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Trip Tips - Fanzine musical !

lundi 30 août 2010

Eels et Mark Everett (1ère partie)


L’affection s’installe quelque part dans le clip pour le morceau In My Younger Days, une chanson de 2010 présente sur le disque End Times. Une scène en noir et blanc. Un homme sec, casquette, lunettes noires rondes et barbe épaisse, sort d’un baraquement en bord de route. Tandis que la musique, de lumineux et lents arpèges, annonce une autre de ces vignettes comme Mark E. Everett en a tant et tant fait, on le voit attraper son chien laissé à terre avec une affection qui crève l’écran et le déposer sur le siège passager de son pick-up Chevrolet. Partout sur sa route, le soleil l’éclaboussera, le protègera en suggérant des reflets dans la vitre arrière, fera naître de cette escapade filmée à l’ancienne une mélancolie évidente, presque envahissante. Le sentiment est épais, et l’éblouissement rend parfois l’image opaque. Pour un fan de musique rock, on se retrouve dans une situation bien étrange ; est-ce que ce type dans la séquence attend de nous de la compassion ? Il entre dans une boutique… pour ressortir avec un gros paquet d’aliment pour chien.
«Dans ma prime jeunesse/Ca n’aurait pas été aussi difficile », commente le Californien quant au fait d’avoir été délaissé une nouvelle fois. Mark Everett fête donc ses cinquante ans en 2013, il a rasé sa barbe et laissé pousser ses cheveux. Son premier album sous le patronyme de « E » date du milieu des années 1990. Sa discographie a, depuis 20 ans, emprunté plusieurs voies, s’est attardée avec insistance, a jeté un regard en arrière, a voulu faire table rase, s’est lancée dans une poursuite effrénée pour boucler une trilogie qui n’a été assumée qu’une fois terminée. A enregistré beaucoup de chansons qui, parce qu’elles ne collaient pas thématiquement, n’avait pas de place sur ses disques. Certains de ses albums ont été qualifiés de « pièces de musée », mais il fallait qu’il le prenne comme un compliment ; Blinking Lights and Other Revelations (2005) documentait une époque alors révolue, rassemblait tant de simplicité avec tellement d’ambition.
La voix d’Everett se révélait mieux que jamais comme l’élément capable de tenir ensemble les différentes parties disparates de l’album, les blues rugueux et les mélodies en arpèges dont Eels a fait sa marque de fabrique. Sans immersion et sans détachement Il a enregistré une immense quantité de chansons, mêlant les histoires de sa famille et les observations du monde extérieur sans s’immerger excessivement.. Derrière lui, un long et lourd passé – 50 ans d’une vie que rien ne sépare de la musique. Et devant ? «[…] Une fois la tournée finie, je n’ai pas la moindre idée de ce que je vais faire ensuite. […] » 50 ans et il s’est préservé. Quelque chose nous dit que beaucoup de surprises sont encore à venir, de cadeaux pour ceux qui aiment ses chansons immersives mais pas trop, son amour du détail et son humour cocasse. « C’est à la fois excitant et flippant, mais l’excitation l’emporte malgré tout. Tout reste possible ».
 
