“…you can hear whatever you want to hear in it, in a way that’s personal to you.”

James Vincent MCMORROW

Qualités de la musique

soigné (81) intense (77) groovy (71) Doux-amer (61) ludique (60) poignant (60) envoûtant (59) entraînant (55) original (53) élégant (50) communicatif (49) audacieux (48) lyrique (48) onirique (48) sombre (48) pénétrant (47) sensible (47) apaisé (46) lucide (44) attachant (43) hypnotique (43) vintage (43) engagé (38) Romantique (31) intemporel (31) Expérimental (30) frais (30) intimiste (30) efficace (29) orchestral (29) rugueux (29) spontané (29) contemplatif (26) fait main (26) varié (25) nocturne (24) extravagant (23) funky (23) puissant (22) sensuel (18) inquiétant (17) lourd (16) heureux (11) Ambigu (10) épique (10) culte (8) naturel (5)

Genres de musique

Trip Tips - Fanzine musical !

Affichage des articles dont le libellé est Nonesuch Records. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Nonesuch Records. Afficher tous les articles

dimanche 19 août 2012

Ry Cooder - Election Special (2012)






 
ParutionAout 2012
Labelnonesuch
GenreRock, Blues
A écouterBrother is Gone, Cold Cold Feeling
°°
Qualitésrugueux, engagé, lucide

Cet album bougon et ramassé est le plus important aux Etats-Unis pour les mois à venir ! Pour Ry Cooder, il s’agit de son disque le plus engagé et le plus direct, chaque parole de ces 9 chansons faisant de lui une sorte de Randy Newman - l’archétype du songwriter caustique – en plus agressif. Pull Up Some Dust and Sit Down (2011) avait beaucoup d’histoires à raconter : Jesse James s’attaquant aux banques comme le justicier s’en prend aux voleurs (El Corrido de Jesse James) ; un mutilé de guerre sensé entrer en trêve avec ses souffrances à l’approche de noël, ou comment miner l’hypocrisie religieuse (Christmas Time This Year) ; un hommage à ceux qui travaillent de leur mains plutôt que de gagner de l’argent en suivant le cours d’actions par téléphone (Simple Tools) ; et surtout John Lee Hooker for President, imaginant le vieux bluesman monter un programme pour la présidence après avoir été refoulé sur le perron de la Maison Blanche. « Une fois que vous êtes lancé, remarque Cooder, les évènements, les idées semblent vous tomber dessus comme ça. Votre oreille s’accorde à leur résonnance. » On l’aura compris, ces histoires racontées par des ressortissants de toutes les classes de la société américaine produisent un tableau désenchanté de la politique de son pays, en mettant en évidence les terribles contradictions sur lesquelles les véritables responsables du marasme actuel sont assis depuis longtemps. La nervosité de ces commentaires de société n’empêche par Ry Cooder de rester un amoureux de musique, le blues ou la musique latino-américaine se trouvant redorés sous l’action de son jeu de guitare – l’un des meilleurs au monde.


Tel qu’il est présenté – comme une collection de chansons pour appeler les gens à ne pas voter Romney, et par extension à voter Démocrate lors des prochaines élections présidentielles en novembre – on peut se demander pourquoi ces chansons font l’objet d’un album. Très différent des concepts album de sa ‘trilogie de Los Angeles’, Chavez Ravine (2005), My Name is Buddy (2007) et I, Flathead (2008), sa façon de réveiller l’urgence de la situation le rend aussi meilleur. Et Ry Cooder ne fait quasiment pas de concerts, ce qui finit de justifier un tel geste ; Election Special est sa façon à lui d’exprimer son engagement - et vu le potentiel déjà largement commenté de l’album par les médias américains, avant même sa parution, la force de son contenu peut encore servir de levier à des actions d’éclat pour Cooder, son entourage ou ses fans. Les stickers aux couleurs de l’album sont déjà prêts à être collés sur les banderoles de prochaines manifestations. Parmi ses soutiens, et même si on ne le verra pas dans les manifestations, Cooder peut sans doute désormais compter Obama. La plus belle chanson de l’album, Cold Cold Feeling, décrit un président usé par les attaques portées contre lui – mais c’est cette usure mêlée d’une force battante qui donne aux musiciens de blues leur extraordinaire longévité. « I walked up and down the White House / Till I wore the leather out from under my shoes / I didn’t have nothing but the cold cold President blues.” D’un autre côté, vous feriez confiance à quelqu’un qui maltraite son animal de compagnie ? C’est entre autres ce dont Mitt Romney est coupable, et Cooder ne se lasse pas d’un faire un véritable blues de chien battu sur le premier morceau de l’album. Un mélange original de percussions, jouées par son fils Joachim Cooder, propulse la chanson.


