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jeudi 12 novembre 2009

Devin Townsend - Addicted (2009)



Parutionnovembre 2009
LabelInside Out Music
GenreMetal, Pop
A écouterSupercrush, Resolve, Numbered
/107
Qualitésludique, puissant


Etrange vision que celle de Devin Townsend, l’adepte de gros son à l’origine de cette longue expérience qu’est le Devin Townsend Project – inaugurée en 1997 -, en train de réenregistrer inlassablement les mêmes vocalises pour Supercrush, morceau-phare de ce qui constitue son nouveau disque. Non loin de lui, une cafetière que l’on suppose largement utilisée – Townsend, les yeux hagards, affiche une fatigue prononcée. Mais le musicien de chanter quelques mots, sans en avoir l’air, les faisant pourtant sonner comme s’il se donnait corps et âme à ce nouveau projet très personnel : Addicted, en créant ainsi l’un des rares moments épiques de ce nouveau disque. Cette séquence visible sur son propre site représente, il me semble, l’une des meilleures illustrations des coulisses de la création musicale contemporaine.

Cette vidéo donne le sentiment qui cristallise la principale idée derrière The Devin Townsend Project ; c’est le labeur d’un homme travailleur qui prend seul les décisions, et qui, même s’il est adulé pour l’apparente aisance de son talent, passe du temps à tenir chaque nouveau projet à bout de bras, avant que son groupe - monté pour l’occasion sur Addicted - , n’y ajoute sa patte. L’essentiel avec un nouvel album de Townsend est de savoir où il a voulu nous mener, quel concept, quelles vibrations il va tenter de partager avec ses auditeurs. La constante jusqu’à présent ; ses guitares et effets si singuliers. On aurait cru le nouveau Mastodon maculé de cette influence.


Même la participation de Anneke van Giersbergen, ancienne de The Gathering, sert pour commencer la vision très aiguisée de l’artiste. Dans cette quadrilogie dont Addicted constitue le deuxième chapitre, Townsend souhaitait une voix féminine pour compléter un supposé aspect narratif. Ainsi, le processus de création découle toujours d’une réflexion très appuyée de forme plutôt que comme le jeu d’opportunités d’où jaillirait un échafaudage aléatoire. C’est de la même façon que les deux prochains disques sont déjà préparés, pour, au final, donner quatre œuvres bien différentes les unes autres. Addicted sera sans doute la plus accessible des quatre, et ce malgré l’identité excentrique qui couve sous ses formats peignés.


L’un des plus remarquables disques du canadien repéré par Steve Vai le voyait construire, d’après la confection désintéressée d’une marionnette aux yeux en balles de ping-pong, une vaste comédie spacio-caféinée et hallucinante de virtuosité. Ziltoid the Omniscient – dont l’un des meilleurs morceaux, Hyperdrive, est réecrit ici et chanté par von Giersbergen - , il l’avait fait tout seul. L’extraordinaire section rythmique n’était qu’une boîte à rythmes. C’était en 2007, il y a à peine deux ans, et déjà Townsend a publié un nouveau disque, Ki, le premier de cette nouvelle expérience qui finira probablement avec fracas en 2010 – on ne veut craindre un nouveau coup dans l’eau. Ki dessinait un nouveau Townsend, moins instinctif, plus réfléchi encore qu’a l’accoutumée, et toujours capable de montrer son aisance à intégrer des styles datés à son propre son, extrêmement neuf – après l’intermède country était venu le tour d’un titre pseudo-rockabily.


La discographie du canadien est une harde sans cesse en mouvement, plutôt qu’une œuvre qui tente de trouver son chef. Cette voie ; un son lourd constitué de multiples strates de guitare électrique nourrie d’effets splendides ; cacophonie mélodique ; un chant clair puissant en ying, un cri de maniaque en yang. Les deux cohabitent avec bonheur et un souffle épique parfaitement ménagé. Et toujours, la double pédale ; même sur le titre Bend it Like Bender, supposé pop, il faut suivre. L’héritage de Strapping Young Lad, autre groupe de Townsend décrit parfois comme faisant la musique la plus violente du monde. Furieuse escogrifferie jouissive ; et le canadien à l’exigence débridée, toujours grimaçant en photo, détestable mais tellement sympathique pour cela.


Addicted démarre par deux bêtes énormes, par une furieuse agitation. Les sonorités électro et le format répétitif de ces titres nous informent de la nouvelle direction prise par Townsend sur ce disque. Alors que Ki s’avérait presque progressif et globalement reposé, mais néanmoins sauvage, Addicted effectue un virage complet en proposant des titres massifs, limpides et efficaces. La forme policée du son, alors même que ces morceaux donnent furieusement envie de sauter dans tous les sens, peut décevoir. On attendra Bend it Like Bender, au refrain en crescendo excellent interprété par von Gierbergen, pour se faire une raison ; si Townsend a délaissé l’épique et les terrains sacrés qui ont vu naître de véritables pièces comme Earth Day, Triumph ou Deep Peace, on retrouve l’énergie dispensée dans Bastards, sur Ocean Machine (1997) mais restituée de manière compressée, et compensant en audaces mélodiques et en refrains ravageurs ce qu’elle a perdu en puissance. Addicted se révèle être un disque très divertissant et agréable à écouter, depuis le magique Supercrush jusqu’aux très denses Resolve ou Numbered.


Album de rock au fort optimisme – cette fois, Townsend a décidé de ne pas donner à la puissance de son travail les brides du cynisme, s’amusant simplement à s’aventurer avec von Ginsbergen et ses jeunes comparses aux frontières du jeu, de l’exigence mélodique et des acquis sonores que l’artiste a accumulés depuis quelque quinze années et onze disques - . Ou comme il le dirait lui-même : guitares lourdes, gros refrains et rythmes tueurs. La tenue de l’ensemble qui rend le disque particulièrement plaisant et long à épuiser.

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