“…you can hear whatever you want to hear in it, in a way that’s personal to you.”

James Vincent MCMORROW

Qualités de la musique

soigné (81) intense (77) groovy (71) Doux-amer (61) ludique (60) poignant (60) envoûtant (59) entraînant (55) original (53) élégant (50) communicatif (49) audacieux (48) lyrique (48) onirique (48) sombre (48) pénétrant (47) sensible (47) apaisé (46) lucide (44) attachant (43) hypnotique (43) vintage (43) engagé (38) Romantique (31) intemporel (31) Expérimental (30) frais (30) intimiste (30) efficace (29) orchestral (29) rugueux (29) spontané (29) contemplatif (26) fait main (26) varié (25) nocturne (24) extravagant (23) funky (23) puissant (22) sensuel (18) inquiétant (17) lourd (16) heureux (11) Ambigu (10) épique (10) culte (8) naturel (5)

Genres de musique

Trip Tips - Fanzine musical !

Affichage des articles dont le libellé est Chuck Prophet. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Chuck Prophet. Afficher tous les articles

samedi 25 février 2017

CHUCK PROPHET - Bobby Fuller Died For Your Sins (2017)



OO
Romantique, vintage, engagé
Rock


Ian Hunter et Alejandro Escovedo ont tous deux sorti un bon album en 2016. Chuck Prophet s'y met à son tour, et il partage avec eux le mérite de jouer comme si les trente dernières années n'avaient pas eu lieu, ou presque. Sa voix, cependant a cette urgence contemporaine, et une référence à la mort de Bowie permet de mettre en évidence à la fois l'époque et l'ambiance, riche en hommages, de cet album.

Pourtant, Chuck Prophet ne cherche rien de mieux qu'à contourner la célébrité. Il médite en apparence simplement sur le destin de quelques stars, à travers la propre fascination de Bobby Fuller pour Elvis Presley dans les années 50. En surface, il moque la célébrité, tout en montrant souvent une admiration sincère, peut être candide (If i was Connie Britton) avec une élégance possible seulement parce qu'il s'ébat dans l'originalité de ses propres chansons.

Chuck Prophet est la figure du rocker intègre, qui ne se vend pas pour un clip à la télévision et reste tapi dans l'ombre des médias. Il y restera, la pochette n'est qu'un canular. Au moins jusqu'à ce qu'on découvre pourquoi le titre claque. Il fait bien de s'y représenter ; cet album vit principalement à travers sa personnalité piquante, qui se range princièrement du côté du vrai rock n' roll. Dans l'immédiat, Prophet semble se délivrer de l’impératif d'un commentaire de l'actualité.

Depuis combien de temps n'avez vous pas ouvert le cellophane d'un disque, pas lu des notes de pochette et des paroles ? Ce n'est pas la seule chose que Prophet fait compulsivement, mais il s'y emploie et c'est pourquoi, enregistrer des albums cohérents pour les gens qui en achètent a de l'importance pour lui. Même si vous n'êtes pas dans son prochain concert, ce que je vous conseille, il jouera comme si la moitié du pays s'y trouvait.

Bobby Fuller Died for Your Sins semble effacer non seulement les années 2000, mais les albums de Prophet parus dans l'intervalle. Parce que la modernité de The Hurting Business (2000) et The Age of Miracles (2004) était une chose, mais elle laisse de marbre le hard rock de Alex Nieto, une chanson où l'on comprend subitement le penchant un peu noir que l'album cache en sous main. Il y évoque l'assassinat en 2014 du bouddhiste d'origine mexicaine Alex Nieto, et le décrit de façon insistante comme un pacifiste. C'est un peu comme s'il faisait un gros doigt d'honneur à une bonne partie des flics de San Francisco. Un mise à mort hasardeuse et on réalise que Bobby Fuller a sans doute, lui aussi, été supprimé en 1966. Prophet exhume un polar inespéré : l'affaire n'a jamais été résolue.

C'est la dernière chanson, mais désormais, on croit être parvenu en un clin d’œil à cet état de fait. C'est désormais l'album d'un type qui sait qu'il doit continuer d'échapper à l'égarement existentiel, sport régional de la côte ouest quand il ne s'agit pas tout bonnement de violence explosive. C'est en composant avec qu'il trouve sa façon toujours pressante de délivrer quelque que soit le type de rock qu'il emploie. Sa capacité à basculer de la pop au hard rock, du punk au rockabilly laisse Prophet à la marge d'une culture qui a bien besoin de musiciens comme lui. Une chanson romantique comme Open Up Your Heart est sans doute la meilleure chose possible à la radio quand on assiste à des violences policières et à l’idolâtrie de stars fabriquées. « Some people carry grudges you know / For something you never did” Le sentiment de culpabilité nous projette beaucoup trop vite vers notre destin.

