“…you can hear whatever you want to hear in it, in a way that’s personal to you.”
James Vincent MCMORROW
Qualités de la musique
soigné
(81)
intense
(77)
groovy
(71)
Doux-amer
(61)
ludique
(60)
poignant
(60)
envoûtant
(59)
entraînant
(55)
original
(53)
élégant
(50)
communicatif
(49)
audacieux
(48)
lyrique
(48)
onirique
(48)
sombre
(48)
pénétrant
(47)
sensible
(47)
apaisé
(46)
lucide
(44)
attachant
(43)
hypnotique
(43)
vintage
(43)
engagé
(38)
Romantique
(31)
intemporel
(31)
Expérimental
(30)
frais
(30)
intimiste
(30)
efficace
(29)
orchestral
(29)
rugueux
(29)
spontané
(29)
contemplatif
(26)
fait main
(26)
varié
(25)
nocturne
(24)
extravagant
(23)
funky
(23)
puissant
(22)
sensuel
(18)
inquiétant
(17)
lourd
(16)
heureux
(11)
Ambigu
(10)
épique
(10)
culte
(8)
naturel
(5)
Genres de musique
Folk
(118)
Pop
(88)
Rock
(81)
Rock alternatif
(78)
Americana
(72)
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(69)
Folk-Rock
(65)
Blues
(51)
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(42)
Psychédélique
(39)
Soul
(39)
Rythm and blues
(32)
Alt-Folk
(31)
Expérimental
(30)
orchestral
(29)
Garage Rock
(26)
Synth-pop
(25)
Noise Rock
(23)
Rock progressif
(20)
Funk
(19)
Métal
(17)
Psych-Rock
(16)
Jazz
(15)
Atmosphérique
(14)
Auteur
(14)
post-punk
(14)
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(13)
Electro
(13)
Punk
(13)
World music
(13)
acid folk
(13)
shoegaze
(13)
Lo-Fi
(12)
reggae
(12)
Post-rock
(11)
Dance-rock
(10)
Stoner Rock
(10)
Indie folk
(9)
folk rural
(9)
hip-hop
(9)
rock n' roll
(9)
Folk urbain
(8)
Grunge
(8)
Rock New-Yorkais
(8)
avant-pop
(8)
Bluegrass
(7)
Surréalisme
(7)
instrumental
(7)
Post-core
(6)
Dub
(5)
krautrock
(3)
spoken word
(2)
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mardi 5 décembre 2017
WATERMELON SLIM - Golden Boy (2017)
OO
communicatif, élégant, original
blues
Watermelon Slim a enregistré cet album comme une lettre d’amour au Canada. Invité en 2003 à jouer à Toronto, ce pays lui a beaucoup donné, dans la dernière partie de sa carrière. Lui aussi, comme Smoky Tiger, joue d’une ouverture sur le monde manifeste, comme un sport de combat. Si on y combine son feeling de vétéran de la guitare slide, et sa voix de basse dont il explore toutes les possibilités, évoquant un peu Captain Beefheart dans certaines intonations, c’est une vraie magie.
On débute avec le très rock n’ roll Pick Up My Guidon, et on finit par côtoyer les esprits en entonnant des chants rituels... Scott Nolan, figure de la scène folk de Winnipeg, a apporté une tranche de tendresse, Cabbagetown, et plein de bonnes vibrations à l’album. «Musiciens et vocalistes ( je n’en connaissais que quelques uns auparavant) m’ont fait participer à une expérience nouvelle pour moi de communauté musicale en studio. » témoigne Slim dans les notes de l’album.
Ce sentiment communautaire est aussi nourri par la participation de représentants de peuples natifs canadiens. La production est riche en tours de passe-passe, l’originalité étant cette décision de mettre en avant la voix, le révélant un personnage medium capable de canaliser la danse des nuits et des jours, le passé et le présent avec une sensibilité pour le travailleur, l’explorateur, le militant de la liberté des peuples. L’inventivité des arrangements ne fait pas oublier qu’ils sont au service d’un grand partage. Watermelon Slim apparaît, dans les photos accompagnant le disque, comme un parleur de rue, toujours micro en main. Une personnalité atypique, refusant de s’incliner dans le sillage des héros. Les mots puissants, les histoires vécues peuvent donner le change, et aussi Barrett’s Privateers, le chant viril Irlandais maintes fois repris depuis qu’il fut enregistré par Stan Rogers, entre autres par Smoky Tiger. Dark Genius, qui évoque les ombres totémiques de dirigeants politiques, culmine sur cette phrase : « He was a dark, dark genius/And i’ll probably just end like him some day ». Pas de fausse modestie, mais une majesté méritée pour un homme prenant le parti de la générosité et de la sincérité totale dans tous les aspects de cet album.
samedi 8 avril 2017
ARTÚS - Ors (2017)
OO
audacieux, original, intense
Rock
On a affaire à une expérience
audiovisuelle, où la musique prend le relais des histoires
traditionnellement racontées au cœur des montagnes pour chanter
l'ours. Et si la gorge se noue parfois, devant les sentiments
partagés de joie et de tristesse que nous procure ce dieu païen,
les parties instrumentales, riches en crescendos et en moments de
tension, font preuve d'une audace dévorante. Magnifique pochette
rouge et noire, suggérant la force vitale et le mystère, à l'image
de la musique : de l'intensité sauvage à l'élégie funèbre,
à l'image d'un disque jazz de grand maître, Ors ne perd pas un
instant sa magnitude. La valeur narrative de l'album trouve tout son
sens sur La Hòla :
c'est reformuler des histoires étranges, réinventer à chaque
chanson une relation en tension dramatique entre l'homme et son
démon, pourtant si innocent.
« Le fait est qu'il n'existe,
pour ainsi dire, aucune chanson traditionnelle sur l'ours […] A
l'heure actuelle, ces chansons restent à découvrir et à inventer »
nous confie le groupe. Pour ce faire, Artús
imagine des morceaux-sarabandes, avec des moments dont l'austérité
nous renvoie à un temps de superstitions, de nature insoupçonnée, ou l'on éprouvait
l'urgence de protéger son âme des intrusions néfastes et de mettre
les bons esprits de son côté. La force tutélaire de l'ours devrait
le ranger dans la deuxième catégorie.
