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Trip Tips - Fanzine musical !

samedi 30 mai 2015

JONATHAN WILSON, DAWES, CONOR OBERST, FATHER JOHN MISTY, JACKSON BROWNE - Article



Scène Californienne

« Vintage ». Ce terme, utilisé souvent pour décrire le deuxième album de Jonathan Wilson, l'imposant Fanfare (2013), évoque sans doute les fringues usées, mais, dans l'art, il n'a pas de connotation négative. Pour ce qui concerne la musique, la démarche 'vintage' suppose une certaine élégance. Des artistes aussi variés que Lord Huron, Tom Brosseau, JDMCherson, Eilen Jewel, et beaucoup d'autres, sont décalés, pris dans leur temps. Ces artistes évoquent parfois un certain rockabilly des années 50, de Johnny Cash. Mais chaque décennie peut inspirer une tradition vintage différente. Pour la scène folk pop Californienne de la fin des années 60 et du début des années 70, consacrée par Joni Mitchell, par Crosby and Nash, par Jackson Browne parmi tant d'autres, vintage est un terme destiné à remplacer le péjoratif hippie. Puis vintage, par la suite, qualifie sans doute tout ce qui semble s'inspirer à la fois de Pink Floyd, de Jackson Browne, de Grateful Dead. Tout ce qui vient de l'ouest, et donc du passé, dans un mouvement chronologique immuable, dans une culture nourrie aux icônes, aux anges déchus, à ceux qui ont reformulé leur temps en consommant des drogues les précipitant dans leur propre passé.
Très peu pour Dawes, le jeune quatuor de Los Angeles, tout ça. Ils réfutent l'adjectif, craignent trop d'être pris pour une nouvelle mouture de ce qui se faisait – même de mieux – dans les collines aux alentours de Los Angeles et de son immédiateté grisante en 1970 . Que craignent t-il vraiment, au juste ?
Leur rock doux dégage l'expression d'une bonne volonté presque suintante, et bien sûr, leur attention pour la musique elle-même, la façon dont ils jouent, est tout de suite évidente. Il y a un charme, un sens du détail et une attitude décontractée dans leur musique qui rappellent à chaque minute pourquoi ils sont si proches de la scène Californienne d'une époque, à leur corps défendant. Les soli chaleureux, les harmonies vocales, les paroles narratives, et surtout leur relation prédestinée avec un producteur qui, par amour pour le beau jeu, est en train, depuis son studio de Echo Park, de donner à voir le renouveau d'une scène. Cette scène là s'est formée d'amitiés, au fil des improvisations, des jams – cela inclut le renouveau pour des artistes qui enregistrent depuis vingt, voire quarante ans. Où David Crosby  et Jackson Browne, des membres des Black Crowes et des Heartbreakers rencontrent Conor Oberst, et aussi Dawes. Dans ces conditions, il est irrésistible de goûter à la séduction du Laurel Canyon nouvelle mouture. On prend les mêmes et on continue, avec une passion intacte, d'enregistrer des disques analogiques, de brouiller les frontières entre la scène et le studio.

Pas entourés d'amis


Pourquoi favoriser la scène, quand le studio semble le lieu de tous les excès, propre à ressusciter les chambres à écho, et gonfler la qualité hi-fi dans des proportions qu'esthétiquement on avait tout simplement oublié de trouver enivrantes ? Dawes choisit d'exister d'abord sur scène pour se libérer de la placidité à laquelle l'esthétique pourrait réduire leurs élans de jeunesse. Même si la moitié du public ne différenciera pas ce batteur qui s'entraîne 3 ou 4 heures tous les jours d'un autre, ne fera pas de distinction entre ce groupe dévoué à l'apprentissage de l'excellence et un autre, il y a ceux qui remarqueront. Le public compte plus que les critiques, qui se sont, aux débuts du groupe, emparés de ce groupe comme de la pièce de musée à ajouter aux côtés de Jim Morrison, Buffalo Springfield ou les Byrds dans le mirage de la 'scène de Laurel Canyon'. Tout ça parce qu'il s'y étaient égarés quelquefois pour des improvisations, des 'jams'. « Je n'y vais jamais là bas », proteste le chanteur de Dawes, Taylor Goldsmith. Il se pose d'abord en observateur. Et pourtant, malgré sa jeunesse et son attitude 'take and run', quitter la grande ville a été, de son aveu, difficile. « Nous sommes très attachés à Los Angeles nous sommes fiers d'en être. Mais nous avons pensé que cela pourrait être bien pour nous d'être quelque part où nous nous ne sommes pas entourés d'amis et de comparses musiciens, qui affectent l'enregistrement».

