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vendredi 4 décembre 2015

SHYE BEN TZUR, JONNY GREENWOOD AND THE RAJASTHAN EXPRESS - Junun (2015)





OO
envoûtant
musique hindoue, world music

Un concentré d’intelligence musicale pour le corps et l’esprit. Roked pourrait être un tube de dancefloor à la fois envoûtant et minimaliste. Le jeune compositeur Shye Ben Tzur est étonnant de maitrise et de vision artistique (et spirituelle) tout au long de ce voyage où le célesta et les ondes Martenot de Jonny Greenwood  (Radiohead) illuminent de leur rêverie les trames hindoues issues de la nuit d’une tradition incommensurable, et rendues par 19 musiciens qui représentent toute l’étendue de l’Inde communiante.  

mardi 15 mars 2011

Jonny Greenwood



Voir aussi la chronique de There Will Be Blood (Bande Originale)
Voir aussi la chronique de The King of Limbs (2011)

Le guitariste de Radiohead (avec Ed O’Brien) est né à Oxford en 1971. Il intégra le groupe en dernier, alors que son frère Colin avait fait le premier la connaissance du chanteur Thom Yorke. Jonny avait deux ans de moins que les autres, et c’est finalement à l’harmonica qu’il intègrera le groupe encore appelé On a Friday en 1987, avant de passer aux claviers et finalement à la guitare. Un hiatus du groupe (ils décidèrent de retourner à l’université) lui permettra d’étudier la musique à Oxford. Heureusement, On a Friday reprendra du service en 1991 et attirera l’attention de la major EMI suite à une série de démos, pour être rebaptisé Radiohead. Dès Creep, le premier single au succès phénoménal du groupe, le talent de Greenwood à casser les codes transparaît ; juste avant le refrain, il donne deux violents accords de guitare qui, une fois acceptés comme tels par Thom Yorke et les autres, constitueront l’ADN du morceau. The Bends (1995) lui permet de révéler pleinement son talent à produire des sons uniques, anguleux, puissants avec des morceaux comme Just ou My Iron Lung, qui feront la gloire du groupe alors seulement prétendant à devenir le nouveau U2. Son style agressif va l’obliger à porter un bandeau autour de son poignet droit, accessoire qui va devenir jusqu’à aujourd’hui l’un de ses signes distinctifs.
Mais la conscience professionnelle et artistique des membres de Radiohead, et notamment de Jonny Greenwood, ne cesse de grandir et Ok Computer (1997) marque de son empreinte le son des années 90 et du rock en général. La guitare de Greenwood est toujours puissante mais plus distante, parfois étouffée, transformée. L’atonal Airbag redéfinit l’expressivité de l’instrument. Sur Subterranean Homesick Alien, il restitue les sonorités de trompette du Bitches Brew de Miles Davis. Mais en réalité, Greenwood s’est déjà lassé de la six-cordes. Curieux et touche à tout, il va peut à peut devenir ce jack-of-all-trades qui transformera Radiohead en l’expérience ultime, l’éloignant des conventions portées par les groupes dont ils s’étaient inspirés. L’arrangement de cordes sur Climbing up the Walls lui permet de manifester pour la première fois son intérêt pour la musique contemporaine, puisqu’il s’inspire des travaux du polonais Penderecki. Sa nouvelle passion n’a d’équivalent que son ennui pour les arrangements sirupeux qui l’ont précédé dans la musique rock, et il décide que les cordes ne sont pas là pour amplifier la mélodie ou la dramatiser, mais pour créer une discordance, une ambiance. Il veut jouer des orchestres comme de la guitare, et sans oublier que toutes ces sonorités nouvelles passeront sur scène par de petits boitiers, de claviers et des pédales d’effets qu’on le verra dès lors bidouiller, les cheveux retombant constamment et dissimulant son visage.
How to Disapear Completely ou Pyramid Song, sur les deux disques suivants, sont un autre net pas en avant de la méthode Greenwood. On le sait maintenant capable de beauté élégiaque, et Thom Yorke s’y retrouve complètement. L’empreinte du multi-instrumentiste est partout sur ces disques. L’une de ses plus belles découvertes est l’Onde Martenot, un instrument d’origine française qui fut précurseur des synthétiseurs et fut joué en orchestre, comme par exemple au sein de la Turangalila Symphonie d’Olivier Messiaen dès les années 40 ; Greenwood est un grand admirateur de l’œuvre et du compositeur. Un autre exemple de perfection qui l’inspirera est le Quatuor pour la fin des Temps (1940), du même compositeur. Mais ses travaux à l’orgue ou au piano sont tout aussi impressionnants. Greenwood mêle ses inspirations contemporaines avec le free jazz et l’électro appréciés par Thom Yorke. Si les autres membres du groupe ont un rôle non négligeable – on doit au bassiste Colin un morceau comme The National Anthem (Kid A), et les beats métronomiques de Philip Selway vont amorcer Radiohead dans sa mouture la plus actuelle – c’est l’interaction JonnyThom qui produit le plus gros des instants de grâce qui parcourent leurs disques des années 2000.
Jonny Greenwood laisse son imagination atteindre de nouveaux sommets dans le cadre de la composition de musiques de films. Les bandes originales de Bodysongs (2003) ou There Will be Blood (2008) sont particulièrement intéressantes si l’on veut saisir toute l’étendue du talent du post-guitariste. Frôlant parfois l’expérimentation pure, il est capable de mêler cordes, percussions, pianos, électronique et autres textures variées pour restituer l’atmosphère et le charme qu’il a ressentis dans des musiques bien éloignées du rock. Ses bandes sons, expériences à part entière, sont parfaitement séquencées et entretiennent une tension que l’on retrouve sous une forme un peu différente dans certains morceaux de Radiohead. Pour There Will be Blood en particulier, il semble capable de faire ressurgir les sentiments enfouis des personnages, et notamment  de Daniel Day Lewis en Daniel Plainview, rendant la bande-son inoubliable comme les images somptueuses du film. Le succès américain de There Will be Blood a fait de Jonny Greenwood une sorte de compositeur d’avant-garde que les anglais convoitaient jusqu’à présent jalousement ; il avait été nommé compositeur attitré de la BBC en 2004, composant pour l’occasion des pièces orchestrales plus longues et difficiles ; Smear ou Popcorn Superet Receiver, interprétées par l'orchestre de la BBC.

