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mardi 11 septembre 2012

Ryan Bingham - Junky Star (2010)






Parution
Août 2010
LabelLost Highway
GenreAmericana
A écouterThe Poet, Junky Star, Hallelujah
O
Qualitéssombre, poignant

A la veille d’enregistrer cet album, en trois jours, en compagnie du célèbre producteur roots T.Bone Burnett (récemment aperçu en compagnie de Willie Nelson et John Mellencamp), le texan Ryan Bingham a co-écrit avec celui-ci The Weary Kind, une chanson qui, par les standards du film musical, était bouleversante dans son écrin de luxe. Cet écrin c’est Crazy Heart (2009), film qui ne manquait pas de cœur, même si l’on peut suspecter que c’est entièrement du à la présence de Jeff Bridges donnant l’impression de jouer son propre rôle – Bad Blake, un chanteur de country sur le retour, apparemment incapable de déjouer les méfaits de la solitude et de se dépêtrer de sa vision dramatisée de la vie. Ryan Bingham est un cran au-dessus de l’épave pleine de potentiel qu’était Bad Blake, et son album un cran au-dessus de ce que Jeff Bridges a pu enregistrer et faire paraître en 2011 en compagnie du même T-Bone Burnett. Il est plus jeune que Blake ; et si sa vision du monde est presque aussi décrépite, il a trouvé une manière d’inventer une galerie de personnages sans fortune à côté desquels il ne peut se permettre de s’aligner sans jouer la surenchère. Il est donc un peu forcé de se montrer simple, direct, avenant. En revanche, rien ne l’obligeait à devenir aussi minimal, dénudé sur son troisième album, d’autant plus que Junky Star le crédite accompagné des Dead Horses, un trio à l’apparence poussiéreuse mais subtil : chaque accord, chaque coup de grosse caisse résonne dans le désert habillé d’émotions en lambeaux de Bingham. Tout autre choix de production aurait peut-être été fatal, même s’il ne faut pas opposer, comme le font certains, l’idée que Bingham aurait pu vendre son âme au croisement pour devenir une star de crossover country-pop et la voie qu’il a réellement choisie. La country-pop a ses lettres de noblesse et sans une touche de pop l’americana serait définitivement perdue pour le grand public ! Nous enlevant même les ornements pourtant peut nombreux de Mescalito (2007) et Roadhouse Sun (2009), tels l’accordéon et la mandoline, Bingham capitalise avec l’accord de Burnett sur l’instrument le plus personnel de son attirail : sa voix, de buveur de whisky certes, mais aussi plaintive et hypnotique. Un harmonica providentiel embellit aussi plusieurs chansons.

L’effet Junky Star ne frappe pas d’un coup ; il faut prendre le temps d’écouter et de réécouter cette collection de (longues) chansons, une heure en tout si l’on considère The Weary Kind, placée en bonus à la fin. Le nom de cette chanson, comme l’image de la pochette, représentant un avion rouillé et sans ailes, respirent la lassitude ; néanmoins la poésie de Bingham est parfois presque caricaturale mais élégante et solide. C’est avec des chansons de ce type qu’il a faille voler la vedette au concert du Farm Aid en 2011, et en n’en jouant que 3, encore. Non, Bingham a travaillé dur et beaucoup tourné, mais pas de lassitude : plutôt la volonté assumée de produire un album plus sombre qu’à l’accoutumée, autant emprunt de fragilité et de fatigue que d’un appétit pour le meurtre comme stratagème pour se sentir vivre. The Poet, aux sonorités riches et profondes, annonce qu’il va s’agir d’un disque dont la violence sourd parfois plus qu’elle ne s’affiche. Bingham s’y présente comme le rodeur, l’observateur qui laisse le sang des autres écrire l’histoire. "As I keep walking, people keep talking/About things they've never seen or done/Homeless sleep in the park, lovers kiss in the dark/Me, myself I keep moving on through town...the poet in the back writes down his songs in blood." Quelque part entre les ignorants et ceux qui se sacrifient dans un geste dramatique pour sauver leur honneur ou l’humanité, Bingham est le troubadour qui chuchote aux éléments et aux lieux – le désert, le vent, la lune, le soleil, les étoiles - et reçoit son quotient d’histoires en retour. Bingham est un féru de la beat génération, positionné en retrait comme Jack Kerouac plutôt que fantasque comme le compagnon de route de Kerouac, Neal Cassady. Des touches de fatigue suggèrent qu’il ait pu lire Walt Whitman, un poète humaniste américain du XIXème. The Wandering, The Hard Worn Trail : piégés entre deux mondes, on se demande toujours si les personnages vont être soulagés de leurs douleurs à la fin. Ce n’est finalement pas le cas. Dans All Chocked Up Again, la coda country de l’album : « I close my eyes and I wanna start runnin'/But my legs are broken and tied/Everything around me starts spinnin'/And I realize I'm buried alive”.

L'empreinte d'un renouveau à la Bob Dylan - c'est à dire ce qu'il a accompli avec Love and Teft (2001), puis Modern Times (2006), Together Throught Life (2009), ou encore Tempest (2012) – cette façon de faire du neuf avec des ballades country-rock-blues du temps du DustBowl, est très présente sur cet album aux thèmes rudes. L'harmonica, et surtout le sens rythmique de Direction of The Wind - si ce n'est son titre faisant allusion à Blowing in the Wind - évoquent quelque chose comme Tweedle Dee & Tweedle Dum. C'est ce que Bingham écoutait sur le jukebox du Halfway Bar, un Motel que son oncle possédait. Dylan, Marshall Tucker, Bob Wills : il en tire une certaine authenticité. L’authenticité arrive en musique, l’intégrité vient avec les mots : “I’d rather lay down in a pine box/than to sell my heart to a fuckin’ wasteland” sur Depression.

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