“…you can hear whatever you want to hear in it, in a way that’s personal to you.”

James Vincent MCMORROW

Qualités de la musique

soigné (81) intense (77) groovy (71) Doux-amer (61) ludique (60) poignant (60) envoûtant (59) entraînant (55) original (53) élégant (50) communicatif (49) audacieux (48) lyrique (48) onirique (48) sombre (48) pénétrant (47) sensible (47) apaisé (46) lucide (44) attachant (43) hypnotique (43) vintage (43) engagé (38) Romantique (31) intemporel (31) Expérimental (30) frais (30) intimiste (30) efficace (29) orchestral (29) rugueux (29) spontané (29) contemplatif (26) fait main (26) varié (25) nocturne (24) extravagant (23) funky (23) puissant (22) sensuel (18) inquiétant (17) lourd (16) heureux (11) Ambigu (10) épique (10) culte (8) naturel (5)

Genres de musique

Trip Tips - Fanzine musical !

Affichage des articles dont le libellé est Secretly Canadian. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Secretly Canadian. Afficher tous les articles

mardi 19 octobre 2010

Antony and the Johnsons - The Crying Light (2009)




Parutionjanvier 2009
LabelSecretly Canadian
GenreFolk alternatif
A écouterEpilepsy is Dancing, Aeon, Another World
OOO
Qualitésoriginal, habité

Traduit de Pitchfork à l’exception du premier paragraphe.
Dès l’entrée en matière, Her Eyes Are Underneath the Ground, The Crying Light est insondable. Cette chanson, c’est à propos de la manière dont les enfants s’inquiètent que leurs parents vont mourir un jour, le moment où vous réalisez que personne ne va durer pour toujours » « Puis j’ai pensé que c’était peut-être ma mère qui chantait à propos de sa mère, et ainsi de suite, parce que je suis très intéressé par l’idée d’être le bout d’une ligne de vie qui remonte au début de la création ».  Un « drôle » de jeu de poupées russes, en somme. « Je suis un enfant de la terre, et la terre est ma mère, ou une figure maternelle. Donc dans un sens, la chanson raconte le deuil et la manière dont nous sommes affectés des problèmes d’écologie de notre mère la terre, comme l’est l’enfant affligé pour sa mère ». Epilepsy is Dancing est encore plus surprenante ; mais mieux vaut voir la vidéo réalisée pour cette chanson par les frères Wackovski (Matrix) pour en saisir, sinon le sens, au moins l’idée esthétique. « C’est l’histoire d’une personne qui a des crises. La chanson raconte comment elle est happée par le chaos mais en réchappe ensuite, et elle commence à y voir un motif, à en saisir la chorégraphie ».
Ce qui ramène à la pochette du disque. Elle ressemble assez à celle de son prédécesseur, l’acclamé I Am a Bird Now (2005). Ce dernier représentait une photographie en noir et blanc du performer travesti Candy Darling sur son lit de mort à l’hôpital ; cette fois, on a une image encore plus désolée du danseur de Butoh japonais Kazuo Ohno, un héros d’Antony Hegarty depuis qu’il le remarqua pour la première fois sur un affiche alors qu’il étudiait en France, étant adolescent. Tandis qu’Ohno se penche en arrière, ridé et apparemment proche de la mort lui aussi, la fleur dans ses cheveux  pointe la même direction que les bouquets clairs qui entourent Darling.