On e retrouve en full retro mode sur Jesus Was a Social Drinker, l'une des chansons les plus attachantes du lot, moquerie parfaite avec son final grandiloquent au synthétiseur. In The Mausoleum (For Alan Vega) est peut être plus excitante encore, pleine d’opiniâtreté. Même quand il ne nous incite pas à ralentir, Prophet semble nous indiquer le bon sens, l'exaltation exaltée.
Les facéties et les accolades personnelles qui constituent l'album sont comme une lumière dans un monde qui privilégie le faux sur le vrai. Avec toujours cet espoir, comme il s'agit de musique, de transformer l'humeur plombée de ceux qui l'entendent en un instant. Les figures de cet album brandissent les avertissements pour autant de revirements possibles. S'arrêter, repartir de plus belle en sens inverse. Renoncer à commettre des idioties. Un infléchissement illustré dans le changement de tempo sur Coming Out In Code, par exemple. Pour ces fonctions, il se rapproche des deux dernière livraisons du songwriter, Temple Beautiful (2012) et Night Surfer (2014). La même capacité à faire fi des difficultés, souvent des choses que l'on s'impose par manque de réflexion. S'il faut aller à la bataille, autant écouter un bon disque avant de se décider si c'est une guerre utile. La fonction du rock reste celle là, reconsidérer ses actes, que ce soit à l'échelle d'un club, d'un quartier, d'un état, d'un pays. 

mercredi 28 janvier 2015

CHUCK PROPHET - 2ème partie (Temple Beautiful)






OOO

apaisé, groovy
Rock

Temple Beautiful paraît sous des auspices calmes et sereins en 2012. Un nouvel album de rock and roll lumineux à la ceinture de Prophet, un album fièrement présenté comme « enregistré à San Francisco par des gens de San Francisco, à propos de San Francisco.’ Même sans message particulier, à chaque album Prophet nous fait de toute façon retrouver une verve qui laisse penser que la Musique (américaine) est une chose métaphysique qui englobe les réussites, les actes manqués, les artistes encore présents et ceux trop tôt disparus, les hommages et les inquiétudes, la vie quotidienne et la mémoire, qui fleurit ses propres haies d’honneur. L’art suprême, rien de moins. C’est si tentant d’écouter nonchalamment, des jours durant, sans rigueur. On peut faire un parallèle entre écouter sans effort et rester chez soi plutôt que de se confronter aux autres. « Je suis rentré insatisfait, je suis rentré pour sauver ma fierté » chante t-il sur une vieille chanson, Ooh Wee (1997). Vaut t-il mieux se cacher du regard des autres que de se ridiculiser ? Ou alors, autant nous faire croire que les petites gens peuvent susciter le respect de la société (New Year’s Day, 1997). Le rock est là pour fuir la solitude, la banalité, rompre avec l’hypocrisie, pour réduire les relations à leur plus simple expression : l’amitié. C’est si tentant d’écouter sans peine. Après tout, qu’est-ce que Chuck Prophet a-t-il de plus que Springsteen, dont l’album Darkness at the Edge of Town (1978) l’a enchanté ? « Il m’a vraiment rendu fou. Il garde toujours un œil sur le monde en général. Qu’est ce que font ses personnages ? Vers quoi courent t-ils ? » Il a au moins compris, comme eux, que la libération était dans les rencontres, la vie sociale, sur laquelle la musique rock porte habituellement ses réflexions à travers l’évocation de palliatifs et de frustrations. Qu’a-t-il de plus ? De se contenter de ça, de ne pas devenir un porte-parole, plus proche de Tom Petty que de Sringsteen. 

Mais cette fois, quelque chose se débloque : soudain, Prophet semble entrer dans la danse médiatique pour de bon, son inexistence sur Pitchfork n’y changera rien. Deux choses au moins expliquent ce succès : le fait d’être revenu à une formation à quatre, en dehors de quelques arrangements, et à un rock sec mâtiné de blues, parcouru de riffs originaux et de super soli de Telecaster. Ça donne un album recentré sur l'âme de la rue, que Prophet, avec sa voix parlée-chantée, canalise très bien. Plus du tout de hip-hop comme c’était le cas depuis les années 90, et malgré les résultats positifs sur The Hurting Business (2000) et No Other Love (2002). La deuxième raison, c'est sa nouvelle amitié créative avec l’obscur Kurt Lipschutz, qui relève le niveau de détails sur cet album. L’égo de Chuck Prophet a déjà pris une nouvelle dimension, peu de temps auparavant, quand il a collaboré avec Alejandro Escovedo, l’un de ses aînés songwriters les plus proches, musicalement, de lui. De douze ans plus âgé, Escovedo est un de ceux-là dont les disques vous imbibent de leurs accents émouvants dissimulés sous une couche d’arrangements soignés. Les cordes sur la chanson Sister Lost Soul, par exemple, ne font pas oublier la verdeur de celui qui se réincarne dans les émotions, avec une voix poignante comme le David Bowie le plus senior. Le fruit de leur collaboration, Real Animal, paraît en 2006.

