“…you can hear whatever you want to hear in it, in a way that’s personal to you.”

James Vincent MCMORROW

Qualités de la musique

soigné (81) intense (77) groovy (71) Doux-amer (61) ludique (60) poignant (60) envoûtant (59) entraînant (55) original (53) élégant (50) communicatif (49) audacieux (48) lyrique (48) onirique (48) sombre (48) pénétrant (47) sensible (47) apaisé (46) lucide (44) attachant (43) hypnotique (43) vintage (43) engagé (38) Romantique (31) intemporel (31) Expérimental (30) frais (30) intimiste (30) efficace (29) orchestral (29) rugueux (29) spontané (29) contemplatif (26) fait main (26) varié (25) nocturne (24) extravagant (23) funky (23) puissant (22) sensuel (18) inquiétant (17) lourd (16) heureux (11) Ambigu (10) épique (10) culte (8) naturel (5)

Genres de musique

Folk (118) Pop (88) Rock (81) Rock alternatif (78) Americana (72) indie rock (69) Folk-Rock (65) Blues (51) Country (42) Psychédélique (39) Soul (39) Rythm and blues (32) Alt-Folk (31) Expérimental (30) orchestral (29) Garage Rock (26) Synth-pop (25) Noise Rock (23) Rock progressif (20) Funk (19) Métal (17) Psych-Rock (16) Jazz (15) Atmosphérique (14) Auteur (14) post-punk (14) Dream Folk (13) Electro (13) Punk (13) World music (13) acid folk (13) shoegaze (13) Lo-Fi (12) reggae (12) Post-rock (11) Dance-rock (10) Stoner Rock (10) Indie folk (9) folk rural (9) hip-hop (9) rock n' roll (9) Folk urbain (8) Grunge (8) Rock New-Yorkais (8) avant-pop (8) Bluegrass (7) Surréalisme (7) instrumental (7) Post-core (6) Dub (5) krautrock (3) spoken word (2)

Trip Tips - Fanzine musical !

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dimanche 15 octobre 2017

SURPRISE PARTY - The Last Temptation of Chris (2017)


O
inquiétant, extravagant, groovy
Garage rock, hard rock, shoegaze

Chaperonnés par la maison de disques secrète Transistor 66, les quatre canadiens de Surprise Party la partagent avec le mirifique Scott Nolan, mais on les imagine mal faire avec lui ce que les américains appellent un split record, un album partagé. Leur rock psychédélique est à l'opposé des accents folk country réparateurs de Nolan. C'est une musique sombres, machiavélique même. Cette tendance intimidante est peut-être aussi l'un des courants dominants de Transistor 66.

C'est le son de l'affranchissement, un défi totalitaire à la société. Les guitares shoegaze à trémolos sont là, les synthétiseurs pour accentuer l'aspect caverneux, et la voix du chanteur (Danny ?) prolonge les syllabes d'un message incertain dans une texture déformée.

Gloom est un parfait exemple à la fois de la brutalité, de l'aspect sordide de la musique de Surprise Party. The Hunter enchaîne en mode clairement hard-rock à banshees. Toutes sortes de démons dansants traversent cet album, et j'ai écrit cela sans vraiment savoir qu'une chanson s'appelait Wrap Your Fears in Demons. Le disque se dresse là dans une forme de gloire chaotique.

Très abouti, The Last Temptation of Chris sonne comme l'album que Surprise Party veut enregistrer depuis ses débuts en studio en 2013. Ils y affrontent, avec des protections auditives, pêle-mêle, coïncidences inquiétantes, mauvais sorts jetés sur les personnes les plus innocentes, et expriment que le courage n'est qu'une affaire de possession, pas de volonté individuelle. Cet album dont vraiment rien n'est très clair – si ce n'est sa portée mentale, voire spirituelle. Psychedelic Girlfriend réussit l'exploit, malgré tout, de swinguer sexy. Les paroles expriment la jouissance de ne plus avoir de garde-fou, le masochisme de se faire violenter. Un bon résumé de l'album. « When you come inside me/i Wanna explode. » Le guitares tintent comme dans les années 60.

Puis retour à un son plus incommensurable et ébloui sur Svamvartasthayikalpa, légèrement plus pop. Et si vous n'êtes pas convaincus, reste le charme aérien dans les premières secondes de The Hell of no Respite. Et j'ai écrit « charm » sans voir qu'un la pièce de consistance garage de l'album s’appelait Hex. Cela fait de moi quelqu'un de possédé... The devil rules.

Ecouter l'album : 

https://surpriseparty420.bandcamp.com/album/the-last-temptation-of-chris

WIDOWSPEAK - Expect The Best (2017)



O
Nocturne, envoûtant, soigné
Shoegaze, rock alternatif


Qu'est-ce que le "meilleur" ? Est-ce mesurable ? Finalement le désormais duo britannique Widowspeak se serait dévoué à une musique entièrement personnelle, et font paraître leur meilleur album.