Renouveau
End Times, dont est extrait le morceau In My Younger Days, est un album fragile, discret, un repli qui justifie que, trois ans plus tard, Mark « E » Everett démarre Wonderful Glorious en scandant « J’ai été aussi calme qu’un rat d’église/des bombes vont tomber/je vais être entendu». En 2010, Everett semble entrer provisoirement dans une nouvelle forme d’autarcie, pour lui qui en a l’habitude, enregistrant dans un dénuement encore plus accentué, bientôt sans batterie, etc. Se focalisant de façon obsessionnelle sur les détails d’une relation, c’est comme s’il craignait, en reprenant réellement les rênes de son existence, d’influencer son cours. Certains l’accusent alors de ne plus se livrer autant qu’à ses débuts. « Même si je ne m’en rends pas compte tout de suite, ce que je raconte dans les chansons que j’écris finit par m’arriver en vrai, tôt ou tard. Je devrais écrire une chanson dans laquelle je reçois un chèque d’un million de dollars. »
A Line in The Dirt, Little Bird ou End Times n’évoquent absolument pas ce genre de situation. A la femme de ces chansons, enfermée dans la salle de bains suite à une dispute, il demande « si elle voulait rester seule/elle m’a répondu non, mais je pense que toi, oui. » Deux formes de solitude, l’une éphémère – la femme dans la salle de bains – et l’autre de plus longue durée – l’homme à l’extérieur, sur le point d’être quitté. En seulement quelques mots incisifs. Autour de cette seule salle de bains, déjà – un lieu particulièrement délicat dans l’imaginaire du chanteur (voir plus loin) - Everett fait preuve d’un sens aigu du détail.
End Times, Mark Everett l’a enregistré dans le sous-sol de sa maison de Los Feliz, à l’est de Los Angeles. Une maison isolée et dont les abords sont filmés pour permettre à son occupant d’échapper à la curiosité des médias qui ont tellement peu à se mettre sous la dent. « Quand j’ai écouté ce disque j’ai pensé, je ne veux pas en parler, je ne veux pas le promouvoir. Je vais simplement le laisser sortir et marcher sans aide. » « Ma vie est un livre complètement ouvert maintenant… C’est une période intéressante pour moi. Je ne suis pas sûr de ce qui va se passer ensuite et j’aime ce sentiment parce qu’il va faire jaillir quelque chose de nouveau. Et je dois dire que le nouveau disque marche plutôt bien malgré le fait que je ne le promeuve pas du tout. C’est ce que j’aime dans la vie, elle devient de plus en plus mystérieuse, et je ne peux même pas dire pourquoi» En 2013, on connaît la réponse quant à son avenir, le groupe, la camaraderie, le rock n’ roll.
End Times est le second volet d’une trilogie entamée par Hombre Lobo : Twelve Songs of Desire, six mois auparavant. Un opus clef de sa discographie, autour du thème du désir, alternant morceaux de blues rock bravaches et balades à la franchise embarrassante. « E » est alors motivé par le constat que le rock a chassé la frustration sexuelle et amoureuse de ses thèmes de prédilection pour des préoccupations plus littéraires, et comme il le dit si bien, il n’aime rien autant que de se consacrer entièrement à un seul sujet lorsqu’il commence un album. « Le désir c’est ce qui fait venir tous les problèmes qui suivent, commente-t-il pour le site américain Popmatters en 2013. « A l’origine, cela devait être en seulement deux parties. La première que nous avons faite s’appelait End Times, qui décrivait ce qui se produit lorsque le désir n’est plus, que tout s’est désintégré, et je savais que je voulais la poursuivre avec le nouveau départ qui vient après, la possibilité d’un renouveau. Cette étape est celle que je préfère… Après que ces deux-là ont été finis, j’ai pensé, ‘ne serait-t-il pas intéressant de concevoir le prologue, voué au désir, comment les choses se sont compliquées ? Ainsi le premier qui est sorti, Hombre Lobo était le dernier que j’ai écrit. » Tomorrow Morning n’était qu’une demi-réussite. Pour le prochain album, Everett devait renouer avec le groupe, se baser sur ses points forts. Aujourd’hui, il peut savourer son nouveau succès. 
Mondes parallèles
« Nous sommes tous en compétition avec chaque artiste qui a fat quelque chose de super avant nous, et plus cela dure pour vous-même, plus vous êtes en concurrence avec votre propre musique. C'est de plus en plus difficile. La seule chose qui était difficile pour moi sur Wonderful Glorious c'était de m'y mettre, j'étais anxieux. »