A côté de ce duel présidentiel, Cooder évoque la cruauté de prisons par ailleurs florissantes (‘Guantanamo’), les lois rétrogrades (Going to Tampa, Kool Aid) et le recrutement de l’armée perpétué dans les écoles publiques (The 90 and the 9). Il ne fait jamais rien de tout ça d’une manière qui le rende moins que convaincant. Take Your Hands Off It est un point d’orgue de l’engagement pour l’intégrité morale de son pays ; il enjoint tous ceux qui ont porté un coup aux droits fondamentaux à retirer leurs mains sales de la Constitution.

mercredi 1 août 2012

Sara Watkins - S/T. (2009)




Parutionavril 2009
LabelNonesuch
GenreCountry, Bluegrass
A écouterFreiderick, My Friend, Same Mistakes
°
Qualitéslyrique

Le premier album solo de la californienne Sara Watkins est une collection de chansons amenées le plus naturellement du monde, par une violoniste et une chanteuse déjà très bien entourée. Depuis l’âge de 8 ans, elle a passé 20 années de sa vie au sein d’un trio de country alternative formé à San Diego et appelé Nickel Creek, en compagnie de son grand frère, le guitariste Sean Watkins, et du talentueux Chris Thile. Frère et soeur continuent de jouer ensemble régulièrement, notamment au sein du club Largo à Los Angeles, dans ce qu’ils appellent le Watkins Family Hour show. C’est sans effort que Watkins est amenée à côtoyer les musiciens talentueux qui pourront bientôt lui donner un coup de main lorsqu’elle décidera d’enregistrer cet album plutôt classique, mais non dénué de personnalité ni de subtilité. « Je le prends comme un compliment si on me dit que j’ai amené le disque de façon naturelle. Mais ça n’a pas été sans efforts. Les meilleurs artistes donnent à leur travail une sensation de grâce et de simplicité. » Au moment ou sort cet album solo, Nickel Creek continue de capter le plus gros de l’attention dont profite Watkins, ce qui a pu être une situation double tranchant pour elle. Mais cette attention particulière lui permit de profiter d’une dynamique qui contribue à donner cet aspect naturel à son geste en solo. « Honnêtement, j’ai eu un très bon début de carrière car j’avais Nickel Creek derrière moi. Je n’ai pas eu à commencer par jouer devant 2 personnes dans un coffee shop… J’ai joué devant 80 personnes dans un coffee shop. » remarque t-elle non sans humour. Cette attention extérieure culmine sans doute par la décision de John Paul Jones, le bassiste de Led Zeppelin, de produire son album. Enfin, pour parfaire ce sentiment d’une osmose évidente, elle veille à les laisser les chansons qu’il lui arrive de reprendre se fondre dans son propre corpus. « La plupart de ces chansons ont prouvé leur endurance avec moi. Elles se sont immergées et j’ai fini par m’identifier à chacune d’entre elles. Je ne les ressens pas comme les chansons d’autres personnes. »

La country classique est généralement rythmique et entraînante, et c’est le cas ici avec Freiderick, un instrumental mémorable composé au violon par la sémillante Watkins. Mais un autre genre de country, le bluegrass, consiste en des ballades languissantes, poignantes. All This Time, composition originale de Watkins en introduction, évoque celles-ci : guitare pedal-steel, harmonies déposées avec une grande délicatesse, et voix attirant l’auditeur au cœur de la chanson sans le moindre effort. Les paroles sont plus minimalistes que chez celle qui fait référence en la matière, Gillian Welch. Elles se transforment parfois en mantra appelant à la compassion. « Bring hope to his heart, relief to his mind ». Une simplicité qui est compensée par le séquencement intelligent de l’album - Same Mistakes juste après Freiderick, la reprise pop/rock de David Graza, Too Much, entre le l’Appalachien Bygones et le numéro à l’ancienne que constitue We Will Go. My Friend et Same Mistakes sont deux autres moments aux harmonies magiques d’un disque qui mélange sans à-coups chansons du propre sang (la première) de Watkins et reprises révélatrices (la deuxième). Ce que l’on découvre – les reprises de Long Hot Summer Days et Any Old Time surtout - est relaxé, aéré, et aussi plein de vivacité. Watkins n’est pas seulement capable d’invoquer la grâce et la conviction par sa voix, et l’énergie par son jeu de violon - depuis qu’elle a fait ses armes au sein de Nickel Creek, elle sait que la musique demande un équilibre et une paix intérieure pour véritablement séduire. Ce premier album marquant prouve qu’elle a atteint son but.