Il est célébré parce qu'il incarne
une tutelle contre l'agression, en l’occurrence celle de l'être
humain, qui se trouve divisé entre sa culture et sa volonté de
comprendre la créature. Dewsvelh démarre In Media Res. A travers
les morceaux rythmés et progressifs de Ors, Artús
décrit la descente quasi mystique de l'homme, essayant pourchasser
ses pires penchants et de piéger ses propres préjugés. C'est un
rêve collectif pour une nature incarnée en images et en sons. Six
musiciens s'y mettent de toutes leurs forces, nous surprennent par
leur utilisation des percussions, du violon, sur un lit de guitares
électriques et de baisha, et l'habileté qu'ils mettent à
contourner l'agressivité, combattue par leur poésie. La culture de
l'animal n'a pas frontières, et il faudrait peu pour qu'on se
retrouve dans les confins de l’Asie avec cette musique originale.
http://hartbrut.com/
samedi 18 mars 2017
ALL STRINGS ATTACHED - Incantations For Strange Folk (2017)
engagé, communicatif, original
Gypsy rock
Leur style bohème repose sur une candeur et une franchise sémillantes, et leur force festive reflète parfaitement quelque chose de typiquement australien : des groupes-orchestres taillés pour produire des concerts super excitants et distiller une rage artistique bienvenue. Dans le monde exalté de All Strings Attached, quintet opérant à Sunshine Coast, nord de Brisbane, c'est carnaval toute l'année, on se réveille déguisé pour le petit déjeuner, on ne sait plus très bien quand a commencé la performance mais on ne s'imagine plus retrouver la vie monotone d'avant. Ils se réclament du gypsy folk d’Europe de l'est et le combinent au punk et au hard rock, sans ciller. Mais que peu donner sur disque cette musique dénaturée, qui mêle riffs agressifs, rythmes endiablés de polka et violon gitan ? Ce serait maigre sans cohésion mais elle est là, dans le style charismatique, mais en plus progressif, de Gogol Bordello et de son cabaret punk gitan ukrainien, grâce à la présence et à l'inspiration hyper-communicative de leur chanteuse violoniste. Les refrains appellent à la générosité, au retour à la vie réelle.
On commence à vraiment prendre part à leur fantaisie sur All Strings Show. La plantureuse tranche de violon, viola et violoncelle terminant le morceau semble être ponctuée par un aboiement de chien ! La variété et la qualité des mélodies nous rassurent rapidement, cet album n'aura pas le défaut de répéter la même formule et de nous lasser. Au contraire, ils explorent des tempos différents. Sur Keep it Stupid ils commencent à évoquer System of a Down. C'est le guitariste-chanteur, dont la voix curieuse sert essentiellement de contrepoint au cours de l'album, qui y tient le rôle majeur. Son coffre de pirate abreuvé de rhum du pacifique vient donner de la texture à l 'ensemble.
Le refrain de la chanson suivante, nous exhortant encore à retrouver notre humanité, est l'un des plus beaux de l'album. Le talent du groupe à écrire y égale celui à agiter le public. Encore une fois, les guitares servent de muscle et permet au violon de jouer du rock, comme dans un tour de magie. Tout au long de l'album, le groupe, par ses messages, reste assez grave pour éviter de basculer dans la farce ou l'absurde. Même les moments les plus burlesques, le pont de Behind the Couch, par exemple, sont emprunts d'une vitalité guerrière jamais superflue. Le carnaval est de retour avec un je ne sais quoi latino sur Forgotten Skies. Caving In montre un groupe encore plus novateur, entre guitare épicée et violon mélancolique. Enfin, Where the Answers Grow conclut avec l'une des chansons les plus immédiatement familières, l'une des premières composée par le groupe. L'une des belles découvertes de ce début d'année, et plus de détails à suivre sur ce groupe encore peu présent sur le web.
http://www.allstringsattachedband.com/
http://www.allstringsattachedband.com/
Possibilité d'envoyer l'album par We Transfer en échange d'une adresse mail à redon@hotmail.fr
mercredi 11 janvier 2017
{archive} 'SPIDER' JOHN KOERNER & WILLIE MURPHY - Running, Jumping, Standing Still (1969)
OOO
ludique, original, vintage
Folk-rock, boogie
Sur la pochette, Spider John Koerner est la petite frappe énervée : il semble attendre l'occasion de mauvaises actions en plein désert. Tandis que Willie Murphy ressemble à l'un de ces docteurs charlatans dont les élixirs sont sensés vous soigner en un rien de temps. Un refourgueur de mauvaise gnôle. L'un affamé d'ambitions, l'autre déjà bien avancé dans un mode de vie légendaire qui lui vaut parfois quelques déboires dont il se tire par la ruse. Une mention au dos de la pochette prévient : Pour guérir toutes sortes de misères, écoutez ça !
C'est vrai que dès Red Palace, le programme de Running, Jumping, Standig Still et très clair : cet album veut changer votre vision de la musique folk rock, vous entraîner dans une danse ou louvoie grosse basse et batterie endiablée entre les notes de ragtime bastringue et celles de la guitare manouche. Avec une générosité anachronique, ils recyclent des rengaines XIXème, comme deux itinérants confiants dans le fait qu'ils vont changer les vies de leur trop rare public. Ils ne frelateront pas l'alcool ni de soutireront de bourses, mais se contenteront d'éprouver leur autonomie. On est du Minnesota, nous rappellent t-ils ; le blues de chez nous c'est comme ça, capiteux, né d'une rencontre unique.
Ce disque est fait de forces à la fois hétéroclites et extrêmement focalisées. Spider John Korner est un guitariste très typé avec une voix fluette parfaite pour le vaudeville country, sa présence spectaculaire, volontiers dramatique, même sans public à entraîner. Tandis que Willie Murphy joue essentiellement le piano et de sa voix écorchée, excellente pour le rythm and blues cramé (Sidestep). Ils sont accompagnés sans ostentation de quelques cuivres solistes, volontiers klezmer (Sometimes i Can't Help Myself) et d'une batterie de parade. Le producteur maison de Elektra records, Frazier Mohawk, s'est montré inspiré dans l'exercice d'enregistrer ces deux musiciens à l'imagination élastique. Koerner et Murphy ont condensé dix ans de scène folk et l'envie de la dynamiter, avec cavalcades, valses et boogies jetés pêle-mêle au cœur de mélodies décalées. C'est très efficace et rare étaient les fêtes locales où cette bande-son ne trouva sa place. « Don't let he bastards get you down » entonne le duo dans le refrain de Bill & Annie, qu'on imagine bien tout le monde reprendre. Avant même qu'Elektra ne se décide à le sortir, hésitant devant un résultat jugé bizarre, Jim Morrison l'écoutait sans arrêt et disait à qui voulait l'entendre que ça lui rappelait des 'hillbillies sous acide'. Une diatribe hors du commun se devait d'attirer l'attention du poète. The Doors étaient aussi signés par Elektra.
