“…you can hear whatever you want to hear in it, in a way that’s personal to you.”

James Vincent MCMORROW

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lundi 6 février 2012

St. Vincent - Strange Attractor (1)


LEGION DE SUCCUBES

Il fut manipulateur sonore au sein de Roxy Music, groupe dont le glamour exigeant s’affiche dans ses pochettes de modèles déshabillés comme dans ses riffs conjugués de guitare électrique et de saxophone. Pionnier de la musique ambient, glam-rockeur, producteur de tubes, artiste multimédia, innovateur technologique, et se décrivant lui-même comme non-musicien – tout au long de sa carrière prolifique, Brian Eno a été tout cela, et bien davantage. Déterminant ses choix créatifs à l’aide de cartes avoisinant le jeu de tarot et baptisées Oblique Strategies, Eno crée des textures, organise des accidents pour les secouer de soubresauts lubriques et n’oublie pas les mélodies pop mémorables. En quelque sorte, il fait intervenir la réalité dans la musique, représentée par le hasard des situations. Dans le processus, Eno altéra pour toujours la façon dont la pop serait approchée, composée, jouée et perçue par le public. Du punk à la techno, innombrables sont les artistes qui reproduisent, consciemment ou non, certains de ses coups de langue sur les bandes magnétiques. Comme une légion de succubes qui s’ignorent. Le déni de sentiments, - complaisance, ennui, colère - qui rejaillissent de façon sournoise, le stoïcisme brûlant de désir, le contraste sont les forces à l’œuvre dans son travail.

Comme chez Eno, c’est l’avènement d’une réalité plus dure confiée à la libre association.

Lorsque certains interviewers se lamentent que si peu de femmes aient la même démarche, expérimentale et frontale, que St. Vincent, Annie Clark conseille de commencer par écouter les trois premiers albums en solo de Brian Eno ; Here Come the Warm Jets (1974), Taking Tiger Mountain (By Strategy) (19747) et Another Green World (1975). Si elle voit aussi clairement ce que ces albums de pop reconstruite peuvent apporter, c’est qu’Annie Clark comprend le contraste. D’ambigüités de sens en chocs de matières et d’humeurs, sa musique en est truffée. « J’ai écouté beaucoup de jazz étant jeune… Puis j’ai écouté du heavy metal, Iron Maiden, Pantera, Megadeth, puis la scène indé américaine, avec les Bad Brains, Big Black, puis les groupes 4AD des nineties, Pixies, Breeders. » confie t-elle à Olivier Drago pour New Noise Magasine. Ses goûts sophistiqués, ses talents – sur son instrument de prédilection, dans son écriture – dénotent d’un pouvoir à synthétiser ces influences pour en faire quelque chose de nouveau, de concis mais surtout d’excitant. Son désir de sophistication s’abreuve de ce qui est agressif, passionné, romantique ou enfantin, pêle-mêle. Elle s’instruit de l’instinct de survie et du besoin d’épanouissement personnel des gens autour d’elle. Comme chez Eno, c’est l’avènement d’une réalité plus dure confiée à la libre association, de codes esthétiques bien différents de ceux de la poésie classique auquel le patronyme St. Vincent fait allusion. Il vient du Saint Vincent Catholic Medical Center, où le poète gallois Dylan Thomas est décédé en 1953. Nick Cave l’a chanté sur Abattoir Blues/Lyre of Orpheus (2004)

Faire sens de la frénésie ambiante ; trouver un subterfuge pour s’évader ; ces deux motivations vitales se rejoignent dans le désir qu’a Annie Clark d’étudier les gens, de les recréer en chansons, et ensuite d’interpréter ces chansons devant eux. Chaque personne du public revêt une signification particulière, avec sa propre histoire, sa propre raison d’être là, ses propres humeurs qui participent à l’humeur générale, ce qui n’est pas toujours évident à gérer lorsqu’on est le centre de l’attention. « Pour moi, la meilleure façon de jouer, c’est en acoustique devant vingt personnes…. Pas toute seule devant 200 personnes… Mais j’adore tourner quoi qu’il en soit, être complètement déconnectée. J’aime m’échapper… c’est l’une des raisons pour lesquelles je me suis lancée dans la musique, d’ailleurs. » Perdre pied, vivre dans une insouciance irréelle pour contrebalancer les besoins du public le plus exigeant, intéressant, stimulant. Passer le moment de son mariage en léger décalage, entre bonheur intense et détachement ; c’est là qu’Annie Clark s’est positionnée, émotionnellement parlant, dès son premier album, Marry Me (2007). Sur la chanson-titre : « Prends-moi pour femme, John, je vais être gentille avec toi/Tu ne vas pas te rendre compte que je n’ai pas toute ma tête ». St. Vincent, c’est de l’auto-persuasion, c’est donner de l’élégance à un doute, un atermoiement fou.

A suivre

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