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James Vincent MCMORROW

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mercredi 12 septembre 2012

David Byrne & St Vincent - Love This Giant (2012)




Parution : septembre 2012
Label : 4AD
Genre : Pop, avant-pop
A écouter : Who, Lazarus, Ice Age

O
Qualités : audacieux

Remain in Light était un album à l’énergie unique autoritaire, extatique, parfois féroce ; le dernier des quatre disques des Talking Heads était parcouru d’une vibration étrange, ne tournant court qu’avec les belles ambiances contemplatives des deux derniers morceaux. David Byrne et Brian Eno, deux visionnaires de la musique pop, deux créateurs ambitieux ; y trouvaient un amour commun pour les contrastes et les assemblages inattendus, que ce soit entre les sons eux-mêmes ou entre la musique et les textes. Comme en témoigne Annie Clark, « David est capable de tant de touches et d’humeurs différentes, et l’une d’entre elle est une combinaison de paranoïa et de joie extatique. » En lui faisant ce compliment, Clark ne se rend peut-être pas compte qu’elle pourrait de la même façon parler d'elle-même ; si ce n’est qu’elle a engagé (sous le patronyme de St Vincent) sa carrière musicale quelques 30 ans après celle du célèbre touche à tout New-Yorkais. Elle continue « David ne semble jamais épuiser son énergie créative. Elle prend de nombreuses formes, mais il n’apparaît jamais nostalgique. Il cherche sans cesse à aller de l’avant. » David Byrne n’a jamais fait deux fois le même album ; sorti de l’arc électrique constitué par les quatre albums qui propulsèrent un groupe d’avant-garde tiraillé entre vague post-punk, new wave et rythmes du monde parmi les formations les plus influentes du rock, ses travaux sont divers sans être dépareillés. Des collaborations récentes lui ont permis d’apporter un peu de sang neuf à son inspiration.

Dernièrement, collaboration est le maître mot chez Byrne. S’il confirme à chaque fois que ‘tout est venu de la musique’ – avec sa façon très personnelle et érudite de s’intéresser aux genre musicaux qu’il décide de recréer – ses projets finissent par impliquer producteurs, musiciens, et jusqu’aux acteurs qui transformeront les fictions de ses textes en pièces de théâtre, puisant dans a vaste diaspora de l’art New Yorkais, où tout le monde le connait et le respecte. Même la mairie, au courant de sa passion pour le vélo, aura fait appel à lui pour illustrer les racks des vélibs new-yorkais. Car Byrne dessine, installe, fabrique : en référence à Léonard de Vinci on l’a appelé ‘the rennaissance man’, ce que même son égo plutôt heureux ne peut supporter.
 
Byrne, ces derniers temps, est plus envahi de joie et de clairvoyance créative que de paranoïa et d’anxiété, des sentiments qu’il a peu à peu relégués en marge de son système. Il peut, avec une lucidité toujours plus neuve voir les nuances qu'il a contribuées à créer, dans la musique des autres. « Je perçois une acception de la mélodie, sans aucune crainte, dans la musique d’Annie, ce qu’elle ne partage pas avec beaucoup de musiciens qui débutent. Mais ces belles mélodies sont souvent sous-tendues par des thèmes glauques et perturbants. » Il a bien cerné son poulain. C’est à elle de se démarquer dans ce qui va être une relation forcément à l'avantage de Byrne : plus d’expérience, et un ascendant sur elle qui fait que lorsqu’on écoute une chanson comme Surgeon sur Strange Mercy on songe aux Talking Heads. Les tics de David Byrne vont de toute évidence avoir le dessus. Pourtant, il a inscrit en lettres d’or quelques règles de collaboration : c’est un travail qui se passe de leader, avec dans lequel les initiatoives que chacun peut prendre sont délimitées à l’avance. Au final, Love This Giant, se rapproche, sans usrprise, davantage d’un album des Talking Heads que de Strange Mercy, le dernier St Vincent. Cette suprématie d’un groove funky qui n’a pas vieilli joue en faveur de l’album, et permet au duo de révéler encore davantage leur approche commune de la musique. Leurs excentricités, leur façon méthodique, leur exactitude, leurs approches stratéguques de l’écriture et leur talent à extraire l’émotion du processus même de création musicale sont des forces conjurées avec un plaisir si palpable à la création de Love This Giant que l’album surpasse la somme de ses talents comme celle de ses moments d’étrangeté et de grâce. Byrne semble revitalisé par l’expérience.
 
