“…you can hear whatever you want to hear in it, in a way that’s personal to you.”

James Vincent MCMORROW

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dimanche 24 juin 2012

Gladiators




Le nom du trio vocal les Gladiators semble dériver d’une fascination pour la figure de l’esclave rebelle de la rome antique Spartacus. Leurs débuts sont liés à un succès des Ethiopians, Train To Skaville. La face B de ce célèbre morceau était You are the Girl, une chanson permettant à Albert Griffiths, qui allait devenir le charismatique leader des Gladiators, de gagner confiance en ses capacités d’auteur de chansons. Il les aimait très imagées, chargées de paraboles, capables de retracer l’histoire du reggae depuis ses origines.

Trio vocal composé de Griffiths, de Clinton Fearon et de Gallimore Sutherland ils firent leurs classes avec le producteur Coxsone Dodd - ils allaient rester maçons un moment, étant donné son principe de 20 dollars la chanson et pas de royalties. Le morceau Hello Carol (1968) fait partie de leur préhistoire, et c’est déjà un gros succès en Jamaïque. Roots Natty, Bongo Red, Jah Go Before Us et Mr. Baldwin suivent, et le trio passe même entre les mains de Lee Perry avant que l’affaire ne se termine en combat de coqs.

Virgin, à travers leur branche Front Line, poussa à partir du milieu des années 70 des artistes plus enclins à faire des singles, qui offraient une gratification immédiate dans leurs pays, à produire des albums destinés à une plus large distribution. L’intrusion d’un gros label est donc plutôt bénéfique pour le reggae, d’autant plus que les albums sont rendus de nouveau disponibles par Virgin après les années 2000 (avec leurs pochettes originales – mais sans notes et sans paroles). Les Mighy Diamonds ou les Abyssinians sont aussi concernés par ces rééditions.

Les Gladiators se montrèrent aussi productifs avec les albums qu’avec les singles. Ils réenregistrèrent beaucoup de hits pour ces albums qui sont parmi les grands classiques de la période. Encouragés par un premier disque redoutable, Trench Town Mix Up (1976), ils maintinrent le cap avec Proverbial Reggae (1978) et Naturality (1979). Une compilation, Dreadlocks the Time is Now (1990), ressemble 19 hits révélant la ferveur du groupe dans cette période. Musicalement, le trio se maintient dans une formule simple ; les rythmes lancinants tirent parfois sur le dub, l’apport des guitares est minimaliste il n’y a pas ou peu de cuivres. La présence inattendue d’un harmonica dans plusieurs morceaux de l’album Sweet so Till (1980) laisse penser que Griffiths avait apprécié les bandes originales d’Ennio Moricone pour Sergio Leone.

dimanche 3 juillet 2011

Bob Marley - Dernière croisade (2 ème partie)

Lire la 1ère partie>

Dernier album enregistré par Bob Marley, Uprising s’avéra être une œuvre à la force décuplée par le présage qui planait sur elle. Il balançait, le temps de fameux riddims revisités par son excellent groupe, entre épiphanie personnelle et problèmes sociaux globaux. Bien sûr, le trio vocal des I Threes y était en pleine forme, donnant aux messages sociaux de Marley la saveur du meilleur miel. Assez sombre dans son ensemble, Uprising décrivait avec une acuité renouvelée les déséquilibres de plus en plus grands, et le remède de plus en plus évident en la personne du dieu Jah. L’aspect religieux était ainsi particulièrement marqué avec des chansons comme Work, Zion Train ou Forever Loving Jah.
Marley ne se méprenait plus sur le pouvoir que pouvaient avoir ses textes – s’il en avait douté, une chanson comme Zimbabwe lui avait donné un aperçu de sa responsabilité. Il rappelait sur presque toutes ses chansons combien son engagement avait été le fruit de convictions personnelles et pacifiques, voire de son tempérament enclin à l’empathie. En regard de la pochette fortement symbolique, où l’on voit Marley s’élever du sol et tendre les deux poings tandis que le soleil darde ses rayons, Uprising le voyait au mieux de sa force de persuasion – et conscient que le temps où ses actes allaient être jugés approchait, le temps pour lui de regagner une place dont il avait toute sa vie cherché à comprendre à partager les principes fondateurs. Marley allait en effet prendre conscience de la gravité de son cancer au moment de l’enregistrement de Uprising.