Molly Hamilton, dont le prénom seul évoque la retenue compassée, a puisé avec plus de vivacité et d'intelligence que jamais dans ses influences, descendant leur cours plutôt que de le remonter. Elle montre comment se sont divulguées en sous-main les inspirations du rock mélancolique, et de l'élégance excentrique. Les collaborations d'Anton Newcombe et de Tess Parks sont évoquées. Seule la rugosité manque.

Fly on The Wall arrive rapidement, et donne l'impression que tout est désormais suspendu à notre attention, notre souffle. Elle ploie lentement sous sa propre audace, dans une répétition qu'on aimerait beaucoup plus insistante. L'intensité de cet aboutissement, récurrent dans d'autres chansons comme Let Me, en dit long sur le ton de l'album, cette façon de retenir chaque émotion et de l'amplifier jusqu'à la toute fin.

Ces chansons, si elles démarrent avec de francs accords de guitare électro-acoustique, signature du groupe, ont bien plus d'inertie, de profondeur désormais. Quelques influences particulières ne nous quittent pas, comme celle de Hope Sandoval sur Warmer. Car la voix, fondue dans un sempiternel écho, est rejointe par des textures oniriques empruntant au jazz comme au rock, ce que Sandoval privilégie. Dans son timbre, Hamilton a ce mélange de conscience et d'innocence donnant, au fil des écoutes, la sensation d'une maîtrise totale.

Si le studio s'exprime aussi si bien, si l'espace s'entend dans sa dimension épique, terrible, et si limpide, c'est que Kevin MacMahon a travaillé à la fois avec Real Estate et Swans aussi, deux groupes dont les résultats en studio se détachent par leur précision.

Une chanson intitulée simplement Dog contient un refrain lumineux. « I wanna stay, i wanna stay, i wanna stay. » C'est une affirmation de présence physique, cette décision de vouloir influer plutôt que de quitter le monde. Au delà de cela, il y a des sons qui miroitent, chatoient, créent une harmonie mélancolique. Expect the Best fait l'évidence de la persévérance en musique : il faut du temps à certains groupes pour atteindre une apogée, en plus de s'entourer des bonnes personnes.

mercredi 19 avril 2017

SLOWDIVE - Slowdive (2017)



OOO
intemporel, apaisé, pénétrant
shoegaze, rock, pop alternative

Alors que le shoegaze semblait s’attribuer de plus en plus à un certain public et à des pronostics échangés sur internet, Slowdive vous incite, comme jamais ils ne l'on fait en leur premier temps, à sortir de votre PC et à vivre. Dans le temps en question, internet existait à peine. Ces années passées à ne pas jouer ensemble, puis à se retrouver en 2014, leur ont fait regagner une chance d'avoir une place dans le paysage, profitant aussi la défection d'Oasis, de Blur, des Libertines, de Franz Ferdinand... Ils ont attendu ce moment où les fans les retrouveraient, ceux-ci remisant leurs espérances pour rejoindre le groupe dans les concerts et façonner ensemble de nouvelles fonctions émotionnelles pour le monde, changé, de l'année 2017. Une date que le groupe s'approprie en jouant un rock vivant, entraînant, et simple.

Certains diraient que leur son a 'bien vieilli', mais a t-il été suffisamment écouté par le passé? Il arrive jusqu'à nous, sourd et langoureux, souterrain, identifiable comme celui d'un groupe revenant de loin et pourtant palpable.

Slowdive sait surprendre, et donner plusieurs dimensions à leur musique. Ils ne reposent pas seulement sur une texture aérienne mais arrimée, même si c'est une belle qualité que d'être si direct et statique sur Sugar For The Pill. Ils réussissent un disque enlevé, avec des changements de rythme au cours des morceaux, et où les thèmes communs avec leurs anciennes chansons – les dernières en date remontent à 1995 - ne se jouent pas au détriment des plus récentes. Ils ont montré en concert une volonté de régénérer leur répertoire, revisitant notamment des chansons réputées impénétrables de Pygmalion (1995), Crazy For You et Blue Skied An' Clear, en guise de douce revanche contre le temps et le music business qui aurait pu leur retirer, dans le cas où les contraintes auraient été les plus fortes, l'envie de s'aventurer de nouveau dans leur rock à l'aura nimbée de lumière.

Don't Know Why, une mélodie rappelant Machine Gun, est la première apparition notable de Rachel Goswell sur l'album. Elle réitère la même forme d'émanation sur Everyone Knows. Les arpèges de Falling Ashes font écho à Daydreaming, la chanson de Radiohead. Slowdive parvient, comme cet autre quintet britannique, à rester concret et attrayant pour le plus grand nombre malgré ses explorations. Le charisme insoupçonné de Neil Hamstead, qui troque son mal-être adolescent pour une maturité radieuse, hisse Slomo et Star Rowing bien au delà de ce que leurs trames laissent présager. C'est peut être lui qui évite à Slowdive de sembler engoncé dans son ancien désarroi.