Mais c’est les différences entre ces deux photos qui en disent le plus sur The Crying Light. Le plus gros de ce que l’image de Darling représente – l’identité de genre, la performance artistique, l’underground New-Yorkais autour de la Factory de Warhol – est reflété dans la largesse stylistique de  I Am a Bird Now, ainsi que dans son usage d’invités qui incarnaient ces thèmes, comme Lou Reed et Boy George. Le symbolisme de l’image de Ohno est plus simple. Le danseur, cité par Hegarty comme un modèle de «vieillir en tant qu’artiste » a 102 ans et ne peut plus bouger ni parler ; il apparaît dans les limbes entre deux mondes. « Il s’est entraîné jusqu’à ce qu’il ne puisse plus bouger », a expliqué Hegarty au magazine The Wire en décembre 2008. « Ensuite il a continué à effectuer les bons pas au fond de sa tête ».
Sur The Crying Light, Hegarty est fasciné par ces pas – les transitions et les chevauchements entre la vie et la mort, la mort et la vie, ce monde et le suivant. « From your skin i am born again », chante t-il sur One Dove, une ode pour un oiseau qui vient de l’ « autre côté » pour « apporter un peu de paix ». Plus loin, Aeon illustre l’éternité comme un jeune garçon né pour prendre soin de son père, alors que le temps mélange les générations. Des concepts similaires parcourent chaque chanson. Avec un touche adroite, Hegarty utilise en les répétant  des mots comme « utérus » « tombe » et « lumière » et il revient aux métaphores primales – l’eau pour la vie, la poussière pour la mort, la terre comme endroit à la fois pour l’enterrement et la renaissance. « I’m only a child/born upon a grave », insiste t-il sur Kiss my Name, capturant presque l’album entier dans une seule déclaration puissante.
Bien que faciles à résumer, ces idées ne sont pas moins complexes que celles sur I Am a Bird Now. En fait, elles sont plus vastes et universelles que les perspectives New-Yorkaises de ce précédent disque. Mais elles ont aussi poussé Hegarty à créer des chansons plus simples et subtiles. A la fois épuré et riche, The Crying Light atteint une grande intensité avec un mélange relativement minimal de mélodies basiques, de paroles concises, et d’arrangements sous estimés. C’est difficile de croire qu’un disque qui crédite quatre arrangeurs et deux demi douzaines de musiciens puisse être minimal. Mais la façon qu’a Hegarty de choisir leurs contributions est plutôt question de précision que de volume, davantage de moments attentivement choisis que de voix multiples. Le sombre violoncelle qui termine Her Eyes are Underneath The Ground par exemple, ou la douce floraison de vents au milieu de Epilepsy is Dancing, ou encore les claquements de doigts qui donnent une dimension charnelle et spirituelle au morceau titre.
Peut-être qu’Hegarty a enregistré des prises avec plus de chair pour ensuite en supprimer des parties, laissant leurs échos flotter dans les limbes qu’il chante. Quel que soit son procédé, l’utilisation qu’Hegarty fait de l’orchestration pour accentuer et souligner crée un pouvoir indéniable, le genre qu’une densité sonore plus grande n’aurait pas pu contenir.