Coming in From the Cold ou Bad Card étaient de grandes chansons militantes, avec la première pleine de la puissance ressentie par Marley à faire partie des enfants de Jah. Real Situation méditait sur l’avidité du commun («Donnez leur un mètre, ils en prennent cent/Donnez leur cent mètres, ils en prennent mille ») et la venue inévitable d’un Armageddon qui conclurait cette décennie chaotique pour la Jamaïque comme pour l’Angleterre. La musique de Marley reflétait aussi le sentiment d’attraction-répulsion du peuple pour la politique, celui-ci ayant réalisé plus durement que jamais, durant les dix années précédentes, combien il était difficile de ne pas abandonner son destin aux politiques, de ne pas se faire phagocyter par elles – un sentiment projeté par Marley, qui pouvait être directement rapproché d’expériences personnelles. Uprising décline ce modèle : extase philosophique et personnelle contre dissolution politique et sociale. Work ou Forever Loving Jah contre We and Dem et Pimper’s Paradise, qui critiquait la façon dont les femmes Antillaises s’ « américanisaient » - une conséquence de la perte de racines culturelles propres à la Jamaïque. «Bientôt elles vont baisser la tête », concluait t-il. Il insistait ainsi une nouvelle fois sur l’idée qu’une perte de repères culturels et qu’une atrophie spirituelle conduisait à remettre son destin entre les mains des puissants, malgré toute la fierté éprouvée.
Could You Be Loved, belle déclaration d’indépendance en forme de disco balancée, était un hit potentiel (« Ne les laisse pas de trahir/ou même t’enseigner/Nous avons nos propres pensées ») et Marley sentait que Uprising serait un bon disque.

Une première version de Uprising fut envoyée à Island Records, mais Chris Blackwell la retourna à Marley, car, à son avis, il manquait une chose pour faire du e ce très bon disque un chef d’œuvre. Il lui suggéra de réenregistrer le dernier morceau, Redemption Song, seulement lui et sa guitare. Un exercice acoustique que Marley n’avait jamais tenté avec autant de succès, car il donna l’une de ses meilleures interprétations, pour une chanson déjà très forte et symbolique. Selon Rita Marley, « il souffrait déjà beaucoup, secrètement, et jouait de sa propre mortalité, une chose qui est très apparente sur l’album, et particulièrement sur cette chanson ». Redemption Song semble résumer l’ensemble des précédentes chansons de Marley, et c’est un tour de force en cela: « Tout ce que j’ai eu/des chansons de rédemption ». Il jette un regard apaisé sur sa propre œuvre, tout en continuant son travail pour la liberté. « Emancipez-vous de l’esclavage mental/Personne d’autre que vous ne peut vous libérer l’esprit ». Enjoignant enfin ceux qui l’ont supporté à marcher sur ses traces. « Ne vas-tu pas aider à chanter ces chansons de liberté ». L’austérité de la chanson fait résonner chaque mot avec une émotion sans précédent dans l’œuvre de Marley. Redemption Song a été le dernier simple de Marley, ainsi que la dernière chanson qu’il a jouée en concert, à Pittsburg, en septembre 1980. L’album était paru en juin.

Le troisième album de la trilogie voulue par le chanteur Jamaïcain, et le sixième en huit ans, Confrontation, fut terminé par sa femme Rita après la mort de Bob Marley en mai 1981, à l’âge de 36 ans. La pochette représentait Marley en Saint-George tuant le dragon Babylonien. C’est une compilation de simples (Rastaman Live Up !, Blackman Redemption) et autres morceaux jamais parus (I Know, Mix Up Mix Up) ou démos (Jump Nyabinghi). La chanson Buffalo Soldiers rencontra un grand succès en Angleterre. Depuis la disparition de Marley, son label Tuff Gong continue d’enregistrer de nouveaux artistes reggae et, bien entendu, la fratrie des Marley, qui compte onze enfants. La Jamaïque se prépare aussi pour le triomphe de l’équipe Jamaïcaine, et de Usain Bolt, aux jeux olympiques à Londres en 2012…

Uprising

Parution Juin 1980
Label ; Island Records/Tuff Gong
Genre : reggae
A écouter : Work, Zion Train, Redemption Song

8.50/10
Qualités : Communicatif, engagé, lucide


mercredi 3 novembre 2010

John Lennon - Double Fantasy (1980)