Mais tout le groupe évolue de façon audible, comme ils l'ont fait entre leurs trois albums passés. Ils réitèrent le grand saut effectué entre chacun d'entre eux. Pour nous, le regret d'avoir attendu aussi longtemps est balayé par la réalisation que c'est de cela dont il s'agit, en musique : pas un timing, rapide et régi par des exigences fonctionnelles, mais plutôt un tempo, s'entendant selon des lois naturelles et le cœur de chacun. Sans encore élucider le message véhiculé par cet album, on en profite déjà pleinement. Les paroles méritent de rester inexplorées, admirées pour leur grain et l'endroit d'où elles émanent, aussi irréel que le sentiment que ce n'est pas un aboutissement, mais les signaux d'une présence intemporelle qui s'offre à nous. Les éléments vocaux et instrumentaux se combinent avec une grâce jamais attente auparavant sur un album de Slowdive, jusqu'aux chœurs finaux de Falling Ashes.

mardi 4 août 2015

ADVENTURES - Supersonic Home (2015)





O

O
intense, poignant
Indie rock, shoegaze

C’est le premier album de ces jeunes gens issus du groupe plus brutal Code Orange, et une façon pour eux de montrer leur côté chaleureux et doux, imaginez, on entendrait presque les anglais shoegaze des nineties Slowdive lorsque les voix de Reba Meyers et Kimi Hanauer se succèdent avec une empathie mutuelle dans Absolution : Worth Requited. Cette chanson centrale ouvre la partie de l’album la plus obsédante, avec Walk You To Bed, Tension et Long Hair . Comme le groupe anglais, ils ont un son à la fois intense et intime, intérieur. Ils ont d’énormes riffs d’intro et maintiennent la dramaturgie de ces amorces avec une suavité juvénile en diable. Les Smashing Pumpkins viennent aussi à l'esprit. Pourquoi leur formule est t-elle si efficace, sans rien inventer vraiment ? Parce qu'ils trouvent une cadence ne nous laissant pas le temps de buter, jouent d'une une souplesse et d'une précision redoutables, à ce point de leur carrière, une douceur hâtive qui emballe gentiment ces 30 minutes de musique.

Quelques circonvolutions rapides autour de refrains émotionnels et la chanson se termine, presque invariablement sous la barre des trois minutes. Démarrant toujours subitement, le contenu lyrique nous appelle à participer, laissant subtilement entrevoir un désordre mental, montrant un détachement apparent pour mieux nous laisser approcher et nous révéler tout l’enchantement fragile et nostalgique au fond. Il y a une jeunesse et une extase réparatrice là dedans, comme un ralentissement intangible au cœur de l’accélération.

jeudi 29 janvier 2015

A PLACE TO BURY STRANGERS - Transfixation (2015)








O
intense
noise rock, shoegaze, post-punk

Dead Oceans, comme les maisons sœurs Jagjaguwar et Secretly Canadian, sont installés à Bloomington, dans l'indiana, état dans un milieu tellement neutre que le tracé en est rectangulaire. Et au moins deux de leurs groupes viennent de Brooklyn, le quartier de New York qui sert de vivier à un nombre incalculable de groupes. A Place to Bury Strangers a cette image d'être 'le groupe qui joue le plus fort de New york. » N'est-ce pas les inciter à pousser encore plus loin ses expérimentations cyniques ? C'est un groupe sophistiqué qui se joue du colossal, du chaotique, de l'imprévisible, amené par Oliver Ackermann. Les pédales d'effets qu'il crée pour d'autres artistes, parmi lesquels Lou Reed, My Bloody Valentine, The Flaming Lips et Nine Inch Nails, donne l'image d'un homme sophistiqué à la tête d'un groupe qui l'est tout autant. C'est une musique porteuses d'espoirs techniques, génératrice de questions, à la recherche d'une transformation, d'un autre monde. C'est surtout du « fucking hard » rock. 


Achermann pense l'homme comme être augmenté, éprouvant des sensations capables de repousser les limites communément mises en place autour d'un groupe. Les murs du studio sont remplacés dans l'optimisme technique et futuriste par un 'espace de création DIY' qui s'appelle Death By Audio, 'tué par le son'. A Place to Bury Strangers est sa propre machine, auto-suffisante et capable de se relancer toute seule lorsqu'une panne se fait sentir. C'est ce qui est arrivé au moment d'enregistrer Transfixation. Selon le label Dead Oceans, Achermann 's'est heurté à un mur' au bout d'un mois pourtant fructueux de sessions auto produites. « C'est devenu trop, comme si j'entrais en fusion en quelque sorte. J'ai senti qu'il fallait que j'arrête, et je n'étais même pas sûr que l'album puisse être fini, ni si nous allions redevenir amis. » Il était peut-être temps pour lui d'endosser sa casquette 'très technique' et d'aider d'autres musiciens à réaliser leurs nirvanas sonores grâce à ses pédales d'effet. Une carrière passionnante l'attend dans cette voie. Mais finalement, la section rythmique constituée de Dion Lunadon (basse) et Robi Gonzalez (batterie) s'est mise en route, et le réminiscences habituelles se sont intégrées les unes aux autres dans un album qui est, comme les trois précédents, à écouter d'un trait. La pop est en retrait, le groupe est jeté dans l'arène, plus abrasif et live qu'avant (I'm so Clean). La froideur electro-punk du groupe séminal Suicide (sur Lower Zone par exemple), reprend du galon, les guitares sont comme des scies et le shoegaze se fait plus aliénant et caverneux (What We Don't See), grâce à la participation d'un autre spécialiste du genre, Emil Nikolaisen, de Serena Manesh, rejoint en Norvège pour l'occasion. A Place to Bury Strangers produisent un chaos physique qui en devient presque spirituel, sans doute un peu innovants, si ce n'est autant que les pédales d'effet.

