“…you can hear whatever you want to hear in it, in a way that’s personal to you.”
James Vincent MCMORROW
Qualités de la musique
soigné
(81)
intense
(77)
groovy
(71)
Doux-amer
(61)
ludique
(60)
poignant
(60)
envoûtant
(59)
entraînant
(55)
original
(53)
élégant
(50)
communicatif
(49)
audacieux
(48)
lyrique
(48)
onirique
(48)
sombre
(48)
pénétrant
(47)
sensible
(47)
apaisé
(46)
lucide
(44)
attachant
(43)
hypnotique
(43)
vintage
(43)
engagé
(38)
Romantique
(31)
intemporel
(31)
Expérimental
(30)
frais
(30)
intimiste
(30)
efficace
(29)
orchestral
(29)
rugueux
(29)
spontané
(29)
contemplatif
(26)
fait main
(26)
varié
(25)
nocturne
(24)
extravagant
(23)
funky
(23)
puissant
(22)
sensuel
(18)
inquiétant
(17)
lourd
(16)
heureux
(11)
Ambigu
(10)
épique
(10)
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(8)
naturel
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Genres de musique
Folk
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Pop
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Rock alternatif
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Psychédélique
(39)
Soul
(39)
Rythm and blues
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Alt-Folk
(31)
Expérimental
(30)
orchestral
(29)
Garage Rock
(26)
Synth-pop
(25)
Noise Rock
(23)
Rock progressif
(20)
Funk
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Métal
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Psych-Rock
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Auteur
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Punk
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(12)
Post-rock
(11)
Dance-rock
(10)
Stoner Rock
(10)
Indie folk
(9)
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(9)
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(9)
rock n' roll
(9)
Folk urbain
(8)
Grunge
(8)
Rock New-Yorkais
(8)
avant-pop
(8)
Bluegrass
(7)
Surréalisme
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Post-core
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krautrock
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spoken word
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mercredi 30 août 2017
{archive} THELMA HOUSTON - Sunshower (1969)
OO
orchestral, élégant, romantique
soul, funk, blues
La musique extraordinaire produite par Jimmy Webb semblait déjà, au moment et de sa parution, apparentée aux disques orchestrés, que le rock devait balayer. Si c’est là l’un des travaux les plus éclatants de Jimmy Webb, l’un des plus talentueux et prolifiques auteurs compositeurs des années 60, il n’en reste rien dans les biographies hâtives du net. Pourtant, c’est quand Houston reprend Jumpin Jack Flash qu’on mesure avec quelle complexe élégance l’album supplante le rock de l’époque. La façon dont l’orchestre des cuivres transforme la musique, à chaque apparition, fait de Sunshower un cas unique. On croirait les chansons empruntes d’une grâce sans limites, avec leur émotion explosive. Les premiers albums de Scott Walker paraissent lacustres en comparaison. Thelma Houston combine à l’extraordinaire personnalité des arrangements une voix étourdissante. Revêtue d’une sorte d’une toge aux motifs imprimés, elle apparaît mi-fée mi déesse, assumant parfaitement une apparence entre la fée bouddhiste, et la déesse énergique.
Houston et Webb sont à peine adultes quand paraît cet album. Elle n’est dans le business que depuis 2 ans, et déjà signe avec Capitol. Il écrit toutes les chansons sur Sunshower, une unique source qui valorise leur collaboration. Il faut reconnaître que les textes sont facilement oubliés dans les premières écoutes, tant l’orchestration renverse la perception qu’on se fait habituellement d’une chanson. En d’autre termes, ces chansons paraissent de si petites fictions face au pouvoir total de l’orchestration. Les relations de couple, comment on se perçoit, en sommes-nous au même point dans la vie, désirons nous les mêmes choses, pourrons nous vivre toujours dans les respect l’un de l’autre ? «This is your life/Not just something to do/This is your life/And it’s my life, too » chante t-elle sur This is Your Life.
Cette musique abolit aussitôt les querelles (à tenter chez soi). Si vos querelles dérivent que vos ayez fait une remarque, un comportement misanthrope, passez Sunshower et vous serez pardonné instantanément. C’est sa texture tout en souplesse et si sensorielle, mais aussi le penchant réconciliant de Houston, qui manie la soul, le jazz (Didn’t We), le blues (Cheap Lovin), le rock et le funk en laissant entrevoir combien elle est permissive. Elle sait résister à la tentation de paraître trop affectée, spirituelle, privilégiant faire preuve d’une présence à l chanson qui la plonge au cœur de la musique plutôt que de l’en distinguer.
This is Where i Came démarre à l’orgue, en grande mélancolie, et se termine sur un riff de rock, prouvant que la guitare peut être utilisée de manière aussi excitante dans le rêve idéal de Jimmy Webb que par les Rolling Stones. Et quand il décide de se relier au moment présent, c’est un feu d’artifice de funk et de guitare électrique, tandis que l’orchestre se fait enlevé. Pourtant, l’urgence mimée dans cette chanson n’est qu’une quantité négligeable à l’intérieur de l’album, et Jimmy Webb, incrédule, lui aussi, du résultat, nous rappelle que la musique dont il incarne le pouvoir visionnaire avait un autre objectif sacré : l’urgence de la musique est celle d’être écoutée par le public. « Je vous presse de découvrir Thelma... le plus prodigieux talent que j’aie jamais rencontré » s’extasie t-il dans les notes de pochette. Glen Campbell n’avait pas tout à fait la même énergie, il faut croire.
Libellés :
°°,
1969,
archive,
élégant,
Funk,
orchestral,
review,
Romantique,
Soul
samedi 5 août 2017
{archive} KIMBERLEY BRIGGS - Passing Clouds (1972)
orchestral, intense, épique
rock, soul
Un album où le rock et la soul sont projetés à plein volume, combinant la densité des émotions, l’audace des arrangements et l’imagination. Les personnes ayant entendu cet album si rare sont restées longtemps parmi les intimes de Kimberley Briggs. La chanteuse, originaire de Nashville, est plus connue pour sa carrière sous le nom de Kim Tolliver, qui enregistrera plus tard une musique un moins échevelée, des ballades chargées de résignation dans la veine de ce qu’elle écrit ici : He’s Still on My Mind et If i Could Work a Miracle.
Un large casting de musiciens produisent une instrumentation tonitruante couvrant presque toute la palette de l’orchestre. La production confiée à Freddie Briggs, alors mari de la chanteuse, parvient encore à faire vivre la subtilité des mélodies malgré l’utilisation de cette pléthore de sons. La présence d’une harpe est révélatrice de cette volonté de profondeur et d’épaisseur musicales. Mais l’intensité de narrations évite Passing Clouds de paraître surproduit. C’est toujours le cas sur le moment le plus extrême de l’album, les neuf minutes de What in This World’s Happening to Love. Kimberley Briggs s’interroge dans l’introduction du morceau, ponctuée de cris stridents et des « hey ! » punchy d’un chœur masculin. La basse rampante, une guitare électrique graisseuse et de l’orgue, créent une atmosphère pleine d’appréhension.