Au delà des temps, chacun avait trouvé là, dans l'autre, un génial complémentaire ; Koerner s'est reposé sur de solides bases rythmiques pour faire exploser ses jeux de mots ; Murphy a trouvé chez Koerner un allié capable de donner à des structures écrites méticuleusement une évanescence, spontanéité qui ravit l'auditeur dès les premières secondes, et jusqu'à l'accord de piano fracassant à la fin de Goodnight (on pense à celui qui termine A Day in The Life). Koerner surjoue le charme d'un songwriter dans le veine de Paul McCartney. Et remarquablement, ce charme n'est en rien dilué par la structure ambitieuse des morceaux, leur psychédélisme décadent – Old Brown Dog, Red Palace, ou la chanson titre. On ne s'attend tout simplement pas à une telle ambition dans un disque qui montre une façon de jouer si pittoresque, on se dit que les Beatles auraient pu en faire autant si seulement ils avaient décidé d'enregistrer un album avec un groupe de juifs ashkénazes, mais avec des chansons de huit minutes. Ce charme relie les première folies aux chansons plus modestes (Friends and Lovers) Les idées et la fougue de l'album sont une nouvelle fois balancées dans cette carte postale surréaliste intitulée Goodnight.
01 Red Palace
02 I Ain't Blue
03 Bill and Annie
04 Old Brown Dog
05 Running Jumping Standing Still
06 Side Step
07 Magazine Lady
08 Friends and Lovers
09 Sometimes I Can't Help Myself
10 Good Night
11 Some Sweet Nancy [bonus track]
samedi 3 décembre 2016
NICOLAS PAUGAM - Aqua Mostlae (2016)
OO
ludique, original, frais
Pop française tropicaliste
"En 2008, j'ai 40 ans. J'écris mes premières chansons en français tout en écoutant, paradoxalement, des artistes brésiliens (….) Milton Nascimiento, Tom Zé et Jorge Ben. » Nicolas Paugam a été régulièrement remarqué, un article par ci, un prix par là. Mais le public ne l'a pas souvent trouvé, voilà. Pourtant si on aime les parcours d'orientation, les jeux de piste, les traversées de l'équateur, la nature de là-bas, on devrait accueillir Nicolas Paugam bras grands ouverts. Le temps de les ouvrir, de faire un pas, il est déjà ailleurs. Aqua Mostlae, fluide, contient ses danses, récurrences, et beaucoup de diversité. Une des premières choses auxquelles il nous fait retourner : le chansonnier britannique Robert Wyatt, qui sans surprise, fait partie des inspirations. L'envie de retrouver une certaine balance des années 60, courageuse en se montrant précieuse, là où les menaces politiques sont combattues avec une légèreté poétique.
C'est un rêve ou tout semble « trop facile ». Ses influences littéraires* et musicales libèrent Paugam qui 'joue avec les sons ' et qui 'teste'. Aqua Mostlae surprend et éloigne du chemin par ses arrangements, ses directions délicates, sans temps mort. Le lyrisme de La Fièvre est soutenu par le chant de Nelly Dvorak, avec des éclats de romantisme que l'on retrouve aussi plus loin « Je me réveillais, transi, combattant les morsures de ma mémoire vive comme la neige pure. » Il accumule de la clairvoyance, se fait poète de la transversalité naturelle. « Les animaux sont des cousins[...]/Où les dieux sont multipliés/on les retrouve dans des béliers». Sa simplicité est pleine de tangages, l'incertitude se défend de mots dérisoires, autrement il sait qu'ils peuvent trop aisément évoquer la mort, la solitude, la liberté. Il n'a pas peur. Il ne faut pas se défendre trop gravement, mais mimer l'émerveillement. On n'est jamais ni libre, ni seul, et quand on est mort il n'y a rien après.
Païole Koja mais à l'honneur les influences jazz, Django Reinhardt et Robert Wyatt, à renfort de percussion (le cajon). Toujours Aqua Mostlae amuse par tous les ressorts de l'imagination toujours bien mariée au souvenir, au sentiment. Les Serpents de l'Arkansas, il y a des chœurs exotiques, un solo de clarinette de Sylvain Hamel, une batterie jazz tout en syncope, et un vrai groove des ïles. La Merveille des Merveilles décentre toujours plus le discours. Paugam est incapable de délivrer une pensée triste sans amuser, sans nous adresser un clin d’œil, sur Tu vois pas pas qu'on s'aime pas. Les arrangements s'épanouissent progressivement, fruits d'un longue imprégnation des mélodies d'ailleurs. Cordes parfaitement au service de la tournure que prennent ces chansons étonnantes, ravitaillées d'un mélange sans égal.
*Gombrowicz, dont le hasard veut que j'ai lu Les Envoûtés juste avant d'écouter ce disque. Nicolas peut t-il m'en conseiller un autre ?
samedi 22 octobre 2016
THE GASLAMP KILLER - Instrumentalepathy (2016)
O
inquiétant, original, onirique
électro, expérimental, musique globale
The Gaslamp Killer (William Bensussen) tente le grand alignement, faisant coïncider puissamment les sons de sa propre invention les influences de ses « ancêtres », la musique soufie (Haleva), des vibrations turques et proche orientales qui servent de vecteurs de modernité. Dans cette mission, Amir Yaghmai et les Heliocentrics (sur un morceau bonus de 11 minutes) sont les meilleurs alliés dans cette mission très spéciale.
Pathetic Dreams, avec ses troubles atermoiements, laisse présager un album en forme de voyage intérieur, laissant imaginer une résurrection de l'artiste musicien, qui a failli mourir dans un accident de scooter en 2013. On entend une voix prononcer 'je t'aime' : la première chose entendue en se réveillant sur son lit l'hôpital. Cette preuve de foi d'un parent fait écho à la sienne, car il est clair dès lors que s'il a prévu de naviguer dans des contrées inquiétantes, The Gaslamp Killer a retrouver l'énergie d'insuffler à des paysages de guerre, désolés et lunaires, sa palette de rouges et de bleus. Il n'est pas détaché et cynique, mais investi, et nous invite à l'être aussi, pris au dépourvu que nous sommes par ces sons étranges, exhumés, raides et erratiques, du sable de Californie (The Butcher ou Gammalaser Kill, avec la participation du batteur des Heliocentrics, Malcolm Catto). Puis la session de cordes de Miguel Atwood Ferguson (collaborateur de Flying Lotus, Father John Misty, John Legend...) s'invite dans le tournoiement afro-beat répétitif de Life Guard Tower #22.