dimanche 10 août 2014

CHEATAHS - S./T. (2014)





O
groovy, pénétrant, efficace
shoegaze, indie rock


Ils ont été décrits comme le lien manquant entre Dinosaur Jr. et My Bloody Valentine. Il n'y a pas les solos, ou même les compos épiques de J Mascis, ou encore l'agressivité sonixuelle de Kevin Shields/Belinda Butcher pour le confirmer. Mais dans cette ère où même Rather Ripped (2006), l'album des Sonic Youth, commence à s'éloigner et à faire partie de l'histoire, ce genre de rock les rappelant clairement ce qu'il est possible de faire avec des guitares électriques est le bienvenu. On a envie de croire que le shoegaze est plus fort que jamais, avec les sons de Loveless (1991) et tout le reste ressuscité. Le groupe sait ce qu'est le développement harmonieux d'une chanson : les meilleurs morceaux sont certains des plus longs : The Swan (très Sonic Youth), Mission Creep, IV... Cette dernière chanson montre leur capacité à nous faire rêver, plus souvent qu'à les soupçonner de répéter des formules, et dès lors, peu importe qu'il n'y ait pas de riffs particulièrement mémorables ; on y reviendra, encore et encore, car le shoegaze crée cette sensation de manque. A l'épreuve de la scène en Août à Saint Malo, déjà riche en jeunes sensations britanniques avec Toy et Temples, ils franchiront sans doute la ligne des groupes les plus attachants de 2014. Ils ont déjà l’attitude généreuse, produisant, mixant eux-mêmes dans une profusion de sons qui met à l'honneur toutes les guitares, jouant à se renvoyer des vagues de riffs comme celles de l'atlantique (du canada, le guitariste/vocaliste Nathan Hewitt a fini à Londres).

lundi 4 août 2014

CANDY CLAWS - Ceres & Calypso in the Deep Time (2013)





OO
original, soigné
shoegaze, dream pop, indie rock

Au début de l'année 2009, en plein hiver, Animal Collective faisait paraître Merriweather Post Pavillon, un album qui malgré les synthétiseurs gardait la vibration naturelle et la légèreté rayonnante des albums du groupe. Ils étaient le rayon de soleil que certains qualifièrent, dès le 9 janvier, d'album de l'année. Candy Claws respecte mieux les saisons en faisant paraître son album en juin. Mais le shoegaze (guitares fortes, riffs à effet brouillard, mélodies pop dans un chant voilé) et la dream pop semblent ces derniers temps en pleine expansion temporelle, depuis que My Bloody Valentine est réapparu 20 ans après leur dernier album. Quel que soit le moment de l'année, des groupes shoegaze, synthgaze, pop talentueux et audacieux prennent leur place dans le canon indie rock et font oublier l'impression surannée d'être une musique d'été. Candy Claws joue selon son propre livre, méticuleusement annoté depuis plusieurs années, ou désormais les riffs et les textures sonores sont balancées pas une précision mélodique évoquant plus le génie des années 60 (Phil Spector, les Beach Boys..) que les groupes des vingt dernières années. Ils ont réussi l'exploit du disque à la fois idyllique et bien construit, avec des réminiscences mélodiques qui jouent en faveur de la cohésion de l'album, des mélodies de plus en plus puissantes à chaque écoute, un son précis et détaillé. On se laisse quasiment bercer par White Seal, malgré l'étrangeté assumée de la production, noyant les voix. Quelques trémolos provoquent une irrépressible nostalgie. Sur Fern Praire, ces trémolos se mêlent de cordes d'orchestre dans un monde ou James Bond aurait croisé Willy Wonka.  Et des mondes, Candy Claws savent en construire à foison. Fell in Love et Pangea Girls continuent cette dichotomie entre le électricité discordante et rêverie. Une fois le principe accepté, on peut apprécier le voyage dans des ambiances et des rythmes toujours plus surprenants. 

dimanche 13 juillet 2014

SLOWDIVE - Pygmalion (1995)








