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James Vincent MCMORROW

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samedi 29 septembre 2012

Ryan Bingham - Tomorrowland (2012)




Parutionseptembre 2012
Label
GenreAmericana, Rock, Country-rock
A écouter
O
Qualitéslucide

Junky Star (2010) a valu à Ryan Bingham la reconnaissance – à moins que ça ne soit d’avoir enregistré la chanson The Weary Kind pour le film Crazy Heart. C’était le disque qu’il avait en tête de faire depuis qu’il a commencé à enregistrer, au milieu des années 2000. Un producteur de renom, T Bone Burnett, habitué à côtoyer les grands de la musique roots américaine, que Bingham a rencontré lorsqu’il a été sollicité pour le film ; un label d’exception, Lost Highway, réputé aussi bien pour l’inévitable Lucinda Williams que pour de charmantes découvertes (avec en 2012 HoneyHoney et son album Billy Jack et Hayes Carll et son KMAG Yoyo (& Other American Stories), deux albums que je vous recommande chaudement. Enfin, sur Junky Star, les Dead Horses, un backing band intéressant que Bingham avait pris la peine de créditer ostensiblement. En délaissant groupe, label et producteur, Tomorrowland fait table rase de cet épisode glorieux de la carrière de Bingham - qui, étant né en 1981, en a sans doute beaucoup d’autres devant lui. Il se présente davantage comme le disque qu’il avait besoin de faire pour repousser les limites de son univers sonore somme toute conventionnel. Il élargit un peu sa palette en adressant directement l’inspiration que lui procurent les plus authentiques légendes plutôt que d’émuler le cliché qui lui a valu d’éclipser Jeff Bridges sur le propre terrain de son personnage de fiction, Bad Blake, dans Crazy Heart.

Tomorrowland est produit par Bingham lui-même, qui a crée une société avec sa compagne, Axster Bingham Records. Il a notamment beaucoup réfléchit aux différentes sonorités de guitare – et elles sont nombreuses, toujours pleines, profondes, luxueuses – qu’il souhaitait employer pour brosser un tableau sonore vaste et saisissant, même si ce n’est pas aussi saisissant qu’il l’aurait voulu. «Une des choses importantes c’était d’essayer de faire un disque qui soit passionnant à jouer en concert, avec de plus gros sons de guitare. J’ai davantage emprunté la voie électrique plutôt qu’acoustique. J’ai eu plus de temps pour expérimenter et travailler quant aux sons que je souhaitais obtenir.»

Bingham est un artiste qui voyage, et ce qu’il observe lors de ses excursions inspire sa vision sans concession d’un pays en grande partie abandonné. Comme le suggère le titre, l’avenir se situe d’abord dans la résolution des fractures géographiques. C’est l’asservissement, l’isolation, l’exploitation des campagnes par les industriels et le regard condescendant des grandes villes qui oublient qu’elles font partie d’une nation abîmée, et ne peuvent prétendre préparer le terrain de demain si elles s’isolent de la réalité de la nation à laquelle elles sont liées. Voyager chasse la cynisme, et permet d’entrevoir un vrai changement. Sur Western Shore, « You gotta run and stare so you could feel the change », chante Bingham dans une chanson qui se prolonge six minutes durant, inclut 12 cordes et mandoline et tente de capturer la dramatique dualité entre désespoir et volonté d’éveiller les consciences de nouveau. Les combats dans lesquels le sang est versé pour la justice sociale doivent trouver des échos dans les ‘signes invisibles de la démocratie’ qui sont partout dans les paysages, dans chaque arbre debout - et que chaque puits pétrolier, chaque forage, chaque prise à parti irrespectueuse de la terre repousse. Beg for Broken Legs s’engage sur le terrain d’un militantisme saisissant. « “I ain’t gonna stand in line/Beg for bread from up off the floor….”

Plus convaincant dans les moments les plus étirés et déchirants, Flower Bomb, No Help From God et Never Far Behind (cette dernière étant peut-être le pic émotionnel de l’album), Bingham fait malheureusement durer plusieurs chansons trop longtemps. Mais Tomorrowland est facile à aimer malgré ces longueurs. La voix du chanteur, accablée, plaintive, brisée, traversée de l’enthousiasme des dernières chances, des derniers concerts et des derniers verres pour la route, est toujours puissante, établit sa présence et captive depuis le sursaut enjoué de Heart of Rythm (une chanson power-country amusante à propos d’amour et de rock n’ roll), où elle se dégage, comme pour un nouveau départ, jusqu’à la catharsis journalistique et presque physiquement douloureuse de Rising of the Ghetto, qui, placée au centre de l’album, semble être une tentative superflue de capturer toute l’essence du propos de Bingham. Enfin, a quelques foulées de la fin, avec Never Ending Show, Bingham renoue complètement avec le personnage du film qui a fait de lui une quasi-star : un homme qui a cramé toute son énergie sur la route. « It's nothing else out here for me to be/In the never ending show”. Bingham ne succombe jamais à ses grandeurs musicales délibérées, ni au sentiment de la médiocrité ambiante, et c’est ce qui donne à Tomorrowland cette force intérieure.

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