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vendredi 6 novembre 2009

{archive} Robert Wyatt - Ruth is Stranger Than Richard



 Ruth is Stranger Than Richard, paru en 1975, est l’occasion pour Robert Wyatt de lancer un beau « ne vous fiez pas aux apparences ». Il commence ainsi avec Soup Song, un morceau presque traditionnel au swing imparable bien différent de ce que l’on pouvait entendre sur Rock Bottom (1971), second album qu’il a, à la différence de celui-ci, entièrement écrit.


L’artiste, qui a failli à l’époque apparaître à Top of the Pops avec une chaise plutôt qu’avec son fauteuil roulant, soit disant pour ne pas choquer les audiences familiales de l’émission, décide qu’il va combattre le monde musical convenu et horriblement organisé du début des années 70 et Angleterre. N’est ce pas la principale force de l’artiste que de surprendre ? Wyatt ne manque pas de personnalité pour cela. De plus, Yesterday Man, la reprise reggae du morceau de Chris Andrew que Virgin devait sortir comme single avant ce nouveau disque – et qui donnera Sonia sur Ruth is Stranger Than Richard - , a été qualifiée de « lugubre » par la maison de disques avant d’être mise de côté au dernier moment.


C’est peu être en considération de ce refus des médias de l’accepter tel qu’il est que Wyatt a réfléchi, non à l’apport d’éléments foncièrement nouveaux dans sa musique – tout semble déjà en place dès Rock Bottom, à commencer par cette voix tendre et aigue, - mais au développement d’aspects qui puissent renouveler l’intérêt de ceux qui l’ont rapidement étiqueté comme lunaire, désespéré, voire inquiétant. Il est vrai que Rock Bottom véhicule globalement un sentiment de mélancolie et de nostalgie qui peuvent affecter l’auditeur après qu’il en ait fini avec les Beatles. C’est surtout une œuvre étrange et excessivement intime avec des morceaux longs, qui demande une réceptivité plus importante que pour les formats pop habituels.

En tout cas, il semble que Wyatt soit concerné par la question de ne pas sceller sa carrière par un second opus du même standard (dans une interview récente, il est supposé avoir dit : Je n’aime pas déconcerter les gens. Bien que même quand j’essaie d’être normal je les déconcerte quand même »), ce qui le conduit à mettre en évidence des influences jazz et brass-band – la musique est majoritairement due à ses collaborateurs et amis Phil Manzanera, Fred Frith, Mongezi Feza (à l’origine de Sonia), Brian Hopper (de son ancien groupe les Wilde Flowers) – et ainsi à donner un aspect plus concret à sa musique.

Alors que Rock Bottom était fasciné par l’abstraction et tournait autour de formes aquatiques indécises, on trouve ici des pièces qui sont à priori plus facilement assimilables. C’est le cas des premiers titres du disque, de Soup Song (dérivé de Slow Walking Talk, des Wilde Flowers) à Team Spirit – plus soutenu, épique et psychédélique - en passant par Sonia, qui emprunte à la musique de mariachis ou de salsa cubaine.  On trouve aussi une reprise du Song For Che de Charlie Haden. Ces premiers morceaux constituent ce qui va être appelé la face « Ruth » plutôt que face A du vinyle.


Puis, peu à peu – dans la face « Richard » - , tout redevient comme avant. L’instrumental 5 Black Notes and 1 White Note, par son titre même – on dirait le nom d’un tableau abstrait – renoue avec le principal intérêt de Wyatt, laisser la musicalité s’ébattre au bord de la brèche pour créer la beauté. La pièce Muddy Mouse, en trois parties, joue de la même façon une sorte de tableau que l’artiste habite d’onomatopées – en pauvre oiseau qu’il est. Wyatt a en réalité une idée derrière la tête ; si l’auditeur a apprécié les premiers titres, il va être forcé de se diriger vers les terres nettement moins balisées qui constituent, à mon avis, le sommet de son art. Muddy Mouse (c)- avec Fred Frith - n’est t-il pas le titre le plus charmant du disque ? C’est là qu’on s’attendra à retrouver Wyatt, logiquement, sur l’album suivant... Old Rottenhat, en 1985.

Les premiers morceaux, encore une fois, sont étrangement conventionnels, et, en dehors de leur qualité musicale évidente, peuvent paraître décevants pour l’artiste. Pourtant, ils révèlent l’exaltation qui peut gagner Wyatt dans la création, plus communicative ici alors qu’elle s’exprime en soli de saxophone qu’ensuite, quand elle devient un état psychologique dont seulement une partie, même si c’est une partie très précieuse, arrive jusqu'à nous.



  • Parution : mai 1975
  • Label : Thirsty Ear
  • A écouter : Team Spirit, Muddy Mouse c


  • Appréciation : Méritant
  • Note : 7/10
  • Qualités : poignant



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