OO
varié/attachant
rock/pop
L’enfant gâté, l’enfant roi. John Lennon en fut un, mais de ceux dont la nonchalance et l’ennui sont magnifiques. Double Fantasy, à défaut d’être un véritable chef-d’œuvre, est un document exceptionnel sur ce qu’il a été, et condense les sentiments les plus optimistes qui l’ont traversé, ainsi que de touchantes inquiétudes. Un retour à la vie, sous-estimé et même comparé par Rock and Folk à du Laurent Voulzy (s'il est effectivement d'un naïveté aussi irrésistible que Lennon, cela vaut d’être réécouté).
Plastic Ono Band (1970), dix ans après sa parution, s’est transformé un leurre. Mais Lennon ne s’est pas désintégré ; il n’a cessé de se complexifier depuis sa séparation avec les Beatles. Sa longue relation avec Yoko Ono, sa femme et partenaire de création quasiment depuis son émancipation, lui a beaucoup apporté. Certains rapprochaient à celle-ci d’avoir précipité la fin des Beatles, mais elle a permis à Lennon d’avoir une vie artistique et sentimentale après eux, qui était dans le prolongement de ce qu’il avait toujours été ; un type talentueux mais bougrement obtus par moments. Ses engagements pour la paix, sa situation de porte-à-faux à New York au moment de la guerre au Viet-Nam, lui apportent une nouvelle dimension. Sa manière de dépenser l’argent avec Yoko devient sujette à controverse. L’essentiel, il l’a compris, c’est d’avancer, de marcher hors du mythe, quel que soit le succès public de ses actes.
En 1980, le couple possède trois appartements de 1000 mètres carrés chacun. L’un sert d’entrepôt, le second de quartier d’affaires pour Ono, et le troisième de lieu de vie. Dans cet endroit luxueux, jusque là, Lennon ne fait pas grand-chose à art fumer et se morfondre en essayant de se débarrasser de ses souvenirs des Beatles. « Je ne peux plus être un punk de Hambourg ou de Liverpool », dira t-il. C’est en vacances aux Bermudes, en écoutant sur son ghetto blaster des cassettes de reggae, et avec la chanson Hallelujah Time que l’inspiration pour un nouvel album, son premier en cinq ans, va venir d’un seul coup. Du point de vue d’un esprit baigné de rock’n roll, le reggae remettait les choses à plat. Et l’on peut continuer d’écouter aujourd’hui Bob Marley et Jacob Miller, de temps à autre, pour être immédiatement et naturellement en phase avec un autre soi-même.
« Toutes les chansons de Double Fantasy sont nées sur une période de trois semaines aux Bermudes après cinq années de néant ». Les démos sont enregistrées avec un matériel simpliste, alors que Lennon pouvait se procurer le meilleur à tous points de vue. Double Fantasy, provoqué par cette impulsion subite, va devenir des entrelacs de formes caricaturales, qui auraient pu être vaines, voire obscènes mais sont au contraire pleines de sensibilité. En studio, comme un être immature, Lennon ne cesse de changer d’humeur avec ses très bons musiciens (dont le guitariste de David Bowie, Earl Slick) – mais de manière générale, participe au respect mutuel. Il fait ressurgir son admiration pour le rock’n roll des origines, Elvis Presley (Cleanup Time) - il a d’ailleurs enregistré un disque de reprises de morceaux des années cinquante, passé presque inaperçu et réputé pour sa médiocrité, peu de temps auparavant. Et  l’affection embarrassante qui s’empare de lui, envers sa femme, envers son fils dont il ne s’est pas occupé (Woman, Beautiful Boy) ressemble aux derniers retranchements d’une honnêteté mise à mal par la célébrité, l’argent et la paranoïa suscitée par les drogues. Sa démarche rédemptrice culmine avec (Just Like) Starting Over, plaidoyer naïf pour un nouveau départ, et Watching the Wheels, qui ressemblait d’abord à une ballade revancharde à la Dylan mais s’est transformée, par l’entremise d’une production à la fois rayonnante et très caractéristique du début des années 80, en une formidable bouffée de modernité. « I just had to let it go », crie Lennon sans s’excuser. Le refrain anime un véritable carrousel nostalgique, capable de transformer dans l’imaginaire collectif le salon luxueux et dénué de vie dans lequel Lennon interpréta Imagine en salle de jeux, à nouveau. Redevenir un rêveur, berner les ambitions politiques qui auraient pu faire de lui un autre homme.
Les contributions de Yoko Ono – en premier lieu le technoïde et sexy Give me Something – pervertissent suffisamment l’ensemble pour lui donner une cambrure de fierté. Sa façon de chanter un peu hystérique passe pour de l’avant-garde, et séduit en tout cas les B 52 et les artistes new wave. Alors que Lennon ne supporte pas sa propre voix, qu’il trouble trop nasale et faible – ce qui le conduira à la doubler -, Yoko Ono apparaît comme une créature provocante et épanouie, mais peut-être trop brièvement sur Double Fantasy pour briller vraiment. Les chansons de Lennon, telles I’m losing you, ont plus de souffle. Il tentera de rétablir une égalité en mixant Walking in the Thin Ice, dernière tentative de six minutes du camp Ono pour faire de Double Fantasy à la fois un artefact inespéré visant à remonter le temps et un letsmotiv suffisamment bancal pour construire mieux derrière…  Walking... (qui apparaît comme morceau bonus) est la touche finale apportée à une oeuvre à quatre mains unique. Double Fantasy, à l’origine prévu pour être un double album, sera finalement suffisamment succinct (et c’est tant mieux) mais gardera son principe de départ ; alterner une chanson de John avec une chanson de Yoko, et ainsi de suite.
Ono ne se départira jamais de son image de musicienne avant-gardiste. La vague ironie qui commente la façon dont la grande vie scinde par moments le couple – « The Queen is in the counting room/counting all the money » - ne fait que pimenter un peu le disque. Si John et Yoko ont été trop ombrageux pour véritablement se repentir, Double Fantasy est ce qui ressemble le plus à une mise à plat.
On peut essayer d’imaginer ce qu’il y aurait eu après Double Fantasy. Il n’a cessé, à travers ses erreurs surtout, de se révéler plus humain jusqu’au jour de sa mort. Ses proches racontent qu’une tournée était en préparation, assez spectaculaire – à la mode du début des années 80, post-The Wall en quelque sorte. Et après cela, c’est évident qu’il aurait continué sa trajectoire ascendante, qu’il serait parvenu à transformer ses ambiguïtés en force de rassemblement.