Enfin, Kimberley Briggs introduit son chant le plus mélodieux, de façon théâtrale. Des chœurs en extase font virer l’atmosphère vers une transe spirituelle. La basse, la batterie marquent le tempo, lent et bien funky, tandis que le piano se taille une part des plus importantes dans la mélodie. L’orgue, en exergue, souligne l’exultation d’un chanteur à la voix inquiétante : « Wake up world ! Ouahahahah.... » Le deuxième partie du morceau est l’occasion pour Briggs de hurler presque son message communion. Cette chanson n’est pas la plus évidente à aimer sur l’album : les revirements, et en particulier, les éléments psychédéliques la rendent difficile à saisir. Elle devient au fil des écoutes l’un des moments les plus originaux et intenses de l’album.
La seconde moitié du disque est une suite exaltant la forme narrative. Girl Talk With Parents raconte le début de l’histoire : une jeune femme qui tente d’éloigner son petit ami des excès et des autres femmes. Briggs est autoritaire, sa voix plus grave, un peu rauque, un timbre unique, dans un style parler poussé à son summum. L’orgue, le piano et les bruitages produisent une ambiance de film noir, servant de transition narrative vers la chanson suivante, une version de The Letter très différente de la version plus tardive de Melanie sur Photograph (1976).
Encore une chanson épique, une version possédant bien plus de souffle que celle des Box Tops, qui l’ont popularisée. Le changement de rythme propulse un nouveau groove spatial et laisse s’évanouir la mélancolie si juste du morceau. Mais on la retrouvera sur l’une des plus belles chansons, Leaving on a Jet Plane, dont les notes égrainées à la basse agissent comme un stimulant spirituel.
Une chanson de John Denver, avec une interprète servant sur un plateau sa maturité émotionnelle hors normes.
mardi 25 juillet 2017
{archive} LILY & MARIA - S./T. (1968)
OO
pénétrant, envoûtant, frais
folk, soul
Cet album a été comparé à Parallelograms, mais l'album révéré de Linda Perhacs ne parvient pas à être aussi envoûtant que celui-ci, doublette de murmures spectraux. C'est le folk des années 60 à son crépuscule, le sentiment en musique d'une époque faste en train de se résorber. Cette capacité à résumer beaucoup d'humeurs en sensualité simple et pénétrante, toutes les couleurs de l'arc en ciel en deux visages blafards, le faste de cent mille arrangements en l'interaction sourde de mellotron et de guitare acoustique. Il est facile d'oublier que de nombreux musiciens ont participé à cet album, qui se détache par son atmosphère étouffée, des instruments au son cotonneux, et régénéré lorsque les mélodies s'interrompent pour ouvrir sur un quasi silence.
Deux mystérieuses adolescentes new-yorkaises, Lily Fiszman et Maria Neumann, deux voix virginales poussées par une force inespérée, subliment le temps d'un disque leurs influences folk et soul. Elles révèlent les utopies pour ceux à qui la conscience de fins brutales n'interdisent pas la douceur, l'affection. Leurs voix réunies, un susurrement d'une grande volupté, semble avoir été repris par Alison Goldfrapp. There Will be No Clowns Tonight, de la teneur lyrique aux arrangements stridents, renvoie de façon limpide à l'univers de la chanteuse rétro futuriste.
Il y a un je-ne-sais-quoi d'infiniment britannique sur cet album : les mots élégants, capables d'innocence, nous bercent de l'illusion d'un folk charmant et sémantique, précieux. Mais on sera régulièrement trompés.
Everybody Knows s'ouvre dans la turbulence, pour déboucher sur un lent refrain, permettant de convoquer des tonalités du monde entier au sein d'une vaste instrumentation. La basse et le tempo tranquille seront encore les meilleurs alliés de Lily & Maria sur Melt Me. Celle là exsude la lascivité, suinte après le triomphe désespérément intime du summer of love.
Il y a quelque chose de glacé dans la musique des deux femmes, une fraîcheur renouvelée à chaque écoute, comme dans un poème intemporel. La simplicité lyrique d'une chanson comme I Was souligne cette fraîcheur, basée sur la description spontanée de l'éphémère. Ismene Jasmine, sépulcrale, met en avant un nouveau ton de guitare et le mellotron, suscitant avec des sons poisseux, une humanité sans chaleur. La combinaison de ces deux instruments crée une atmosphère splendide, en espagnolade, sur ...Clowns Tonight. Les deux voix vont crescendo, s'unissant dans une harmonie déchirante.
Aftermath, Fourteen After One ou Morning Glory Morning renouent avec la lumière, les harmonies renvoyant à d'autres duos folk à la tendresse toute bucolique. La flûte traversière joue une part importante de cet éclairage plus serein.
samedi 10 juin 2017
{archive} GLORIA BARNES - Uptown (1971)
OOO
funky, audacieux, intense
Funk, soul
Towanda Barnes est surtout connue, par les passionnés de Soul musclée nord américaine, pour avoir interprété certaines compositions de Ohio Players, groupe leader de la scène funk nord-américaine des années 70. L'une de ces compositions, You Don't Mean It, montre bien quel genre d'intensité recherchait Barnes, bientôt prénommée Gloria pour son seul album paru en 1971. Une rareté, à peine disponible sur cette institution du net qu'est le blog Funk My Soul. Cette chanson avait été enregistrée une première fois en single 45 tours pour le label A & M records, et comparer cette version avec celle figurant sur l'album fait constater des efforts établis pour porter la voix et la personnalité de Towanda Barnes à son apothéose. Le rythme effréné des percussions, des bongos, (une marque de la réussite absolue de cet album), demeure, c'est seulement que la clarté de l'ensemble est démultipliée.
Les chœurs des Ohio Players sont désormais bien plus en retrait, leur bon aloi balayé par une ferveur intime, permettant à la Barnes de prendre pleine possession de 'sa' chanson. Dès qu'elle chante ‘You said you wanted a love that would last forever’, on vibre à l'unisson. ‘You said that your heart was always at my command’ enfonce le clou, marque les esprits. Ce qui pourrait être pris pour de la spontanéité est à tempérer, lorsqu'on écoute les ballades brûlant lentement, en particulier Old Before My Time, mais aussi I Found Myself ou I'll Go All the Way. Le travail pour leur donner du relief est considérable. En huit chansons, Uptown laisse s'étendre une maturité infinie, celle d'une artiste qui avait déjà trouvé sa destination, heureusement, car sa carrière éclair se termina là.
De I'll Call you Back Later à Home, Barnes avait ce don de rendre ses chansons viscérales, transformant les frictions de couple en force d'émancipation. La précision des situations et sentiments exprimés, encore dans She Wants a Stand In, révèle d'un sens de la mise en scène et d'une passion pour ces interstices où le doute fait place à l'impériosité, à la capacité de prendre son destin en main. En trois minutes, la chanteuse affirme sa position, elle exprime tout et jette le discrédit et la honte sur l' homme qui aurait voulu la posséder en exclusivité.