Dès les premières secondes de l'album, et pendant toute sa durée, on sent la volonté de faire de cette musique une onde psychique, une émanation de force et d'intransigeance tournée vers les paradoxes et les aspects les plus sombres de l'humanité. Les habitudes de production que l'on retrouve aussi chez Gonjasufi, et les collaborateurs de Breaktrough (2012) sont de la partie, mais on sent la volonté pour The Gaslamp Killer d'affirmer, plus que sa patte sonore, que l'on a déjà découverte par le passé, mais sa présence au monde, dans des contrées de méditation, dans des cavernes oniriques que peu de musiques ont visité auparavant. Il n'y a pas besoin de mots, pour évoquer la proximité fascinante de champs de psychisme altéré, de personnalités transformées, à la sensibilité adaptée au monde à venir : compatible avec la solitude, avec la religion omniprésente, nourrie d'enthousiasme et de défiance.
L'efficacité presque entièrement instrumentale de l'album parvient à tirer de cette confrontation morbide de la lumière. Et c'est grâce au choix méticuleux qui a été fait des ambiances, complémentaires, la manne mentale et spirituelle creusée par les morceaux d'ouverture est contrebalancée par un morceau bien amarré comme Residual Tingles, qui aurait pu figurer sur 10 000 Hertz Legend, le deuxième album de Air.
http://music.thegaslampkiller.com/album/instrumentalepathy
mercredi 4 mai 2016
{archive} SCOTT FAGAN - South Atlantic Blues (1968)
OOOO
poignant, original, sensible
Rythm and Blues, pop, soul, world music
Scott Fagan porte aujourd’hui dans sa chair le témoignage d'une vie paisible vécue avec l'intensité d'un ogre doux. Su l'une des photos qui illustrent le livret de cette réédition, on le voit avec sa femme Patricia dans les îles Vierges, abandonné dans la contemplation inquiète du ciel tandis qu'il gratte sa guitare, confortablement installé dans une chaise à bascule. Plusieurs chansons sur l'album - In My Head, Nickels and Dimes, The Carnival is Ended, Nothing But Love... évoquent leur vie commune dans l'exotisme et l'appréhension.
Il y a ces deux éléments chez Fagan ; à la fois la plénitude, et la sensation d'un monde évanescent, au bord de la folie, dont il faut tout faire pour éviter que les éléments éclatent en morceaux. La détermination, le refus de s'abandonner aux lois du commerce tout en étant jamais plus inspiré qu'une bouteille de Coca-Cola en main. Tenement Hall, la chanson dramatique qui ouvre la face B de cet album, ou la chanson titre, retranscrivent avec une candeur puissante la tragédie de sa famille, poussée en proie à l'alcoolisme et à la main mise si peu culturelle exercée par la nation maîtresse – les États-Unis. « Ma mission état de sauver les miens en gagnant des millions, tout en défiant le système et changer radicalement le monde en même temps. » confie t-il avec amusement dans un récit publié dans le livret de l'album.
Scott Fagan a trouvé une échappatoire dans la musique, et sa voix puissante parfois se force, ce qui ajoute à l'impact de l'album. On trouve aussi une chanson écrite en 1965 en collaboration avec Mort Shuman (à qui l'on doit la traduction des paroles de Jacques Brel utilisées par Scott Walker), Crystal Ball. Avec Mort Shuman et Doc Pomus, Scott Fagan collabore sur une chanson voluptueuse pour Irma Thomas, la célèbre chanteuse de la Nouvelle Orléans. On suggère au songwriter, en effet, qu'il s'essaie, comme Laura Nyro ou Bob Dylan, à écrire des chansons pour les autres. Mais, comme pour David Bowie, la nature trop personnelle – ou trop atypique – de ses chansons le maintiendra à l'écart du music business.
Il aura ses propres triomphes – une comédie musicale à Broadway, mais disparaîtra par la suite, restant en deçà de ce que ses talents de songwriter taillés pour New York et la Tin Pan Alley auraient du lui donner, dans le sillage des Mamas and the Papas ou de son chanteur préféré, Ben E. King. Son talent, sur mesure pour l'innocence et l'engagement des sixties, se heurtera aux maisons de disques, fatiguées de le voir fustiger le business. South Atlantic Blues contient des sons qui le relient aux cultures de toutes les caraïbes, des sons reggae et calypso, comme se merveilleux steel drum sur The Carnival is Ended, ou les décharges de cuivres qui ne seraient pas déplacées sur une production jamaïcaine de Clément Coxone Dodd (Nickels and Dimes). Et ce, même si sa forme et l'extraordinaire présence de Fagan a pu évoquer, pour certains, David Bowie ou Scott Walker, au point qu'un malencontreux sticker le vende ainsi. Il n'est pas question de comparer ce chanteur à l'âme caribéenne à l'anglais Bowie. Les clichés du jeune homme en studio feraient si facilement oublier que Fagan a sa propre histoire, et que son destin est lié aux caraïbes, à sa marginalisation artistique.
Il aura ses propres triomphes – une comédie musicale à Broadway, mais disparaîtra par la suite, restant en deçà de ce que ses talents de songwriter taillés pour New York et la Tin Pan Alley auraient du lui donner, dans le sillage des Mamas and the Papas ou de son chanteur préféré, Ben E. King. Son talent, sur mesure pour l'innocence et l'engagement des sixties, se heurtera aux maisons de disques, fatiguées de le voir fustiger le business. South Atlantic Blues contient des sons qui le relient aux cultures de toutes les caraïbes, des sons reggae et calypso, comme se merveilleux steel drum sur The Carnival is Ended, ou les décharges de cuivres qui ne seraient pas déplacées sur une production jamaïcaine de Clément Coxone Dodd (Nickels and Dimes). Et ce, même si sa forme et l'extraordinaire présence de Fagan a pu évoquer, pour certains, David Bowie ou Scott Walker, au point qu'un malencontreux sticker le vende ainsi. Il n'est pas question de comparer ce chanteur à l'âme caribéenne à l'anglais Bowie. Les clichés du jeune homme en studio feraient si facilement oublier que Fagan a sa propre histoire, et que son destin est lié aux caraïbes, à sa marginalisation artistique.
Jusqu'au final Madame-Mademoiselle, ce sont les histoires familiales et leur empreinte idyllique laissée sur Fagan, qui sont en lutte contre la rancoeur qu'il cherche à incarner. «Mon arrière grand-père était un navigateur de Marseille, qui a fini par travailler comme jardinier dans un couvent de la Nouvelle-Orléans. Il est tombé amoureux d'une nonne Irlandaise, et il sont partis pour Hell's Kitchen (un quartier de New York) tous les deux, où ils ont ouvert un magasin de bonbons et eu huit enfants. J'avais Marseille en tête en écrivant Madame-Mademoiselle. » Ce n'est encore qu'un au revoir : un autre album très attachant, Manny Sunny Places, paraîtra en 1975.
A écouter aussi :
Ben E. King, What is Soul ?
