“…you can hear whatever you want to hear in it, in a way that’s personal to you.”

James Vincent MCMORROW

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lundi 16 mai 2011

Nisennenmondai - Destination Tokyo (2009)



Parution2009
LabelSmalltown Supersound
GenreNoise rock, krautrock
A écouterMirrorball
/108
Qualitésenvoûtant, original
Visionnant sur internet la vidéo de Nisennenmondai interprétant Mirrorball à Londres, un krautrock ultra répétitif où l’étoile montante se révéla être le hit-hat extraordinaire de la batteuse Sayaka Himeno, on aurait pu craindre que l’album contenant ce titre n’aurait pas sa tenue, son intensité loin s’en faut. En réalité, Destination Tokyo (2009) - 4 morceaux, un interlude, 44 minutes - est parfaitement monté, dépasse bien la somme de ses parties ; c’est l’artefact enregistré sur le vif d’un groupe déjà culte et admiré par des membres de Battles, No Age, Gang Gang Dance, Prefuse 73 et Hella. L’œuvre de trois jeunes japonaises qui ont appris la plupart de leurs influences sur le tard, dans les articles qui décrivaient leur musique. Elles ne cherchaient au départ qu’à imiter des formations locales, et elles ont échoué en cela, créant à la place leur propre son et assimilant au fur et à mesure de leur avancée les différents groupes qui avaient, dans d’autres sphères, ouvert une route apparentée à la leur. Destination Tokyo a cet attrait rare d’une nouveauté totale, grâce à la fraîcheur et à l’enthousiaste de ses interprètes en fleur.
Quasi-mutiques en interview, elles semblent plus promptes à courir au-devant de cette musique folle qui est la leur, et continuent d’être insaisissables quand une telle demanderait à ce qu’elles s’arrêtent et qu’elles s’expliquent un peu. On ne sait qu’une chose ; elles ont toujours cherché à faire la musique « la plus géniale possible » de leur point de vue, appelant par là un mélange inédit de sophistication mâtinée d’un peu de la scène allemande des années 70 ou de celle de New York au début des années 80, d’une rigueur technique sans faille et d’une patience à toute épreuve. Difficile de ne pas entendre un peu de Kraftwerk dans le morceau-titre final, et encore une réinvention de Neu! ou Guru Guru,  même s’il s’agit moins d’un long travail de studio que d’une formidable création spontanée. Les sonorités de la guitare sont sur ce dernier morceau new wave – pensez Gary Numan. Cependant Nisennenmondai est d’une espèce bien différente, destinée à un auditeur averti.
Elles interprètent sur le disque leurs plages de techno acoustique avec une conviction communicative. Le point de départ, Souzousuru Neji, est un morceau de treize minutes aussi excitant qu’il est rigide et froid. Les éléments se mettent rapidement en place, se verrouillant dans une transe cyclique. Au fur et à mesure, par le truchement de pédales d’effets, des éléments de guitare – chuintements, grincements - se superposent. La basse bondit soudain. Le jeu robotique de Himeno est d’une endurance impressionnante. Le hit-hat sera l’instrument le plus à même d’influencer la structure des morceaux du disque, la guitare demeurant impossible à épingler ; elle nous aliène. La deuxième partie de Destination Tokyo sera plus souple, plus mélodique. Dans l’ensemble, un disque qui n’est pas le moins du monde improvisé, car, pour en revenir à cette fameuse performance de Mirrorball, tous les changements de rythme se produisaient exactement au même endroit que sur le disque. Pour toute leur précision mathématique, Nisennenmondai jettent un sort – si ce n’est sur nous, c’est au moins sur elles-mêmes, ce qui explique que de si longs comptes à rebours soient autant bourrés de vie. 

dimanche 11 juillet 2010

Faust - Faust is Last (2010)



Parution : mai 2010
Label : Klangbad
Genre : krautrock, Indus
A écouter : Feed the Greed, Hit Me, Drug Wipe

Note : 7.25/10
Qualités : audacieux, bruitiste, original


Faust peut-il être anecdotique en 2010 ? Impossible. Au début des années 1970, ce groupe discret mais reconnu comme l’une des plus importantes formations de rock expérimental Allemand - krautrock - (avec Can, Neu !, Tangerine Dream, Kraftwerk, Ash Ra Tempel, Amon Duul...) avait sorti trois disques, Faust, So far et The Faust Tapes, qui eurent un retentissement innatendu. L’attrait du groupe était d’opérer dans une optique punk et DIY, préférant garder sa musique comme inachevée et lui laisser cet aspect de montage dans lequel ont peut voir toutes les ficelles. Ils furent la continuité de Franck Zappa, opérant avec le même sens de l’observation et et de la récupération et le dépassèrent selon Julian Cope (dans Krautrocksampler) parce qu’ils firent preuve de plus de bon goût. Surtout, avec eux on peut dire que les Stooges ou le MC5 ont influencé le krautrock.