OO
apaisé, inquiétant, onirique
electronica, shoegaze

Après l'écoute de Pygmalion et un aperçu de la carrière de Slowdive, c'est plus facile de voir ce qui rend un groupe attachant. Entre 1991 et 1995, ils n'enregistrent que trois œuvres avec juste assez de non-dits et de silences entres elles pour susciter le fantasme dans l'imagination. Nos rêves étant basés sur ce que ce groupe aurait pu être, et donc, par extension, deviendrait peu à peu dans les cœurs des auditeurs à venir. En 2014, Slowdive jouent de nouveau des concerts d'une grande qualité. Ils viennent combler le vaste espace qu'ils ont laissé en disparaissant sous les quolibets de la presse anglaise utilisant alors Oasis comme échelle d'appréciation. Just For a Day (1991) les a mis sur la route de Souvlaki (1993), avec lequel ils ont trouve l'apothéose de leur son, capable de provoquer tant d'effets complémentaires sur l'auditeur : relaxant, excitant et émouvant. Puis Pygmalion, enregistré presque entièrement à l'aide d'un ordinateur et de boucles, a presque failli déconnecter la musique de sa patte humaine, dans l'intention d’enregistrer l'album céleste ultime. On est loin de la musique d'ambiance de Brian Eno : d'abord parce que Slowdive reste un groupe. Qui décide de sacrifier presque tout ce qui faisait le succès des groupes des années 1990. Comme My Bloody Valentine avec Loveless (1991), ils poussaient leur volonté d'expérimentation dans ses derniers retranchements : mais alors que ce dernier ne laissait presque plus aucune place pour l'auditeur, Pygmalion fait une grande place aux appréhensions et aux inquiétudes que suscite l'écoute de cette musique. On y entend tout ce que l'electronica et le rock alternatif a fait de plus désolé depuis. S'ils fallait choisir un seul morceau, peut-être serait-ce Blue Skied and Clear : mais comme toujours dans ce genre d'expérience, chaque morceau contient des éléments visionnaires et participent de l'atmosphère qui fait qu'émane de Pygmalion un style affirmé, en dépit de ses contours diaphanes.


  • On peut écouter Alison ou Souvlaki SpaceStation pour se prouver que Slowdive faisait partie des grands du mouvement shoegaze. 
  • Inutile de préciser qu'ils ont beaucoup inspiré : Sigur Ros, Radiohead... Cette année, le groupe français Alcest, avec un morceau comme Delivrance, rappelle beaucoup Pygmalion. 


vendredi 20 juin 2014

FUCKED UP - Glass Boys (2014)



OOO
intense, communicatif
Punk rock, hardcore, shoegaze

Est-ce l'album ou est-ce le concert ? Je ne 'attendais pas à un tel retour en force de ce groupe de Toronto laissé de côté après l'achat du vinyle de Couple Tracks en 2010. Aujourd'hui, ils me semblent naturellement compter parmi les meilleurs groupes canadiens. La sortie du disque et le concert resteront comme un moment pivot de l'année et ils risquent bien de rafler mon titre de groupe de l'année. 13 ans de carrière et ils ont l'air si jeunes. 
Ils n'ont presque pas changé depuis la baffe monumentale de Hidden Worlds puis  The Chemistry of Common Life, un album qui s'ouvrait sur l'intense et inoubliable Son the Father et se poursuivait avec les addictives Crooked Head et No Epiphany entre autres. Peut-être que ce groupe n'a pas trouvé un plus large public parce qu'ils se sont posés dès le départ à la croisée du hardcore (le chant de Damian Abraham), de la grandeur sonore de visionnaires (que l'excellence technique du groupe ne remet jamais en cause, quelles que soient, semble t-il, les conditions dans lesquelles ils jouent) qui fait parfois même penser à Devin Townsend et à My Bloody Valentine et ... le punk. Le punk pour l’énergie potache, la performance unique d'Abraham, parolier touchant, précis et prolifique, qui résume bien l'idée du groupe de combiner l'esprit et le corps ; il y a un moment pour poser une prose à vif qui questionne le passage du temps et la place du groupe au sein d'un monde idéalisé, plein d'émotions perméables. Et il y a un moment pour le corps, suintant de sueur lorsqu'Abraham hurle ces paroles et multiplie les actes de bravoure devant son public heureux. Glass Boys montre, au minimum, avec quelle rare constance ils réussissent à reproduire les coup de l'album fleuve, où les hymnes à retardement se succèdent. Plus que Glass dans le sens de verre fragile, on est tentés d'y voir le miroir qu'ils nous tendent : on peut continuer de sauter dans tous les sens, mais il y a aussi cette manière de dire : regardez en arrière, tout ce qu'on a accompli !  

samedi 8 mai 2010

Serena Maneesh - No 2 : Abyss in B Minor (2010)



Parution : mars 2010
Label : 4AD
Genre : Shoegaze, Pop, Bruitisme
A écouter : Ayisha Abyss, Reprobate!, Melody For Jaama

Note : 7.25/10
Qualités : groovy, soigné
Extrait de la chronique de Pitchfork (traduction) :


Lorsque Sufjan Stevens apparaît dans les crédits du premier disque du groupe norvégien Serena Maneesh en 2006, cela semble assez aléatoire – sa pop douce, fraîche et orchestrée étant bien loin de leur embardée légèrement effrayante. Serena Maneesh a finalement produit une suite, avec Sufjan de retour, qui ajoute des fioritures à peine perceptibles (vibraphone, flûte, piano) à l’extase générale. Ici, la présence de Sufjan est un peu plus logique. 

