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mardi 23 octobre 2012

Matt Elliott - The Broken Man (2012)

 
 
 
Parution : février 2012
Label : Ici d'ailleurs
Genre : Folk
A écouter : Dust, Flesh and Bones
 
OO
Qualités : sombre, envoûtant
 
Matt Elliott s’est maintenu dans une semi-pénombre tout au long de sa carrière juqu’à aujourd’hui, poussant tranquillement les frontière de son écriture dans vers un idéal de beauté et de désolation qui a des airs de logique inéluctable. Il est de ceux que l’on croise par hasard, parce qu’ils ne sont pas très loin, parce qu’ils ont la gentillesse de se produire à Toulouse pour 3 malheureux euros et de laisser le secret d’un moment hypnotique parmi le public clairsemé. Découvrir Matt Elliott est comme de se pointer dans l’arrière salle d’une brasserie de onzième arrondissement et de tomber sur Josh T. Pearson en train de jouer Honeymoon Great : Wish you Were Her, une litanie de plus de 13 minutes à la beauté terrassante, la clairvoyance en plus. Vous aimez Bill Callahan ? Matt Elliott a une voix grave, dans l’esprit de celle du parangon de Smog, même si il l’utilise ici avec une parcimonie qui tient plus de l’illustration que de la chanson, comme un autre instrument dans la fresque que constitue The Broken Man.
 
Les chansons sur cet album extrême, en un sens, sont austères mais denses d’une lucidité musicale, d’une inspiration qui leur donne un aspect grandiose. Démarrant souvent sous le joug d’une guitare hispanisante au jeu complexe, elles s’affirment avec un dessein extrêmement méticuleux et une sagesse à toute épreuve. Les suites qui constituent la première face du vinyle démontrent le pouvoir et la détermination de Matt Elliott à l’œuvre pour exprimer avec largesse les sentiments de regret et de solitude dans leurs infinies variations.
 
Ce premier jet culmine avec les dix minutes de Dust, Flesh and Bones, qui démarre comme une lamentation nue évoquant Leonard Cohen et s’oriente en volutes autour d’une phrase répétée, conjurant toute la conviction de d’Elliott envers sa propre sagesse affective. La chanson décolle lentement de terre, prend un tour presque effrayant avec ses chœurs murés, le son d’une cloche lointaine contribuant aussi à la sensation d’un vide immense qui s’ouvre de plus en plus sous nos pieds – un aspect atmosphérique qui fait de The Broken Man l’album le plus accompli de Matt Elliott à ce jour -, tandis que la voix circonspecte d’Elliott demeure, malgré tout, un élément auquel se raccrocher. Avec la confiance qu’il met à répéter « This is what it feels to be alone », on est convaincu que la solitude le hante depuis des années, et la chanson documente cette relation vaguement amusée avec elle. Le résultat est d’une beauté, d’une évidence extraordinaires. 
 
The Broken Man s’enfance plus avant, construisant son plus long morceau sur deux improvisations au piano semblant surgies des noirceurs d’une ancienne Vienne, retranscrite et interprétées par Katia Labèque. Matt Elliott multiplie encore la fascination produite par son œuvre, allant à rebours de la cohérence habituelle pour nous obliger à trouver de nouvelles pistes de lecture, entre acceptation d’un certain psychédélisme et reconstruction de quelque monument sonore gothique oublié. Derrière une prestation stoïque et confiante se révèle la force de chansons qui contiennent non seulement leur raison profonde, mais s’articulent en un tableau d’une force étonnante.



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