“…you can hear whatever you want to hear in it, in a way that’s personal to you.”

James Vincent MCMORROW

Qualités de la musique

soigné (81) intense (77) groovy (71) Doux-amer (61) envoûtant (60) ludique (60) poignant (60) entraînant (55) original (53) élégant (50) communicatif (49) audacieux (48) lyrique (48) onirique (48) sombre (48) pénétrant (47) sensible (47) apaisé (46) lucide (44) attachant (43) hypnotique (43) vintage (43) engagé (38) Romantique (31) intemporel (31) Expérimental (30) frais (30) intimiste (30) orchestral (30) efficace (29) rugueux (29) spontané (29) contemplatif (26) fait main (26) varié (25) nocturne (24) extravagant (23) funky (23) puissant (22) sensuel (18) inquiétant (17) lourd (16) heureux (11) épique (11) Ambigu (10) culte (8) naturel (5)

Genres de musique

Trip Tips - Fanzine musical !

mardi 13 octobre 2009

{archive} Roy Harper - Stormcock


"Stormcock was born in 1969 as I began to stretch my wings. »… Stormcock est un vieux nom anglais pour un genre de grive ayant la particularité de chanter fort et mélodieux surtout en cas de mauvais temps. Et Roy Harper, à la tête des quatre pièces de ce disque, est un bel oiseau. Quatre énormes pièces dont on désire bien vite connaître toute l’histoire.

Roy Harper a produit son premier disque, Sophisticated Beggar, comme l’exercice d’un musicien de cabaret qui avait l’habitude de jouer dans un endroit appelé Les Cousins. Cependant, dès son second disque Come Out Fighting Genghis Smith, il va s’aventurer dans une musique plus progressive, avec une pièce à l’écriture engagée – « longer statement » de onze minutes, Circle.

Aussitôt insatisfait du travail qu’il vient d’accomplir, il va créer avec Folkjokeopus sa première aventure épique.

Le disque donnait dans l’éclectisme et pêchait d’être légèrement inégal – montrant la fascination de Harper pour un mysticisme oriental comme pour les Beatles, mais encore illustrant son inclinaison pour les numéros jusqu’au-boutistes (avec, un blues de dix-sept minutes qui s’élève en spirale, Mc Goohan’s Blues – ou un titre quasi-instrumental de huit minutes, One for All). Les paroles révélaient un humaniste de gauche, ferme opposant à l’ordre et la justice établis.

Hantée, She’s the One était aussi une excellente chanson, ce qu’on pourrait appeler du pur Roy Harper - fiévreux. Chacune dans son style, les morceaux du disque proposaient des tableaux obsédés par la perfection ; le souffle épique, le registre dense y était contrebalancé par des morceaux plus légers – Exercising Some Control, Manana.

Alors que Roy est ensuite pris sous l’aile de EMI par intermédiaire de la maison de disques Harvest, il va produire un disque – Flat Baroque and Berserk - plus accessible mais toujours très exigeant et brûlant au niveau lyrique, avec notamment la chanson I Hate The White Man.

Stormcock a, entre autres, ce même genre d’exigence. Roy Harper y laisse son appréhension vagabonder. Dressé contre la cruauté, après les manifestations qui fustigeaient la guerre au VietNam – en 68, à Grosvenor Square, dans le quartier de Mayfair à Londres, Harper y était, et Mick Jagger aussi.

Cet album, on peut le suspecter, est aussi une vraie machine de guerre autour de l’ego de l’artiste, qui ne parvient pas, malgré d’excellents travaux comme Flat, Baroque and Berserk, à obtenir une grande reconnaissance.

Stormcock est conçu comme une suite de quatre morceaux, majoritairement faits de la voix et de la guitare de Roy Harper - l'étiquette folk y est encore plutôt évidente. Cependant, la longueur et l'ajout de divers instruments, comme le hautbois, allait faire de ce disque une nouvelle étape dans l'histoire de la musique folk, l'amenant à de nouveaux idéaux orchestraux.

