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vendredi 29 mai 2009

Sunn O ))) - Monoliths And Dimensions (2009)


Je me demande, en écoutant Sunn O))), quelle musique d’aujourd’hui trouverait le sa voie dans un monde transformé, demain. Si, par exemple, une espèce remplaçait l’être humain sur terre, et qu’elle soit aussi sensible que l’aient été certains d’entre nous pour ce qui est de la matière musicale, quels seraient ses penchants ? Je ne sais pas si les Beatles, les Stones ou même Sonic Youth, bénéficieraient d’une attention quelconque dans cette époque avancée. Quels que soient les mérites auxquels ils ont droit pour tous les services qu’ils ont rendus à l’humanité, pour recherche musicale, etc. En revanche, en lieu et place de cette musique reflet-d’une-époque qui finira forcément par vieillir parce qu’elle est d’abord une chronique sociale sonore, ou ce que vous voulez, d’autres projets, qui touchent à la spiritualité par la musique, semblent pouvoir durer toujours. Il y a dans le feedback de Kid A (Radiohead, 2000), les échos de Echoes (Pink Floyd, 1971), la musique contemporaine de Penderecki, et toute la manne de bourdonnements d’outre tombe dont seule une infime partie semble immergée et commercialisable (Merzbow, John Wiese, Boris, Xasthur, Leviathan, Joe Preston, Julian Cope), quelque chose qui touche à un désir de communication avec un auditeur qui n’est pas encore là. Tout cela est rapprochements futiles et cause de science fiction, ainsi venons-en au fait.


Déjà sept albums pour Sunn O))), ce duo américain composé de Stephen O'Malley et de Greg Anderson, aperçus à flanc de colline, vêtus d’une toge et encagoulés, leur guitare négligemment jetée sur l’épaule comme un instrument de guerre. Ils se découpent comme deux tristes sires errants, et il y a bien deux manières d’interpréter cette façon curieuse de transporter leur guitare ; soit ils sont livrés au désespoir de ne savoir comment se réinventer sans sombrer dans le ridicule, soit ils regardent de haut certains aspects de leur grande culture musicale et ces gens auxquels ils ne voudraient pas trop être associés (je parle de pionniers de la six cordes comme outil noble ou bruitiste). Une chose est sûre, ils s’imposent en patrons d’un style, le Drone métal. Je ne connaissais par ce genre musical, et n’ai que très peu d’informations à propos de cet album. Il s’appelle Monoliths et Dimensions, ce qui évoque assez l’ambiance de 2001 : A Space Odyssey, le film de Stanley Kubrick. Un monolithe qui donnera peut être à nos successeurs des informations sur la civilisation qui les précédaient. On ne peut s’empêcher de se le dire, la révélation prend des airs de farce assombrie grossièrement par un tas de peinture noire. Sans mauvaise allusion au visuel peu engageant. Le tout est de continuer à croire que le recul nécessaire est pris, parce qu’on a affaire à deux mélomanes aux commandes, et qu’ils ont du métier.


La première écoute a été captivante mais je ne sais toujours pas, sincèrement, si l’entreprise est totalement honnête. J’ai envie de dire oui, mais garde quelques réserves. Je n’ai pas poussé le volume comme il était conseillé quelque part sur le net (MAXIMUM VOLUME YIELDS MAXIMUM RESULTS). Surement une manière de convaincre tous vos voisins d’y prêter une oreille. Mieux que de se retrouver définitivement isolé de la communauté des vivants. Lorsque des commentaires sont faits sur l'œuvre de Sunn O))) dans son ensemble, on vante un affinement constant des arrangements. Je viens d'écouter Black One (2006), le précédent album, et je l'ai trouvé très différent de celui-ci. Une comparaison n'est donc pas la meilleure façon d'appréhender ce nouvel opus.
Les harmonies et les tessitures sont remarquables, mais à mon avis, l’essentiel n’est pas là. Le temps donné aux morceaux installe une sorte de transe et de frisson d’angoisse. Il ne faut pas en faire de l’ambient, sans quoi cette tension ne survient jamais.

Les deux têtes précitées sont aidées ici d’un compositeur contemporain et d’un certain Attila Csihar aux incantations. Ce dernier a une voix qui a l’air de vouloir vous transformer en marionnette écervelée (dans le cas ou la volonté est d’établir une communication), à moins qu’il ne s’adresse qu’a lui-même (monologue). Les guitares drone, caractéristiques du groupe, qui évoluent en spirales d’une lenteur implacable, sont associées à des chœurs sur Big Church d’une façon qui laisse à se demander si tout ce cirque n’est pas juste un vaste clin d’œil à la musique underground un peu maladroite, par voie ironique et catholique. Ce morceau de neuf minutes est le plus original et le plus mémorable. Big Church est construit de trois parties de trois minutes chacune. Cette structure même en appelant à une forte sensation que la superstition, si ce n’est le pessimisme, est le moteur créatif du duo. Superstition que les titres laissent éclater, références pseudo-obscures, tantôt à Jacolliot ou à Alice Coltrane, tantôt à la cité grecque de Cydonia ou à deux immenses reliefs sur Mars. 


La deuxième partie est un peu moins convaincante, car à mon sens moins originale. Hunting and Gathering (Cydonia) semble renouer avec un côté davantage métal, et apparaît comme la pièce la moins surprenante malgré l’apparition de chœurs masculins, bien différents de ceux du précédent morceau. Un instant, il nous semble avoir plongé dans un univers aussi baroque que barré. Alice, enfin, un Soundscape apaisé de 16 minutes qui marie guitares et trombone pour un effet moins surprenant que les autres morceaux (il faut dire qu’arrivé là on en a déjà entendu beaucoup), mais qui se revendique, toujours avec beaucoup d’humour, gageons-nous être le lointain parent sonore de Miles Davis. Il y a là peut être une vraie élévation, bien que si elle existe, elle est due à exactement l’inverse d’une ferveur lyrique. Le fond de la farce est atteint, et force est de constater qu’elle a pris les traits d’un voyage inédit.

Aghartha, longue litanie d’ouverture de 17 minutes, déploie sa violence sourde après cinq minutes d’accords grondants qui évoquent le post hardcore de Neurosis, mais en plus étouffant encore. Autant grognements préhistoriques que sons d’un futur lointain. S’ensuivent incantations, craquement de coque d’un bateau fantôme et bruits d’eau. Y-a-t-il vraiment une intention à tout cela ? Je ne pense même plus à une intention musicale. Car c’est d’une autre dimension qu’il est question ici. Toute l’aventure se termine peut-être en noyade. Mais, si vous saisissez, nous n’en sommes qu’au tiers des cinquante minutes que dure l’album. 

Parution : mai 2009
Label : Southern Lord
Genre : Drone, Expérimental
A écouter : Aghartha, Big Church


7.50/10
Qualités : hypnotique, puissant, lourd

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