable est le message de paix et de fraternité. Peut-être la part de création la plus féconde naît de l'attitude toujours juvénile, de ce son incroyablement ouvert. Pas innocent dans une contrée où il faut plus que jamais décider comment affirmer son identité : en s'ouvrant aux autres ou en restant entre soi. Du moins si le fric n'était pas le seul enjeu. 

Si les ballades sur My Way or the Highway profitent particulièrement de la guitare désinvolte et grandiose et des accords simples de Hopkins, le rock texan attaque avec Gaslighter. La voix est plus éraillée, la leçon du temps passé répartit de façon cinglante. A la manière du Crazy Horse, Rich Hopkins trouve sa meilleure jouvence dans le fait d'approcher la guitare avec une candeur adolescente. Quand Nowak chante sur Want You Around, on croirait entendre Slowdive revisiter la chanson qu'ils ont écriture quand ils avaient 20 ans, alors qu'ils tombaient amoureux l'un de l'autre en même que de la musique. L'impression d'un son quasi shoegaze est soulignée par la production soignée, bien plus lisse, que leurs impressionnants concerts, les effets sinusoïdaux appliqués dans If You Want to, 8 minutes de fraîcheur ou authenticité rime avec pureté de la passion. L'ardeur est bien celle de l'émergence d'un nouveau rock dans les années 90, mais le son s'est arrondi, presque compatible avec la country pop des radios locales. L'instrumental de folk latino Lost Highway semble une méditation sur le sort incertain des routes de frontière. 

Partout l'amour triomphe, à mille années lumière de l'insolence télévisée. Plus loin, I Don't Want To Love You Anymore est animée de la même éternelle jouvence. Elle culmine dans cette démonstration d'un son profondément personnifié sous son apparence assez générique. Hopkins véhicule cette idée que la musique peut tout, il s'amuse à prouver encore une fois à quel point elle est indispensable à sa vie. A découvrir si on aime déjà Chuck Prophet.



samedi 22 octobre 2016

HISS GOLDEN MESSENGER - Heart Like a Levee (2016)



à découvrir aussi :





OO
sensible, funky, élégant
americana


Un monde sans fin, où on prend place un certain temps. C'est à la fois frustrant et nécessaire. Des trajets sans fin, sur la route, d'une ville à l'autre. Est-ce bien nécessaire ? Le jeu en vaut t-il la chandelle ? Oui, quand MC Taylor (Artiste de l'année 2014 dans Trip Tips) parvient à se conformer à la hauteur de vue qu'il vise, à évoquer pour nous un profond désarroi, et à le conjuguer avec une intensité météorologique. “Should I wade in the river/With so many people living just/Just above the waterline?” s'interroge t-il, soutenu par une chanteuse qui lui ressemble, Tift Merritt.

Très peu de choses devraient être dites sur un tel disque, si limpide est son mélange de folk, de country, de blues, l'americana réinventée au son de cette voix affectée et affirmée en même temps. Si limpide qu'à la première écoute, la douceur de la chanson titre, de Cracked Windshield ou de Happy Day (Sister my Sister) sont faciles à sous estimer. Mais c'est là le pouvoir de HGM. Souvent a t-on l'habitude d'encourager les écoutes successives d'un album pour le faire apprécier. Avec MC Taylor, ces écoutes viendront sans effort. En deux ans, je n'ai jamais cessé de me replonger dans Lateness of Dancers (2014), l'album qui marquait sa percée commerciale. Pour ses moments impétueux ? Plutôt pour sa façon, dans les chansons les plus ordinaires, d'aligner les mots et la musique avec une perfection si émouvante qu'elles impriment l'esprit.