Si l'ambition de Harper avec Stormcock est d'abord personnelle - laisser sa marque dans un paysage envahi par les groupes énormes, elle est aussi d'apporter quelque chose à genre musical dont il se montre largement insatisfait. "I was listening to Crosby, Stills and Nash and The Beatles at the time and thinking, They're not saying it properly !" En réalité, l'artiste trouvait trop peu marquantes les chansons de ces groupes à cause de leurs formats courts et de leur idéalisme évaporé. Ces travaux faisaient pour lui peu de sens. C'est bien l'esprit des années 60 qui est combattu par Harper dans cette réflexion ; il y a la volonté de faire une musique plus responsable. A la recherche d'images plus fortes, il va trouver Lennon meilleur, quoiqu’imparfait.

Stormcock concrétise son projet d'amener la musique populaire plus loin, en dispensant des images plus fortes. Le format des morceaux ne signifie donc pas que le contenu soit dilué ; en réalité c'est un disque qui dure conventionnellement quarante minutes - et n'est donc pas tant un happening de forme qu'une volonté de révolution sur le fond. A sa façon, Robert Wyatt, autre musicien anglais culte, produisit un travail dans le même esprit avec Rock Bottom. (Ce que je qualifierais de happening de forme, c’est un disque du genre de Tales from Topographic Oceans, de Yes).

Roy Harper apparaît comme un personnage un peu réservé – peut être prisonnier de son égo qu’il ne veut partager -, réaliste et très ambitieux. Il est aussi un excellent musicien ; non content d’écrire pour les quatre pièces de Stormcock des histoires qui débordent à dessein le statut de simples chansons – sans effort apparent, Bob Dylan a fait de même, à sa façon, avec Desolation Row, sur Highway 61 RevisitedHarper fait preuve d’une endurance et d’une dextérités seulement égalées par son aptitude à toujours revenir sur les bases qu’il commence par poser.

Pour s’en tenir aux paroles, Hors d’Oeuvres évoque le cas d’un criminel qui fut condamné à mort après avoir défendu son propre cas pendant dix ans, ce qui fit de lui, virtuellement, un avocat.

One Man Rock’n Roll band (écrit pendant un pèlerinage à Big Sur, la terre Californienne célébrée par Kerouac, dont Harper est admirateur), met en scène toute une série de personnages. The Total Stranger, Johnny Soldier, The Grandad, Nero et le Cardinal Doomsday, qui dessinent la futilité du conflit au VietNam, tel qu’il a été pointé au cours de la fameuse manifestation de mars 68. Roy Harper se considérait comme un témoin privilégié des évènements, sentant qu’il avait pu vivre la violence telle qu’elle éclata au moment des manifestations. Il dira d’ailleurs : « I wanted to broadcast injustice to the world because i knew what injustice felt like ».

The Same Old Rock s’atèle à « la grande désillusion de la religion organisée. » Quant à Me and My Woman, il questionne le refus de l’humanité à se mettre face aux problèmes environnementaux que cause sa présence.

Attaquant l’hypocrisie et la nécessité d’une politique de spectacle, Harper brûle son talent en images surréalistes mais aussi réalistes – une époque menacée par le mysticisme à la crédibilité fragile de Yes, de David BowieZiggy Stardust, vous connaissez ? - ou même de l’ami guitariste de Roy Harper, Jimmy Page. C’est un déluge d’idées qui forme, jusqu’à la chanson épique Me and My Woman, un tableau de talent cru.

Le travail narratif rendu par la musique composée est supérieur tout ce que Harper a fait auparavant. Ces compositions sont des échafaudages solides, de l’architecture ; plutôt que simplement aller de l’avant, Harper façonne différents paysages. C’est particulièrement visible dans les deux pièces les plus longues, qui semblent contenir plusieurs chansons emboitées, nous donnant la sensation que Harper a ouvert tout les tiroirs de son esprit, a mobilisé toutes ses forces. Cette nouvelle complexité, dans The Same Old Rock ou Me and My Woman – inspiré par Wagner -, témoigne des progrès de l’artiste depuis son blues de plus d’un quart d’heure sur Folkjokeopus, qui, bien que passionnant, était, si l’on parle de stricte musicalité, répétitif. Ou, au moins, il y manquait l'orchestration qui fait de Me and My Woman une pièce néo-classique.