Larry Groce, The Wheat Lies Low
Tim Hardin, Bird on a Wire
Darrel Banks – I'm The One Who Loves You
The Drifters
Terry Callier
Bobby Darin
Irma Thomas
Arthur Alexander
http://lightintheattic.net/releases/2079-south-atlantic-blues
A écouter aussi :
Ben E. King, What is Soul ?
Larry Groce, The Wheat Lies Low
Tim Hardin, Bird on a Wire
Darrel Banks – I'm The One Who Loves You
The Drifters
Terry Callier
Bobby Darin
Irma Thomas
Arthur Alexander
http://lightintheattic.net/releases/2079-south-atlantic-blues
lundi 29 février 2016
JOSEPHINE FOSTER - No More Lamps in The Morning (2016)
OO
envoûtant, original, intemporel
folk, alt-folk
Partager s'apparente à un acte magique quand il s'agit de faire découvrir Josephine Foster ! C'est un moment rare que d'entendre pour la première fois sa poésie vénéneuse, dispensée en prêtresse de son propre culte. Les instruments tintent, carillonnent, grincent. La guitare fait preuve d'un doucereux psychédélisme. La voix hante, se fait suave (Garden of Earthly Delights). Cette atmosphère inqualifiable de liberté est renforcée par la mise en chansons de textes par le grand Rudyard Kipling (que Mark Twain considérait comme le plus grand de ses contemporains) et James Joyce. Ce que le duo français Midget a fait, Foster le réitère avec son mari, Victor Herrero. Dans leur cas, en reprenant des chansons qui ne sont pas neuves dans son répertoire. Dans un dénuement retrouvé, étrangement isolé, chaque son de ces chansons sonne comme en provenance d'un passé historique, chaque instrument comme arraché au temple secret où il était retenu et intimé à raconter une nouvelle genèse. C'est une exploration non seulement de son passé en temps qu'artiste, mais aussi d'un passé musical qui remonte presque jusqu'au début du XXème siècle. Elle partage avec Marissa Nadler cet capacité à envoûter en suggérant un passé lointain et les racines de ce que le folk représente de beau et de rituel. A chaque nouvelle écoute, croit t-on redécouvrir des environnements sonores moins épineux, et finalement sereins (My Dove, My Beautiful One). Délicieux...
vendredi 28 août 2015
La semaine psychédélique (3) - PRIDJEVI - S./T. (2015)
O
original, envoûtant
psychédélique, dream pop,
world music
C’est étrange la façon qu’a ce groupe de retenir l’attention. D’abord parce qu’il s’agit de rock psychédélique croate, une collaboration faite d’un échange de mails aussi fulgurant que lorsque Sato Matsusaki et Greg Saulnier s’envoyaient des bribes musicales entre le Japon et les Etats Unis pour Deerhoof, et qu’en tant que tel ce trio a une fraîcheur rare. Mais vient ensuite une raison plus profonde encore. Pridjevi a des penchants pour le jazz, avec des entrecroisements de vocalises, de claviers et clavecins absolument baroques, et quelque chose de diablement est-européen dans sa façon décomplexée d’utiliser les grooves est-européens (pensez à Tom Waits sur Swordfishtrombones (1980)) que le bain de réverb n’amoindrit en rien. Les ambiances les plus mystiques démarrent comme un instrumental rêvé de Radiohead période Amnesiac (2001), sur Svijet Na Dlanu, avant de rejoindre, avec les voix omniprésentes le chorus de cette œuvre si cohérente et scindée qu’elle en est obsédante. Le swing du piano rhodes sur Lucifer Ja rend les voix tout de suite moins angéliques, comme dans une danse au balancement erratique et brûlant. Pas besoin de whiskey et de vodka pour se sentir gagné du motif d’une fuite incessante, d’une excitation indolente que rien n’interrompt que le début d’une nouvelle rêverie.
https://pridjevi.bandcamp.com/
jeudi 26 février 2015
PURA Fé - Sacred Seed (2015)

OO
engagé, communicatif, original
blues, world
Elle dit aimer le rock n' roll. Peut être la prochaine fois nous enregistrera t-elle un disque rock. C'est le guitariste français Mathis Haug qui a convaincu la chanteuse amérindienne élevée à Manhattan en 1959 de se concentrer, cette fois, sur son chant, pour mettre l'accent sur l'oreille musicale étonnante sa culture méconnue. Si les chansons témoignent de son engagement aux côtés des indiens Tuscarora de Caroline du Nord - les puissantes True Freedom ou Idle No More -, et de leur lien privilégié avec la rivière - River Peole - ce n'est pas pour sa force politique ou sociale que cet album est le plus fort, mais bien pour sa capacité à produire naturellement des grooves soyeux et séducteurs, qui mélangent la prédominance du chant, ou plutôt des chants -la voix de Pura Fe se superpose sous l'effet d'enregistrements successifs-, la guitare lancinante de Mathis Haug, l’harmonica et, plus original le violoncelle. En découle une vibration cool, presque zen, ceinte d'un peu de gravité. Elle qui a été élevée entre le swing et le gospel et la musique classique, laisse aussi entendre son admiration pour Duke Ellington en interprétant in a Sentimental Mood. Les indiens furent forcé d'adopter la religion catholique, mais une fois dans l'église ils s'approprièrent les chants gospel pour en faire autre chose, et c'est un peu ce qu'on entend...
Guidés par le charisme de Fe et au rythme de son tambourin rituel, les chansons sont en forte cohérence, s'interpénètrent et racontent les luttes et les espoirs comme en descendant le fleuve, jusqu'à l'embouchure. Jusqu'au final enchanteur de My People, My Land. Même si elle "croit en l'émergence d'une conscience identitaire", avec cet album de mélanges, Pura Fe fait primer le plaisir de chanter et de perpétuer le blues, car comme elle dit, de nombreux afro américains on du sang indien dans leurs veines : Jimi Hendrix par exemple.
http://nuevaonda.fr/
http://purafe.com/
samedi 6 septembre 2014
KING GIZZARD & THE LIZARD WIZARD - Oddments (2014)
OO
Garage rock, psyché, lo-fi
attachant, original, vintage
lundi 4 août 2014
CANDY CLAWS - Ceres & Calypso in the Deep Time (2013)
OO
original, soigné
shoegaze, dream pop, indie rock
samedi 22 février 2014
ST. VINCENT - St. Vincent (2014)
O
original, ambigu
avant-pop
Dès le début, la musique était surprenante. Depuis, Annie Clark s'est voulue dans la lignée des Talking Heads, passant de Brian Eno (Roxy Music) à David Byrne (Talking Heads), pour les références éternellement branchées. Elle a travaillé dans le milieu du spectacle New Yorkais, on attend juste qu'elle se branche avec Robert Wilson.
