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James Vincent MCMORROW

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vendredi 24 février 2012

Earth - Angels of Darkness, Demons of Light II (2012)


Parution : février 2012
Label : Southern lord
Genre : Instrumental, Folk
A écouter : Waltz (A Multiplicity of Doors)

°
Qualités : contemplatif, envoûtant, lucide

Dylan Carlson a triomphé, avec Hex: Or Printing in the Infernal Method (2005), de toute spirale de violence, en a terminé avec les visions manichéennes du monde pour croire de nouveau au pouvoir qu’a la musique de nous hypnotiser. « La musique conserve une forme de magie qui a disparu de beaucoup d’autres domaines de nos vies", observe t-il interrogé par Catherine Guesde pour New Noise Magazine en 2011. « La magie existe encore dans notre monde, mais elle est beaucoup plus difficile à déceler. » Echappée la lourdeur des débuts, de Earth 2 (1993), l’album qui marque la première incarnation de Earth. L’esprit du groupe est de plus en plus aérien, devient exercice transcendantal en mélodie et en textures. Après The Bees Made Honey in the Lion's Skull (2008), Carlson recrute la violoncelliste Lori Goldstson, déjà habituée à fréquenter le milieu de la musique électrique la plus envoûtante, de Nirvana à Wolves in the Throne Room. « Je n’écris jamais pour les autres membres du groupe ; si je les ai choisis, c’est parce que j’aime leur travail ». Angels of Darkness, Demons of Light I s’ouvrait sur une composition, Old Black, qui l’inscrivait dans la continuité de The Bees…., avec une mélodie presque ramassée. Il se terminait par la pièce donnant son titre à l’œuvre, une vaste peinture sonore improvisée de plus de vingt minutes.

C’est cette veine plus éthérée qu’approfondit le second volume à presque un an d’intervalle. C’est l’enregistrement presque live des conversations entre le violoncelle de Goldston, la guitare limpide de Carlson, la percussion patiente d’Adrienne Davies, la basse de Karl Blau, dans une volonté de privilégier la spontanéité. Les overdubs sur la guitare démarquent pourtant clairement cette œuvre d’un enregistrement de concert – c’est un jeu d’entrecroisements, où chaque instrument est parfaitement distinct, à l’image de l’introduction cristalline – une guitare a-t-elle jamais été aussi pure ? – sur Sigil of Brass. « Le live reprend l’importance qu’il avait à l’origine, avant que les enregistrements ne soient mis au centre », commente Carlson.

"Le plus gros problème de notre monde, en plus du matérialisme et du capitalisme, c’est le monothéisme."

C’est le plaisir des musiciens à faire exactement ce qu’il ont en tête, sans manquer d’organiser, avec légèreté, leur pensée musicale, qui séduit : évoquer sans appuyer inutilement, des contes anciens, des terres étrangères, et la lumière qui existe dans le repli intime de l’ombre. Même si ce n’est pas évident, le violoncelle est bien présent sans archet, sur His Teeth Did Brightly Shine ; Waltz (A Multiplicity of Doors) est la pièce maîtresse de l’album : en treize minutes, on est pleinement témoin de la façon qu’a le groupe de faire et de défaire, semant quelques jalons tout en demeurant en suspens, effleurant sans le saisir à pleine force le potentiel infini suscité par l’interaction et l’imagination des musiciens. La batterie donne des relents de valse, Goldson propose un série motifs soulignés par la guitare, ascendante vers l’aigu, de Carlson. Quelques notes suffisent à faire de The Corascene Dog un morceau obsédant, dans l’esprit de ce qu’a pu faire Neil Young avec la bande originale du film Dead Man en 1989. Enfin, The Rakehell restaure une nuance de vieux blues, désertique, épars. « Récemment, Tinariwen [groupe de blues de Touaregs algériens] m’a pas mal influencé. J’aimais déjà d’autres musiques africaines et soufies, mais là, j’ai vraiment eu le coup de foudre, d’autant plus qu’ils sont vraiment centrés sur les guitares. » La guitare, l’instrument qui défini tous les genres auxquels Earth peut prétendre. Celle de Carlson fait partie intégrante de sa conscience, et agit sous ses doigts comme s’il s’inscrivait dans une tradition immense. Seuls quelques signes, modulations du phrasé presque indécelables permettent de marquer la progression de The Rakehell vers une conclusion, qui, même au bout de onze minutes, semble encore prématurée.

Carlson a finalement fait de Earth, après vingt ans de carrière, non seulement un groupe influent mais aussi, à présent, le fruit d’une vision cohérente. Une recherche d’harmonie naturelle avec la terre (‘earth’ en français, bien entendu), une quête d’ouverture spirituelle. Avec, à la clef, ce message capable d’éclairer des millénaires d’obscurantisme. « Le plus gros problème de notre monde, en plus du matérialisme et du capitalisme, c’est le monothéisme. La spiritualité n’est pas mauvaise en elle-même, mais le monothéisme est l’un des plus grands mensonges actuels. » Ayant pleinement trouvé ses marques et une forme de sagesse dans ce monde, Carlson révèle que l’enregistrement n’a jamais été aussi facile qu’avec ce dernier album.

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