Cette fois-ci, Serena-Maneesh met le challenge de Loveless (1991, My Bloody Valentine) de côté plus courageusement et bravement que n’importe lequel des autres groupes shoegaze du moment. Si la plupart des nouveaux utilisateurs de la pédale d’effet se contente de laisser leur guitare gémir pour améliorer leur riffs diffus, le Serena-Maneesh utilise bruitiste et pop l’un contre l’autre, mettant en scène une guerre interne dans chaque morceau. Le groupe sait écrire des crochets mélodiques, mais ces crochets doivent trouver leur chemin à travers des couches successives de bruit ambiant pour trouver la lumière. Pour atteindre le deuxième morceau, I Just Wanna See Your Face, vous devez d’abord traverser Ayisha Abyss, une ouverture instrumentale motorique de sept minutes parsemée de bribes insondables de conversations voilées. Et vous pensiez que I Wanna See…, une love song de trois minutes, se révélerait beaucoup plus conviviale, mais non, pas vraiment. Même là, tout semble se battre contre tout le reste, comme des riffs de guitare à demi-formés se boucculent les uns contre les autres, et la mélodie, même bien faite, ne se décide jamais qu’a moitié. Serena-Maneesh fait travailler vos oreilles.

Le plus souvent, le groupe récompense cette attention. Il y a ici presque autant de Primal Scream à l’époque de XTRMNTR qu’il y a de My Bloody Valentine. C'est amusant d’entendre la façon dont ils orchestrent le chaos sur une chanson comme Honey Jinx, où, à un moment donné, vous entendrez une flûte, des carillons et un chant narcotique quasi-médiévaux, avec un riff misanthrope de doom-metal pour accompagner. Sur le morceau de fermeture Magdalena (Symphonie n ° 8), les guitares acoustiques et l’utilisation de bongos adoucit l'humeur, mais ne peuvent percer l'épaisse couche de drone visqueux qui contamine tout.

Ma chronique :
Ayisha Abyss pose la barre haut ; l’ambiance glaciale et magnifique faite de sons entrecroisés, de tonalités différentes, et le rythme métronomique se développent en une longue plage aussi rêveuse qu’elle est inquiétante. C'est l'un des quelques titres qui annoncent une direction plus originale, presque dansante, à la musique de Serena Maneesh. Emil Nickolaisen confie adorer le rythme, et larrivée au sein du groupe du claviériste Aadne Meisford, fan de Kraftwerk, Neu!, Cluster, etc. y est sûrement pour quelque chose.
Des ambiances ouatées ressurgissent régulièrement, sur la fin de Reprobate!, sur Melody For Jaama ou sur Magdalena à la fin (qui distille une ambiance vaguement easy-listening), et on ne peut que saluer le travail sur les textures qui fait que l’on passe un moment agréable à l’écoute de Abyss in B Minor. Tout cela manque pourtant un peu de focus, de repères, comme si l’inertie était trop grande. Au moment de pièces comme Blow Yr Brains in the Morning Rain, cela joue en leur faveur puisque on a l’impression d’un flottement.


Ce disque est un grower. Peu marquant au début, il devient de plus en plus passionnant au fur et à mesure que l'on se met à apprécier tous les détails sonores qui le constituent. Et Emil Nickolaisen, qui produit le disque, apparaît peu à peu comme un possédé du son comparable à Kevin Shields. Serena Maneesh a cette étincelle qui manque à nombre de formations inspirées par My Bloody Valentine ; la volonté de non seulement de recréer mais de produire des sonorités, des textures inédites. Ayisha Abyss, c'est d'abord cela. Serena Maneesh peuvent trè-s bien être les nouveaux chantres d'une culture rock portée sur l'innovation et l'invention autant que sur une esthétique très poussée. Pour couronner le tout, il y a dans les quatre premiers morceaux au moins deux titres imparables (Reprobate! et Melody for Jaama). On ne sait pas encore jusqu'où porte leur intérêt, mais ils sont en passe d'être parmi les formations les plus excitantes du vieux continent.

vendredi 15 janvier 2010

Girls - Album (2009)





Parution22 septembre 2009
LabelTrue Panther
GenreRock, indie rock, shoegaze
A écouterLust for Life, Hellhole Ratrace, Summertime
/107.25
Qualitésattachant, spontané

Tropicale/Gothique/Trash annonce la traditionnelle banderole censée définir le style musical de leur duo sur MySpace. Ce n’est pas parce que c’est le premier album, mais Girls est un groupe dont le potentiel laisse rêveur et dont les influences musicales sont étonnantes. On se dit qu’ils essaient d’apparaître plus aliens qu’ils ne le sont vraiment, mais c’est peut être parce que leur plus heureuse inspiration vient du glam-rock et de Bowie circa Ziggy Stardust. Une autre piste quasiment validée si l’on considère les différentes postures qu’adopte le chanteur Christopher Owens et le clip sexy (ou pas) de Lust for Life, le morceau qui ouvre le disque.