lundi 11 octobre 2010

Antony and the Johnsons - Swanlights (2010)


Parutionoctobre 2010
LabelSecretly Canadian
GenreFolk, Soul, Auteur
A écouterThe Great White Ocean, I’m in Love, Thank You for Your Love
°°
Qualitéslyrique, onirique, sensible
Antony s’est révélé avec les années être un artiste difficile à comprendre, dès lors que l’on essaie d’aller au-delà de l’émerveillement que provoque ce « bêlement séraphin » qui lui sert de voix, pour reprendre l’expression d’un journaliste américain. C’est ainsi assez ardu de pointer la direction que prend l’art de Antony, surtout qu’il était déjà complètement formé avec I’m a Bird Now (2005). Ce disque montrait sa capacité à fondre fond et forme, tant les problématiques abordées – transgenre et transgression – étaient bien illustrées par le choix de faire apparaître l’icône Boy George sur le morceau For Today i’m a Boy.  De l’aveu d’Antony, ce morceau jusqu’au-boutiste avait été difficile à imposer comme single. Depuis, on a de cesse de traquer les exubérances lyriques qui font qu’écouter Antony and the Johnsons fait se sentir libre.

Comme sur son prédécesseur, les contributions des musiciens sont à la fois variées et suffisamment nerveuses pour éviter à Swanlights d’être amorphe. C’est un tour de force que de réunir ces ersatz de musique de chambre, de les assembler dans des compositions aux sentiments ambivalents. La voix d’Antony, qui est au cœur d’un processus mélodique fiévreux et précis, s’accroche toujours, trouve la note juste, exprimant au mieux les contraires, les métaphores, les métamorphoses. On a parfois reproché à Antony and the Johnsons de se prendre trop au sérieux ; mais c’est un dévouement qui est entièrement investi au travail des émotions, les rendant plus nébuleuses et insaisissables encore. Ainsi, les mots « thank you », par exemple, martelés à la fin de Thank You For Your Love, ne traduisent peut être qu’une douce hystérie, et impossible de savoir si la douleur du chanteur est apaisée ou si elle s’alourdit  encore au moment où il répète ses mots. Que la tension soit démultipliée ou libérée, le résultat est un mantra vibrant. Dans les moments ou la voix d’Hegarty semble débarrassée de toute retenue, lorsque les mots ou les simples sons se mettent à fleurir, comme sur Everything is New, cela ne veut pas dire qu’il est en bonne disposition. Il laisse éclater ses émotions, quel que soit leur bord, toutes serrées en un nœud unique et en un seul souffle.  

Swanlights est un disque d’humeur, et de nombreuses images viennent à son écoute – tout dépend de la situation dans laquelle on se trouve à ce moment. Pour moi, ce disque est empreint de visions de la mer, d’un nouveau départ – le thème évident du premier titre balbutiant. On peut imaginer à l’écoute de I’m in Love se trouver, le cœur à la fois léger à la perspective d’une nouvelle vie, et lourd des souvenirs diffus de ce qu’on laisse derrière nous, à la poupe d’un ferry. N’est-ce pas les émanations retentissantes d’un paquebot que l’on entend résonner au début du morceau ?
Hegarty apporte une sensualité particulière sur I’m in Love. « I’ve been touch and i’ve been touch/And it’s too much and it’s too much ». Et bientôt, au détour des mots « like a humminbird », on entend distinctement des froissements d’ailes… La rythmique y a cet aspect primitif et répétitif qui évoque un remous régulier et finit par un imposer une cadence, nous faisait pénétrer à notre insu, un peu plus à chaque écoute, des régions inconnues et qui le resteront. Ecouter Swanlights, c’est accepter d’être amené d’un endroit à un autre en distinguant si peu de chose que l’on est obligés d’imaginer. Imaginer la source de cet art souterrain, ce qui l’a inspiré. C’est comme des rêves qui se nourrissent bien un peu d’inconscient, mais aussi d’une matière très opaque – sont rendus chatoyants par les sublimes mélodies qui s’imposent finalement et font de l’écoute un simple plaisir. Ces morceaux prennent leur sens dans leur beauté.

Le morceau Swanlights nous plonge ensuite dans une étrange léthargie. Une vision que l’on peut avoir alors est celle d’un enchevêtrement de poisson argentés qui ne démêlent jamais leurs corps et font des ronds à l’infini. « It’s such a mystery to me » répète Hegarty, tandis qu’un piano donne après trois minutes une structure au morceau. Le chant d’Antony prend alors les accents d’une célébration, comme sur I’m in Love lorsqu’il répète « touch ». The Spirit Was Gone est le seul titre au ton résolument triste du disque – encore une chanson qui gravite autour de la mort, mais nous le fait comprendre, cette fois. Puis viennent  Flétta, un duo avec Bjork assez difficile à cerner, la valse lumineuse Salt Silver Oxygen et Christina Farm, peut être le titre le plus mystérieux du lot, qui se termine sur la répétition de la phrase « My face and your face/tenderly renewed », quelques mots dans lesquels Hegarty contient une tension qui ne s’est finalement jamais envolée. Le monde autour de vous va continuer de vibrer d’angoisse longtemps après que le disque soit terminé.

