“…you can hear whatever you want to hear in it, in a way that’s personal to you.”

James Vincent MCMORROW

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Genres de musique

Trip Tips - Fanzine musical !

jeudi 27 octobre 2011

Candye Kane & Laura Chavez


Actualité novembre 2012 : j'ai pu interviewer Candye Kane lors de son passage à Verneuil sur seine dans le cadre du festival Blues sur Seine. Je publierai cette interview prochainement, ainsi qu'un live report du concert. L'ensemble devrait paraître dans le fanzine Trip Tips n°21

Laura Chavez, Candye Kane.

Nous sommes au moment de Superhero, l’album de Candye Kane paru en 2009. Candye Kane, native de Los Angeles, 44 ans, interprète son propre rôle dans une pièce de théâtre, « The toughtest girl alive », ce qui pourrait être traduit par : « la plus rude des filles ». Elle y joue sa propre musique – mélange de surf, de rockabilly, de rock à la Chuck Berry, d’americana, de pop classique et bien sûr de blues. La chanson du même nom, depuis qu’elle est apparue dans son répertoire il y a une dizaine d’années, semble lui coller à la peau. Mais Kane préfère largement cela que la manière dont elle est perçue dans le milieu du blues, un milieu auquel elle confère sa vision sexy, intelligente et passionnée et sa voix exceptionnelle depuis son adolescence au milieu des années 80. « Je ne suis pas ‘la plus rude des filles' » mais quand je chante cette chanson 250 jours par an, quand je chante que je suis une superhéro, j’ai l’impression que je peux tout accomplir. Et c’est 80% du combat. Si tu sens que tu peux gagner, alors tu le peux. » Kane sait de quoi elle parle ; elle a pour l’instant échappé à un cancer du pancréas qui aurait facilement pu être sa sentence de mort, et chanté, une fois le mal provisoirement passé : « Il n’y a pas moyen que je sois couchée en train de mourir ». Le danger n’est pas complètement écarté, mais cette maladie semble avoir redoublé l’énergie de Kane. Sur ses deux albums pour le label Delta Blues, Superhero (2009) et le dernier Sister Vagabond (2011), elle combine la sensibilité bravache qui lui a valu d’être adoptée par toute les minorités – des « grosses femmes » aux homosexuels – et la vitalité de celle à qui la vie joue des prolongations inattendues et qui est bien déterminée à en profiter le plus.

La pièce de théâtre raconte sa vie, dans le désordre, au sein d’un foyer chaotique. Une mère l’obligeant à voler dans les magasins quand elle avait neuf ans, le désintérêt de ses proches pour sa carrière musicale naissante. Un enfant attendu alors qu’elle avait 17 ans la mit en difficulté, l’obligeant à accumuler les petits boulots. Elle se laissa convaincre de devenir pin-up, fit la couverture de 150 magazines entre 1983 et 1985 et apparut dans des vidéos pornographiques. Elle ne put par la suite plus se débarrasser de cette image sulfureuse, qui lui fit perdre un contrat après son premier disque solo. « J’écrivais sur la musique dans ma colonne [dans le magazine hard Gent], aussi bien que de donner des conseils en matière sexuelle. Je n’ai pas voulu changer de nom, car je m’étais déjà établi une base de fans avec mes enregistrements précoces et ma colonne. C’est le prix que j’ai payé. En étant candide et honnête vis à vis de mon passé, j’ai été marginalisée et mésestimée par certains segments de la communauté blues. Mais c’est OK, car pour être honnête, j’ai gagné l’admiration et le support d’autres communautés » Pendant que certains perdent leur temps à la laisser de côté, elle a déjà lancé une carrière musicale tumultueuse dans un tour de force et partagé la scène avec Black Flag, Social Distorsion, James Harman, The Circle Jerks, The Blasters, Lone Justice ou Los Lobos – lesquels sortent un bon album roots encore en 2010, Tin Can trust.

En 1986, elle déménage de Los Angeles à San Diego et découvre accidentellement le blues impétueux de Big Maybelle, Ruth Brown, Big Mama Thornton, Etta James ou Bessie Smith. Le discours de certains ‘puristes’ blues lui parut particulièrement décalé. « Je pense qu’il ignorent l’évidence, c’est que le blues est l’un des seuls genres ou les femmes étaient émancipées. Dès 1920, vous aviez Bessie Smith chantant, ‘I need a little sugar in my bowl’. Et Memphis Minnie écrivit des chansons sur la prostitution. Il y a une riche histoire de travail du sexe dans le blues en particulier. ” Ecoutez Bessie Smith et voyez que le blues ne parle pas que de sexe, mais de pouvoir. Smith renverse l’ordre établi ; elle fut d’ailleurs dénommée l’ « impératrice du blues».

