“…you can hear whatever you want to hear in it, in a way that’s personal to you.”
James Vincent MCMORROW
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jeudi 5 octobre 2017
CHARLIE PARR - Dog (2017)
OO
Communicatif, naturel, engagé
Country blues
L'aridité de Charlie Parr n'est qu'une apparence. Ses chansons sont fertiles et profondes, même si elles sont chantées depuis une Duluth, Minnesota, une terre rurale avant tout intérieure. Une distance qui semble temporelle, aussi, l'impression qu'une autre époque presque pantéisme s'invite dans ses chansons sur la quête de chaleur humaine.
Surtout, on entend beaucoup de blues dans sa musique, et même un peu de ce style du Delta de mississippi. Ainsi, quoi qu'il joue, cela semble puissament ancré, même quand la tempête menace, ou que l'inondation fait des ravages.
Accompagné de quatre musiciens, jonglant entre guitare et banjo, il chante l'humanité comme quelqu'un qui a vécu le pire, qui a peut-être été en passe de la perdre. Plutôt ue de se replier, il élargit son expérience, invitant chacun à s'y reconnaître, à participer, provoquant une musique évocatrice car capable de tous nous impliquer. Il joue une musique folklorique et commune, primitive et expérimentale, dérivant comme par définition de notre histoire à tous, ce qui nous le rend très sympathique.
Ici, la musique traditionelle est définie par la confrontation avec l'extérieur. Cette confrontation qui résonne dans les tonalités insondables sur Rich Food and Easy Living. Ou dans le dénuement si réaliste sur Sometimes I'm Alright, tétanisante de justesse., dans un lyrisme laconique proche de Bill Callahan sur le bouleversant A River Ain't Too Much To Love. "The times are hard to tell/fiding light at the bottom of the darkest well". La vérité n'est peut-être pas si palpable, mais la justesse de l'artiste au plus près de son inspiration est aussi claire que la sérénité du monde physique, naturel, celui qui n'a pas besoin de nous, mais que, si nous sommes lucides, nous réclamons en priorité.
Parr est capable d'un entrain communicatif, qu'il plaide la cause animale, ou plus classiquement l'importance d'avoir un endroit ou l'on se sente chez soi, sur Lowdown ou Peacefull Valley, une transe rayonnant du plaisir fou de jouer ensemble, astucieusement placée à la fin de l'album. Ray & Glover, un groupe de Minneapolis, lui sert d'inspiration. I Ain't Dead Yet s'entend comme une reprise d'un de ses héros, peut-être Spider John Koerner, un présage issu des années 60 et qui sonnera juste à chaque fois qu'un homme ressentira le besoin d'un peu de reconnaissance en retour de ses efforts pour s'intégrer, honnêtement, ici bas, plutôt que, sans sincérité, où Dieu voudra. L'urgence de vivre, et d'écouter avec humilité ceux qui nous entourent, va de soi quand on écoute Dog.
jeudi 7 septembre 2017
{archive} VIRGINIA ASHLEY - From The Gardens We Feel Secure (1983)
OO
Envoûtant, contemplatif, naturel
Instrumental
Ce qui démarque un album de folk d'un autre, c'est son atmosphère. Enfin, ce disque de Virginia Ashley n'est pas un disque de folk, mais purement d'atmosphère. Elle préfigure ce qu'a depuis entrepris Julianna Barwick avec The Magic Place (2010) et les albums suivants : produire une musique intrumentale pour contemplation active. From The Gardens We Feel Secure est dans une classe à part, peut-être trop simple pour être vraiment admiré. Il n'y a pas de trace de techniques musicales visant à retenir notre attention sur cet album : il est dénué d'accroches, mais suscite pourtant notre émotion en nous plongeant là où, à un moment donné, nous nous sommes sentis si heureux. Dans un jardin paisible et silencieux. Comme beaucoup de choses naturelles, sa profondeur réside dans l'émotion qu'il nous procure.