jeudi 26 août 2010

Antony and the Johnsons - Thank You for Your Love


Antony Hegarty est de ces artistes qui réfléchissent beaucoup aux mécanismes les plus simples de l’existence, pour en tirer les satisfactions les plus réelles ; de ceux qui se sont cherchés continuellement, longtemps après avoir naturellement créé un univers qui leur est propre. Quand d’autres s’investissent avec autant d’énergie et d’insatisfaction dans la création d’un monde virtuel, et de rapports aux autres qui ne sont fondés que sur ce qu’ils aimeraient être, Hegarty essaie de comprendre, année après année, quelle personnalité se cache vraiment en lui, et quels sentiments ultimes il voudrait exprimer. En fait, Hegarty n’a rien à voir avec le commerce de la musique – et son caractère, son humeur, son expression dépasse sa pratique musicale. Il est devenu célèbre pour sa voix unique et fragile, mais sa sensibilité artistque porte dans les arts visuels de manière générale, sur une vision qui dépasse largement une histoire de « bien chanter ».

Thank You For Your Love est le petit frère du disque à venir d’Antony and the Johnsons, Swanlights ; l’un des évènements de l’automne ; peut être un disque fait pour cette saison, qui viendra accompagné d’un superbe livre aux collages fauves, ocres. Swanlights est annoncé pour être plus lumineux que son prédecesseur, The Crying Light. Celui-là semble dater d’il y a tout juste quelques jours, il est bien hors du temps et des modes ; issu du monde interlope New Yorkais que l’on devine à peine à travers l’extraordinaire sensibilité aux phénomènes physiques et culturels dont fait preuve Hegarty. The Crying Light avait un aspect mysthique – dédié au danceur de butoh japonais Kazuo Ohno, et où Hegarty reconnaît être perdu dans « the middle place/ between light and nowhere ». Un sentiment de solitude qui atteignit auparavant son apogée dès Hope There’s Someone, sur I Am a Bird NowHegarty apparaissait prêt à s’en remettre aux autres pour tenter de le définir lui, invitant de ce fait en featuring des personnalités proches de son univers comme Boy George, Devendra Banhart et Lou Reed - un « parrain » pour lui.

Ceux qui provoquent des batailles d’égo sont ceux qui se sentent le plus menacés par leur duplicité, dont la personnalité est secrètement brouillée – Reed n’est qu’un exemple (mais maintenant, en revisitant son passé, il a cessé d’être en conflit avec lui –même – et ce même peut être depuis New York, en 1989), Bowie en est un autre (et Hegarty est peut-être un Bowie pour le XXI ème siècle). De telles duplicités chez les artistes, les musiciens en ce qui nous concerne, seront aussi parfois le reflet d’une époque politique trouble, où il n’est pas facile d’entrevoir des solutions d’avenir. Etrange passe quand les artistes sont étiquettés « de gauche » parce qu’ils ont une sensibilité qui n’est manifestement pas partagée par tout le monde. Antony and the Johnsons, avec Bush, ce n’était qu’un acte alternatif, un accessoire de l’excentricité New-Yorkaise.

Hegarty n’a pas cessé ces dernières années d’afficher son inquiétude quand à la mauvaise image de son pays dans le monde, il a donné volontiers des réflexions politiques et expliqué qu’Obama était le premier président avec lequel il se sentait en accord depuis qu’il avait une conscience politique. Négociant avec son désordre intéreur en même temps qu’il éprouvait un genre de culpabilité globale à l’idée d’être américain – et ce n’est pas le premier dans ce cas – Antony a donc eu la bonne idée de chercher les tenants et aboutissants qui existeaient dans son entourage – véritable faune New Yorkaise d’artistes jusqu’au boutistes, conceptuels, et le conceptuel semble bien être l’anti-fabrication de personnalité factice. C’est se plier en quatre pour tenter d’explorer des nouvelles facettes de sa propre psyché. Et écrire de bonnes chansons, c’est être suffisamment lucide pour savoir d’où viennent les mots, les réactions que l’on a face au monde extérieur – nécessairement de l’intéreur de soit. C’est élucider les réactions. Les chansons d’Hegarty sont des méditations sur ses propres réactions.