Les univers fragmentés de Byrne et Eno semblent regarder dans des directions opposées, et il y a aussi une dichotomie dans la musique de St Vincent, entre douceur et détachement.
Etant donné les préférences d'Annie Clark au moment de concevoir ses albums (allumer un mac et bidouiller sur Garageband) ce n'est pas étonnant qu'elle finisse par délaisser la guitare pour des sonorités plus froides. Si cet album éponyme est voulu comme le premier où elle sonne vraiment comme elle-même, on ne peut s'empêcher de penser que c'est la part d'elle qui ne porte pas la guitare qui s'exprime ici. Heureusement qu'en fait, depuis le début, la meilleure arme de St Vincent ce sont les textes des chansons : passionnées, agressives, assez sombres, elles s'ébattent dans des climats entre claustrophobie et vulnérabilité. Digital Witness, I Prefer Your Love, elle enchaîne les chansons à thème et les accroches provocantes.
mercredi 16 octobre 2013
mercredi 1 mai 2013
THE HELIOCENTRICS - 13 Degrees of Reality (2013)
OO
hypnotique/original
expérimental/psychédélisme
13
Degrees of Reality est un album avec lequel on se sent
simultanément guidé et lâché dans l'inconnu. C'est un album
d'humeur et de texture, mais sans thème ni mélodie. Il
est mu par une force irrépréssible, comme la machine qui propulsait
dans des zones incontrôlées la musique de Hawkwind, progressant
avec la tension implacable du rock progressif de Can tout en donnant
encore une impression de nonchalance et de spontanéité.
Posté
sur internet par le collectif anglais un mois avant la sortie de
l'album, Wrecking Ball suscitait déjà des interrogations, par sa
durée (plus de sept minutes), son introduction sinusoïdale, ses
guitares électriques transformées, ses percussions ethniques, sa
patience et son évidence, comme s'il s'agissait d'un morceau exhumé
des années 1970, une époque dans laquelle on croyait jusque là que
tout ce genre de musique avait déjà été créé, et que les
technologies numériques avaient détourné pour toujours même les
plus véritables musiciens de l'amour de la texture analogique. Le
nom de l'album laissait par ailleurs planer une supposition trop
évidente : les Heliocentrics allaient nous proposer l'expérience
psychédélique type, la déformation des perceptions et la
multiplication coutumière des dimensions. Quand on n'a pas déjà
écouté Out There (2007), leur pallette étonne pourtant. Autant que
sur le Cosmogramma de Flying Lotus. La construction à 21 entrées de
13 Degrees of Reality ajoute à la filiation avec cet album original
de 2010.
Wrecking
Ball est à la place d'honneur sur l'album, celle du moment
d'apaisement et de réel trip que l'on attend à chaque nouvelle
écoute, tout en découvrant avec Ethnicity, Mysterious Ways et
Collateral Damage un groupe en totale autharcie, voués à
déconstruire les conceptions de vraie musique avec l'attitude la
plus fair-play qui soit. Malcolm Catto à la batterie et au piano,
Jake Ferguson à la basse et à la guitare Thaï, et leurs amis le
guitariste Ade Owusu, le percussionniste et flûtiste Jack Yglesias,
le claviériste Ollie Parfit et le bidouilleur Tom Hodges sont
totalement voués à un monde curieux où sur des sections rythmiques
insulaires et plus au moins léthargiques se succèdent nappes
électriques, marimbas, sonorités de moog ou cordes de véritables
violons à l'orientale. Sans pointer vers une musique du monde qui
citerait ses sources, ils conservent tout au long de l'album l'esprit
absorbé qui donne à 13 Degrees of Reality son évidence, son
atemporalité. Ils restent toujours très lisibles grâce à un son
qui étouffe le chaos du free-jazz pour favoriser l'émergence d'une
pulsation hip-hop.
Comme
d'autres groupes psychédéliques, The Heliocentrics jouent avec les
sensations d'aliénation et de paranoïa – leur musique
complètement ouverte ne suscite pas ces sentiments, mais peut les
justifier selon la sensibilité et l'état psychique de l'auditeur.
Cela à cause des interludes parlés qui donnent la voie d'une
narration elliptique, de la construction assymétrique et de la
variété de l'album. Mais davantage que de supposées drogues, c'est
leur affiliation avec la grande scène jazz qui est consommée : ils
ont déjà célébré la musique aux côtés des légendes du jazz
Ethiopien ou Nigerian comme Mulatu Astatke ou Orlando Julius.
samedi 1 septembre 2012
Deerhoof - Breakup Songs (2012)
Parution : septembre 2012
Label : Polyvinyl
Genre : Noise rock
A écouter : There's That Grin, The Trouble With Candyhands, Fête d'Adieu
O
Qualités : Varié, original
Breakup Song est l’album qu’on écoute un lendemain de fête, pour essayer d’expliquer ce qui s’est réellement passé au cours de la soirée de la veille. Qui de mieux que Satomi Matsuzaki pour s’aider à relativiser ses propres sentiments à l’égard de la fille avec qui on a dansé ? Pourquoi Matsuzaki semble tellement inamovible ? 8 albums en 10 ans, et une place de premier plan dans le groupe dès Apple O (2003). Elle est plus que rodée. Mais comment fait pour rester aussi forte et indépendante ? C’est ce que dégage l’angulaire et distordu morceau titre en ouverture, et son refrain slacker : « When you say it’s all over/ Hell yeah anyway”. On hésite entre jeter son téléphone contre un mur et danser frénétiquement. L’hostilité parfois bizarrement provoquée par une chanson de Deerhoof – scientifiquement expliquée par l’entrechoquement d’instruments rares, qui provoquerait sur l’auditeur une réaction de self-défense – est systématiquement balayée à la fin. Matsuzaki n’est pas à proprement parler dépassionnée, même si elle laisse planer le doute jusqu’au dernier moment. Sur Fête d’Adieu, qui clot l’album : « Ready to be iotough as a robot on the dancefloor. » Non, pas avec cette envie d’exubérance qui l’anime, pas si on pense aux concerts. Dans le meilleur des cas, cette attitude de la chanteuse et de sans cesser bousculer nos attentes. On peut même s’interroger sur la sincérité des ‘chansons de rupture’ annoncés. Ils n’y aura pas vraiment de sentiment, seulement une envie communicative de s’amuser.