Peut être a t-il choisi ce patronyme de Hiss Golden Messenger car sa musique est un prêche, une révélation née de la lassitude, de la spoliation, et d'un autre côté contemplation naturaliste, formulant son propre positivisme au monde, plus utile que tous ceux que l'on énoncera pour vous ; plus fructueux est celui qui n'est pas énoncé pour vous, mais pour soi. Cette contemplation, elle contient en creux le bonheur de pouvoir vivre de mieux en mieux de sa musique. A sa manière de s'inscrire, aussi, dans la lignée des héros country funk des années 70 tels Larry Jon Wilson, il le mérite amplement.

Il y a des lieux – Nashville, Atlanta, le salon ou se déroule un anniversaire - et des personnes, au premier rang desquelles ses deux enfants et sa femme. La musique est un levier par lequel il recherche le soutien de ses proches. Sa démarche depuis Bad Debt (2010), celle du doute et de l'incertitude, réclame la foi la plus totale, une foi qui entre en résonance, dans sa musique, provoquant des raz de marée audiophiles tels Ace of Cups Hung Low Band. L'approche de MC Taylor le démarque, dans les tournures traditionnelles qu'il aborde, parce qu'il essaie par le biais d'une production soupesée, intelligence, d'insuffler à chaque chanson les raisons de leur bonne foi ; il les arme pour répondre : oui, cela sert d'être sur la route plusieurs mois, éloigné de ceux dont on a besoin pour vivre. La déchirure prend les tons parcimonieux de cordes, de cuivres, jusqu'à la ballade finale, qui est facile à sous-estimer ; c'est à dire, en ce qui concerne HGM, si vous avez retenu la leçon, vite indispensable. De ce manque, il tire une vigueur qui en fait un cas à part dans la musique américaine, si le timbre de sa voix ne suffisait pas.

La photographie de pochette est de William Gedney (1972).



lundi 19 septembre 2016

WILLARD GRANT CONSPIRACY - Ghost Republic (2013)




OO
pénétrant, contemplatif, inquiétant
Americana, folk

Cet album, j'ai cru pendant une journée qu'il venait de paraître alors qu'il remonte à 2013 ! Mon histoire de Willard Grant Conspiracy s'arrêtait avec Paper Covers Stone (2009), un disque toujours demeuré dans ma mémoire pour son côté artisanal, franc-tireur de l'americana squelettique et surtout la prestation habitée de son chanteur et seul membre permanent, qui ressemble toujours plus à Scott Kelly (Neurosis) en solo. Dans une année où je découvrais Bill Callahan, Willard Grant Conspiracy s'est doucement installé comme l'autre valeur DIY à percer avec une version peaufinée de lui-même. Il y a ici comme sur Sometimes i Wish We Were An Eagle (2009, Callahan), la volonté de faire beaucoup avec peu, quelques mots répétés qui permettent à la poésie de bourgeonner progressivement, un arpège contemplatif se développant avec une lenteur naturaliste (Parsons Gate Reunion) tandis que The Only Child rappelle, violon inclus, Venus in Furs. La poésie et la façon de poser de Lou Reed peut être citée comme référence, là ou sur Piece of Pie et son lyrisme dense. La chanson titre est aussi inscrite dans ce style détaché, énumérant des choses sur le thème de « When i think of you... » et qui s'achève bien vite par cette concision : «...I think less of me ».

Ghost Republic est fondé sur l'interaction de Robert Fisher avec un artiste qui l'accompagne depuis plusieurs années, la violoniste David Michael Curry. En concert, il est capable de susciter des mélodies qui, comme les fantômes qui mettent l'inspiration poétique de Fisher à l'épreuve, ne prennent jamais vraiment corps, mais se suggèrent tout au plus. Sur l'album, sa contribution paraît au premier abord un poil timide, si l'on s'en tient aux mélodies. Ce qui contribue, et ce n'est pas un mal, à souligner le côté errant et farouche de l'album, qui m'a évoqué Daniel Johnston.