Thank You For Your Love, ce sont les morceaux qu’Antony est capable d’enregistrer maintenant que les Etats Unis sont un pays sur la voie de la réconciliation, entre son identité culturelle et celle de ses artistes. Sur Thank You For Your Love, Hegarty en a fini avec une crise d’identité, il peut y voir clair et se plonger à la source de sa propre carrière. Il se débarrasse de l’image de musicien complexe et excentrique en apparaissant plus insouciant que par le passé. Le morceau titre à lui seul, plein de joie et d’énergie, justifie d’écouter cet EP constitué de cinq morceaux, dont deux reprises ; Pressing On emprunté à Dylan période catholique ; et Imagine, méconnaissable, mais quoi de plus naturel pour l’auteur d’un Another World qui avait l’esprit du grand morceau de Lennon dans son ADN. L’autre inédit, You Are the Treasure est dans le même esprit que Thank You… : tout démystifier, exprimer la plus simple reconnaissance, comme un signe de maturité. A travers les images qui accompagnent Thank You For Your Love dans un clip constitué dimages d’archives en super-8, Hegarty revisite son passé…


  • Parution : Août 2010

  • Label : Secretly Canadian

  • Genre : Soul, Folk explosif

  • A écouter : Thank You For Your Love



  • Note : 7.50/10

  • Qualités : Lucide, habité, poignant

dimanche 25 avril 2010

Yeasayer - Odd Blood


Traduction de la chronique de Pitchfork.

Lorsque Yeasayer ont débuté en 2007 avec All Hour Cymbals, ils étaient un groupe art-pop de Brooklyn étrangement en décalage avec leurs pairs. Ils ont laissé planer le mystère et la surprise, et dans leurs meilleurs moments (2080, Sunrise) ils ont réussi à faire du mysticisme amusant et de la musique pop un semble attrayant et passionnant. Ils étaient essentiellement une version roots et rock de MGMT à ce moment. Leur sort semblait doublement scellé par Tightrope, leur contribution diablement bien exécutée en live sur la compilation de charité Dark Was the Night.

Ensuite, on pourrait estimer qu'ils ont fait encore mieux avec Ambling Alp, le single qui précédait Odd Blood. Alp a réussi à conserver la bonne foi pitoresque originelle en la transformant en pop brillante, lustrée et accrocheuse. Cette dualité s'étendait aux paroles également ; la chanson évoque l'infame boxeur italien Primo Carnera, mais dans le refrain Chris Keating chante le genre de conseils paternels bienveillants que l'on pourrait entendre dans un montage de Shrek.

Comme Ambling Alp, Odd Blood devrait séduire un grand nombre de personnes : Yeasayer ont fait un disque potentiellement visionnaire en utilisant l'éventail complet des possibilités de la musique basée sur des logiciels informatiques pour créer ce qui aurait été à un moment donné du rock radio-friendly. L'élastique O.N.E et l'évocation à la Tears for Fears de I Remember sont de bons coups de sang style eighties, et confirment le potentiel préssenti sur All our Cymbals en rivalisant avec les meilleurs titres de ce disque. L'ouverture The Children marche aussi en adaptant leurs tendances décalées dans une chanson bien ficelée. Dans le plus gros de la première moitié de l'album, Yeasayer fait preuve d'un savoir-faire et d'un discernement rares dans la musique « indie » moderne. Leurs paroles ne veulent peut pas dire grand-chose, mais leurs dispositions agiles, leur sens de la dynamique et du rythme, et le chant expressif de Chris Keating transmettent une énergie.

Le reste de l'album souffre d'une crise d'identité majeure – peu des quelques idées dispersées prennent, et la plupart d'entre elles finissent trop cuites. Dans l'ensemble, le disque alterne entre une synth-pop années 80, du prog-rock anglais (sur les bonnes chansons) et une pop alternative qui imite la musique du monde (et ce sont les mauvais). Des chansons comme Rome ou Love Me Girl ont l'objectif d'un étalement ambitieux, mais s'essoufflent dans la boue, tandis que les ballades Strange Reunions et Grizelda semblent laborieuses et congestionnées.