Ailleurs, la guitare supplante les percussions par son originalité, son autonomie remarquable. Cet album montre bien les efforts qui ont été faits, dans les années 70, pour rendre leur autonomie à chaque instrument, donnant leur singularité à chaque chanson. Old Before My Time, qui d'entrée joue sur 7 minutes de remous psychique sous-tendu par la présence de l'orgue, incarne déjà les profonds changements opérés depuis que Towanda est devenue Gloria, au tournant de la décennie. L'album est une œuvre d'art cohérente, pas seulement une suite de singles, et Old Before my Time sert d'ouverture dramatique à ce qui va suivre. Et l'instrument le plus pleinement émancipé de tous, le plus singulier, à la fois autonome et passionné, la voix de Gloria Barnes brille sans plus avoir besoin de se fondre dans sa gangue sonore, préférant rivaliser avec chaque instrument d'une limpidité durement gagnée.
https://www.funkmysoul.gr/
https://www.funkmysoul.gr/
Libellés :
°°°,
1971,
archive,
audacieux,
disques US,
Funk,
funky,
Gloria Barnes,
intense,
review,
Soul
samedi 4 février 2017
CANCER - Totem (2017)
OO
apaisé, naturel, fait main
Indie rock, soul, pop
Une certaine relation avec James Vincent McMorrow, Anohny,
King Krule, Real Estate et Lou Bond. Le passé et le futur réunis.
Des fragments de nature, d'impressions de voyages, de tentatives pour
échapper aux souvenirs. Enregistré sur un île danoise avec
beaucoup d'imagination et d'intuition, de variété dans son
instrumentation, et mention spéciale pour la batterie parcourant les
morceaux avec mollesse et fluidité. Un mélange serein de folk
électrique modeste, de collages sonores invisibles, de mélodies
onctueuses. La fabrication, le jeu des phrases répétées, là pour
construire, toute trace d’affirmation ploie superbement par la
grâce de la contenance, de la détente qui se dégage de cette
musique. Ploie mais donne à l'album sa force.
Manifestation d'une bouleversante pureté soul dans cette pop secrète, comme celle du piano à queue dans la pièce centrale, les presque 7 minutes de Mr Exorcist. A partir de là, Totem affecte encore plus, tandis que les titres s'allongent, plus intenses dans leur volonté d'échapper aux appréhensions. Le duo de Nikolaj Manuel Vonsild et Kristian Finne Kristensen et chante à l’unisson. « La nature autour de nous semblait elle aussi vouloir exorciser ses démons » commente Vonsild de leur enregistrement. A écouter Totem en entier, les pièces se confortent les unes les autres, ne laisser rien filtrer de la tempête hivernale qui rugissait à l'extérieur. Ce n'est pas anecdotique – un moulin à vent sur le toit leur fournissait l'énergie nécessaire à la captation de ces expressions. Non seulement les chansons les unes par rapport aux autres se fortifient, mais chaque élément trouve peu à peu, dans notre oreille, sa juste valeur, ce qui semble l'attrait des choses simples et lentement essentielles.
A propos de Tak for Nu, Vonsild s'exprimait ainsi pour le site The Line of Best Fit :
« People stowed away. Put in boxes - stored. Constant signals sent from heaven to a world of receptors and appliances. Each individual must play their part, not only in relation to others but also in relation to the man-made machine hungry for power. Here – trees are replaced by power lines- and streetlights. Satellite communities consisting of fifteen stories of grey with no natural shade to seek cover in. A melody travels from section to section - "Your love is a wheel. Your love probes". »
jeudi 12 janvier 2017
{archive} ESSRA MOHAWK - Primordial Lovers MM (1970 - 1974)
OOO
intemporel puissant, lyrique
Rock, songwriter, soul
Le sort d'un album est lié à sa disponibilité dans le commerce. Tant qu'aucune maison de disques ne fait l'effort de le rappeler au souvenir d'une nouvelle génération d'auditeurs, l'œuvre et le message ne retrouvent pas leur public. Essra Mohawk a insisté sur le fait qu'elle avait avant tout un message crucial, et c'est ce qui lui a donné la témérité d'enregistrer, en s'entourant de musiciens capables d'épouser favorablement son style vocal libre et obsédant. Primordial Lovers MM rassemble Primordial Lovers, sa déclaration d'intention, son hymne au pouvoir libérateur de la nature et de l'émotion, et son album éponyme. Sur l'un elle ouvrait une voie, sur l'autre elle semblait émuler Leon Russel et une génération douée de songwriters. Jamais elle ne reproduira la quête menée à bien sur Primordial Lovers.
Elle aurait aimé une pochette plus lumineuse, avec des corps entremêlés courant sur le recto et le verso, sur-imprimés du soleil et de la terre. « L'horizon aurait été fait de la ligne de rencontre des corps ». Pour le reste, son message consistait à montrer une vérité absolue, sensuelle et entière. A incarner cette personne entière, capable de nous toucher tous, d'enter en relation avec chacun dans ce qu'il a de plus profond. « I am a woman/And i got to tell the truth » chante-elle dans Song to an Unborn Soul, avec une emphase à couper le souffle. Cela peut paraître banal, mais elle donne au rivage de la vérité une nouvelle dimension mouvante et charnelle. Très peu d'artistes privilégieront avec autant de liberté et de fougue leur message. Comme Laura Nyro, Essra Mohawk ne prenait rien plus au sérieux que son art. Elle voulait toucher les limites du sentiment humain, avec cette capacité à basculer dans la vulnérabilité et à se montrer péremptoire à la fois. « All life is two lovers/Spinning, spinning towards each other/Reaching, reaching to be one/Just like two primordial lovers/Once created our sun. » Sur Primordial Lovers, en comparaison avec son disque suivant de 1974, elle n'articule pas toujours suffisamment pour que l'on saisisse exactement ce qu'elle chante. Comme s'il s'agissait avant tout d'un flot de musique. Primordial Lovers se veut universel, voit Mohawk traverser de multiples phases, à la fois provocante, noble et mystique, comme si elle ne changeait pas seulement de voix, mais de corps. C'est une musique épidermique, qui fait frissonner.
Le premier chef d’œuvre de l'album arrive avec I Have Been Here Before. Le vibraphone et des cuivres rodent avant de s'élever, sur les mots « Now i'm here with you. ». Mohawk utilise le scat des chanteurs de jazz, et montre comment elle privilégie l'énergie live et la spontanéité, avant de retomber dans un chant mystérieux, dans un nouveau basculement. On comprendra ce qu'on pourra. I Have Been Here Before crée l'un de ces moments que seule une performance de concert peut habituellement ménager, un moment unique dans l'esprit de l'auditeur. En conséquence, on se fera attentif, lors des écoutes suivantes, pour tirer de ce moment décisif de nouvelles raisons de considérer Primordial Lovers dans toute sa radieuse originalité.