Pour revenir à ma méprise concernant la date de parution de l'album, ce n'est n'est pas innocent, à un moment ou je m'interroge sur la transversalité des époques et des temps, et comment une histoire peut être racontée et interprétée depuis une époque ou elle n'a pas encore eu lieu, ou bien retrouvée par un narrateur qui s'en improviserait le contemporain alors qu'elle a été vécue voici bien longtemps auparavant, dans une vie qui n'a pas été achevée. Fisher médite, et sa poésie confine parfois à la transe. Ghost Republic fonctionne sur les murmures et les voix dans sa tête (Good Morning Wadlow).

L'album nous embarque dans une dérive hallucinante au cœur du désert Mojave fantasmé, car Robert Fisher y vit depuis 2006. Les vivants, les morts se rencontrent et les détails de leurs divagations prennent un relief épineux et tragique comme un cactus solitaire. Cela peut prendre la forme d'une paire de bottes abandonnées. La plus grande désolation est atteinte avec The Early Hour, un instrumental où le feedback de l'alto ne se veut plus mélodique mais capable de faire froid dans le dos, même dans celui de Fisher, on imagine. C'est là que le talent de David Micheal Curry s'affirme le mieux. Si l'objectif de l'album était de créer une ambiance poisseuse qui ne vous lâche plus, il y parvient après presque trente minutes où la poésie et l'instrument se sont tournés autour de façon tentative. A la fin, la voix de Fisher a gagné de ses vibrations notre épine dorsale.

dimanche 10 juillet 2016

{archive} LARRY GROCE - The Wheat Lies Low (1971)






OOOO
lyrique, sensible, frais
Folk-rock, americana, songwriter

Deux hommes distincts, deux images qu’il faut sonder pour y trouver des correspondances ; Larry Groce en 2016, qui vient de faire paraître Live Forever, un album paisible, bien produit, où le chanteur songwriter reprend certaines des chansons qui lui tiennent le plus à cœur, par des songwriters ouest-américains emblématiques qu’il a pu faire découvrir à des milliers d’auditeurs de son émission de radio, Mountain Stage. Il y a Townes Van Zandt, The Band, Jesse Winchester, Billy Joe Shaver. Sur ce riche humus musical issu des années 70, repose le véritable intérêt de ce que fait Groce, ce qu’il tente de réveiller là avec quatre chansons originales. Ce n’est pas facile, 27 ans après avoir enregistré pour la dernière fois un album qui se rapproche de celui-ci. Entre-temps, son tempérament enjoué l'a naturellement transformé, rendu plus léger, comme le montrait son hit Junk Food Junkie (1976) ou ses collaborations avec Disney. Il est devenu l’hôte de ses convives, certains diraient pris en otage par la soif de divertissement sans limites de la population.

The Wheat Lies Low (1971) nous renvoie au contraire à la racine de Larry Groce, montrant ce que même Crescentville (1973) ne contient plus entièrement ; un homme capable d’émouvoir à la simple force de sa musique, sans faire appel au divertissement.

C’est l’album d’un artiste en inflorescence, dont l’insécurité semble être sur le point de se résoudre en sérénité, et cela se traduit par une douceur rare, à côté de laquelle beaucoup paraîtraient poussifs. On y retrouve un peu de la mélancolie à l’œuvre sur l’album éponyme de Townes Van Zandt, celui dont la pochette le montre attablé dans une cuisine. Prenons la chanson-titre ; la voix fragile, s’élève et se maintient avec ténacité, et ce n’est pourtant plus qu’un murmure, pour décrire un jour de vagabondage, de liberté dans l’isolement d’une campagne ensoleillée. Dans la lenteur, dans le parallèle saisissant de simplicité que fait Groce entre l’hésitation de son propre cœur et les vent dans les blés, il atteint une sorte d’apothéose malheureusement vite oubliée, dans une époque où les chansons qui décrivaient la survie émotionnelle devenaient presque un cliché. La qualité mélodique de cet album culmine avec les dérives fascinées que constituent Compton et Look Up For Your Troubles. Déjà, c’est dans ses gènes, Larry Groce semble chercher à nous redonner de l’allant.