Peut-être qu'après tout, la possibilité qu'a eue le groupe de grandir avec Jonathan Wilson, à peine plus âgé, leur a permis de dépasser les références aux sensibles Eagles ou Jayhawks qui les motivaient pour trouver leur propre son. Avec ou sans lui, ils ont, de toute façon, ce côté 'Californie ensoleillée' qui favorise les harmonies délicates, comme ils ont le sens du travail bien fait qui a attiré Wilson en premier lieu. En concert, sur My Way Back Home, un des classiques du groupe, c'est lorsque Goldsmith se lance dans un duel de guitares avec Wilson, invité pour l'occasion, qu'il s'éloigne de cette corde sensible pour accélérer le mélange des inspirations et des consciences. Ensemble, Jonathan Wilson, producteur de leurs deux premiers albums, et 'son' groupe pour la soirée, fusionnent, forment une unité imbattable une demie-heure durant, tout en détours et en élégance. Le songwriting faussement simple de Dawes rejoint souvent la formule de Wilson accusé à tort d'enregistrer de la musique 'progressive' alors qu'il enregistre simplement de longues chansons prises dans un seul mouvement. Dawes ne voulaient pourtant pas tomber sous sa coupe, entre plus avant dans un champ de conscience qui n'était pas le leur mais celui des journalistes. Ressemblant de plus en plus à un gourou, ou un bouddhisme new age, Wilson révélera en 2014 avoir pris du temps sabbatique, « avec cinq guitares seulement », dans une retraite du désert de Joshua Tree, pour 'écrire des chansons et lire dans l'avenir'.


La blessure et l'exultation

Les paroles du groupe sont supposées les mettre à l'écart des comparaisons. Sous leurs dehors résolument en rupture avec le monde, elles évoquent pourtant une façon de faire à l'ancienne, choisie pour interpeller ceux qui se trouvent dans la même pièce qu'eux, racontant des histoires avec une relation quasi-dédaigneuse au songwriting. Sur la première chanson de All Your Favorite Bands (2014), « Levons un verre à tout ceux à qui on ne parle pas » chante Goldsmith par exemple, dans une attitude grinçante qui rappelle une époque où les chanteurs pouvaient régler leurs comptes à travers les chansons qu'ils écrivaient, dans un flot ininterrompu de conscience. « Je quitte Oakland pour un regard critique derrière moi/Et faire quelques changements dans mon plan de combat » chante t-il avant avant de terminer dans un réalisme acerbe « Les choses se produisent de toute façon... » C'est ce pragmatisme qui empêche Tim Goldsmith et Dawes de se laisser briguer par une étiquette. Rien ne doit se mettre entre la musique, proche des leçons du quotidien, et les gens. « Et maintenant la seule opinion qui continue de m'aider/c'est qu'une nouvelle idée en détruit une dans le passé. » Des leçons souvent à recevoir comme des avertissements, soulignant l'inconfort d'être soi, en dépit des autres. Sur Time Spent in Los Angeles : «Mes amis ne semblent me reconnaître/que ma valise à la main/et quand je reste sans voyager/j'ai l'impression de disparaître. »
On pense aussi à la façon dont Conor Oberst a été injustement comparé à Bob Dylan, alors que celui-ci s'inspirait d'une dense mythologie historique tandis qu'Oberst s'en tenait à la rationalité de son expérience émotionnelle débordante. Hors, Conor Oberst enregistre Upside Down Mountain (2014) en compagnie de Jonathan Wilson. Un album dans lequel ses textes sont mieux mis en valeur par une production limpide, ensoleillée (ces rythmes caribéens sur Hundreds of Ways!) et efficiente. En écoutant cet album, l'un des plus beaux dans la longue discographie de Conor Oberst, d'abord avec Bright Eyes puis en solo, en écoutant ceux de Dawes, ou de Wilson, puis de leurs héros, en premier lieu Jackson Browne, quoi de plus évident que leur amour de la musique ?
Les trémolos dans a voix de Conor Oberst maîtrisent mieux qu'avant la blessure et l'exultation. A la percussion, à la guitare, aux claviers, aux choeurs, Jonathan Wilson fait preuve d'un l'équilibre et d'un tact impressionnants. « L'amour est le message.. un point c'est tout », «Notre amour est un poison protecteur », « Il n'y a pas de dignité dans l'amour ». Il décline avec un sens de la formule les façons de l'amour, avec la même exhaustivité qu'emploie Wilson dans sa démarche d'enregistrement. Soutenu par les vibrations du studio et par les choeurs du duo de chanteuses suédoises First Aid Kit, il semble désormais moins chercher notre appui à nous dans ce qu'il chante, n'a plus jamais besoin de béquille. Enola Gay est une évocation provocante, Governor's Ball une moquerie.


