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mercredi 13 juin 2012

The Abyssinians


Avec le trio vocal des Abyssinians culmine la force du message rasta. Le succès de leur approche résolument spirituelle et fraternelle de la musique, est reflété par une chanson, Satta Massagana, qui va devenir contre toute attente l’hymne national officieux de la Jamaïque. Tout était loin d’être gagné cependant ; les rythmes ont beaucoup ralenti depuis le ska, les chansons sont souvent en mode mineur, ce qui leur confère un aspect triste et sombre, les tempos ne varient pas d’un morceau à l’autre, et la voix de Bernard Collins, bien que profonde, est peu impressionnante en comparaison avec celle, beaucoup plus soul, de Leroy Sibbles (The Heptones). Mais tout le trio chante, avec un sens de l’harmonie naturel. Et le studio n’est plus équipé de deux mais de huit pistes qui permettent un son plus profond, résonnant d’un sentiment spirituel. Huit pistes, c’est encore bien en deçà de ce que les Beatles connaissaient à Abbey Road…

Bernard Collins et Donald Manning sont amis de longue date, mais l’idée de faire de la musique de manière professionnelle ne leur vient qu’après qu’un flot créatif ait apporté Satta Massagana. Une chanson de dévotion dont le titre est en Ahmaric, la langue éthiopienne. La chanson elle-même est inspirée par Happy Land de Carlton & the Shoes. Coxsone Dodd, le célèbre producteur, enregistrera la chanson mais restera pessimiste quant à son impact sur le public acheteur. Il a pourtant également produit Happy Land… Sans support, elle ne se vendit pas. Il fallut que le groupe rachète les bandes (beaucoup plus cher que ce qu’ils avaient reçu pour enregistre la chanson), et la sorte sur leur propre label, Clinch. « Quand nous fîmes la chanson, elle ne décolla pas. Elle date de 1969 et elle ne se vendit pas du tout jusqu’en 1971. » Voyant le succès surprise du morceau, Dodd tenta de rattraper le coup en produisant plusieurs versions instrumentales qu’il mit rapidement en vente. Lui qui avait accompagné l’avènement du ska puis du rock-steady, la douceur et la douleur subtilement contenues dans le reggae semblaient avoir échappé à sa sensibilité.

Rejoints par Lynford Manning (un habitué de Carlton & the Shoes), les Abyssinians produisirent notamment Declaration of Rights, un appel à la révolution qui venait droit du cœur. « They took us away from our civilization, brough us to slave in this big plantation.” Leur premier album enfin paru en 1976, s’appellera Forward to Zion (le mot ‘Zion’, beaucoup utilisé par les rastas, décrit une sphère spirituelle, un paradis des sens). African Race est l’un de ses temps forts thématiques, évoquant violence et domination coloniales. La relative austérité et les vérités fondamentales auxquelles semble toucher Forward to Zion et son successeur, Arise (1978), laissent entrevoir une musique accompagnée d’un nouveau pouvoir ; celui de trouver un équilibre moral et de le partager.
Explorateurs & Pirates

Si la Jamaïque est pleine de talents, la renommée locale ne leur apporte pas la richesse, loin de là. Ils sont souvent payés 20 dollars par chanson enregistrée et n’ont pas de royalties. Un studio tel que Studio One est avant tout apprécié par les musiciens comme une école, pour ce qu’ils y apprennent. Les plus chanceux sont ensuite repérés par de plus grosses maisons de disques. « Il n’y avait pas d’argent car nous étions comme des explorateurs, raconte Léonard Dillon, des Ethiopians. Avant d’entrer dans le business, je pensais que ça changerait notre vie, mais une fois à l’intérieur on se rend compte que rien ne se passe. La musique n’avait pas de répercussions à l’étranger. J’étais sous-estimé, parce que je ne chantais pas dans un bon anglais. », remarque Dillon qui souligne que nombre d’artistes locaux abandonnaient leur argot pour essayer de perçer. Situation rendue encore plus amère lorsqu’on sait que nombre d’artistes Jamaïcains étaient diffusés sans autorisation en Angleterre, des versions pirates de leurs disques se vendant sans que personne, apparemment, n’y trouve rien à redire. « Le premier disque que vous faites, vous vous le faites voler », commentera Donald Manning, des Abyssinians. Léonard Dillon : “Mais nous ne pensions même pas à l’argent. Même si le producteur ne nous donnait rien un jour, nous étions quand même au studio en train d’enregistrer le lendemain. » A Trench Town, il n’y avait rien d’autre qui aurait pu les détourner de la force d’un héritage ancestral. Un travail, souvent manuel et pénible, leur permet de vivre.
 

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