Si la phrase et la rime semblent faciles, ces chansons sont révélatrices d’une ère de durcissement, où les enfants vont devoir se battre avec plus de pugnacité que leurs parents avant eux pour ne pas être ingérés par la société. « So they played the same old games/But the players' names had changed/And the stakes were higher than their father had/And the rules were several hundred times as bad. Par ses thèmes, par l’histoire particulière de cet album tellement lié à son époque, The Wheat Lies Low peut être rapproché des disques de Lou Bond ou de Scott Fagan. Little Bird nous terrasse autant que They Think She’s Crying Because She’s Happy, chez ce dernier. La fraîcheur qui émane de chansons comme I Love, avec sa flute altière, reste longtemps à l’esprit. 

lundi 2 mai 2016

THE BONES OF J.R. JONES - Spirit's Furnace (2016)




O
fait main, envoûtant, efficace
Americana, rock

Cet album direct séduisant et repose sur un équilibre subtil, on en prend conscience avec les touches gospel qui font se mouvoir la musique par le fond, tandis que la présence d'un batteur sur la moitié des morceaux s'occupe de la forme. Et pour emballer le tout, il y a la voix haut perchée de Jonathon Linaberry, le seul musicien de ce projet (l'omnipotence, un bon moyen de créer l'énigme autour d'un album). Linaberry réussit, à sa mesure, à produire un son hanté par le blues, à défaut de jouer le blues lui-même. 


Plutôt que d'inventorier les 13 genres de blues d'un catalogue qu'on ne souhaite pas réellement entendre, il joue dans un sous-genre façonné de sa main, ou la félicité se devine toujours, plutôt que le désespoir ou la gravité, dans un instant fugace, assez bien symbolisé par cette image d'une âme poussée vers l'au-delà. Spirit's Furnace a beau être court, il trouve son rythme de croisière et sa plus haute authenticité avec la ballade décrépite au banjo Bless Your Soul, puis Dry Dirt. Ce qui s'y passe est bien de sud des Etats-Unis. Bon, le musicien est de Brooklyn, mais il y aura moyen d'élucider les derniers mystères de sa création par une petit interview... 

Un autre sommet, Walk on By, la joue moins concise. A huit chansons et trente minutes, ça ressemble au circuit accéléré d'une âme, qui entre dans le monde, subit quelques turpitudes avant d'en ressortir poussée vers la porte. Au fil des écoutes, Spirit's Furnace se ritualise et finit par évoquer des embrasements nocturnes et des têtes cagoulées, mais sans qu'un ostracisme entre en jeu. Les âmes doivent sortir des corps, sinon, que se passera t-il ?

dimanche 24 avril 2016

HAYES CARLL - Lovers and Leavers (2016)





OO
Doux-amer, attachant, élégant
Americana, Country folk



Un album de Hayes, on en attendait un deux ou trois ans après le dernier, KMAG YOYO (2011). Il lui a fallu plus de cinq ans pour reparaître avec une collection de chanson qui trahit son dégoût des tournées, des passages radio et du music business. Pourtant, un album de Hayes Carll, c'est toujours une émotion immédiatement assimilable, et qu'il est bon de faire découvrir et de partager. Comme son ami Scott Nolan, traversant une forme de crise de la quarantaine, il a recherché un équilibre dans sa vie, le conduisant à l'enregistrement de cet album. Ces chansons, dont il serait facile d'exagérer le rôle et l'impact en les qualifiant de catharsis, se coulent néanmoins dans une volonté réparatrice. «Je n'avais pas une seule chanson pour faire danser les gens », résume celui qui la a tant divertis avec Stomp and Holler, Bad Liver / Broken Heart, Another Like You ou Hard Out There.