La planète du rock dit indépendant ne prend pas d'âge ; les groupes se succèdent, l'essentiel étant d'être au bon endroit au bon moment, comme les Strokes avec Is This It en 2001. Alors qu'il Everett est donc une exception. Avec Wodeful Glorious, Everett semble avoir tourné enfin la page de sa mythologie personnelle , et c'est étrange d'apprendre qu'il s'apprête à publier son autobiographie. Ne peut t-il pas, après avoir tant secoué le passé dans ses chansons, ne plus jamais se sentir en compétition avec lui-même ? Aller simplement en écrivant des chansons aussi fraîches et affirmées que Peach Blossom ?
Les clips, c'est le seul domaine ou je suis moins obsédé par le contrôle artistique.” C'est ce qu'il fait croire, mais deux courants se détachent : une réalité à peine teintée de folie, dans ses clips les plus récents, et des interprétations fantasques, décalées à l'humour plus facile. C'est la facilité de cet humour, Du côté du réalisme et de la légèreté subtile, le document le plus abouti, et qui vaille le coup qu'on le regarde tout en découvrant les albums de Eels est le documentaire Parallel Worlds, Parallel Lives, préparé par Everett pour la BBC (sans sous-titres français donc). Sorti en 2007, ce film poignant d’une heure raconte la relation tragique du musicien avec son père disparu. Hugh Everett III est devenu en son temps une sorte de star puisqu’il était à l’origine de la théorie des univers parallèles qui a tant inspiré la culture populaire par la suite. En quelques années, le physicien quantique va développer sa théorie comme quoi un même être vivant aurait plusieurs vies dans des endroits différents. L’être humain créerait à chaque nouvelle décision deux réalités alternatives. Combien de décisions Everett t-il prises depuis la mort de son père ? Des décisions qui ont nécessairement laissé la porte ouverte à une réalité parallèle, dans laquelle sa carrière aurait été différente. S'il était, par exemple, descendu à Hollywood pour tourner des films.
Everett retrouve dans le film d’anciens amis de son père, et tente en leur compagnie de reconstituer une aventure qu’il a lui-même complètement ignorée du vivant de son père – il n’a jamais eu de véritable contact avec celui-ci.
Ainsi, quand il retrouve des cassettes enregistrées par Hugh Everett dans la cave de sa maison, pour les fournir au biographe de son père, il se demande s’il va reconnaître sa voix, l’ayant si peu entendue par le passé... Dans l'une des scènes les plus savoureuses, « E », dont le statut de star mineure mais attachante est affirmé, entreprend des comparaisons entre le milieu de rock et celui de la physique.
Ce documentaire très personnel permet au chanteur de Eels de se révéler un peu plus au grand public - après quinze ans de carrière.
Un public différent de celui qui est allé jusqu'au bout de Blinking Lights and Other Revelations (2005), cette fameuse pièce de musée, une simple désillusion pour certains, en comparaison des grandeurs de la vraie musique pop. Plongeon inattendu dans un passé toujours de retour, nouvelle tentative d'entrer en communication avec ses propres souvenirs, l'album fait trembler plus que jamais toute affaire de contexte, de cohésion, irrite un peu. Mais donne en germe un livre qui attendait d'être écrit, l'une des plus remarquables tentatives de semi-autobiographie dans l'histoire du rock indépendant : c'est la chanson Things the Grandchildren Should Know qui donnera le livre du même nom. « Le livre était la chose la plus difficile. Je ne suis pas quelqu’un qui aime s’attarder sur le passé. Mais quand on m’a envoyé une copie, il y avait ce poids merveilleux sur mes genoux. Je ne suis pas sûr de savoir de quoi il s’agit mais je pense que c’est la façon dont je m’accommode des choses. Je gère toutes les tragédies familiales, et toutes les situations pourries de quand j’ai grandi, comme si c’était de l’art. Je pense que le livre est divertissant, et heureusement ma douleur est divertissante ».
« L’album a été créé par petits bouts au fil des années. Il correspond à beaucoup d’états différents, de phases que j’ai traversées pendant que j’essayais de lui donner vie. » Railroad Man glisse tout seul, le faux live de Going Fetal profite de la participation de Tom Waits, avec lequel « E » entretient des liens à moitié imaginaires et forcément fun. HUMM ! Ils s'admirent simultanément, ce qui est déjà beaucoup. Double album à de 33 chansons aussi embarrassant que triomphal, il est sans doute inutile d'en dire plus même s'il se trouve à jamais en troisième position dans une liste des meilleurs albums de Eels, quels que soient les deux premiers.
La tournée internationale pour promouvoir le disque va être l’une des plus superbes de toute la carrière d’Everett.


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