Il y a l'atmosphère d’un pulp dans cette évocation nonchalante d’une ville à travers des anecdotes grinçantes. « La parie la plus fun, c’est de faire le casting des morceaux et construire l’album [...]. Le sens, l’attitude, ce n’est pas seulement contenu dans les paroles. » Le rock and roll véhicule d’abord des humeurs capables de nous imprégner. Ainsi, de la majorité des chansons de l’album émane des évocations assez sombres, et des personnages aux destins funestes, avec un côté film noir qui rappelle la passion de Prophet et de Green on Red pour les polars de Jim Thompson (il avaient nommé un de leurs albums d’après un de ses livres, The Killer inside Me). La chanson titre cible un de ces lieux emblématiques, une salle de concert dans les années 70, juste à côté du temple du pasteur Jim Jones, le fondateur d’une secte connu pour le suicide collectif de sa communauté du Temple du Peuple, en 1978, faisant 908 morts. « The future is here/but it feels like the past. », chante Prophet, dans une chanson très entraînante, évoquant les Rolling Stones , dont il adore Beggars Banquet (1968, l'album rageur et provocateur dans lequel les influences ont toutes trouvé leur place, en poussant les murs). Les Modern Lovers ou The Clash sont à ajouter au pot des inspirations, ces derniers un des groupes fétiches de Prophet, qui ont montré qu’en restant punk on pouvait tout jouer. Personnellement, j’ajouterais Iggy Pop. Leur voix se ressemble, sur Who Shot John par exemple. « Theys say i shot my babe/Say i shot her down. » Comme Iggy pop peut-être, et en particulier avec l’ambitieux Homemade Blood (1997), Prophet s’inscrivait dans la tradition des musiciens rock/country qui jouent des codes des personnages de cinéma, jouant un jeu de va et vient entre auto-humiliation et classe crâneuse, enrichissant ainsi son image de performer. Pour un chanteur a priori sentimental, il fallait déjouer le piège de se laisser définir par la futilité relative des relations d'amour. C’est l’ampleur de sa discographie et la façon dont il joue avec les codes qui amènent le génial John Murry à incendier positivement Prophet. 

Pour quelqu’un qui s’inscrit si bien dans la lignée de tous les grands de rock, Temple Beautiful garde son feu à l’intérieur. Il contrebalance la parade chaloupée de White Night, Big City par l’une des plus belles ballades de Prophet, Museum of Broken Hearts, qui évoque à demi-mots le Sida. On pense évidemment à tous les chanteuses et chanteurs côté rue, Lou Reed, les Ramones, et le doo-wop punk de Blondie. Temple Beautiful est aussi l’album d’un homme qui admire les tendances à la science-fiction (voir son hommage à Willie Mays) et la mise en scène d’un autre héros, David Bowie, mais semble préférer se mettre en retrait, même lorsqu’il est gouailleur, derrière sa passion de la collaboration. C’est pour lui un exercice sacré, et le facteur humain qui lui permet de maintenir le même niveau d’excellence depuis ses débuts. John Murry commentera : « Si vous trouvez les bonnes personnes, cela vous rend meilleur. Chuck m'a appris que ce qui comptait, c’était l’effort de collaboration et comme il est rendu par le disque, puis à l’autre bout, l’expérience des gens qui l’écoutent. » Temple Beautiful a ainsi été joué pour un documentaire, avec huit musiciens d’instruments à cordes. Comme un chef d’orchestre au service des sentiments et des évocations de la musique. 

Ces partenaires vont de pair avec une longue histoire d’excès, qui semblent désormais faire partie du passé. L’énorme quantité de travail – enregistrement d’un album tous les deux ans, tournées – ont t-elles eu raison de l'endurance d’un autre Chuck Prophet, qui continue d’exister dans sa musique souvent humoristique ? John Murry : « Sa femme et partenaire musicienne Stephanie Finch a si longtemps souffert de sa personnalité, elle peut assurer quiconque que les histoires d’excès concernant Chuck sont sans fin. » Une analogie vient en tête : s’il est Gram Parsons, musicien folk rock des seventies connu pour ses frasques et son laisser-vivre, elle est son Emmilou Harris, la muse a en apparence sévère et inaliénable. Une anecdote a particulièrement marqué Murry. « Il a sauté depuis le toit d’un immeuble de San Francisco dans celui d’un autre, et a chuté de trois étages à travers un dôme, sur le sol en ciment d’un garage auto ; c’était une tentative d’impressionner une fille et d’entrer dans son appartement, car il s’était enfermé dehors. Il était shooté. » Sur Temple Beautiful, la mélancolie de Museum of Broken Hearts est elle-même balancée sur Little Girl, Little Boy, qui profite de la participation de Stephanie Finch, toujours investie depuis ses débuts en solo avec Brother Aldo (1990). Enfin, l'hommage à la ville est complété par l'apparition vocale de Roy Loney, des Flamin' Groovies.

