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mercredi 20 juin 2012

Jesca Hoop - The House That Jack Built (2012)







Parutionjuin 2012
LabelBella Union
GenrePop, indie rock
A écouterThe House That Jack Built, Born To, Deeper Devastation
°
Qualitésfrais, doux-amer, féminin


Jesca Hoop tient un blog sur lequel elle fait état de ses rêves. Elle semble aussi capturer les souvenirs et les sensations dans des objets ou des vêtements – des charmes. D'autres font sans doute rimer boule de crystal, cartomancie ou parapluie volant avec chansons. Cependant ils ne choisissent que rarement de se lancer avec autant de mordant, de sensualité, dans une carrière musicale. Hoop l’a testé pour vous : ça fonctionne ! Elle a même suffisamment de crédit pour réaliser les vidéos pleines de rituel que demandaient son imagination : The Kingdom, tirée de son précédent album Hunting My Dress, et Born To, en provenance de son nouvel album. Encore une fois, d’autres font de même. Cependant ceux là n’ont pas démarré leur carrière comme nounou chez Tom Waits.
The House That Jack Built comble de joie l'auditeur amateur de voix nouvelles et de pop-folk racée ; puis le détourne un peu, à cause de la trop grande clarté des arrangements et la direction très pop de certains morceaux ; puis charme de nouveau. Musicalement, la simplicité est la clef ici ; Kismet (2007) et Hunting My Dress (2009), les deux premiers albums de Hoop, étaient, en comparaison, tarabiscotés. Ce nouvel album est structuré autour de puissants points-clefs : le premier single Born To, qui le propulse (une chanson qui interroge les hasards de fortune qui font que certains ont toutes les chances et d'autres rien selon les circonstances de leur naissance), Peacemaker et son « fuck me babe » bizarre mais sexy quand même, Hospital (With Your love) et son refrain bleu et rose « Il n'y a rien de tel qu'un bras cassé pour gagner ton amour », et plus loin, Deeper Devastation. D'autres chansons sont plus étonnantes, telle  When I'm Asleep. « Quand je m'endors/tu n'es plus personne/je ne suis plus nulle part ». Ode to Banksy, Dig This Record et DNR sont encore plus intrigantes. Le plus impressionnant avec Jesca Hoop, est sans doute la manière dont elle écrit et applique ses propres règles.
La chanson-titre, The House That Jack Built, est pleine de quiétude et de beauté. Deeper Devastation balaye la terre de chaud et de froid, et culmine sur un refrain choral envoûtant : « Under the power of our one and only sun”. La musique de Jesca Hoop n'a jamais été aussi versatile en termes d'échelle, de l'intime à la largesse, et la déportation depuis Hospital jusqu'à la chanson titre est importante. Mais au coeur de son écriture reviennent toujours comme repères les éléments naturels – à l'image du premier single, Born To. “Spin her out of dust into rock and fire/Oh holy water/Throw her to the earth/Through the burning air”. Les quatre éléments sont cités, ils dessinent le cadre dans lequel Hoop opère comme une sorte de déesse mineure. Comme le suggère Born To, les bases, les origines sont aussi importantes que les destins, les destinations. Hoop échappe largement à la monotonie de connaître le début et la fin de l'histoire en se réfugiant dans la dimension présente, faite de la poésie abstraite des sensations et des situations. Trois ans, passés depuis Hunting my Dress, sont un long présent à compiler. Dans cet album dense rien n'est laissé au hasard. Trois producteurs y ont contribué, découpant, on l'imagine, dans les idées de la chanteuse pour rendre l'ensemble plus digeste. Le séquencement est tel qu'on n'a pas un instant de répit.

Le vrai, beau trouble est éffleuré avec la plus belle chanson de l'album, Deeper Devastation “Tu ne peux faire confiance aux hommes pour faire ce qui est juste.” Mais pour Hoop, ça ne ressemble pas à une vérité plus fondamentale que, disons, les souvenirs d'enfance dans Hospital (With Your Love) ou son amour pour Jacques Cousteau évoqué dans Ode to Banksy, qui parle comme souvent de plonger plus profond, de remonter plus loin  dans les des rêves et les souvenirs – pour le reste, il vaut mieux refuser d'associer “IL n'y a plus tellement d'idée dans ma plume” et “les bombardiers suicidaires ont simplement besoin d'une étreinte”, par exemple. Le communiqué de presse de l'album évoque des thèmes précis – la vie et la mort, le sexe et la guerre (d'ou le champignon de la belle jaquette ?), l'esprit et le coeur. L'inspiration de Jesca Hoop est un peu foutraque, mais dans le fond il y a une matière qu'elle sait remuer à même la terre des réalités, qui façonne, et le sable des souvenirs, qui s'écoule – avec le vent et le soleil comme alliés. When i'm Asleep est comme une dernière bourrasque.

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