Une trentaine de musiciens ont rendu cet album possible, s'adaptant selon l'esprit des chansons. On retrouve notamment le guitariste Lee Underwood, qui a joué sur plusieurs albums de Tim Buckley ; Dallas Taylor le batteur original de Crosby Still & Nash, et Doug Hastings. Des connaissances du producteur Frazier Mohawk, le mari d'Essra Mohawk. Leur entente et leur confiance communes ont ouvert des possibilités musicales inédites, que ce soit soit dans le jazz puissant qui sert de moelle ou dans la façon d'Esrra Mohawk d'agir comme si elle s'épanouissait en direct sur l'album. L'une de ses techniques préférées est ce qu'elle appelle le 'vocal collage', pour rendre plus dense encore une œuvre déjà très développée. Le résultat est bouleversant sur le pont de I'll Will Give It To You Anyway.
Primordial Lovers n'est pas une œuvre isolée dans sa création, mais inspirante pour beaucoup d'artistes dès l'époque de sa conception. Ainsi, I Have Been here Before fascina David Crosby au point qu'il suppliait toujours Mohawk de jouer cette chanson plutôt qu'une autre lors de leurs rencontres, au point qu'elle finisse par influer sur le refrain de sa propre chanson Deja Vu. « Quand je l'ai entendue, c'était vraiment du 'déjà vu ' pour moi », se souvient Esrra Mohawk. Look Forward to the Dawn se déploie encore plus posément. Mohawk se dit inspirée pour le piano par Joni Mitchell, qui elle-même écrivit Woodstock en pensant à Mohawk. celle-ci avait raté le festival à cause d'un problème d'organisation de son management. L'une des raisons, selon elle, pour que ses albums continuent d'être si secrets aujourd’hui. Thunder in The Morning déploie encore une énergie communicative que l'on a envie de reproduire, de partager, de faire connaître, et deviendra l'une des favorites des admirateurs de Mohawk. Sa voix est celle de la plaidoirie, dans le sens de louange. Son attitude envers les éléments ne passe jamais la ligne de la supplication ; dans son abandon le plus sincère, c'est encore la force impérieuse qui garde le dessus. Une grâce irradie des guitares et des cuivres sur It's Up To me, avant de terminer avec une chanson soul, presque gospel où l'on s'entendrait à ce que Mohawk se décide à recréer Dieu pour parachever son expérience naturelle.
Sur l'album éponyme qui suivra, elle affirme encore son message. Accrocheur et entêtant, il est la meilleure façon d'écouter Essra Mohawk si vous préférez l'immédiateté à la recherche. Mais si vous voulez ressentir une émotion étrange et inédite, Primordial Lovers reste la clef qu'il suffit de tourner pour faire échapper l'art d'Esrra Mohawk à son bannissement perpétuel.
01. I Am the Breeze
02. Spiral
03. I'll Give it to You Anyway
04. I Have Been Here Before
05. Looking Forward to the Dawn
06. Thunder in the Morning
07. Lion On the Wing
08. It's Up to Me
09. It's Been a Beautiful Day
01. I Am the Breeze
02. Spiral
03. I'll Give it to You Anyway
04. I Have Been Here Before
05. Looking Forward to the Dawn
06. Thunder in the Morning
07. Lion On the Wing
08. It's Up to Me
09. It's Been a Beautiful Day
Libellés :
°°°,
1970,
1974,
intemporel,
lyrique,
puissant,
Rock,
songwriter,
Soul
mercredi 4 mai 2016
{archive} SCOTT FAGAN - South Atlantic Blues (1968)
OOOO
poignant, original, sensible
Rythm and Blues, pop, soul, world music
Scott Fagan porte aujourd’hui dans sa chair le témoignage d'une vie paisible vécue avec l'intensité d'un ogre doux. Su l'une des photos qui illustrent le livret de cette réédition, on le voit avec sa femme Patricia dans les îles Vierges, abandonné dans la contemplation inquiète du ciel tandis qu'il gratte sa guitare, confortablement installé dans une chaise à bascule. Plusieurs chansons sur l'album - In My Head, Nickels and Dimes, The Carnival is Ended, Nothing But Love... évoquent leur vie commune dans l'exotisme et l'appréhension.
Il y a ces deux éléments chez Fagan ; à la fois la plénitude, et la sensation d'un monde évanescent, au bord de la folie, dont il faut tout faire pour éviter que les éléments éclatent en morceaux. La détermination, le refus de s'abandonner aux lois du commerce tout en étant jamais plus inspiré qu'une bouteille de Coca-Cola en main. Tenement Hall, la chanson dramatique qui ouvre la face B de cet album, ou la chanson titre, retranscrivent avec une candeur puissante la tragédie de sa famille, poussée en proie à l'alcoolisme et à la main mise si peu culturelle exercée par la nation maîtresse – les États-Unis. « Ma mission état de sauver les miens en gagnant des millions, tout en défiant le système et changer radicalement le monde en même temps. » confie t-il avec amusement dans un récit publié dans le livret de l'album.
Scott Fagan a trouvé une échappatoire dans la musique, et sa voix puissante parfois se force, ce qui ajoute à l'impact de l'album. On trouve aussi une chanson écrite en 1965 en collaboration avec Mort Shuman (à qui l'on doit la traduction des paroles de Jacques Brel utilisées par Scott Walker), Crystal Ball. Avec Mort Shuman et Doc Pomus, Scott Fagan collabore sur une chanson voluptueuse pour Irma Thomas, la célèbre chanteuse de la Nouvelle Orléans. On suggère au songwriter, en effet, qu'il s'essaie, comme Laura Nyro ou Bob Dylan, à écrire des chansons pour les autres. Mais, comme pour David Bowie, la nature trop personnelle – ou trop atypique – de ses chansons le maintiendra à l'écart du music business.
Il aura ses propres triomphes – une comédie musicale à Broadway, mais disparaîtra par la suite, restant en deçà de ce que ses talents de songwriter taillés pour New York et la Tin Pan Alley auraient du lui donner, dans le sillage des Mamas and the Papas ou de son chanteur préféré, Ben E. King. Son talent, sur mesure pour l'innocence et l'engagement des sixties, se heurtera aux maisons de disques, fatiguées de le voir fustiger le business. South Atlantic Blues contient des sons qui le relient aux cultures de toutes les caraïbes, des sons reggae et calypso, comme se merveilleux steel drum sur The Carnival is Ended, ou les décharges de cuivres qui ne seraient pas déplacées sur une production jamaïcaine de Clément Coxone Dodd (Nickels and Dimes). Et ce, même si sa forme et l'extraordinaire présence de Fagan a pu évoquer, pour certains, David Bowie ou Scott Walker, au point qu'un malencontreux sticker le vende ainsi. Il n'est pas question de comparer ce chanteur à l'âme caribéenne à l'anglais Bowie. Les clichés du jeune homme en studio feraient si facilement oublier que Fagan a sa propre histoire, et que son destin est lié aux caraïbes, à sa marginalisation artistique.