Lovers and Leavers, enregistré en cinq jours, profite d'overdubs brillants, piano, orgue électrique, ou percussions atypiques. Un son voluptueux, sur My Friend par exemple, avec la guitare pedal steel qui semble venir de partout à la fois. Cela compense l'absence de chansons propulsives ou plus communicatives. Cette différence persistante de ton et de tempo entre les deux disques marque l'écart et les cinq ans écoulés dans une certaine lassitude entre les deux albums. Lovers and Leavers est à la fois l'album qui trahit un certain égarement de son auteur, et celui par lequel il doit se focaliser de nouveau sur son entourage et son message. Pour y parvenir, il y a le levier de l'amitié, pour se soigner de l'amour, l'amour capable de 'remplir tout l'espace vide', dans la chanson déchirante Love Don't Let me Down (Hayes Carll s'est trouvé une nouvelle compagne en la personne d'Alison Moorer, grande compositrice qu'on aime beaucoup chez Trip Tips).

Ce n'est pas seulement la façon très laid back dont il sonne, mais Lovers and Leavers présente une façon différente d'interpréter des chansons, cela transparaît dans une version filmée de la chanson The Magic Kid, l'une des plus belles de l'album (et sans doute adressée à son fils, qu'il a peu vu pendant ces années de tournée). Le groupe fait preuve d'une décontraction au bord de l'absence, en toute félicité, comme pour contrecarrer l'implication usante habituelle que nécessite cette musique propre à être partagée et dont les paroles furent reprises avec bonheur par le public.

Hayes Carll se montre pourtant toujours aussi intelligent dans sa façon d'écrire les chansons d'amour, pleines d'un humour capable de contrebalancer l'amertume qu'un divorce a implantée en lui. Il ne sur-estime pas le rédempteur, ou quoi que ce soit, de son expérience dans sa musique. Hayes Carll est réputé élégant, mesuré, et aillant la tête sur les épaules, et même s'il semble parfois perdu ou à deux doigts du coma éthylique, c'est toutes proportions gardées. C'est son charme naturel qui lui permet de sortir triomphant, jusqu'aux plus dégagées Love is so Easy et Jealous Moon, une chanson évoquant See The Sky About to Rain (Neil Young), avec son piano Rhodes. For the Sake of the Song reprend la façon blessée de chanter de Neil Young sur Ambulance Blues, également sur l'un de ses albums cruciaux, On The Beach (1974). Après des écoutes répétées, l'album nous affecte, tandis qu'on saisit comment Hayes Carll se positionne pour y rester longtemps, au carrefour de la musique de grands songwriters américains – Jim Lauderdale, avec qui il a écrit Drive, Townes van Zandt, Guy Clark, Rodney Crowell, Kris Kristofferson et Ray Wylie Hubbard.

SCOTT NOLAN - Interview (2016)







copyright : MCE. An premier plan, Anthony Crawford.

Copyright : Jessi Chandler. De g.à Dr. : Scott Nolan, Will Kimbrough, Grayson Capps, Susana Lee Crawford, Anthony Crawford. 





Pour Scott Nolan, la musique est une façon d'apporter des éléments de son histoire personnelle pour impliquer humblement les gens alentour à un monde meilleur. Inspiré par l'engagement et la loyauté de son entourage, il s'investit par l'écriture et la musique, dans un partage social, courtois, dont cette interview sous le signe de l'amitié et du respect a été révélatrice.

Rejoignant en une journée et demie l'Alabama depuis le Canada, pour répondre à l'invitation d'Anthony Crawford (collaborateur de Neil Young, Dwight Yoakam...) il va enregistrer sous son égide cette magnifique collection de chansons, Silverhill, marquée par une aisance qui permet à la voix de Scott Nolan de vraiment briller.

Entouré de musiciens talentueux – Grayson Capps, Savana Lee Crawford, Will Kimbrough, Corky Hugues, le canadien de Winnipeg va capter en deux jours des chansons engageantes et émouvantes à propos de l’Amérique, cherchant à faire écho à l'expérience de ceux qui l'entourent. Il continue cependant de porter le regard enthousiaste et malicieux d'un étranger sur cette terre sud-américaine.