Yeasayer ne va nulle part : des singles de qualité, des vidéos inventives, et de solides performances live, mais quoi d'autre ? Il est difficile de ne pas rendre compte de la pression du groupe au moment de ce second disque - c'est presque palpable dans leur production sursucrée et leur recherche désespérée d'une direction, et, par conséquent, Odd Blood est un peu trop plein de manque d'idées. Je suis retourné écouter Tightrope de nouveau. C'est charmant, humain, et assuré, mais ça gagne votre affection plutôt que votre respect. Lorsque Odd Blood réussit, c'est ce qu'il fait, mais quand il échoue, il n'arrive à rien.

  • Parution : février 2010
  • Label : Secretly Canadian
  • Producteur : Yeasayer
  • Genre : Pop
  • A écouter : Ambling Alp, One

  • Appréciation : Mitigé
  • Note : 5.50/10

 

 

 

mercredi 30 septembre 2009

Blk Jks - After Robots


La guerre fait rage autour des Blk Jks (Black Jacks). Dispensateurs d’une musique frénétique alliant rock progressif, dub, jazz, ska et musiques africaines, on les stigmatise maintenant pour avoir la prétention de Tv On The Radio, mais sans le talent particulier qui a fait le succès du quintet de Brooklyn ; obtenir une clarté de son qui n’était pas vampirisée par leurs audaces techniques, fabriquer de la pop véritable des morceaux avec un début et une fin.

After Robots ne fait pas cela, il est sans queue ni tête, c’est vrai ; mais tellement vibrant et surprenant que, dans sa prétention obstinée à embrasser le monde entier, il opère au premier abord comme un cocktail extraordinaire, sorte de The Mars Volta en moins agaçant. Le quatuor de Johannesburg, Afrique du sud (dont on a entendu parler à l’occasion du film District 9 ) publie là son premier disque, enregistré aux Electric Lady Studio dans l’Indiana, aux Etats Unis, dans des conditions qui ont sans doute terminé de les rapprocher de formations très en vue comme Akron/Family – un autre de ces groupes qui réfléchissent trop - et autres formations américaines qui mettent aujourd’hui de la world music dans leur cuisine.

Alliant une excellente technicité, des nombreuses références passionnelles et des moyens importants – dont une section de cuivres -, cela donne un disque qui est comme une bombe à plusieurs étages. Le problème selon qui en parle, c’est que même s’il fera forte impression à sa découverte, l’intérêt pour le disque ne durera pas à cause de son manque de ferveur mélodique et d’identité. Mon objectif est cependant de vous conduire à écouter ce disque au moins une fois ; alors vous serez libre d’y trouver ce que vous voulez.

Les solos de guitare électrique de Lindani Buthelezi y sont pour beaucoup dans l’attractivité de cet improbable melting pot. Parmi les ingrédients – groove, batterie rutilante et motifs psychédéliques – ils terrassent toute appréhension et procurent une excitation bienvenue. La rythmique tourne et vire avec une superbe toute à la gloire des styles prog et jazz. Un morceau comme Lakeside communique une énergie tout à fait extraordinaire, tout comme Taxidermy, faisant écho au travail de White Denim ; mais pourtant, et c’était un peu le problème du trio texan, c’est pour n’aller nulle part. C’est une attitude tout à fait rock en soi – privilégier l’instant, donner le maximum dans l’idée d’impressionner la gent féminine, etc – (encore quatre mecs, ce groupe, il est tant de le dire).