Il aura ses propres triomphes – une comédie musicale à Broadway, mais disparaîtra par la suite, restant en deçà de ce que ses talents de songwriter taillés pour New York et la Tin Pan Alley auraient du lui donner, dans le sillage des Mamas and the Papas ou de son chanteur préféré, Ben E. King. Son talent, sur mesure pour l'innocence et l'engagement des sixties, se heurtera aux maisons de disques, fatiguées de le voir fustiger le business. South Atlantic Blues contient des sons qui le relient aux cultures de toutes les caraïbes, des sons reggae et calypso, comme se merveilleux steel drum sur The Carnival is Ended, ou les décharges de cuivres qui ne seraient pas déplacées sur une production jamaïcaine de Clément Coxone Dodd (Nickels and Dimes). Et ce, même si sa forme et l'extraordinaire présence de Fagan a pu évoquer, pour certains, David Bowie ou Scott Walker, au point qu'un malencontreux sticker le vende ainsi. Il n'est pas question de comparer ce chanteur à l'âme caribéenne à l'anglais Bowie. Les clichés du jeune homme en studio feraient si facilement oublier que Fagan a sa propre histoire, et que son destin est lié aux caraïbes, à sa marginalisation artistique.
Jusqu'au final Madame-Mademoiselle, ce sont les histoires familiales et leur empreinte idyllique laissée sur Fagan, qui sont en lutte contre la rancoeur qu'il cherche à incarner. «Mon arrière grand-père était un navigateur de Marseille, qui a fini par travailler comme jardinier dans un couvent de la Nouvelle-Orléans. Il est tombé amoureux d'une nonne Irlandaise, et il sont partis pour Hell's Kitchen (un quartier de New York) tous les deux, où ils ont ouvert un magasin de bonbons et eu huit enfants. J'avais Marseille en tête en écrivant Madame-Mademoiselle. » Ce n'est encore qu'un au revoir : un autre album très attachant, Manny Sunny Places, paraîtra en 1975.
A écouter aussi :
Ben E. King, What is Soul ?
Larry Groce, The Wheat Lies Low
Tim Hardin, Bird on a Wire
Darrel Banks – I'm The One Who Loves You
The Drifters
Terry Callier
Bobby Darin
Irma Thomas
Arthur Alexander
http://lightintheattic.net/releases/2079-south-atlantic-blues
A écouter aussi :
Ben E. King, What is Soul ?
Larry Groce, The Wheat Lies Low
Tim Hardin, Bird on a Wire
Darrel Banks – I'm The One Who Loves You
The Drifters
Terry Callier
Bobby Darin
Irma Thomas
Arthur Alexander
http://lightintheattic.net/releases/2079-south-atlantic-blues
samedi 19 mars 2016
LOU BOND - S./T. (1974)
OOO
Engagé, poignant, communicatif
Soul, folk, funk
Cet album peut vous prolonger dans une profonde mélancolie. La mélancolie est le moteur de l'écrivain et le ferment de la différence, de la liberté à laquelle aspire Lou Bond. Il chante cette liberté dès les premières secondes de son album, et partir de là, ne perdra aucune seconde dans ces sept chanson hors normes. « No more i loves yous that i could not return/no more laughing at the girl who nevers learns. »
La production riche en cordes est de la richesse mélodramatique que l'on peut attendre d'une perle Stax, le label sur lequel fut signé Lou Bond, avant de disparaître faute, pour la maison de disques, d'avoir su vendre son mélange émotionnel redoutable de soul et de folk. On pense à Terry Callier, pourtant, et tous ceux qui vibrent au son de What Color is Love (1973) devraient trouver dans cet album un compagnon plus qu'attachant, comme les admirateurs de Gil Scott Heron. Dans cet album paru en 1974, sur Why Our Eyes Must Always Be Turned Backwards se ressent l'inspiration des plus grandes chansons de Heron (présentes sur Pieces of a Man ou Winter in America), dont elle a a la portée sociale et le groove funky.
Mais c'est To The Establishment, qui donne à son disque son amplitude émotionnelle rare. «If i had my way, i'll put you all on the electric chair », assène t-il en guise de conclusion sans appel, avant de se lancer dans plus de cinq minutes de scat, tandis que les cordes semblent l'arracher à la simple rébellion pour le porter dans un domaine à lui seul, ou quoi qu'il arrive personne ne peut l'atteindre. Réutilisé par la suite par Outkast et The Prodigy, c'est un moment épique, à la sincérité presque épuisante, un contrepoint à l'atmosphère souvent (faussement?) sereine du reste de l'album. Encore un lien avec Gil Scott Heron, cette volonté de donner 'To give these children a happy home', en écho à Save the Children, l'une des chansons les plus douces du poète et chanteur New-Yorkais.
Il a cette volonté de réparer les couples cabossés, la privation de tendresse et la précarité, un sentiment d'injustice impossible à retenir, et qui embrasse un forme d'écologie venue du fond cœur, qui pousse Bond à préconiser la chaise électrique pour ceux qui en sont la case. L'ambiance feutrée et la narration si évocatrice de That's the Way i've Always Heard it Should Be, avec cette émotion qui l'envahit de nouveau à la simple évocation de se marier. «My friends and collegues are all married now/They have their houses and their dogs.» chante t-il en l'appuyant, pour en faire ressortir la naïveté cocasse, d'un falsetto. C'est un disque réjouissant de distance et de sensibilité.
Le livret de l'album est la belle histoire de la recherche de Lou Bond homme au multiples personnalités, qui a débouché sur la réédition de sa seule oeuvre musicale chez Light in the Attic. Élusif, difficile à cerner, c'est un homme un peu sorcier.
dimanche 31 janvier 2016
BOUKOU GROOVE - Let The Groove Ride (2016)
O
ludique, efficace, funky
Funk, new soul
Boukou
Groove, un trio funky dont 'existence n'est pas cantonnée aux
releases parties dont ils sont friands, car c'est un bon moyen de
dire, hey, watcha, on est un groupe incroyablement talentueux, certes
consensuel mais dont l'âme est ancrée avec conviction dans la terre
de la Nouvelle Orléans. Le genre qui puisse nous faire sentir toujours un peu dignes, pourvus pour nous accompagner dans nos croisières pleines de tentations, partis dans le golfe du Mexique sur un yacht pour faire semblant d'oublier la misère du monde.
Les interactions de Donnie Sundal et Derwin 'Big D' Perkins méritent l'adjectif sexy de
'tight'. Ce qui correspond au contenu de cette chanson au milieu de l'album, I Can take You Further, « Imagine how it's gonna be/girl i hope you're ready. » Une ambiance positivement moite règne sur cet album pourtant loin d'être dépravé. Des interventions du guitariste qui moulent parfaitement la voix et l'approche et ses claviers nettement plus dans la tradition du rythm and blues néo Orlanais. Ils sont liés au pianiste Jon Cleary, l'un
des musiciens locaux les plus talentueux, prêts à reprendre le flambeau
d'ambassadeur après la disparition de Dr John. Les moments entêtants
tels que Can't See Around Corners ou l'énorme End of the Bottle
alternent avec des moments moins marquants, et on ne retrouve rien
à la hauteur de la fracassante Stay Broke, sur l'album précédent.
