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vendredi 6 septembre 2013

WILLIS EARL BEAL - Nobody Knows (2013)

 

 



OOO
intense, hypnotique, sombre
soul, blues alternatif

L’album commence avec deux morceaux qui donnent la sensation que Willis est un classique, avec notamment la chanson Coming Trough qui profite de la présence de Cat Power, une chanteuse dont les premiers albums écorchés, dans les années 1990, sont sans doute parmi les références de Willis Earl Beal. Un passage lumineux qui donne l’impression que Beal veut ramener la soul là d’où elle vient. Mais ce n’était que pour montrer qu’il en était capable.  

Burning Bridges nous fait basculer dans le genre de long développement cinématique qu’Al Spx nous avait servi avec Hector, sur l’album I Predict a Graceful Expulsion (2012). Sa vidéo ou elle interprétait une mariée enceinte et possédée, affranchie des dernières lumières de la civilisation dont elle est bannie pour accomplir son rituel d’adieu au corps de l’homme dans ses mains. Comme la chanteuse canadienne, On peut sans aucun doute possible dire que Willis Earl Beal nous ‘prédit une expulsion grâcieuse’ une expectoration à la hauteur de ses talents vocaux magnifiquement enregistrés, sa voix conservant l’aspect brut qui a l’a rendu si attractif dès Acousmatic Sorcery en 2012.  

C’est intense, parsemé de glockenspiel et de piano, l’austérité élégiaque se mariant bien avec l’interprétation très libre du chanteur ténébreux, de la voix profonde et inquiétante au falsetto implorant. Disintegratings arrive, avec son groove désossé et laissé aux seule notes d’un piano hanté, la basse rampant dans un angle tandis que des voix préenregistrés perturbent le recueillement de Beal. Cette chanson, l’une des plus dénudées de l’album, est pourtant sale, maculée. Il faudra attendre Blue Escape pour réentendre une chanson dont la pureté concurrence Everything Unwinds.  

Dans le milieu de l’album, on bascule dans un faux blues dont le ressort repose sur le pouvoir de Beal à émuler, parfois à éructer, à jouer des codes du genre sur des rythmiques et des grooves addictifs. Too Dry To Cry pose les dernière bases d’un album cohérent et hypnotique, dont les éléments et les instruments  vont désormais ressurgir pour mieux surprendre, pour souligner d’un trait gras cette voix qui ne perd jamais en intensité ce qu’elle gagne en fureur ou en décadence. Earl se dépeint comme un être intransigeant, cruel, une araignée affamée qui parcourt les murs de sa morale, de sa conscience sans jamais revenir complètement au centre de lui-même. Il évite ainsi de se caricaturer. Et cette conscience ne se repose jamais.

Tous les mouvements qu’il effectue autour de ses victimes, y compris de lui-même, sont accompagnés d’un sens de la menace surgie de nulle part, une ombre de harcèlement et de danger avec laquelle les bluesmen ont beaucoup joué, souvent avec plus de légèreté qu’ici.  La voix qui raisonne, comme une ironie face à l’indifférence et à l’oubli qui frappe l’artiste de rue. Mais s’il chante, c’est qu’il espère encore que sa chance va tourner . « You got to give me a chance to/Reverse this romance”. Dans le carré infernal des chansons de 7 à 10, What’s  the Deal est une prêche hallucinée, qui résonne comme si elle avait été enregistrée spontanément par l’âme de Beal à son corps défendant. C’est une Passion dont l’éclat religieux est rendu profondément humain, divergent. La  note d’orgue lugubre qui traverse la chanson continue à la fin pour constituer le pinacle glaçant de l’album.

Emuler n’est pas quelque chose d’honteux, et Beal se sert de ce qu’il peut répliquer comme d’un tremplin pour conduire l’auditeur dans des territoires intangibles. Pour les amateurs de Tom Waits, de Bone Machine (1992) par exemple, il n’y a rien d’effrayant dans Nobody Knows : ils vont adorer se retrouver à la merci de Beal lorsqu’il qu’il se transforme en bête sur Ain’t Got No Love. Les rythmes, l’instrumentation métallique et l’orgue de barbarie rappellent Waits. Beal trouve bon d’y ajouter quelques notes de guitare psychédélique, de d’invoquer Jesus Christ et le Diable en hurlant. C’est avant que des rires maniaques ne viennent souligner l’ambiance infréquentable et que Beal ne termine, sur un truc typique de Waits : un hennissement du fond de sa gorge sifflante. Je ne me rappelle pas qu’une ballade de Tom Waits m’ait touchée de la façon particulière qu’a Everything Unwinds de le faire. C’est le vagabond sous les étoiles “Je danse dans le chemin/avec de la rouille dans l’âme/à côté des bennes à ordures/sans but particulier/tandis que tout se déploie....

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