Ashley, qui n'a enregistré que peu d'albums et un seul dans cette veine, nous offre la rêverie naturaliste où les bruits du jardin – chants d'oiseaux merveilleusement rendus, carillon, mais aussi balançoire – ambiancent des mélopées de piano parfois accompagné de flûte. Elle ne chante pas, pourtant sa voix vaut la peine d'être entendue. Le rythme de cette œuvre est apporté en creux, par le temps, subjectif, d'écoulement de la journée – matinée, apogée du jour et crépuscule. Les deux moitiés de l'album sont ainsi baptisées « matin » et « après midi ». Elles contiennent une envoûtante variété de mélodies. L'approche à la composition de ces huit pièces est d'une fraîcheur parfaite.
On ressent ce plaisir du temps indéfini passé à contempler la nature, dans un rayon de soleil, embrassant la vie du village. Ashley capte le patrimoine britannique, celui des campagnes où il ne se produit rien qui vaille d'être entendu dans le monde. Son mérite est de la faire entendre malgré tout et de le rendre universel.
Ces sons là, ces mélodies de comptines, on jurerait les avoir déjà vécues au fond de nous. Les titres même des chansons renvoient à des sensations familières et sensuelles : ce que l'on peut toucher, sentir et voir flottant dans l'air, ce qui au cœur de la nature devient pour l'être humain si proche de l'émotion musicale qui l'enlumine ici. Cet album est une démarche, fabuleusement gracieuse et pleine de sens.
Rien n'est suffisamment entrecroisé pour qu'on puisse y trouver de véritables chansons. Cependant, reprenant le travail, cette fois sur le thème de l'hiver, Ashley enregistrera Melt the Snow, reprenant des éléments bucoliques qui rendent From the Gardens We Feel Secure sublime, en lui adjoignant des formes évoquant plus directement la magie de noël. Les cordes délicates ont même attiré l'attention du label Elektra, ce qui résulta du single pop Tender en 1985. Egalement conseillé, son album Had I The Heavens de 1996. Introuvable, comme, on le soupçonne, tant d'autres trésors.
samedi 4 février 2017
CANCER - Totem (2017)
OO
apaisé, naturel, fait main
Indie rock, soul, pop
Une certaine relation avec James Vincent McMorrow, Anohny,
King Krule, Real Estate et Lou Bond. Le passé et le futur réunis.
Des fragments de nature, d'impressions de voyages, de tentatives pour
échapper aux souvenirs. Enregistré sur un île danoise avec
beaucoup d'imagination et d'intuition, de variété dans son
instrumentation, et mention spéciale pour la batterie parcourant les
morceaux avec mollesse et fluidité. Un mélange serein de folk
électrique modeste, de collages sonores invisibles, de mélodies
onctueuses. La fabrication, le jeu des phrases répétées, là pour
construire, toute trace d’affirmation ploie superbement par la
grâce de la contenance, de la détente qui se dégage de cette
musique. Ploie mais donne à l'album sa force.
Manifestation d'une bouleversante pureté soul dans cette pop secrète, comme celle du piano à queue dans la pièce centrale, les presque 7 minutes de Mr Exorcist. A partir de là, Totem affecte encore plus, tandis que les titres s'allongent, plus intenses dans leur volonté d'échapper aux appréhensions. Le duo de Nikolaj Manuel Vonsild et Kristian Finne Kristensen et chante à l’unisson. « La nature autour de nous semblait elle aussi vouloir exorciser ses démons » commente Vonsild de leur enregistrement. A écouter Totem en entier, les pièces se confortent les unes les autres, ne laisser rien filtrer de la tempête hivernale qui rugissait à l'extérieur. Ce n'est pas anecdotique – un moulin à vent sur le toit leur fournissait l'énergie nécessaire à la captation de ces expressions. Non seulement les chansons les unes par rapport aux autres se fortifient, mais chaque élément trouve peu à peu, dans notre oreille, sa juste valeur, ce qui semble l'attrait des choses simples et lentement essentielles.