Long Hot Summer Days, empruntée au satyrique John Hartford, dont les chansons de country-pop furent reprises un jour par Frank Sinatra ou Aretha Franklin, touche au cœur de ce que veut ressusciter Watkins ; un esprit de légèreté et de gravité propre aux meilleures compositions. Se trouver à la croisée, faire l’exercice du crossover comme disent les américains : c’est encore le cas avec Any Old Time, qui appartient à une autre star de la musique country, Jimmie Rodgers. Son amour pour la mélodie pop et les techniques instrumentales un peu plus aventureuses – Norman Blake ou Tom Waits, qu’elle reprend aussi, sont aussi de ceux qui rénovent la musique traditionnelle - crée un mélange parfaitement dosé.


jeudi 7 octobre 2010

Jonny Greenwood - There Will be Blood (Bande Originale)



Jonny Greenwood aborde depuis 2003 sa nouvelle expérience de compositeur de musique contemporaine avec une retenue et une discrétion qui lui font honneur. Ce qui n’est pas surprenant de la part de l’un des cinq membres du groupe le plus cool du monde, celui qui prend son succès artistique et commercial avec la simplicité la plus désarmante, Radiohead. Seule la curiosité et le désir de s’améliorer, de progresser, les a fait avancer depuis le début des années 1990. En 2008, Greenwood apparaît totalement décomplexé avec cette bande originale, n’ayant pour limite que son exigence minimaliste,  gravité plutôt que grandiloquence. Pas de doute, c’est le même homme que celui qui a enregistré pour le documentaire Bodysong, beaucoup plus confidentiel, une bande-son fascinante en 2003. Les fans les plus attentifs de Radiohead y reconnaîtront aussi des sonorités présentes au sein de Radiohead depuis Kid A (2000), disque phare de la discographie du groupe auquel Jonny Greenwood a largement contribué. On reconnaît son goût pour la musique contemporaine (Penderecki, Messiaen, Gorecki), sa fascination pour des ambiances à l’harmonie difficile au travers desquelles triomphe toujours la beauté, la fragilité, l’émotion.
Deux choses, en particulier, marquent l’esprit dans le film de Paul Thomas Anderson pour lequel a été composée cette bande originale ; la performance d’acteur de Daniel Day-Lewis dans le rôle du magnat du pétrole Daniel Plainview – présent dans chaque scène ou presque -, et la musique, utilisée avec plus d’économie, de Greenwood. Dès la première séquence, alors que l’image s’ouvre sur les espaces désertiques californiens éblouissants et le puits que Plainview tente d’exploiter (il n’est encore pas le richissime propriétaire qu’il deviendra par la suite), la musique tendue, les cordes intenses évoquent une beauté en distorsion, font rejaillir des sentiments enfouis au fond du cœur du personnage. Jamais la beauté n’avait été aussi pure, dans l’œuvre du musicien, que depuis le diaphane How to Disapear Completely, titre présent sur Kid A. Ici, loin du parasitage électronique auquel il a parfois été confiné, Jonny Greenwood n’imagine que de la musique orchestrale, se projetant dans le début du vingtième siècle avec une discipline inédite pour lui.
En résulte un disque d’un peu plus de trente minutes, construit de onze pièces séquencées dans l’ordre de leur utilisation dans le film, et où aucun instant n’est superflu ; toutes les voix musicales, orchestre et quartet, se répondent pour donner un bouleversante œuvre à l’intérieur de l’œuvre. Malgré les titres – Open Spaces, Hope of New Fields, Proven Lands, qui font de toute évidence référence à des séquences du film, la musique de Greenwood est toujours intérieure. C’est, plus qu’une musique d’ambiance, ou d’atmosphère, une musique d’humeurs, donnant chair au récit, évoquant les flux et reflux du sang et de la bile des personnages. Il excelle aussi à évoquer leurs tentations et tiraillements. Eli Sunday, le  jeune prêtre au bord du fanatisme, qui fait salle comble tous les dimanches dans sa paroisse ; Henry Plainview, le frère de Daniel, qui apparaît de nulle part au milieu du film et dont les intentions ne sont pas claires, même pour lui. Le fils de Daniel, peut-être celui qui sera le plus dramatiquement touché par l’histoire. Les nappes de cordes apparaissent et disparaissent alors du champ auditif comme des vagues de fièvre.
Greenwood a le loisir d’évoquer la foi des personnages, qui motivait la plupart des œuvres de l’un de ses maîtres en musique contemporaine, Messiaen (Vingt Regards sur l’Enfant Jésus). Prospectors Arrive est une belle tentative au Quatuor de la Fin des Temps (1940) prolongée en ramifications sur l’élégiaque Oil. Dans There Will be Blood, la foi est comme un personnage invisible qui noue le destin de tous les autres, et la musique est son récipient. Le film est aussi fait de tension – l’intensité du personnage de Daniel Plainview, sa méchanceté, le suspense dû à l’escalade de la violence, jusqu’au châtiment et à la rédemption. C’est ce sentiment de suspense qui prédomine musicalement, et ce même dans la grâce du malheur et de la contemplation, lorsque les images ralentissent. Au sommet du film, se trouve une pièce rythmique baptisée auparavant Divergence sur la bande originale de Bodysong ; soulignant l’une des scènes les plus dramatiques et centrales de l’oeuvre, c’est l’apogée percussive du suspense, exprimé soudain sans plus de gravité.