Avant de connaître le passé trouble de Owens et l’honnêteté qui lui sort par toutes les pores, on peut passer son chemin aux environs du troisième morceau de Album – à moins d’avoir été retenu par le refrain efficace de Laura ou par la voix sans complexe de « ce chanteur qui fait un peu extraverti pour ne pas dire plus ». Un ton assez naïf rend l’expérience un brin amusante : “You've been a bitch, I've been an ass/ I don't wanna point the finger; I just know I don't like this, I don't wanna do this."

Les choses changent sur le quatrième titre, God Damned. Relecture de T Rex ou Bowie, le sens du mot décomplexé s’explique de lui-même ; en musique, c’est se foutre d’importer telle ou telle influence – ici, guitare électro acoustique, percussion rampante et voix bluffante, le tout envoyé en un élair – cette voix qui nous fait éprouver à la fois tant de dédain et, dans ces quelques moments, tant d’admiration.  Hellhole Ratrace est single singulier puisqu’il s’agit sur disque d’une ballade de quelques sept minutes qui ne décolle jamais vraiment. Pour un album ou tout a souvent été décrit comme spontané, l’application impressionne ; le duo va jusqu'au fond des choses, transformant sa ballade en chanson shoegaze hallucinée. C’est lumineux, c’est mélancolique.

Tout respire l'aisance sur Album. Les structures de guitare souffrent sans doute de quelque faiblesse technique – avis aux guitaristes pour le grand débat de cette fin – début d’année. Mais la manière dont s’enchassent lignes claires et nappes rêveuses relève d’une élégance et d’une habileté rares. On termine, après Summertime et autres Morning Light, impressionné. C’est un disque sans temps morts, et suffisamment varié pour vous faire oublier sa quelque monocromie thématique ; Girls ne parle que de filles – et d’histoires de cul.

Au niveau médiatique, Album a provoqué un tollé impressionnant et on peut dire qu’une telle excitation est justifiée.

  

Githead - Landing


Githead, ce sont des musiciens expérimentés (dont Colin Newman, un ancien de Wire, groupe de post punk quasi culte) qui dispensent une musique encore fraîche, après cinq ans de carrière. Devenu aujourd’hui une entité à part entière, débarrassée de son background de supergroupe, ils dispensent une musique qui, à défaut d’être originale, a des accents de gravité et d’élégance qui rappellent l’étonnante et énigmatique maturité de formations comme My Bloody Valentine. Sur Landing ou From my Perspective, le rapprochement est inévitable. Newman, Max Franken, Malka Spigel et Robin Rimbaud apparaissent comme des musiciens middle-age impressionnés par les découvertes tardives du rock – Stereolab, Bolshoi, MBV - mais pas totalement étrangers aux grooves en forme de piste de décollage de Can ou Hawkwind puis de New Order.

Ils ont notamment un pied dans les années 1980, bien que ces influences soient complètement relues sur Landing. Ainsi, Faster évoque une ouverture de Cure, – tel un Plain Song dénué de tout romantisme – cette structure allongée et muette. Vient aussi à l’esprit l’effet tunnel des rythmiques Krautrock, avec basse rebondissante. L’adresse de Githead vient du fait que si de telles structures accouchent ces derniers temps de formations incapables de susciter la moindre dynamique, eux parviennent à lifter et mélanger leurs savoirs-faire sans perdre d’efficacité. Before Tomorrow rappelle quant à elle un vieux Depeche Mode – la référence les ferait sans doute sourire -, surtout au niveau du refrain. Toujours ces battements métronomiques, que couvre une boucle de guitare, un riff juste tiède. Landing a des relents de shoegazing (guitare vrombissante et voix claire – le meilleur genre de rock des années 1990 ?) et Displacement and Time groove comme Kraftwerk (car Kraftwerk ont du groove), vocodeur compris. « Maximize » répète la voix, pour celui qui cherche à optimiser une performance. C’est réussi.

Les meilleurs titres sur Landing sont sans doute les plus atmosphériques et doux ; Landing chanté par Malka Spigel - la parité est assurée tout le long au niveau du chant. On est en terrain familier, mais c’est toujours plaisant, même confortable de retrouver ces nappes enivrantes et pleines de faux semblants : on se demande ce que Githead nous cache en jouant la carte pop. Pour le reste, c’est guindé, élégant et légèrement excentrique. Assurément moderne, peut être un peu lisse. "You don’t know me, so back off", avertit Malka sur Ride. Au niveau musical, dans les meilleurs moments, c’est à la fois métronomique, épique, groovy.

Même dans l’isoloir que nous concocte Githead pour restituer la sensation du cockpit, les vieilles rengaines reprennent le dessus. Des personnes qu’on ne voulait pas forcément croiser ni entendre, ces punks, vont apparaître. Over the Limit continue comme douce bizarrerie, Newman ressuscitant Wire dans une chassé croisé post punk qui dans cet environnement volontairement aseptisé, devient de façon inattendue une fantaisie.