« It cost a lot of money just to stay broke. » Blame it on Me et surtout Can't Come Back, ont un potentiel déchirant dans leurs paroles jamais atteint musicalement, et c'est dans le fade-out de cette dernière que Sundal choisit d'enfin chanter comme si sa vie en dépendait. Sa voix nasale est d'ailleurs un instrument fascinant, jouant sur plusieurs registres. Il a la volonté de ne pas en faire trop, avec des paroles qui de toute façon donnent l'impression d'avoir basculé au cœur d'un album de sentiments forts, convaincant comme tel.
Aujourd’hui comme trois ans plus tôt, Boukou Groove est un bonbon funk amené par des musiciens que l'on brûlerait tant d'écouter live, et de partager avec le plus grand nombre.
Aujourd’hui comme trois ans plus tôt, Boukou Groove est un bonbon funk amené par des musiciens que l'on brûlerait tant d'écouter live, et de partager avec le plus grand nombre.
RACHEL DREW & THE BITTER ROOTS - Under The Sun (2016)
O
frais, vintage, soigné
Rythm & blues, soul, popComme la pochette le laisse présager, il va y avoir très peu d'artifices sur cet album de soul et de ballades à la forte résonnante. Quelques musiciens très talentueux de Chicago entourent une jeune songwriter, trouvant l'énergie de les réunir après avoir eu celle d'écrire des centaines de chansons, depuis ses débuts en 2008. L'évidence, la vivacité, la langueur de leurs mélodies, basées sur une guitare discrète mais parfaite et un piano Rhodes évoquant les productions du label Stax, tout est fait pour porter l'attention sur ce que Rachel Drew véhicule comme originalité discrète, audaces mesurées qui donnent, au bout, un disque touchant, dynamique et frais. On assiste à une maturité acquise en milieu naturel, Rachel Drew étant issue d'une famille de musiciens. C'est l'album d'une jeune artiste dont les chansons à la fois graves et légères pourront être réinterprétées, à l'aune de ce qu'elle vivra maintenant que sa carrière musicale a irrévocablement gagné le cœur de son existence. Elles prennent à chaque écoute plus d'emphase, mais Drew ne devrait pas les laisser l'affecter : elle a déjà des douzaines d'autres textes à mettre en musique.
https://soundcloud.com/rachel-drew/sets/first-3-tracks-of-14-on-rachel
mercredi 18 novembre 2015
Article - GALACTIC & JJ GREY (2015)
Galactic
OO
groovy, funky, communicatif
Rythm and blues, modern R&B, funk
JJ Grey
OO
groovy, funky, communicatif
Blues rock, funk, soul, country rock
Au premier abord, la musique de JJ Grey est une soul musclée avec un goût prononcé de revenez-y. Mais plongez-vous un peu plus dedans et prenez plaisir au talent de raconteur d'histoires du guitariste et compositeur de Jacksonville, en Floride. Terre changeante au carrefour de plusieurs mondes, et surtout au bord de l'océan, la Floride a son compte de surfeurs quinquagénaires, sans doute, mais peu nombreux sont ceux qui, une fois sortis de l'eau, rejoignent le studio d'enregistrement pour produire une musique qui irradie la joie et la communion et s'exporte si bien à l'international. Le crédo de JJ Grey, tel qu'il l'a donné dans une riche interview publiée par la magazine Soul Bag en avril 2015 : « Chanter comme Otis Redding, jouer comme Jimmy reed, et écrire comme Bill Withers, sans oublier un peu de Georges Jones! » L'enthousiasme de Grey est contagieux. C'est qu'il sait quels extraordinaires moments musicaux l’attendent encore, comme celui qui l'a réuni avec Galactic, un grand groupe et l'un des meilleurs ambassadeurs de la musique de la Nouvelle Orléans, neuf heures de voiture à l'ouest de Jacksonville. Une occasion de partager ce qui réunit de tels artistes : le goût du son live, des tons boisés du fait maison et de la chaleur humaine.
Ils étaient talentueux. Leur histoire semblait devoir s'écrire d'elle même. Mais sont sont les circonstances de leur apprentissage qui en ont fait un groupe à part, autant qu'une voie d'accès immédiate aux sonorités de la ville. « Nous n'avions pas de véritable maison de disques ou le support qu'un groupe normal aurait pu avoir. Nous l'avons fait indépendamment. Avant nous, la plupart des groupes qui partaient en tournée avaient déjà un hit à la radio. C'était rare d'être un groupe sans pedigree et de tourner. » Les clubs leur ouvrent de plus en plus facilement leurs portes, puis le premier album se profile à l'horizon. Rétrospectivement, ils ont permis à de nombreux groupes, dans leur sillage, de se produire en concert sans n'avoir rien enregistré. C'est la raison pour laquelle Galactic est l'un des groupes cité le plus souvent comme ambassadeur de la culture vivante de la Nouvelle Orléans. Pour se développer, il fallait ensuite enregistrer en studio. Et c'est de rencontres en tours de forces et en surprises que Galactic est devenu le groupe qui est capable d'aligner Mavis Staples, JJ Grey, et la bohémienne soul Macy Gray et d'autres chanteurs-compositeurs brûlants et visionnaires sur un seul album.
Impossible de rendre l'énergie du live en studio. Et, au contraire, difficile de reproduire tous les samples et les sons présents sur les albums studio une fois les morceaux joués en concert. Alors autant faire des albums profitant d'une qualité d'écriture telle que les chansons qui le constituent sont destinées à entrer dans le répertoire de tête des interprète invités, tout en proposant une montée en puissance dignes d'une fête de carnaval. Pour faire tenter d'oublier la nature de l'exercice, se réunir tous dans un studio et écrire de la musique, Galactic a usé de différentes techniques qui tenaient quasiment de la mise en scène. Jamais en manque d'inspiration, ils ont inventé des albums à concepts, comme Carnivale Electricos, qui mettait en parallèle le mardi gras de la Nouvelle Orléans et ceux du Brésil. Le groupe y trouve avec félicité les points communs à ces cultures, tout en transformant audacieusement leur musique, comme rendue par les platines d'un DJ. Comme dans la série Treme, ils ont permis à des chanteurs de quasiment jouer un caméo, c'est à dire se mettre en scène dans leur propre rôle. Ainsi, sur Move Fast, ils invitaient le rappeur Mystikal à courir après sa réputation dans des timings à mettre hors d'haleine. Galactic est un groupe qui a la volonté de s'effacer derrière l'immense diversité d'une scène. Ils mettent leur versatilité au service de leurs éternelles retrouvailles avec le Dirty Dozen Brass Band, ou de leurs rendez-vous exceptionnels avec le rappeur gangsta Juvenile, le chef indien Big Chief Juan Pardo ou la chanteuse presque octogénaire des Staple Singers, Mavis.