Revitalisé mais aussi étrangement tiré vers l’auto-contemplation. Les duos sur Who et Lazarus sont une bonne idée, mais ailleurs chacun chante séparément. Travailler avec Annie Clark est pour Byrne à la fois une bonne idée et un piège ; un piège parce que celle qui a appelé l’un des ses albums Actor (2009) semble prête jouer sa partition comme un rôle au cinéma. Sur cet album, sa présence évasive empêchait l’auditeur de l’identifier aux personnages bizarres qu’elles décrivait ; ici, cela contribue à rendre Byrne plus possédé encore par ces propre idées. Avouer qu’il devrait davantage regarder la télévision tout en préférant se rendre à Walt Whitman (sur I Should Wach T.V.) annonce un maniérisme que le timbre flottant, voire réflexif de clark, s’il est intéressant, ne vient pas contrebalancer. Byrne opère, lui, dans le mode le plus idéaliste, à gorge déployée, ou bien sur le mode d’une étrange conversation (de type “I took a walk down to the park today”, un style adopté dès les Talking Heads). Chacun a conjuré son lot d’images mystérieuses, comme cette ‘statue of a man who won the war’ sur I am a Ape. Comme le reste, nature, télévision, les mots de Whitman deviennent partie d’un mouvement plastique qui trouve son apogée dans la pochette frappante de l’album – une interpretation peronnelle de la Belle et la Bête. Ce n’est pas un hasard si les mots sont aussi surprenants, les histoires aussi excentriques, et que le résultat est à la fois ludique et parfois profond ; à la manière typique et toujours plus raffinée de Byrne, phrases et musique doivent entrer en conversation. « J’ai réalisé qu’écrire des paroles pour ces compositions centrées sur les sonorités cuivrées impliquait que je devais changer mon approche des textes. Les cuivres sont associés à de nombreuses choses – les marching bands, les fanfarres Italiennes, les groupes de la Nouvelle-Orléans, le rythm and blues et le funk. En général, ce n’est pas un sont très subtil, et les mots devaient répondre à cette franchise. »



L’idée de d’enregistrer avec beaucoup de cuivres – saxophone, tuba, - est venue de Clark, et des conditions dans lesquelles les premières ébauches de l’album ont été pensées. Il s’agissait d‘enregistrer un morceau pour l’association caritative New Yorkaise, The Housing Works. Comme ils ne disposaient pas d’une vraie salle de concert, mais d’un local peu adapté, le duo a dû compenser le manque de possibilités logistiques en essayant d’obtenir le son le plus acoustique possible ; l’utilisation de cuivres leur permettait de n’utiliser une amplification que pour les voix et de ne pas nécessiter de console de mixage au moment de performances. Les cuivres ont fini par devenir comme un troisième personnage sur Love This Giant. Et s’ils apparaissent dans une telle variété de textures et d’humeurs, c’est grâce à l’intérêt infini de Byrne pour la musique qu’il perpétue. Il a listé plusieurs groupes, parmi ses favoris, qui chacun utilisent les cuivres de manières différentes. C’est aussi bien le Rebirth Brass Band que Björk, l’Hypnotic Brass Ensemble ou même certaines de ses propres chansons qu’il réinvoque. « Nous voulions vraiment que les cuivres deviennent le groupe, et non pas juste une source de ponctuation musicale comme c’est souvent le cas. Je voulais découvrir de combien de manières différentes nous pouvions utiliser ces sons, afin de différencier les chansons sur l’album. »



Comme pour ses propres disques, Annie Clark s’est saisie à nouveau de Garage Band, et un échange de fichiers s’est engagé, à distance, entre les deux, qui a duré de long mois. « Parfois, c’est Annie qui m’envoyait des versions synthétisées de cuivres ou de riffs de guitares, que j’arrangeais un peu, et pour lesquelles j’écrivais une ébauche de mélodie et des paroles ; d’autres fois c’était l’inverse, c’est moi qui fournissais les idées musicales. Ces bribes jonglaient entre nous. Il y a des chansons pour lesquelles l’un d’entre nous chantait sur la démo, et l’autre finissait par interpréter la version terminée. » Dans l’effervescence de leurs échanges, les musiciens ont veillé à ce que Love This Giant regorge de grooves funk et afrobeat. Weekend in the Dust, Dinner For Two ou Lightning en sont des exemples. Les rythmes électroniques proposés par le producteur/musicien John Congleton ont aussi été un élément déterminant pour transformer ces essais en une collection de chansons pop cohérentes. « Beaucoup de gens, en entendant une description de ce que nous faisions, ont pensé que ce serait un genre d’indulgence artsy, mais à un certain point ça a pris vie différemment. » Ce moment est peut-être venu, lorsque Byrne a impose son talent logistique et fait d’un album bricolé avec des logiciels une réalité. « Nous avons travaillé avec un groupe de très bons arrangeurs, leur donnant les versions midi que nous avions créées avec nos ordinateurs. Ils nous ont fait écouter à leur tour des versions synthétisées des arrangements avant que les véritables musiciens ne nous rejoignent. »  Le résultat final est à la fois engageant et cérébral, parcouru de sonorités grondantes et fauves. C’est ainsi que les Talking Heads devraient sonner s’ils existaient encore, si ce n’est pour ces moments bizarrement optimistes : "Sing along with the one who broke your heart /Sing it loud, it will keep you safe and warm”, sur The One Who Broke Your Heart.

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