Page, sous le pseudonyme de S. Flavius Mercurius, y joue un mercenaire de qualité, apportant pour The Same Old Rock un riff digne de Led Zeppelin et un solo que Roy, déjà, l’imaginait jouer en écrivant le morceau. Page et ses pairs ont d’ailleurs enregistré une chanson hommage à Harper – qui a aussi influencé Pink Floyd aux alentours de 1971.

Le travail de Harper est aussi porté sur la voix, ce que Mc Goohan's Blues illustrait déjà de façon excellente. Le musicien se pose dans la catégorie des rebelles vocaux, ceux qui, à la suite de Dylan, n’ont plus craint d’émettre ce que leurs détracteurs ont considéré comme des plaintes davantage que comme du chant. Souvent sur le fil de rasoir, la voix de ce disque se soucie peu d’être dans le ton, aillant sa propre et remarquable personnalité, et sa fragilité. L’alchimie opère aussitôt. Le prouve Hors d’œuvres, qui, par un habile jeu de crescendo, permet à Harper d’escalader peu à peu des échelons imaginaires de son art. En même temps, le morceau garde cette étrange léthargie que possède, par exemple, Fearless, sur Meddle de Pink Floyd.

Travail commencé au beau milieu d’une fièvre créatrice, il est probable que Stormcock a été difficile en gestation. Tout, dans le sens aigu de la perfection qui s’en dégage, indique les monstrueux maux de tête qu’a pu avoir Harper. Même si sur quelques passages il semble se fier à son instinct qui est un penchant pour grandeur, instrumentalité et mysticisme – la deuxième moitié de The Same Old Rock – donner tête et sens à de telles délibérations demande du souffle. Il est su, par exemple, que les méthodes d’enregistrement rudimentaires ont obligé à concevoir Me and My Woman en deux parties, à cause de sa longueur avant de les relier par une note de hautbois, ce qui a été très long à mettre en place.

L’énergie que l’on dit Harper avoir alors consumée est semblable à celle qu’a mise Lou Reed dans Berlin, un autre genre de revanche sur l’adversité. Mais comment exister, sinon, face aux archétypes immenses que constituaient les Stones, etc.?

Harper a compris que la musique qu’il jouait, si elle pouvait être naturelle et spontanée, devait tout de même dégager une intelligence particulière et qu’il lui fallait travailler à multiplier les idées en amont. C’est à cette époque que son nés les premiers albums concept, provenant d’artistes – The Pretty Things, The Who – qui sentaient que là, sur l’écriture, sur l’histoire qu’allait raconter leur disque, se jouerait la nouvelle concurrence. Stormcock n’a pas joué autour d’un thème, mais c’est le talent brut que Harper a montré, avec une once de prétention, mais tout à son avantage ; il a réalisé un disque capable de rivaliser avec les grands noms d’alors et d'en surpasser beaucoup en originalité.

Le problème qui s’est posé à la parution du disque concernait le fait qu’il était impossible d’en extraire un single, étant donné qu’il s’agissait d’une pièce de musique soudée. Cela déplut fortement à la maison de disque, qui comptait bien exploiter la maigre popularité que Harper avait gagnée à être cité dans un titre de Led Zeppelin paru l’année précédente, Hats Off to Roy Harper.

Cependant le cas de Roy était assez enviable si l’on considère que d’autres troubadours, incapables de se plier au « jeu de l’exercice stylisé » entrainé par les plus gros vendeurs de disques, n’auront même pas la même chance. Nick Drake, par exemple. Et Bob Dylan lui-même ne ressurgira qu’en 1975 avec son sang froid habituel, disant très justement qu’il ne fait qu’écrire des chansons. On ne lui en demande pas plus, et pourtant, personne, sur la durée, ne rivalise avec lui.

Quand la concurrence étouffe le talent – et en fabrique quelques cimes…

L’oiseau n’a pas tout à fait cessé de chanter. Il a accompagné, en 2007, l’un de ses élèves spirituelles ; Joanna Newsom, qui avec Ys a produit un disque parfait et quelque part ressemblant à Stormcock.
  • Parution : 1971
  • Label : Science Friction
  • A écouter : The Same Old Rock

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire

Related Posts Plugin for WordPress, Blogger...