jeudi 7 octobre 2010

Jonny Greenwood - There Will be Blood (Bande Originale)



Jonny Greenwood aborde depuis 2003 sa nouvelle expérience de compositeur de musique contemporaine avec une retenue et une discrétion qui lui font honneur. Ce qui n’est pas surprenant de la part de l’un des cinq membres du groupe le plus cool du monde, celui qui prend son succès artistique et commercial avec la simplicité la plus désarmante, Radiohead. Seule la curiosité et le désir de s’améliorer, de progresser, les a fait avancer depuis le début des années 1990. En 2008, Greenwood apparaît totalement décomplexé avec cette bande originale, n’ayant pour limite que son exigence minimaliste,  gravité plutôt que grandiloquence. Pas de doute, c’est le même homme que celui qui a enregistré pour le documentaire Bodysong, beaucoup plus confidentiel, une bande-son fascinante en 2003. Les fans les plus attentifs de Radiohead y reconnaîtront aussi des sonorités présentes au sein de Radiohead depuis Kid A (2000), disque phare de la discographie du groupe auquel Jonny Greenwood a largement contribué. On reconnaît son goût pour la musique contemporaine (Penderecki, Messiaen, Gorecki), sa fascination pour des ambiances à l’harmonie difficile au travers desquelles triomphe toujours la beauté, la fragilité, l’émotion.
Deux choses, en particulier, marquent l’esprit dans le film de Paul Thomas Anderson pour lequel a été composée cette bande originale ; la performance d’acteur de Daniel Day-Lewis dans le rôle du magnat du pétrole Daniel Plainview – présent dans chaque scène ou presque -, et la musique, utilisée avec plus d’économie, de Greenwood. Dès la première séquence, alors que l’image s’ouvre sur les espaces désertiques californiens éblouissants et le puits que Plainview tente d’exploiter (il n’est encore pas le richissime propriétaire qu’il deviendra par la suite), la musique tendue, les cordes intenses évoquent une beauté en distorsion, font rejaillir des sentiments enfouis au fond du cœur du personnage. Jamais la beauté n’avait été aussi pure, dans l’œuvre du musicien, que depuis le diaphane How to Disapear Completely, titre présent sur Kid A. Ici, loin du parasitage électronique auquel il a parfois été confiné, Jonny Greenwood n’imagine que de la musique orchestrale, se projetant dans le début du vingtième siècle avec une discipline inédite pour lui.
En résulte un disque d’un peu plus de trente minutes, construit de onze pièces séquencées dans l’ordre de leur utilisation dans le film, et où aucun instant n’est superflu ; toutes les voix musicales, orchestre et quartet, se répondent pour donner un bouleversante œuvre à l’intérieur de l’œuvre. Malgré les titres – Open Spaces, Hope of New Fields, Proven Lands, qui font de toute évidence référence à des séquences du film, la musique de Greenwood est toujours intérieure. C’est, plus qu’une musique d’ambiance, ou d’atmosphère, une musique d’humeurs, donnant chair au récit, évoquant les flux et reflux du sang et de la bile des personnages. Il excelle aussi à évoquer leurs tentations et tiraillements. Eli Sunday, le  jeune prêtre au bord du fanatisme, qui fait salle comble tous les dimanches dans sa paroisse ; Henry Plainview, le frère de Daniel, qui apparaît de nulle part au milieu du film et dont les intentions ne sont pas claires, même pour lui. Le fils de Daniel, peut-être celui qui sera le plus dramatiquement touché par l’histoire. Les nappes de cordes apparaissent et disparaissent alors du champ auditif comme des vagues de fièvre.
Greenwood a le loisir d’évoquer la foi des personnages, qui motivait la plupart des œuvres de l’un de ses maîtres en musique contemporaine, Messiaen (Vingt Regards sur l’Enfant Jésus). Prospectors Arrive est une belle tentative au Quatuor de la Fin des Temps (1940) prolongée en ramifications sur l’élégiaque Oil. Dans There Will be Blood, la foi est comme un personnage invisible qui noue le destin de tous les autres, et la musique est son récipient. Le film est aussi fait de tension – l’intensité du personnage de Daniel Plainview, sa méchanceté, le suspense dû à l’escalade de la violence, jusqu’au châtiment et à la rédemption. C’est ce sentiment de suspense qui prédomine musicalement, et ce même dans la grâce du malheur et de la contemplation, lorsque les images ralentissent. Au sommet du film, se trouve une pièce rythmique baptisée auparavant Divergence sur la bande originale de Bodysong ; soulignant l’une des scènes les plus dramatiques et centrales de l’oeuvre, c’est l’apogée percussive du suspense, exprimé soudain sans plus de gravité.


Parution : 2008
Label : Nonesuch
Genre : Musique contemporaine
A écouter :  Prospectors Arrive, Future Markets, Oil


7.50/10
Qualités : intense,  onirique, audacieux
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