Enfoncer le clou

Par son simple personnage, Kane a mis en lumière l’hypocrisie de toute une frange de ‘puristes’ prêt à l’humilier pour n’être pas plus ‘authentique’. C’est ce qu’elle raconte dans Guitar’d and Feathered (Tarred and feathered’, c’est se faire passer le goudron et les plumes). «C'est à cause de mon passé. Je suis sûre que beaucoup me jugent sans même m'avoir écoutée. Ils se disent : Ah oui, c'est celle qui joue du piano avec ses nichons, celle qui a fait du porno ! Ce ne sont que des présomptions et des raccourcis qui ne tiennent pas compte de ce que je suis vraiment. Mais malheureusement, beaucoup de ceux qui ont ces opinions ont aussi beaucoup de pouvoir dans le monde du blues. C'est difficile pour moi d'obtenir un minimum de respect. Je veux dire que c'est dur, après avoir fait huit disques, travaillé avec des grands noms du blues sans une seule nomination aux Blues Awards, de voir Ana Popovic, qui est une amie et que j'adore, être nominée après son premier disque. J'ai envie de crier : Eh, je suis là depuis quelques années ! C'est clair que ça a un effet sur ma carrière. Quand j'ai contacté Bob Margolin pour faire ce disque, il ne savait pas grand-chose sur moi et quand il se renseignait, on lui disait toujours : C'est une ancienne actrice de porno. C'est tout ce qu'ils retiennent de moi, après autant d'années à sortir des disques et à parcourir le monde. Je lis souvent : L'ancienne actrice de porno passée au blues . Comme si je m'étais dit, au milieu d'une scène hard : Tiens, et si je me mettais à chanter du blues ? C'est le contraire : je chante depuis que je suis gosse. Simplement, je ne viens pas d'un milieu où ce genre de vocation est encouragée. » Son combat pour une légitimité musicale lui attire le succès auprès des gens plus progressistes. Cependant, Kane met aussi en garde contre « le lien entre violence et travail du sexe », et que même si cette expérience lui a permis de préparer sa carrière, elle s’est mise dans de « situations dangereuses ».

Candye Kane est l’une des plus importantes figures du blues contemporain, et non seulement parce qu’elle sait chanter toutes les saveurs du blues. Chaque album enfonce le clou du précédent : Sister Vagabond est ainsi acclamé absolument partout, comme le grand disque blues de cette année. Confortée par ce qu’elle a entendu même dans le blues le plus ancien, elle une galerie de personnages de fantasme, fait se rencontrer extravagance et réalités de la vie dans une écriture travaillée avec persévérance, à tel point qu’il est aujourd’hui impossible de démêler une reprise suggestive de Johnny ‘Guitar’ Watson d’une composition originale. D’autant plus qu’elle est capable de transformer ces reprises de pied en cap, profitant de sa collaboration avec une guitare d’exception. « Laura (Chavez) et moi sommes toutes deux fan de Guitar Watson », commente Kane dans les notes de pochette de Sister Vagabond. Depuis le début de leur collaboration il y a quelques années, les deux femmes se sont ainsi trouvé tant de points communs que leur travail s’effectue aujourd’hui en symbiose. « J’ai pensé à tous les fantômes de mes anciens amants vivant à l’intérieur de mon cœur hanté. Laura avant cette mélodie cool pour aller avec mes mots languissants et cette chanson surréaliste est née. » Ensemble, elles transforment le Sweet Nothin’ de Brenda Lee ou le Everybody’s Gonna Love Somebody Tonight de Glenn Frey et Jack Tempchin, remplaçant l’ironie par un enthousiasme suffisant pour faire des désirs de Kane dans la chanson une réalité. Elle ne pourrait être plus loin, dans un tel moment de générosité, de la marginalité auto-consentie. Et ce n’est que les reprises, les originaux nous amenant nécessairement plus loin et plus profond dans les personnalités combinées des deux artistes musiciennes. Le tout lié de manière élégante et cohérente.


« La meilleure fille guitariste… »

Si Laura Chavez brille de technique, d’invention et de réinvention sur Sister Vagabond, une vision de concert permet de prendre toute la mesure de son talent. Si Kane s’inspire des impératrices, Chavez s’intéresse aux rois autoproclamés. « Faisant le dessin d’influences musicales telles Freddy King, Albert King, BB King et Clarence ‘Gatemouth’ Brown, les coups de langue écorchée sur la guitare de Laura Chavez complètent parfaitement la voix sèche et puissante de Kane. A un moment de la performance, après que Ms. Chavez ait donné un terrible solo de blues, Ms. Kane partage avec le public certains des compliments que sa guitariste remarquablement talentueuse a l’habitude de recevoir : ‘ Tu es la meilleure fille guitariste que j’ai jamais vue » et « Tu joues très bien…pour une fille ‘. Aussi bien que Kane a été méprisée plus tôt dans sa carrière, c’était l’occasion de montrer quelle lutte incessante c’est que d’être sous le coup de l’acceptation par les autres. En même temps, Kane réinvestissait son message toujours présent de croire en soi, d’avoir de l’amour propre, peut importe de ce que les autres perçoivent chez nous comme défauts. » Le fait que Laura Chavez soit une femme a pourtant son importance. A l’instar d’autres guitaristes féminines sans doute, la voir signe dans l’esprit du sceptique la fin d’une époque de la guitare comme un instrument masculin. « Quand vous pensez à vos musiciennes de blues favorites, ce sont toujours des chanteuses », remarque Chavez. L’école de musique ne l’encouragea pas beaucoup, hésitant à l’idée d’une fille jouant de cet instrument viril. Cela n’empêcha pas Chavez de passer rapidement des standards rocks style Led Zeppelin et Hendrix au puits sans fond des classiques blues.

A 21 ans, elle est déjà parfaitement intégrée à la scène de la baie de San Francisco et joue avec Lara Price. Elle co-écrit et enregistre avec elle l’album Face of the Blues (2002). Huit ans plus tard, sa maîtrise musicale est si bien assortie à celle de sa nouvelle partenaire qu’elle co-écrit et co-produit Superhero et Sister Vagabond avec Candye Kane. Sur disque ou en concert, ses qualités sautent aux oreilles ; cette façon qu’on les notes de produire un flow continu mais concis, comme une déclamation pleine d’âme, à l’intensité allant crescendo. « Il y a beaucoup de place pour votre propre improvisation et créativité, remarque t-elle. « Mais ça doit s’écouler naturellement avec la chanson. Je ne surcharge pas la musique. Il y a un sentiment tellement cru, primal dans la musique blues, que je ne trouve pas dans les autres genres.”

















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