Mais voilà, il faut en régresser à ce genre de constats pour pleinement apprécier la musique des Black Jacks, et du coup on peut imaginer qu’ils auraient plus convaincu encore avec une harpiste Appalachienne en leur sein, ou quelque autre préciosité qui serait une façon d’être plus excentriques encore. C’est un jeu qui ces derniers prend son envol, celui qui voit quelques fortes têtes branchées et particulièrement douées techniquement abonder à la fois vers le psychchédélisme, le free-jazz, l’opérette et même la musique contemporaine ; et le jeu c’est finalement de se glisser avec plus ou moins de bonheur dans des peaux bigarrées mais pas pour autant efficaces. Et embrasser large – un jonglage linguistique s’ajoute à l’exercice ; Anglais, Zulu, Xhosa - n’est surement pas la meilleure façon de construire une identité cohérente – les Talking Heads (voir la chronique de Remain in Light). auraient une leçon à donner à quelques un de leurs admirateurs. Malheureusement, en rock, la longévité compte. Mais cet album permet tout de même de passer un bon moment.
  • Parution : 21 septembre 2009
  • Label : Secretly Canadian
  • Producteur : Brandon Curtis
  • A écouter : Lakeside, Taxidermy

vendredi 7 août 2009

MAGNOLIA ELECTRIC CO. - Josephine (2009)




 
OOO
poignant/doux-amer
folk/folk-rock

Derrière le patronyme peu vendeur de Magnolia Electric Co. - J.J. Cale a une chanson appellée Magnolia - se trouve Jason Molina, un artiste folk avec lequel il n’est pas évident de s’y retrouver. Originaire de l’Ohio, il a d’abord été bassiste dans des groupes de heavy metal avant d’entamer une carrière solo. En 1996, il fonde Song : Ohia, groupe à taille variable autour de lui-même et écrira sept albums en sept ans d’activité.
 
En 2000, Song : Ohia sortira pas moins de trois disques dans la même année ! Très rapidement, Molina sera fidèle au label Secretly Canadian (Antony and the Johnsons, Foreign Born, I Love You but i've Chosen Darkness, etc.). Il collaborera aussi de nombreuses fois avec le producteur et, membre de Shellac, Steve Albini (Nirvana, Pixies, Manic Streets Preachers et de nombreux autres). C’est donc un artiste prolifique et rodé qui enregistre Josephine, cinquième album de Magnolia Electric Co. Pourtant, il continue à y croire (« Quand je suis sorti du studio, je savais qu’on avait réalisé quelque chose d’important”, dit t-il de ce nouveau disque enregistré au Electrical Audio de Steve Albini).

Son travail fut parfois comparé au Bringing it all Back Home de Bob Dylan. L’approche musicale de Jason Molina évoque aussi Willie Nelson ou encore Warren Zevon. Ici, l’écriture, qui crée un microcosme dans lequel les morceaux se répondent autour de ce personnage de Joséphine, et aussi un peu autour de Evan Farrell, l’ancien bassiste du groupe qui est mort dans l’incendie de sa maison en 2007. Le disque aborde selon Jason "la dislocation" sous toutes ses formes, évoquant des exils incessants ces dernières années de l’Indiana à Chicago jusqu’à Londres et le décès de Evan. Il y a ça et là des brides de country ou de gospel, qui paraissent inévitables dans l’environnement artistique de Jason Molina, mais la plupart des morceaux sont d’un folk lumineux à rapprocher de Neil Young, avec un son proche du projet solo, le groupe ne servant qu’a accompagner la voix claire de Jason. « Musicalement, je crois qu’il s’agit d’un album plus puissant (que ces précédents efforts) » « Où il n’y a pas forcément plus d’instrumentation, mais simplement de la gravité dans l'exécution ». Aucun morceau n’est à jeter, et c’est là la force du disque qui captive tout au long de ses quatorze morceaux. La délicatesse de l’écriture hisse le disque au-dessus de beaucoup de groupes qu’on serait tentés de privilégier pour son plus contemporain ou aventureux.

Si, pour les amateurs du groupe et de l’artiste, le meilleur de sa discographie semble appartenir au passé, comment résister à The Handing Down aux réminiscences de Crazy Horse, ou à la magnifique berceuse The Rock of Ages ? Malgré les fantômes, inévitables dans l’expérience d’un homme sur la route depuis longtemps, c’est un disque réconfortant et lumineux. Et son charme désuet est finalement une de ses qualités les plus marquantes.

    Related Posts Plugin for WordPress, Blogger...