Deerhoof est un groupe solide et constant. On pourrait même être pris de l’envie de fêter les 10 ans qui nous séparent de Réveille (2002), le premier véritable chef-d’œuvre du groupe. Leur professionnalisme détone si on se réfère à l’indie-rocker moyen, et s’illustre le mieux quand on sait qu’ils vivent tous les quatre dans des lieux différents et s’échangent leurs bouts de chansons sur internet. La brillance de ces mélodies, l’audace des sons qui en est tirée, la façon dont ces bribes de compositions s’interpénètrent, la facilité avec laquelle la voix de Matsuzaki se pose là-dessus font le génie de Deerhoof. Leur spontanéité et leur inventivité ne les empêche même pas d’avoir une vision, car ils parviennent toujours à faire le tour de leurs atouts, on sein d’un même disque, souvent en tout juste une 1/2 heure, et à ajouter quelques nouvelles idées.
L’album a été défendu avant sa sortie par une machine virtuelle appelée le ‘jingletron’ : le procédé le plus adapté qui soit à l’idée qu’on se fait de Deerhoof ; moyennant l’introduction d’une pièce dans une fente, il donnait à entendre de extraits de ces chansons fracassées, saucissonnées, parsemées de lignes de basse grasse, de guitares post-punk insolentes et mélodies plus joueuses les unes que les autres, le tout reposant sur le jeu de batterie sans cesse changeant de Greg Saunier, un ami proche du trio Battles, porte-parole de Deerhoof et spécialiste des techniques de composition spontanées.
Parmi les passages les plus réussis de l’album, les collages latins (qui trahissent une soudaine passion pour Os Mutantes ?) sur There is That Grin et The Trouble with Candyhands, cette dernière reposant particulièrement sur ses improbables sections de cuivres (Et en concert ? Une batterie de claviers ?). Matsuzaki fait des sentiments des sons, des goûts acidulés, et des couleurs. Ce n’est pas une surprise si elle aime les fleurs. C’est ‘when you bring me flowers’ sur une mélodie de métallophone sur The Trouble with Candyhands, et Flowers c’est déjà le nom de deux chansons de Deerhoof. Les surprises sonores qui font de Breakup songs un disque racé ne surviennent jamais plus de quelques secondes ; en témoigne une intro tonitruante – par les standards du groupe – à là Europe vs. Crystal Castles, sur To Fly or Not to Fly – un morceau appelé à rester sous la barre des deux minutes, ce qui est court, même pour Deerhoof qui a tendance à exceller dans les formats entre 2 :40 et 3 :20. Le format de leurs chansons fait d’ailleurs partie d’une identité musicale dont personne ne s’est vraiment inspiré. Cette situation en niche du groupe explique la sensation que chaque fois qu’ils sortent un album, on les accueille avec le même enthousiasme.
Un morceau, il ne manquerait qu’un morceau en étendard, un peu d’idéal, une once de témérité. Sur l’album précédent, un morceau comme The Merry Barracks, marqué par la phrase « Hello, atomic bombs are going to explode » était résolument rock. C’est sans doute ce qu’il manque sur Breakup Song : un morceau plus gros, plus menaçant que les autres. Ou une joliesse à la No One Asked me To Dance (Deerhoof vs. Evil). Ou encore un peu d’espagnol, comme sur C’Moon (toujours Deerhoof vs. Evil). C’est le revers du stoïcisme de Matsozaki : répéter de jolies phrases ne suffit pas toujours. Vu d’ici, tout cela est un peu en deçà du précédent Deerhoof Vs. Evil, mais tout de même excitant.
samedi 14 juillet 2012
Diablo Swing Orchestra - N°3 : Pandora Pinata (2012)
| Parution | 2012 |
| Label | Sensory |
| Genre |
Metal d'avant-garde, orchestral
|
| A écouter | Kevlar Sweethearts, Exit Strategy of a Wrecking Ball, Aurora |
| ° | |
| Qualités | extravagant, original, ludique |
Metal d’avant-garde, c’est ainsi qu’a été décrit cet album inclassable, détonnant, et pourtant très accessible. Même s’il conjure une gamme d’humeurs (malice, romantisme…) très large, les chansons qui le composent ne sont jamais moins que mémorables. Entendre le refrain aérien de Kevlar Sweethearts parader dans votre tête pendant une journée devrait suffire à l’affirmer. «Time to feel, time to believe/Dare to see what may come of our future/Lift your head, broaden your gaze/Speak your mind and your thoughts they will follow you ». On en vient rapidement au point où le côté pompeux et bizarre du disque est siphonné par la décharge d’allégresse, de précision, de drame qu’il constitue. On se dit : ‘ces suédois sont fous ‘. Plus que de folie, il est facile de mesurer ce que cet album renferme tout simplement de vie, pour déclarer que le groupe est déjà culte.
Un album qui contient à mi-parcours une chanson d’opéra de type Peer Gynt – un drame poétique norvégien d’Henrik Ibsen sur une musique du compositeur Edvard Grieg - ne peut pas être mauvais. Peer Gynt est la dernière d’une énorme quantité d’inspirations qui ont manifestement traversé l’esprit d’au moins l’un des 8 musiciens de cette cohorte affamée de créations nouvelles. La prouesse de l’arrangement orchestral d’Aurora, la chanson en question, permet de mesurer le talent de ce groupe doté de deux vocalistes et d’un orchestre à demeure. La chanson permet encore d’apprécier le talent, presque écrasant, d’Annlouice Loegolund, chanteuse lyrique qui consacre à sa voix toute son énergie, au sein du Diablo Swing Orchestra comme en dehors, dans des concerts qu’on imagine plus conventionnels. Daniel Hakansson, la voix masculine, essaie d’analyser l’origine de cet incroyable mélange de metal, de hard-rock, de jazz, de musique tzigane, de swing, de rockabilly, de mariachi, et de funk et de musique orchestrale. « Chacun commence à apporter de plus en plus sa propre contribution à la musique, ce qui a pour conséquence d'enrichir toujours plus notre son. » La présence de tant de talents cote à côte donne à la formation une liberté que d’autres groupes n’ont pas lorsqu’ils sont attachés à un seul chanteur et 2 ou 3 instruments mélodiques tels que la guitare, le clavier ou la basse. Aux mélodies aussi diverses, subtiles et exotiques que les instruments qui les dessinent s’ajoute un groove rock puissant, parfois tranchant.