On imagine les musiciens buvant ce fameux cocktail d'Alabama à base de whisky de maïs, déjà décrit par Grayson Capps dans la chanson Coconut Moonshine (sur The Lost Cause Minstrels, son propre album de 2011). Une boisson suffisamment douce et exaltante pour apprécier à leur juste valeur le simple plaisir de jouer ensemble, comme une version plus actuelle de Tonight's The Night (Neil Young) ou des Basement Tapes (Bob Dylan). Des inspirations que l'on retrouve sur ses quatre autres albums à l'humanité hors du commun.


A qui devez-vous d'avoir pu réunir autour de cet album ? Dans quelle mesure êtes vous redevable de l'aide extérieure pour la beauté et la fluidité de Silverhill ?

Anthony Crawford est celui qui s'est investi sans compter dans l'enregistrement de cet album. A l'origine j'avais prévu d'effectuer le mixage chez moi, mais Anthony m'a demandé s'il pouvait le faire lui-même. Il a ajouté la pedal steel, le piano, une harmonie vocale et beaucoup plus encore, avant de finalement le mixer, et il est parvenu à préserver l'impression d'un live, pas trop produit. Pendant que nous enregistrions, Anthony a joué de la grosse caisse et une basse ukelelé tout en s'occupant de faire fonctionner la session. Il est célébré pour de nombreuses choses mais c'est aussi un excellent vocaliste, ainsi je souhaitais qu'il improvise et qu'il ajoute tout ce qu'il voulait. Au final j'adore tous ses overdubs.


Tous les musiciens sur Silverhill sont vraiment brillants, mais avec Anthony je partage cet album, et je pense qu'il n'aurait pas été possible sans ce soutien réciproque. Cet homme est un trésor de la musique américaine, cela me tient à cœur de le faire comprendre à tous. Nous vivons parmi des géants comme lui, et c'est crucial de réaliser leur présence pendant nos vies.



Comment avez rencontré Hayes Carll ? Quelle vision de la musique partagez vous ?

Hayes Carll et moi sommes devenus amis après qu'il ait enregistré ma chanson Bad Liver/Broken Heart. Cela m'a vraiment aidé à attirer l'attention aux États-Unis. Nous avions beaucoup d'amis communs et nous sommes rapidement devenus amis nous-mêmes. Je dirai cela de Carll, il est loyal, détendu et courtois. Il est facile de s'intégrer pour lui, car il possède un charme naturel, auquel la majorité des gens sont sensibles. J'ai rencontré sa famille, et tout s'explique ! Bien élevé, intelligent et humble. Crois-moi, l'industrie du disque a besoin de plus de gens comme lui. Plus récemment, nous avons écrit ensemble une chanson qui apparaît sur nos albums respectifs. Sur le sien [Lovers and Leavers, 2016] cette chanson s'appelle You Leave Alone, et sur le mien, c'est When You Leave This World.


Forever is a Long Time est très accrocheuse, avec des harmonies pop. Ces harmonies, présentes sur tout l'album, étaient t-elle difficiles à obtenir ?

La raison pour laquelle j'ai fait appel à Willie Sugarcapps, à la base, c'était pour leur habileté naturelle à harmoniser. C'est un vrai supergroupe, dans le sens ou le tout est meilleur que la somme de ses parties. Leur combinaison musicale a une patine intemporelle. Comme je l'ai dit plus tôt, Anthony a ajouté sa voix après coup, mais tous les autres ont chanté live avec moi, sans casque, ni répétition, ni démos. Des artistes donnant le plein potentiel de leur présence humaine, et pendant deux jours entiers, j'ai tout oublié du reste du monde, et j'ai juste apprécié cette communauté.
Willie Sugarcapps étaient si attentionnés quant à la façon dont ils abordaient ces chansons, que chacun de leur instincts s'est avéré bon. Ils n'avaient pas besoin d'être beaucoup pilotés, montraient la bonne sensibilité. Nous disposions de juste assez de temps pour enregistrer et je pense que c'est ce qui rend le résultat si spécial, et le mix d'Anthony fait ressortir cela.