CHUCK PROPHET - 1ère partie



Éternel adolescent turbulent, resté bravement fidèle à se ville, la moins américaine de la côte ouest : San Francisco, chaude le jour, glacée le soir. Charles 'Chuck' Prophet est un témoin clef des transformations et débâcles du business musical entre les années 80 et aujourd’hui. Un songwriter moins connu que Beck, par exemple, dont il a l’audace et la puissance créatrice. Prolifique, musicologue amateur, sachant s’entourer et déconcerter aussi bien que l'un de ses nombreux héros, Alex Chilton. Chilton (1950-2010), l’artiste maudit en course pour l’enfer, cascadeur des grandes ondes, capable d’enregistrer des chansons pop rayonnantes comme de mettre à sac les scènes punk rock de new-york, et surtout, capable de musique pop assez métissée pour passer sur les radio rythm and blues. Chuck Prophet était, un temps, de ceux qui, comme The Replacements, tendaient à libérer le punk de ses limites, à en garder l’essence pour l’injecter de musique roots (blues, country-rock...) et de pop. 

Découvrir Chuck Prophet aujourd’hui, c’est réaliser comment il parvient à maintenir une fraîcheur hors pair, et à gagner toujours de nouveaux publics – les amateurs de Bruce Springsteen ne seront pas déçus de la vitalité de Chuck Prophet ! pourrait t-on lire sur une pancarte. Ancré dans une ville d'abord artistique, à l'histoire suscitant les fantasmes depuis la moitié du 20ème siècle, quand on l’écoute, il nous amène partout, nous fait bondir sur les toits de toute la musique américaine, sous couvert d’un rock pour la radio. L’histoire de la radio et celle de la musique ambitieuse de ces songwriters est largement documentée, comme l’histoire de labels fragiles coulés par l'intransigeance de gens comme Chuck Prophet, pour finalement attendre le 'triomphe' discret de Temple Beautiful en 2012. Avant de se livrer à l’écoute de cet album, regardons ce que John Murry a écrit de Prophet. Murry, parolier tout aussi extraordinaire (à en croire The Graceless Age en 2012), brûlant d’un feu artistique quasi destructeur et du même instinct que son chaperon pour les chansons aussi léchées que rebelles. 

« Les emails (de Chuck) sont signés de la petite phrase de Mark Twain, « A partir du moment où vous réalisez que tout est dingue, vous avez saisi. » Dans une industrie de pachas carburant à l’héroïne et de businessmen suceurs de sang, Prophet est un arbre tordu. C’est un arbre dans le jardin d’un jeu qu’il a joué et qui s’est joué de lui : refusant au final d’abandonner sur ce qui lui permet de vivre : le rock and roll. Sa carrière a démarré comme celle de beaucoup d'autres. C'était un gamin avec une guitare. La différence : à l'âge de quinze ans, il pouvait en faire plus de choses que la plupart au cours de toute leur vie. Le musicien et producteur légendaire Jim Dickinson (The Rolling Stones, The Replacements, Big Star, Bob Dylan) a d'ailleurs un avis sans appel sur la question. Sa première escapade hors de la petite bourgade endormie de Whittier, Californie, c'était direct l'absurdité de San Francisco. Il a presque immédiatement rejoint le groupe de country rock cosmique séminal Green on Red, puis a passé 8 ans et autant d'albums à enregistrer et jouer live avec eux. Ils n'avait pas 21 ans. Il n'avait même pas 20 ans. Le New York Times les a ainsi désignés une fois, 'de loin l'un des meilleurs groupes aux Etats Unis depuis une décennie. » Il faut savoir que Green On Red a cédé à l'épuisement de trop jouer, c'est une histoire que Prophet lui-même aimerait raconter. Comment un groupe gagnant le succès dans les années 90 fut poussé à la rupture par l'appât du gain. Le business musical n'alla pas plus loin que cette décennie-là. Après, comme avec la drogue, il fallut redescendre.
Related Posts Plugin for WordPress, Blogger...