La crainte de décevoir, d’échouer, est toujours moins forte que la soif d’enrichir sans cesse leur son. D’ailleurs, leurs craintes se révèlent infondées. Entre funk, metal symphonique et power pop, Honey Trap Aftermath a ainsi été l’objet d’un enthousiasme des auditeurs alors que le groupe craignait de les décevoir en s’éloignant du cadre qu’ils s’étaient fixés. Mais c’est comme si les règles n’atteignaient leur véritable pertinence qu’en les transgressant. Honey Trap Aftermath se termine par une coda a cappella, une dernière pirouette. Tempos effrénés, chœurs et passages théatraux, le groupe assume tout. D’ailleurs, Hakansson n’a plus de scrupule à citer l’album Origin of Symetry, du groupe Muse, comme l’une de ses références absolues, et de réinvestir ce trio anglais perdu aux mains du CIO du mérite d’avoir suscité l’inspiration, 50 ans après le débuts du rock. « C'est leur titre Microcuts qui m'a fait réaliser à quel point il était possible de combiner opéra et rock/metal sans pour autant aboutir à du vieux power metal merdique ».
La clef de l’album est dans les arrangements, qui suscitent sa fluidité, sa montée en puissance narrative jusqu’aux 8 minutes de Justice for Saint Marie, une chanson sombre et sensuelle jusqu’au bout des archets de son orchestre. Trompette, trombone, hautbois, clarinette et flûte fleurissent dans cette suite finale qui résume en un seul mouvement les aspirations dramatiques de l’album, quand Voodoo Mon Amour le démarrait sous le signe de la comédie effrontée. L’adresse avec laquelle la section de cuivres et les claviers complètent les violoncelles et les violons. Diablo Swing Orchestra joue différemment des autres groupes parce qu’ils estiment à sa juste valeur le pouvoir de la diversité et de la nuance. Les riffs de metal sont transfigurés par l’orchestration avec une ferveur qui rappelle le Deconstruction (2011) de Devin Townsend. Le titre de metal d’avant-garde prend son sens à l’aune de cette dernière comparaison.
mercredi 25 avril 2012
Shabazz Palaces - Black Up (2011)
Parution : 2011
Label : Sub Pop
Genre : Hip-hop
A écouter : Free Press and Curl
°
Qualités : original, hypnotique
Shabazz Palaces est un duo de hip-hop expérimental dont le précepte, énoncé en chanson, est « If you talk about it, it’s a show/But if you move about it, then it’s a go.” En insistant pour replacer leur musique percutante et curieuse au cœur du business plutôt que leurs personnalités, Ismael Butler et Tendaï Maraire ont apporté la cerise sur le gâteau à ceux qui trouvaient déjà le disque génial. De peur de 'polluer' la musique, il ne faudrait sans doute rien évoquer de leur passé, et ne pas répéter ce que Butler a répondu lors d’interviews révélatrices. On se contentera du premier impératif, en précisant toutefois que Black Up n’est pas le premier enregistrement de Shabazz Palaces et que Shabazz Palaces n’est pas le premier projet de Butler. « Ca ne veut pas dire que nous cherchons à être mystérieux ou à se dissimuler derrière l’anonymat, nous avons simplement enregistré la chanson. Qu’y a-t-il d’autre ? Je pensais qu’il s’agissait de musique, pas de conversation.» The Revolution Will not be Televised, disait Gil Scott Heron en 1969.
Des groupes tels que Shabazz Palaces ont toujours existé. Il n’y a rien de vraiment nouveau dans leur démarche, mais davantage dans leur son ; c’est leur poésie posée sur des beats fracturés et des trames aérées et synthétiques qui a attiré l’attention en premier lieu et qu’ont apprécié l’équipe de Sub Pop, à Seattle, ville dont le duo est originaire. Quand on lui dit que Shabazz Palaces est un groupe différent, Butler en prend le naturellement le contrepied : "Je pense que nous avons plus de similarités [avec la scène rap] que de différences. C’est toujours du hip-hop, c’est toujours du rap, c’est toujours la culture Noire. » Shabazz Palaces est ancré dans un genre qui a l’habitude de frapper là ou ça fait mal, et ce n’est pas une expérimentation sur les textures et les structures des chansons (qui finissent très loin de là où elles ont commencé) qui va occulter cela. Butler est fan de Lil Wayne, de Rick Ross, et de Bun B. Il se bat comme les autres contre la mondanité ambiante et l’hypocrisie. Black Up n’est, astucieusement, que la locomotive avec des wagons de déclarations à suivre, concernant par exemple les journalistes insidieux, mais promouvant plus souvent les qualités positives de sa musique - ses connections artistiques et symboliques, le jeu de masques et le mystère qui renvoie aux vieilles traditions Africaines. Butler rappelle qu’un moment présent bien exécuté doit capturer une part de passé et d’avenir – ce qui se traduit respectivement en rap par le ressentiment et la mise en garde destinée aux jeunes générations. Et Black Up sonne comme quelque chose de frais, de jeune, malgré l’expérience accumulée par Butler depuis 1993 et Reachin' (A New Refutation of Time and Space), le premier album d’un projet baptisé Digable Planets.
Pour respecter l’adage qui débutait cet article, il ne faudrait donc ne consacrer ses mots qu’à la musique contenue dans l’album. Cependant, Ismael Butler serait d’accord pour dire que ‘it’s a feeling’(Are You…Can You….Were You? (Felt)) : ce n’est qu’un sentiment. Subjectif, volatile, capable de changer. « Je ne sais pas vraiment d’où viennent les idées. Ce n’est peut-être même pas moi qui les génère, elles proviennent d’un endroit que je ne suis même pas capable de nommer, mais je les ressens. Et quand elles se réalisent, c’est la combinaison de tant de motivations et d’instincts que je ne pas les définir avec autorité. Je n’ai pas le talent et l’habileté pour décrire [ce que je fais]. » Ne donnant aucun clef de compréhension, Butler se refuse à assumer des textes parfois agressifs, et ce malgré le plaisir qu’il a eu à les travailler dans leurs grooves disparates. Il y a des mantras, type ‘you know i’m free’ sur Free Press and Curl ; des questions, et de vraies énigmes. « Things are looking blacker but black is looking whiter » est possiblement un commentaire sur la récupération par des caucasiens de la culture noire américaine avec des sites comme Pitchfork.
Même s’il ne met rien de concret en valeur, ni personne, ni message – on sait que Butler s’est réinventé, s’est sophistiqué. Ce qui rend l’album étrangement facile, agréable même à écouter, c’est le manque délibéré de volonté de la part de Butler de faire des connections trop littérales à son environnement, même si le contexte l’agresse manifestement autant qu’il agresse un Danny Brown ou un MC RIDE.
Black Up, c'est aussi la rencontre de Butler avec Stasia Iron et Catherine Harris-White du duo de hip-hop THEEsatisfaction, deux jeunes femmes qui se livrent à l’inconnu à deux reprises sur Black Up, avant d’être invitées par Sub Pop à faire le grand saut à leur tour. Ce qu’elles font avec AwE NaturalE en 2012. Les voix des deux chanteuses sont une belle addition à un album qui procède autrement surtout par soustraction.
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