Tu es attaché à l'univers de la prison, aux possibilités qu'il y a à trouver la rédemption, et à continuer en toutes circonstances de chercher un moyen de rendre le monde meilleur, est-ce une bonne définition de la liberté ? Les motivations intérieures d'un individu semblent accompagner son besoin de se rattacher à des lieux, à des paysages...


Mon enfance a été largement influencée par mon cousin Patrick Nolan. Comme le reste de ma famille, il a grandi pauvre et à la dure, et a fini par être incarcéré à vie à la prison de Folsom en Californie. Mon cousin a vu la lumière, et a changé de vie là-bas. Il a impulsé des programmes d'expression, et a été le premier homme dans l'histoire des prisons à accueillir des groupes de différentes couleurs de peau. J'ai été invité à la prison il y a deux ans, pour animer des ateliers d'écriture à sa mémoire. Il existe un documentaire canadien évoquant cette expérience, sous le titre de « Visiting Day ».

Patrick était un poète, il m'a encouragé à écrire depuis petit. Il était à mes côtés pour m'aider à m'en sortir tandis que je m'égarais dans les drogues, étant ado.


Quels sont tes prochains projets ?


Ces derniers temps, je me suis tenu à l'écart des concerts, la direction qu'on prise la radio et le music business n'est pas très intéressante. J'ai passé deux ans à travailler sur mon premier volume de poésie [Scott Nolan orthographie un lapsus, 'poverty', dans l'interview], à être tuteur d'enfants dans des écoles de Winnipeg et à travailler au sein du système carcéral pour animer des ateliers d'écriture de chansons. À 41 ans, je cherche un équilibre et un sens à ce que je fais. Je viens de produire un disque de Watermelon Slim, et c'est un sommet dans ma carrière que d'avoir la confiance d'un tel maître. Pour paraphraser mon ami et mentor Wendall Holmes, désormais disparu, « Quelle vie ! ».






http://www.scottnolan.ca/music.html


http://admiralbeanstudio.com/







jeudi 10 mars 2016

ALEJANDRO ESCOVEDO - Thirteen Years (1994)









OO
Doux-amer, pénétrant, contemplatif
Rock alternatif, americana

Un album précieux et ample, à garder pour les grandes traversées, pour les moments de solitude, une rivière de bonne chansons, mélodieuses et instinctives, empreinte d'un sens de la contemplation intense, voire déchirant. Régulièrement, il vous transportera dans d'autres contrées, déroulant un genre americana qui puisse sa source dans les reflets du pacifique autant que dans la sécheresse du désert. Way it Goes, nous enjoint à fermer les yeux. Le disque nous sollicitera pourtant souvent par sa rudesse, sa franchise. Il ne s'agissait que du deuxième album du texan Alejandro Escovedo, déjà très ambitieux et capable de surpasser ses influences. Ce disque renferme tant de détermination artistique et d'espoir pour un artiste encore au début de sa carrière, qu'il mériterait Le bon moyen de découvrir ce songwriter qui est, à dix ans d'écart, aussi talentueux que Tom Petty (la ressemblance est criante sur Helpless, mais qui ne voudrait atteindre le succès scénique de Breakdown !) et peut-être plus émotionnel. 

C'est l'album d'un artiste cherchant plus que tout se connecter avec son audience et à l'affecter par sa personnalité et sa voix, bien mise en avant. C'est d'autant plus vrai qu'Escovedo semble chanter l'isolement et se montre réflexif sur le fait d'avoir maintenu ses proches à distance pendant trop longtemps (la chanson titre). Une autre grande réussite (elle sont nombreuses) est Baby's Got New Plans, où il livre la chronique d'une séparation et parvient à rendre palpables les personnages, une habitude qu'il développera sur son album suivant (With These Hands, 1996). She Towers Above contient aussi beaucoup de charme, et on retrouve de belles inventions d'Escovedo pour illustrer ses chansons, plus que pour simplement les accompagner ; la volupté d'un simili-clavecin, et une détente qui repose sur les roulements de toms. Il nous arrache à la langueur poisseuse d'Austin. 

