“…you can hear whatever you want to hear in it, in a way that’s personal to you.”

James Vincent MCMORROW

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lundi 13 février 2012

TINARIWEN - Tassili (2011)







OO
Doux-amer, rugueux, communicatif
Blues, Musique traditionnelle malienne

Les Touaregs ont généralement la réputation d’être des insurgés, éventuellement armés de kalachnikovs. Cependant, si vous allez dans le désert trouver les Tinariwen, vous n’aurez pas seulement la vision du groupe de rock le plus authentique du monde, ils vous offriront le thé, bavarderont avec vous, dans une sorte de scène domestique merveilleuse. C’est du moins cette image d’un groupe de compagnons chaleureux qui prévalait encore à la sortie de cet album, Tassili (« l’album du feu de camp ») le septième du groupe désormais internationalement adulé, et cité comme influence par Tv on the Radio, Earth et beaucoup d’autres. 


Leur parcours discographique est semé de mantras répétitifs et de chansons traditionnelles ou moins traditionnelles, centrés sur les guitares et leur intelligence, leur âme, et des textes se débattant pour la vie ; une forme de blues. Ce à quoi vous vous attendriez, avec la petite flamme en plus, lorsqu’on vous dit qu’il s’agit de musique du désert, comme un dialogue avec le désert mais pas seulement. Tinariwen avaient été auparavant les poètes d’une génération en guerre, et existent aujourd’hui depuis presque un quart de siècle. Depuis 2001 et leur tentative de documenter leurs concerts fiévreux, avec The Radio Tisda Sessions, ils ont aussi su séduire le monde occidental en adressant de grands thèmes et en s’armant de slogans pleins de puissance vitale. Aman Iman, l’album qui les a le plus amplement révélés en 2007, signifiait ‘l’eau c’est la vie’.
Sur Aman Iman, Tinariwen enregistrait pour la seconde fois dans un studio à Bamako. « En ville, je me sens cerné par les murs », confiait Ibrahim Ag Alhabib à Mojo Magazine en 2009, lors du superbe reportage que fit le magazine anglais à la parution de Imidiwan : Companions. Ibrahim Ag Alhabib a parfois des difficultés à accepter la façon dont sonnent Amassakoul et Aman Iman, capturés dans le confinement. « Dans le désert, c’est là que je suis libre et que les guitares produisent le son que je souhaite. » Par désert il entend le sud de l’Algérie, avec une affection particulière pour Tassili n’Ajjer, une région aux paysages incroyables. 

Ce fut une zone de transition des forces armées entre les camps de réfugiés Lybiens et le nord du Mali. Cette terre révèle, dans des grottes, sur les rochers, les vestiges peints de civilisations anciennes de 8000 à 1700 ans en arrière, laissant deviner des religions, des civilisations perdues. Ces rochers et ces voyageurs disparus sont autant de personnages avec qui Ag Alhabib et son groupe communient. Ils utilisent les rochers et le vents pour susciter les tonalités présentes sur leurs albums, d’ou quelques séances surréalistes les voyant, amplis branchés sur générateur, enregistrer au pied d’amas géologiques à l’appel millénaire.
Trois semaines à la fin de 2010, le groupe s’est rassemblé dans une tente avec leur producteur de longue date, Jean-Paul Romann, pour recommencer avec la même motivation qui a produit The Tisda Radio Sessions déjà dix ans auparavant. IIs sont six sur la pochette, avec Ibrahim au centre, mais il y manque les contributeurs occasionnels et notamment Abdallah Ag Alhabib, qui amena le groupe en tournée lorsque son frère, Ibrahim s’y refusa ; et à qui on doit l’un des plus beaux morceaux de l’album, caché à la fin du dernier titre et enregistré après tout le reste. Y sont aussi absents, malgré leur participation, des admirateurs New-Yorkais et chanteurs de talent, Kyp Malone et Tunde Adebimpe, membres de Tv on The Radio. Ceux-ci avaient tâté le terrain en avril 2010, et cela s’est si bien passé qu’ils sont revenus prendre le rythme de vie nomade pendant une semaine.

 Tenere Taqquim Tossam, peut-être le morceau le plus accrocheur de l’album, profite de leurs chœurs sur le refrain – en anglais. « Water is life and soul/To all my brothers i say, the desert is jealous.” Et “Why can’t you see ? You are a treasure/I’ve seen the world, I love you better.” Adebimpe embrasse la plus grande sincérité du désert comme il chantait l’amour sur Keep Your Heart, You et Will Do, les meilleures chansons de Nine Types of Light (2011). Ailleurs, la langue arabe apporte une mélancolie et une profondeur supplémentaire, nous appelant à méditer. Plus surprenante est la participation du Dirty Dozen Brass Band, mythique ensemble de cuivres de la Nouvelle-Orléans, dont la retenue évite de dénaturer le son de Tinariwen. Et il y a aussi le guitariste Nel Cline (Wilco), sur Imidiwan Ma Tennam, pour un effet tempête de sable.

Tassili paraît dans un contexte plus difficile qu’Aman Iman. Au manque d’eau, qui tue leur bétail et menace leurs fermes, s’ajoute le vol de leurs terres pour des raisons commerciales et surtout la menace des Islamistes, car Al Qaeda s’installe et sa doctrine étrangère y trouve un terrain fertile, bouleversant les cultures locales. La section rythmique constituée du bassiste Eyadou Ag Leche et du guitariste Elaga Ag Hamid ancrent l’album dans l’action. Tassili est sous-tendu d’un combat qui sourd, au détour des plaintes et des lamentations, et révèle la façon dont Tinariwen perpétue un sens historique, une mémoire, en les plaçant en tête d’une génération de groupes Touaregs s’étant levés dans leur sillage.

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