Dans l’émulation de l’époque, Faust était de ceux qui semblaient avoir cent bonnes idée à la seconde. Avec leur son brut, furent le véritable sursaut rock’n’roll en provenance d’Allemagne, plus indomptés, bruyants que les autres, à un moment ou les musiciens ouest-Allemands phagocytaient toute la culture anglo-saxone qu’ils trouvaient consensuelle pour en éclater les formats. Pourtant, ils rencontrèrent beaucoup plus de succès en Angleterre. Ils se sont fait oublier dans les années 80, et se sont séparés en deux entités distinctes. Faust est un cas unique puisqu’il est constitué de deux formations distinctes qui produisent des disques assez égaux en termes de qualité mais avec une approche un peu différente – ici, avec Hans Joachim Irmler, l’approche studio est privilégiée. C’est la recherche de l’impact le plus rude, de la transformation la plus iconoclaste.

Faust Is Last est le disque de krautrock que j’ai le plus écouté – à l’exception notoire de ceux de Kraftwerk. J’ai déjà écouté …Is Last deux fois en entier ! Chose assez périlleuse, mais on parvient finalement à comprendre comme est construit ce brillant panorama de kosmiche musik pour le XXIème siècle. Soit un mélange de musique proto-industrielle (Nine Inch Nails), d’improvisation et de rock garage. Dans cette dernière catégorie, l’excellent Hit Me, qui ressemble à un enregistrement pirate des Stooges qui essaieraient de jouer Interstellar Overdrive de Pink Floyd. De manière générale, le son n’est pas toujours aussi (volontairement) pourri, mais les guitares ont souvent un destin funeste dans le champ d’action de Faust. Et le fait qu’elles soient au premier plan, comme tout ce qu’il y a de plus bruyant et maltraité par le groupe sur ce disque, donne un relief qui évoque la modernité des Flaming Lips sur Embryonic. Une vision cosmique autant que brute.

Malgré sa production toutes dents dehors, Faust Is last embrasse de manière superbe les vingt dernières années de musique rock, sans faire oublier les tréfonds de sagesse sonique d’où il est issu. Ainsi, les deux morceaux qui ouvrent ce double disque et font office de suite d’introduction, sont planants et comme d’une autre époque. Faust a toujours trouvé ses forces dans un environnement extra large, combinant des ambiances qui n’avaient rien de commun. Le troisième morceau ici est une énorme surprise pour qui n’a jamais été en contact avec le son du groupe ; un maelström strident mené par une guitare rythmique machinesque, encerclé de claviers inouïs et orientalisants, et pour quelques instants imprécations caverneuses absolument géniales. Si il s’agit d’un disque progressif et intimidant, on est définitivement conquis dès la cinquième minute.

Le premier disque déploie ainsi une série de titres disparates, surtout dans sa deuxième moitié – voir le très américain I Don’t Buy Your Shit no More, le genre de titre qui rappelle que les gars de Faust sont des rockeurs presque comme les autres... Le son y est très premier plan, chaque note semble faite pour être vraiment entendue. Faust ne joue pas dans l’ordre du subliminal, malgré toutes les énigmes qu’il aiment laisser planer. Ils préfèrent l’exploration agressive - les sons percussifs de Chrome, les motifs industriels sur Drug Wipe – qu’un psychédélisme qui nous laisserait l’esprit absent. L’auditeur est mis à partie, surpris et brusqué dans les meilleurs moments.