Thirteen Years est aussi l'un des exemples les plus gracieux que je connaisse de l'utilisation d'une section de cordes dans un album de rock ! C'est éclatant dès Ballad of the Sun and the Moon, auxquels les violons, la harpe et a guitare jouée avec gaieté confèrent une douceur quasi élégiaque. Car Losing Your Touch ou Mountain of Mud nous rappellent qu'il s'agit de rock un peu cavalier pour solitaire loin de chez lui, avant que la sensibilité et les portraits affectés reprennent bien vite le dessus.


vendredi 5 février 2016

SCOTT NOLAN - Silverhill (2016)


-





OOO
Poignant, communicatif, intemporel
Country rock, Americana


A écouter Si­lverhill, on sent la facilité avec laquelle les musiciens se sont glissé dans la musique imaginée par Scott Nolan, un soir particulièrement inspiré où il participait à une fête. Ils n'ont pas besoin de se mettre en condition autrement qu'en buvant ce fameux cocktail d'Alabama à base de whisky de maïs, déjà décrit par Grayson Capps dans sa chanson Coconut Moonshine. Une boisson suffisamment douce et exaltante pour apprécier à leur juste valeur le simple plaisir de jouer ensemble, comme une version plus solaire de Tonight's The Night (Neil Young) ou des Basement Tapes (Bob Dylan). Ce que vous entendez sur ces albums, des artistes (Capps, mais aussi Will Kimbrough entre autres) enregistrant sans rien pour s'interposer entre leur âme de musiciens et l'auditeur qui redécouvrira toujours ces albums comme des moments de studio on toute humanité semblait possible, on le rencontrera sur chaque chanson de Silverhill. La combinaison de ces musiciens talentueux rend leur musique comme venue du fond des âges. Ce n'est pas seulement les instruments qu'ils jouent, mais la façon si authentique avec laquelle ils contribuent de leurs voix. En comparaison, l'album rutilant de Grayson Capps semblait forcé, mettant l'accent sur les riffs de guitare et produisant un personnage convaincant de rocker sud-américain, parfois au détriment des textes. Scott Nolan réussit à être captivant et touchant de bout en bout, jamais mieux que dans la chanson titre finale, qui décrit cette brise traversant le sud américain et le plaisir d'avoir trouvé des frères d'inspiration ici, bien au sud du canada, d'où il est en réalité originaire. 


Il opère en félicité, laissant les chansons découler d'une atmosphère bienveillante, un son organique et capté au cœur des histoires. Nolan suscite des collaborations inespérées qui lui feront dire que c'était l'album qu'il a attendu de faire toute sa carrière. Il n'y a qu'à écouter la longue Trouble in Love, créée avec une grande songwriter, Mary Gauthier, qui illumine le cœur du fond de son vague à l'âme et nous rappelle que si la musique trouve le bon rythme, celui permettant de nous gagner, nous nous sentons liés à ces musiciens, investis d'une part de responsabilité à partager cet enchantement. A mi-chemin de l'expérience, Nolan reconnaîtra se sentir profondément changé. Les participations de Hayes Carll, habitué du country rock serti d'une auto-dérision du meilleur goût, et de Jaida Dryer sont délicieuses. C'est l'album de vagabonds souriants et mélancoliques, capables de refaire de la musique une force enveloppante, affirmée mais pourtant raffinée.

A découvrir aussi, Mary Gauthier, de la génération de Lucinda Williams et aussi bouleversante. 
Related Posts Plugin for WordPress, Blogger...