Chacun sa voix

Si la voix de Oberst est propre à secouer les émotion à fleur de peau, à railler les conventions du cœur languissant comme les postures politiques, celle de Jonathan Wilson, beaucoup plus douce, se prête à la paix, à a méditation, proposant un son plus absorbé, baissant le volume dès qu'il se met à chanter, utilisant les harmonies vocales de Crosby et Nash, de Omar Velasco ou Josh Tillman. A côté du mordant, de l'audacieux romantisme et de l'élégance nouvelle de 'Father John Misty' Tillman, dont il a produit I Love You, Honeybear (2015), Jonathan Wilson paraît plus effacé. Facile d'imaginer les tentations de Wilson quand il s'est consacré à étudier toutes les possibilités sonores chez Father John Misty, artiste projeté au pinacle pince-sans rire entre la soul de Marvin Gaye et les douches froides pop façon John Lennon. Si la musique, c'est se réinventer, Tillman se réinvente en enfant terrible de l’Amérique avec panache sur Bored in the USA et Holy Shit.
En compensation des faiblesse d'évocation, son absence de punch grinçant, Wilson a développé une pâte sonore qui tire plus souvent vers la hi-fi polyphonique de Pink Floyd sur The Dark Side of The Moon (à l'image du morceau-titre de son album Fanfare) que des jams insensées de Grateful Dead. Quand l'album se recentre sur sa prose, c'est à Roger Waters que l'on pense, dans les moments les plus émouvants de The Wall. Pavé de mélodies fascinantes, c'est dans sa partie finale, avec le funky Fazon, le folk bouleversant New Mexico (écrit avec l'anglais Roy Harper, un autre ami), Lovestrong et enfin All the Way Down que l'album laisse filer ses moments les plus imprégnés de magie. C'est avec ces chansons qu'on peut finalement affirmer que l’ornementation musicale n'est pas une distraction aux chansons et que Wilson possède bien sa propre voix au delà de ses qualités de producteur.


Habileté et abandon

Josh 'Misty' Tillman a sans doute été influencé par la démarche de Wilson quand il a décidé de remettre le piano au centre de sa musique – et comme il ne faisait pas les choses à moitié, das le cas de Wilson c'était un énorme Steinway à côté duquel il a fallu aligner d'autres instruments plus puissants que la normale. Le piano accompagnait aussi beaucoup Jackson Browne sur Standing on the Breach (2014), un album inspiré où l'instrument clarifie le message à la fois intime et politique, permet tous les écarts. Comme dans Bored in the USA de Tillman ou Lovestrong chez Wilson, l'instrument produit une limpidité, placé au centre d'effets de théâtre qui seront dévoilés par le talent de ces chanteurs aux intentions proches.
Alors que la guitare est l'instrument de l'action, le piano ressemble plus à celui de l'abandon. « Je veux marcher dans le vent hurlant/jusqu'à ce qu'il disperse toutes mes pensées/M'asseoir seul au bord de cette rivière/Jusqu'à ce que j'oublie que je peux parler. Seulement écouter », chante Conor Oberst sur la chanson Time Forgot. En dépit du travail intense, l'abandon n'est pas une attitude étrangère à cette musique particulière, qui mérite avant tout d'être écoutée plus que commentée. Cette musique dont le chaos contrôlé reproduit les forces d'un cosmos intérieur. C'est l'ésotérisme touché du doigt par Tim Goldsmith quand il décrit le tournant ris par le groupe sur son troisième album. La confiance nuancée, l'envie d’intégrer les rythmiques et les riches harmonies d'autres cultures. Chez Browne, c'est aussi l'habileté de faire des transitions entre l'environnementalisme et les questions politiques, au cours d'une chanson poignante. Ailleurs, Wall and Doors est la conversion d'une chanson Cubaine de Carlos Varela. Et partout, la même humilité. Les Beatles et les Byrds sont lointains désormais, même si Paul McCartney reste pour Jackson Browne une grande source d'inspiration - comme Denis Wilson pour Jonathan Wilson.
Browne se permet aussi un prêche dans la tradition de Willie Guthrie (dont il reprend par ailleurs une chanson ou Bob Dylan : sur Which Side are You On, des fondations gospel soulignent un message de résilience inspiré par le sort d'HaÏti : « Même si le monde peut trembler et ses fondations vaciller/Nous allons tous nous assembler et nous les remettrons d'aplomb. » Dans le même geste de solidarité, sur Enola Gay Conor Oberst disait : « Le monde est cruel et le devient de plus en plus/Alors pourquoi dois tu toujours tout ramener à toi ? » Il ne s'agit pas de tenir le haut de l'affiche, tous l'on bien compris.

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