Parution : 2008
Label : Nonesuch
Genre : Musique contemporaine
A écouter :  Prospectors Arrive, Future Markets, Oil


7.50/10
Qualités : intense,  onirique, audacieux

    dimanche 9 août 2009

    The Low Anthem - Oh My God ! Charlie Darwin


    J’aime l’Amérique ! Enfin, je la méprise pour sa politique, je la regarde de haut pour son idéologie binaire, mais je l’adore pour sa musique. The Low Anthem donne avec Oh My God, Charlie Darwin un exemple de microcosme incomplet, mais nettement suffisant pour rester plusieurs fois bouche bée. Il y a même dans cet album matière à revenir sur l’inquiétude d’une Amérique complètement vrillée par les théories créationnistes, puisque les chansons sont inspirées par l’obsession de Ben Knox Miller pour la théorie de l’évolution de Darwin. Rassurant. Même s’il s’agit véritablement de la loi du plus fort, de la sélection naturelle… cela ne doit pas nous laisser sceptique. C’est juste ainsi que ça se passe, point. Il faut aussi dire que Darwin est origine de l’Ohio, dont il est largement question, avec une bonne part d’humour, ici. L’âme du disque, en quelque sorte. Mais la musique aussi a bien de la gueule, vous l’avez deviné.

    The Low Anthem est constitué de Ben Knox Miller, donc, ainsi que de Jeff Prystowsky – ces deux là sont les membres fondateurs d’un groupe qui fut un temps un duo -, d’une Jocie Adams formée en musique classique et du batteur Cyrus Scofield. En 2007 fut enregistré par le duo d’origine What The Cow Brings, collection de morceaux d’americana. C’est pour élargir la palette musicale que Jocie a été recrutée, et c’est effectif avec Charlie Darwin. Enregistré dans une cabine de vacances (décidemment un must, après Justin "Bon" Vernon et les Bowerbirds) à Rhode Island, sur une période de dix jours, l’album est pourtant loin d’être inconsistant. Il a été diffusé indépendamment avant que le groupe ne signe avec Nonesuch Records, le label qui en fait pour toute la famille (Wilco, Ry Cooder, Randy Newman).

    L’album s’ouvre sur un morceau extrêmement délicat, Charlie Darwin, chanté par Miller avec une voix de falsetto comparable au timbre de Justin Vernon ou de Joel Thibodeau de Death Vessel (non, ce n’est pas une femme). Le résultat est un peu évocateur du travail des Fleet Foxes, sorte d’hymne des bois tendre et intime. L’harmonica y brille de mille éclats. Arrive ensuite To Ohio, une ballade qui poursuit dans cette direction, avec un accent plus traditionnel mais tout aussi caressant. Le travail porté sur les instruments « annexes » - cuivres, harmonica est sublime. Ticket to Ride est quand à elle inspirée de Léonard Cohen, avec cette lente cadence un peu triste. Les musiciens se disent aussi inspirés de Neil Young et Bob Dylan – qui sont les pieds dans le plat de la musique américaine. Les deux morceaux suivants annoncent la métamorphose d’un groupe qui a plusieurs cartes en main, et pas seulement des nuances de la même ; accélérant la cadence, The Horizon Is a Beltway laisse découvrir un nouveau Miller à la voix rocailleuse qui emprunte à Sringsteen et à Tom WaitsHome We’ll never Be a la férocité de ce dernier. Il apparaît au fil de l’écoute que la moitié de l’album est chantée par Miller comme un animal sans défense, et l’autre comme un prédateur.

    Champion Angel est également un excellent morceau qui évoque un Dylan particulièrement dynamique. Rolling Stone a encore frappé durement et idiotement, n’écrivant sur The Low Anthem qu’un court paragraphe dans lequel on croirait voir l’Amérique se tirer dans le pied et insulter ses racines (Neil Young est t-il aussi, pareillement, du « comfort food-folk ?) Fuck !
    • Parution : 15 juin 2009
    • Label : Nonesuch Records
    • A écouter : Charlie Darwin, To Ohio, Ticket To Ride, Champion Angel
    Related Posts Plugin for WordPress, Blogger...