C’est une musique qui reste avec vous pour quelques temps. Cependant, quelques longueurs, et une expérience qui, sur l’écoute intégrale de l’album, peut être frustrante. Si les morceaux à leur état individuel déploient d’indéniables performances, mais semblent toujours construits comme des openers, comme pour annoncer ce qui va suivre… et qui semble ici n’arriver jamais. Ce n’est qu’a l’arrivée de Tranmission Tower que les choses changent. L’album capitalise enfin l’émotion auparavant contenue et éloigne les menaces de stérilité. Cette faiblesse n’est par ailleurs pas automatiquement un défaut ; si vous cherchez un disque qui ne vous mène nulle part en particulier, Landing fera l’affaire.

Githead parvient à rester mystérieux malgré tout l’explicite qu’il met dans sa formule – phrases courtes et répétées, structures indestructibles éprouvées cent fois ; alors, d’abord, l’accélération ; le décollage, l’atterrissage, mais sans destination. Comme une grande boucle, une trajectoire en point d’interrogation. Les perspectives du mouvement, admirablement traduites en musique ici, seront peut être plus tard utilisées pour voyager de manière plus progressive – sans vouloir attribuer à Githead les qualités tripesques de formations qui en font leur ressort.


  • Parution : 9 novembre 2009
  • Label : Swim
  • Producteur : Robin Rimbaud
  • A écouter : Take Off, Lightswimmer, From my Perspective
 
  • Appréciation : Méritant
  • Note : 6.25/10
  • Qualités : rétro, groovy, shoegaze

mercredi 2 décembre 2009

No Age - Losing Feeling (2009)



Parution : 6 octobre 2009
Label : Sub Pop
Genre : Garage rock, shoegaze
A écouter : Les 4 morceaux de bout en bout !

Note : 7.25/10
Qualités : frais



No Age est un groupe qui apprend vite. Enchainant les concerts avec une frénésie exemplaire, ils décident de donner à leur maison de disques, Sub Pop, une nouvelle raison de les féliciter. Un EP de quatre titres, s’il sort au moment opportun – ici, à la suite de Nouns (2008), l’album acclamé qui les a propulsés parmi les favoris de l’amérique alternative  - est tout à fait profitable. Moins de travail à fournir, et pourtant un objet tout à fait abouti, vendu en 12 pouces comme un album à part entière, et qui plus est avec une superbe pochette. Leur son est un peu noisy, agressif  ? Pas de problème, ils y trouvent le contrepoint pop de luxe (le morceau Losing Feeling) tout droit emprunté aux My Bloody Valentine.


C’est aussi à leur prédilection pour les EPS que l’on reconnaissait leurs ainés irlandais. Une poignée de ces précieux sésames sont parus au début des années 90, qui ont quasiment disparu, éclipsés par mes « vrais » albums, Isn’t Anything (1988) et Loveless (1991), tous deux chefs-d’œuvre. No Age, avant de mettre sur le marché leur première galette complète Weirdo Rippers en 2007, ont ainsi donné le jour à 5 ersatz successifs. Une pratique qui peut être justifiée par la volonté de mettre à disposition du public le travail au fur et à mesure qu’il est terminé ; et aussi, si les morceaux trouvent leur cohérence dans cette courte séquence, rien à dire. On peut croire que le format court leur sied puisque Weirdo Rippers (2007) comme Nouns dépassaient à peine les 30 minutes.

"On imagine le corps du morceau se libérer des mains qui essaient de le saisir, traverser le carreau en plongeant et disparaître."



La concision sied particulièrement bien à la formule intense de Dean Spunt et Randy Randall. Ils attirent l’attention, surtout depuis Nouns, pour savoir si bien maîtriser l’étrroitesse qu’ils donnent à leurs enregistrements. Ces quelques pistes resserrées balançant de manière équilibrée entre mélodie, fuzz et cœur de chanson – deux ou trois couplets. Parfois excentriques (Things i did When i Was Dead sur Nouns), mais, comme ce sera mis en évidence sur ce nouvel EP, jamais effrayantes ni vraiment marquantes ; et c’est voulu, pense t-on. On se surprend vaguement imaginer Genie jouée en acoustique. Ici, une façon de chanter assez particulière pour être mise en valeur.



Sur Losing Feeling, ils livrent quatre morceaux parfaits. No Age est bien plus rêveur qu’on l’imaginait auparavant. C’est à travers Aim at The Airport, titre instrumental, que l’on saisit le mieux l’essence du groupe. Sa tentative est d’effleurer les choses plutôt que d’y pénétrer, d’atteindre une sorte de grâce qui puisse donner à ses charges indie une dimension quasiment Floydienne. No Age apparait comme un duo équilibré, dont la musique est plus grâcieuse qu’il ne m'a semblé à l'écoute de Nouns. Lors de charges plus électriques, on assiste encore à un évitement plutôt qu’a une confrontation ; c’est le cas sur Sleeper Hold (Nouns) par exemple. On imagine le corps du morceau se libérer des mains qui essaient de le saisir, traverser le carreau en plongeant et disparaître.



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