A propos de Tak for Nu, Vonsild s'exprimait ainsi pour le site The Line of Best Fit :
« People stowed away. Put in boxes - stored. Constant signals sent from heaven to a world of receptors and appliances. Each individual must play their part, not only in relation to others but also in relation to the man-made machine hungry for power. Here – trees are replaced by power lines- and streetlights. Satellite communities consisting of fifteen stories of grey with no natural shade to seek cover in. A melody travels from section to section - "Your love is a wheel. Your love probes". »
dimanche 1 février 2015
JULIANNA BARWICK - Nepenthe (2013)
OOO
pénétrant, naturel
atmosphérique
lundi 25 février 2013
TIFT MERRITT - Travelling Alone (2012)
OO
naturel/lucide
folk-rock/pop
« Je voulais m’investir entièrement dans les choses qui
sont importantes pour moi, et laisser tout le reste de côté. Le temps peut
diluer votre détermination et c’est entièrement votre décision d’empêcher
ça. » Travelling Alone est l’album de folk-rock le plus naturel d’une
chanteuse américaine reconnue notamment pour la clarté et la pureté de sa voix. C'est sa mise au point à l’approche de la
quarantaine. Plus que jamais, elle descend le chemin d’un folk-rock d’auteur
révérencieux dans la veine de Joni Mitchell, Dan Penn, Lucinda Williams ou
Carole King.
On voudrait croire que le thème de la solitude a été battu
et rebattu en chansons, mais c’est avant de se rendre compte que la solitude
est souvent vécue comme un état de fait, un sentiment subi et dramatisé. Au
contraire, la solitude qu’évoque Tift Merritt c’est une solitude productive.
Etre seul est un engagement, le fruit d’une réflexion sur ce qui importe à ses
yeux, les chansons. Les chansons ne sont pas la somme d’une certaine quantité
de solitude, mais des pensées vives et profondes, des personnages qui attendaient
de trouver leur histoire vraie. « Les choses superficielles me dépriment.
Ce n’est pas forcément lié à la vie moderne. Je pense qu’à chaque époque, il y
a toujours eut des distractions. » Une nouvelle chanson, Small Talk
Relations, parle de cela : toutes les petites rencontres sans profondeur
qui empêchent de véritables interactions d’exister. « Avec la distraction
arrive ce vide, cette solitude inhérents. Certaines personnes multiplient ces
rencontres sans conséquence qui leur procurent un regain d’énergie, mais dans
mon expérience personnelle ces relations sont vaines. »
Travelling Alone est aussi la somme de moments de félicité
en studio, enregistrés par Tucker Martine (Laura Veirs, Abigail Washburn, The
Decemberists). Merritt a décidé de s’entourer de musiciens brillants (Marc
Ribot…) mais capables de s’effacer pour mettre en avant sa voix – un peu moins
travaillée qu’auparavant. «Je me suis dit qu’il fallait que je devienne l’artiste
que j’ai toujours voulu être, et la personne que je souhaitais devenir étant
petite fille », confie-t-elle pour expliquer sa volonté de faire une
musique empreinte de la simplicité du quotidien. Sweet Spot est l’une des chansons
les plus accrocheuses de l’album, et raconte cette envie de devenir d’habiter
ses propres aspirations avec la plus grande sérénité : «I'm just looking
for that sweet spot/Where I can live the way that I want." « Cette
chanson décrit la sensation d’investir ce que vous faites de mieux, sans plus
chercher à forcer les choses. » La langueur pop la moins affectée du monde,
ici ou sur Too Soon to Go, c’est ce qui rend Tift Merritt le plus satisfaisante.
Et chaque musicien y donne le maximum de tendresse et de tripes. « Nous
voulions ce son dense, chaleureux, profond, riche, comme si vous vous trouviez
dans la même pièce que nous. » Ces chansons peuvent paraître trop
classiques à cause de la simplicité de leur approche, mais à travers chacune d’entre
elles Tift Merritt partage une passion des plus authentiques, une humeur
diffuse et engageante en même temps. Drifted Apart, en duo avec le Andrew Bird,
représente incarne parfaitement l’esprit de l’album. « Je voulais que
cette chanson se débarrasse de tout dramatisme – juste un homme et une femme,
très naturels, comme des amants sur le retour, qui ont fini de se battre. »
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