« Le 'featuring' est souvent une idée de managers, de producteurs ou de cadres de maisons de disques », commente JJ Grey pour Soul Bag. « Rien de mal à ça, mais cest trop souvent une manière de caser un nom connu supplémentaire sur un disque. Notre démarche est différente. On est comme une famille, comme une mafia du sud-est dont Derek [Trucks] et Susan [Tedeshi] [des superstars du sud Tedeshi-Trucks Band], les Allman Brothers, sont d'éminents représentants, et tous les groupes de cette région sont plus ou moins liés. » Pour Galactic, il n'est pas question de caser un nom sur un album. La collaboration doit être donnant-donnant, et c'est encore mieux si elle débouche, comme avec Macy Gray, sur une tournée pendant laquelle le groupe se transforme en accompagnateurs de luxe pour la chanteuse, réécrivant ses chansons et leur donnant une nouvelle perméabilité. Leur premier chanteur, Theryl ‘Houseman’ DeClouet, leur avait été suggéré par leur manager de l'époque. Puis il est devenu une sorte 'd'invité permanent' prenant très souvent part aux concerts du groupe. Les musiciens comprirent rapidement qu'inviter des chanteurs provenant de sphères un peu différentes, tout en défendant souvent les mêmes valeurs spirituelles qu'eux, participait à l'hybridation de leur musique sans en entamer la cohésion. Et leur batteur Stanton Moore de défendre le secret de ces collaborations – qui ne doivent pas servir de faire valoir pour l'album. Il essaie de ménager le suspense sans citer les noms les plus célèbres : « Je groupe peux tout de même vous parler de certains d'entre eux, comme David Shaw [du groupe de soul festive The Revivalists, auteur en 2015 d'un album, Men Against Mountains] et Maggie Koerner. », explique t-il à un journaliste du website Glide Magazine début 2015.
Santon Moore est ce genre de musicien accélérant le rythme de sa vie derrière les fûts quand d'autres décideraient de s'octroyer une pause. Multipliant les collaborations et les disques en solo, il agit pour sa ville comme s'il était investi d'une mission qu'il ne pouvait jamais abandonner. Moore use de toutes les influences pour en faire un mélange unique, depuis les sons lourds de John Bonham et Bill Ward jusqu'aux feux d'artifice de Buddy Rich et de Max Roach. Et difficile de contourner pour lui Zigaboo Modeliste, le batteur des Meters, qui reste le groupe instrumental le plus célèbre de la ville.
Moore est content de la direction qu'a prise cet album, effectivement assez différent de leurs deux précédents albums, qui contenaient beaucoup de samples et un son très remixé. « Il est plus direct au niveau de la production, se focalise plus sur la façon dont on sonne quand on joue nos instruments. » Into te Deep sonne plus organique plus comme une collection de bonnes chansons, qui à paraître un peu moins cohérent pris dans son ensemble. C'est pourtant un album habilement construit, qui s'ouvre un instrumental , Sugar Doosie, puis enchaîne avec un gros morceau de blues rock, la ballade intense de Macy Gray qui donne son nom à l'album, puis un funk qui capture la patte du groupe. Un autre instrumental, puis deux chansons de R & B moderne. Domino, chantée par Ryan Montbleau est la plus entêtante surprise de l'album. Puis, après un nouvel instrumental, viennent la ballade de Mavis Staples et le tube du Jamaïcain Brushy One String, qui ne joue effectivement qu'une seule corde de sa guitare, mais produit une musique rythmique entre reggae et soul. Il existe de vieilles connexions entre la Nouvelle Orléans et tout les cultures caribéennes et sud américaines.
2015 est l'année exceptionnelle qui a vu la parution de leur nouvel album leur permet de faire équipe avec ce chanteur si puissant qui partage un producteur avec eux : JJ Grey. Retour en Floride. Ou à Paris, où le sociologue Eric Doidy a conduit son interview très enrichissante. Qu'il se rappelle les influences entendues dans le cocon familial ou qu'il parvienne à décrire avec humanité les mentalités des gens de Floride, il dessine la trajectoire d'une musique vécue comme une formidable machine de rencontres qui l'a fait échapper lui-même au grand cliché du 'tous conservateurs'. C'est un musicien humble et chaleureux, frappé par la patte funk du chanteur country Jerry Reed, par Otis Redding et par l'ombre inévitable du Lynyrd Skynyrd d'avant le dérapage. « Je viens d'une famille de la vieille école, très typique du sud. Là ou j'ai grandi, c'était moitié blanc, moitié noir, sans "minorité". Ma famille est un drôle de mélange. » Il grandit au milieu des exploitations de poulets.
Au delà, c'est son groupe tout entier qu'il s'agit de célébrer. « Le batteur, Anthony Cole, est l'un des plus formidables multi-instrumentistes que je connaisse, vient d'Orlando en Floride, mais est né à Detroit, je crois. Todd Smallie, qui vient de groupe de Derecks Trucks, est d'Atlanta. Les autres viennent du Texas, de Los Angeles... Dennis Marion, notre trompettiste, vit à Jacksonville depuis longtemps, mais il est de Baltimore. Tous sont des gens que j'ai connus au fil des années lors de tournées. Je faisais la première partie de leur groupe ou c'était l'inverse ; ou alors ils étaient dans le groupe d'un pote à moi ; ou bien ils m'ont hébergé. Mais on s'est tous connus sur la route. Au début de Mofro j'écrivais des morceaux sans vraiment avoir un vrai groupe : j'embauchais quiconque était libre selon le moment. » L'apport du producteur Dan Prothero a aussi été crucial. «Quand je l'ai rencontré pour la première fois, il m'a expliqué quelles étaient mes forces et mes faiblesses, m'aidant à consolider les unes à à me débarrasser des autres. Ce qui faisait ma force selon lui, c'est le fait de baser mes chansons sur ma vie, mon coin, les choses que j'avais vues et celles que j'avais faites. Ma grande faiblesse, c'est quand j'essayais de jouer de manière un peu artificielle au mec qui met l'ambiance. »
Si cet album nous divertit suprêmement, c'est grâce à ses solides fondations instrumentales, et aux mélodies que Grey parvient à trouver, infusant de sa ferveur originale tout ce qu'il touche. Ol'Glory est un de ces grands albums entre potes qui regardent effrontément vers le soleil. Parcouru d'un énorme groove funk, de soul bien léchée, de rock n' roll à soli droit sorti des seventies, de country rock, pour que jamais la machine ne s'essouffle. De quoi proposer des concerts juke-box. Douze valeureuses chansons écrites avec une inspiration puissante, une simplicité de ton qui invite chacun de quitter son champ et de rejoindre la party. JJ Grey & Mofro jouent comme un vieux groupe, mais un qui tente la rédemption après chaque refrain. Les citadins de la grande ville finissent invités, eux aussi. Everything is a Song secoue avec la fièvre des hommes de la terre, puis on gagne peu à peu l'apesanteur, au fur et à mesure que tout le beau monde rejoint (Luther Dickinson, des North Mississippi Allstars et Black Crowes, ou Derek Trucks) Leurs forces se rangent derrière la vitalité de Brave Lil' Fighter ou Tic Tac Toe et des ballades ou la voix rutile par dessus les cuivres, Light a Candle et Home in the Sky.