Quand au second disque… il est peu probable qu’aucun groupe de post-rock du moment ait une démarche aussi audacieuse en remportant autant de succès qu’ils le font ici. Peut-être parce qu’au-delà des brumes vaporeuses de formes intangibles, la musique de Faust gagne de ce côté-là un pouvoir d’évocation cinématique. Un spectacle de sons étranges, sept morceaux mystérieux qui s’écoutent comme une séquence d’un seul tenant, culminent et s’éteignent avec Primitivelona.



vendredi 15 janvier 2010

Githead - Landing


Githead, ce sont des musiciens expérimentés (dont Colin Newman, un ancien de Wire, groupe de post punk quasi culte) qui dispensent une musique encore fraîche, après cinq ans de carrière. Devenu aujourd’hui une entité à part entière, débarrassée de son background de supergroupe, ils dispensent une musique qui, à défaut d’être originale, a des accents de gravité et d’élégance qui rappellent l’étonnante et énigmatique maturité de formations comme My Bloody Valentine. Sur Landing ou From my Perspective, le rapprochement est inévitable. Newman, Max Franken, Malka Spigel et Robin Rimbaud apparaissent comme des musiciens middle-age impressionnés par les découvertes tardives du rock – Stereolab, Bolshoi, MBV - mais pas totalement étrangers aux grooves en forme de piste de décollage de Can ou Hawkwind puis de New Order.

Ils ont notamment un pied dans les années 1980, bien que ces influences soient complètement relues sur Landing. Ainsi, Faster évoque une ouverture de Cure, – tel un Plain Song dénué de tout romantisme – cette structure allongée et muette. Vient aussi à l’esprit l’effet tunnel des rythmiques Krautrock, avec basse rebondissante. L’adresse de Githead vient du fait que si de telles structures accouchent ces derniers temps de formations incapables de susciter la moindre dynamique, eux parviennent à lifter et mélanger leurs savoirs-faire sans perdre d’efficacité. Before Tomorrow rappelle quant à elle un vieux Depeche Mode – la référence les ferait sans doute sourire -, surtout au niveau du refrain. Toujours ces battements métronomiques, que couvre une boucle de guitare, un riff juste tiède. Landing a des relents de shoegazing (guitare vrombissante et voix claire – le meilleur genre de rock des années 1990 ?) et Displacement and Time groove comme Kraftwerk (car Kraftwerk ont du groove), vocodeur compris. « Maximize » répète la voix, pour celui qui cherche à optimiser une performance. C’est réussi.

Les meilleurs titres sur Landing sont sans doute les plus atmosphériques et doux ; Landing chanté par Malka Spigel - la parité est assurée tout le long au niveau du chant. On est en terrain familier, mais c’est toujours plaisant, même confortable de retrouver ces nappes enivrantes et pleines de faux semblants : on se demande ce que Githead nous cache en jouant la carte pop. Pour le reste, c’est guindé, élégant et légèrement excentrique. Assurément moderne, peut être un peu lisse. "You don’t know me, so back off", avertit Malka sur Ride. Au niveau musical, dans les meilleurs moments, c’est à la fois métronomique, épique, groovy.

Même dans l’isoloir que nous concocte Githead pour restituer la sensation du cockpit, les vieilles rengaines reprennent le dessus. Des personnes qu’on ne voulait pas forcément croiser ni entendre, ces punks, vont apparaître. Over the Limit continue comme douce bizarrerie, Newman ressuscitant Wire dans une chassé croisé post punk qui dans cet environnement volontairement aseptisé, devient de façon inattendue une fantaisie.

C’est une musique qui reste avec vous pour quelques temps. Cependant, quelques longueurs, et une expérience qui, sur l’écoute intégrale de l’album, peut être frustrante. Si les morceaux à leur état individuel déploient d’indéniables performances, mais semblent toujours construits comme des openers, comme pour annoncer ce qui va suivre… et qui semble ici n’arriver jamais. Ce n’est qu’a l’arrivée de Tranmission Tower que les choses changent. L’album capitalise enfin l’émotion auparavant contenue et éloigne les menaces de stérilité. Cette faiblesse n’est par ailleurs pas automatiquement un défaut ; si vous cherchez un disque qui ne vous mène nulle part en particulier, Landing fera l’affaire.

Githead parvient à rester mystérieux malgré tout l’explicite qu’il met dans sa formule – phrases courtes et répétées, structures indestructibles éprouvées cent fois ; alors, d’abord, l’accélération ; le décollage, l’atterrissage, mais sans destination. Comme une grande boucle, une trajectoire en point d’interrogation. Les perspectives du mouvement, admirablement traduites en musique ici, seront peut être plus tard utilisées pour voyager de manière plus progressive – sans vouloir attribuer à Githead les qualités tripesques de formations qui en font leur ressort.


  • Parution : 9 novembre 2009
  • Label : Swim
  • Producteur : Robin Rimbaud
  • A écouter : Take Off, Lightswimmer, From my Perspective
 
  • Appréciation : Méritant
  • Note : 6.25/10
  • Qualités : rétro, groovy, shoegaze
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