vendredi 6 novembre 2015
MIGHTY SAM MCLAIN & KNUT REIERSRUD - Tears of the World (2015)
OOO
intense, sensible, pénétrant
Soul, rythm and blues
Quelques semaines après sa mort le 15 juin 2015, Samuel 'Mighty Sam' McClain laisse un album de soul qui déclasse tous les autres genre musicaux dans cette année 2015. Lui attribuer l'étiquette de l'artiste de l'année est un peu vain, étant donné qu'il n'est plus de ce monde. Et puis, il n'est pas seul responsable de cette tuerie, car c'est le guitariste norvégien Knut Reiersrud qui a produit l'album (production qui rentre en bonne part dans la fascination qu'il exerce sur nous, écouter les ballades Jewels ou Too Proud pour s'en convaincre) et qui a également choisi de confier des reprises bien senties au puissant chanteur. Né en Louisiane, débutant dans la chorale de l'école maternelle à 5 ans, McLain a eu une vie mouvementée, relançant dans les années 1990 une carrière prématurément éteinte, montant des tournées par la force de sa seule volonté. C'est à cette période qu'il se met à écrire des chansons relatives à sa propre expérience, abordant la foi, la dignité, l'oppression, la liberté, la responsabilité sociale.
Son histoire familiale terrible l'a sans doute poussé à chercher la voie de la réparation, et nombreux sont ceux qu lui ont adressé des lettres avouant qu'il avait changé leur vie à travers sa musique. Malgré les rencontres musicales fructueuses - dont Pat Hetherly, ami, co-producteur et co-arrangeur, qui a travaillé avec lui plus de 20 ans - la tension dramatique présente ici dès la chanson titre, et qui ne se relâche que pour céder à une transcendance nostalgie, démontre que dans cette musique larger than life comme dans la vraie vie, tout doit toujours être recommencé. En témoignent la fraîcheur de cette voix, celle d'un homme de plus de 70 ans, de ces chœurs, de ces instruments parcimonieux qui soudain font éruption quand un sentiment presque insurmontable est partagé. Lui, qui reconnaissait en riant qu'il ne savait plus ce que signifie le gospel, devant la multitude d'églises et de façons de le chanter, préférait se définir simplement comme un chanteur. Ceux qui ont dispensé la magie à ses côtés, comme la chanteuse iranienne Mahsa Vahdat, peuvent désormais le traiter comme ses héros BB King, Clyde McPhatter, Little Willie John et surtout Bobby "Blue" Bland (1930 - 2013). Cette musique est chargée de décennies traversées sans jamais renoncer. Elle évoque des images, des sentiments qui sont en conséquence, mythiques.
http://www.mightysam.com/
lundi 21 septembre 2015
WILLIS EARL BEAL - Nocturnes (2015)
OO
pénétrant, lyrique, nocturne
Atmosphérique, soul
Choisir Willis Earl Beal comme artiste de l'année 2013, c'était vanter son originalité et sa vision inversée du music business américain. Dandy Noir au visage masqué, sa voix à l'expressivité rare servant de bouclier à sa personnalité, il démontrait dans des chansons intenses jusqu'à évoquer Howlin' Wolf, que ce qui compte, c'est la musique - le temps qu'elle crée pour elle même, déconnectée de tout, et surtout de toute gloire future pour l'artiste. Seul le temps présent comptait. Burroughs le travaillait encore.
Avec Nocturnes, la vie mouvementée - et parfois violente - de Beal, désormais marié (!) s'explique par ses insomnies. Et ce qui paraissait brave semble aussi, simultanément, naïf. C'est ainsi que cet album à écouter au casque entame avec des chansons autobiographiques, monotones et déchirantes, puis se métamorphose sous le coup de plaidoiries faussement anodines, et si intimes, par le temps particulier dans lequel elles se déroulent. Ce temps de nuit, intangible. Ce sont Stay, Survive ou Start Over, en particulier. No Solution et Able to Wait, qui évoque même le crooner anglais Richard Hawley, sont les pépites qui portent cet album au delà de la simple tentative. Des sonorités en forme de chinoiseries ajoutent au candide obscur de de ce Nocturnes.
La présence de Wilis Earl Beal, par sa voix, donne encore l'impression tenace qu'il pourrait être à côté de nous, que rien ne nous sépare d'autre que nos différences de deux consciences, et non la distance.
mardi 14 juillet 2015
THE BOOM BAND - S./T. (2015)
O
groovy, communicatif
Rock, rythm and blues, soul
vendredi 10 avril 2015
JJ GREY & MOFRO - OL'GLORY (2015)
OO
groovy, funky
blues rock, funk, soul, country rock
C'est un de ces grands albums entre potes qui regardent effrontément vers le soleil. Parcourus d'un énorme groove funk, de soul bien léchée, de rock n' roll gallinacé à soli droit sorti des seventies, de country rock, pour que jamais la machine ne s'essouffle. De quoi proposer des concerts juke-box.
On a beau se trouver en Floride, pour une fois, c'est un musicien humble et chaleureux, frappé par la patte funk du chanteur country Jerry Reed, par Otis Redding et par l'ombre inévitable du Lynyrd Skynyrd d'avant le dérapage. "Je viens d'une famille de la vieille école, très typique du sud, confie t-il au magazine Soul Bag. "Là ou j'ai grandi, c'était moitié blanc, moitié noir, sans "minorité". Ma famille et un drôle de mélange." Il grandit au milieu des exploitations de poulets.
Douze valeureuses chansons écrites avec une inspiration puissante, une simplicité de ton qui invite chacun de quitter son champ et de rejoindre la party. JJ Grey & Mofro jouent comme un vieux groupe, mais un qui tente la rédemption après chaque refrain. Les citadins de la grande ville finissent invités, eux aussi. Everything is a Song secoue avec la fièvre des hommes de la terre, puis on gagne peu à peu l'apesanteur, au fur et à mesure que tout le beau monde rejoint (Luther Dickinson,des North Mississippi Allstars et Black Crowes, ou Derek Trucks, des superstars du sud Tedeshi-Trucks Band dont JJ GREY mérite de partager le succès. Leurs forces se rangent derrière la vitalité de Brave Lil' Fighter ou Tic Tac Toe et des ballades ou la voix rutile par dessus les cuivres, Light a Candle et Home in the Sky.
samedi 15 février 2014
TOMMY CASTRO & THE PAINKILLERS - The Devil You Know (2014)
OOO
groovy, efficace
blues rock, rythm & blues, hard rock, soul
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