vendredi 28 août 2009

Talking Heads - Remain in Light


Quelques groupes d’aujourd’hui, comme Yeasayer, Animal Collective ou Akron/Family aux Etats Unis, ou bien les projets de Damon Albarn sur Albion construisent à leur façon des passerelles entre différents mondes, ajoutant une dose de world-music afin de sortir d’un carcan pop étouffant ; à leur époque, les Talking Heads l’ont fait, avec notamment cet album produit une nouvelle fois par Brian Eno (connu notamment pour son travail avec David Bowie sur Low, Heroes et Lodger, ainsi que pour des travaux en solo comme Here comes the Warm Jets ou Another Green World, et pour My Life in the Bush of Ghosts conçu avec David Byrne – leader des Talking Heads). En ce qui concerne David Bowie, on a l’impression que ces médiocres albums des années 80 (Let’s Dance, Tonight et Never Let me Down) ont été fortement inspirés par le travail des Talking Heads – ou de Peter Gabriel. Dans les deux cas, il s’agit d’insuffler un souffle « d’ailleurs » à une musique anglaise qui redoute de ne faire que se répéter. Et ce qui est étrange, c’est que les musiques de cette époques étaient à la fois exotiques et par moment suprêmement agaçantes, comme si elles contenaient le syndrome de leur temps.


Il y a pourtant alors, en Angleterre, une foule de groupes qui vont apporter infiniment plus à la musique que nombre de leurs prédécesseurs des seventies (dont l’a fin annoncée est symbolisée par l’explosion de Pink Floyd au chevet de son dernier chef d’œuvre, The Wall : dans le cœur l’un des premier disques des années 80) ; Joy Division/New Order, The Cure, Adam and The Ants, Gary Newman ; les mouvements post-punk (qui succèdent aux Sex Pistols) et new wave apportent terreurs soniques et fantaisies artificielles. La musique populaire fait un pas de plus loin de l’innocence. Les groupes effrayants sont ceux qui marchent, parce qu’ils s’opposent à une culture disco de plus en plus envahissante et apparemment stérile : Joy Division est alors le plus grand groupe du monde, amené par un leader névrosé et malade qui finira par se suicider ! Etrange période de sons synthétiques, humeurs mauvaises bardées de mascara, tandis que les mannequins sympa des jaquettes de Roxy Music ont laissé la place à des mises en scène morbides, fluo et pathétiques (Here Comes the Warm Jets ; Three Imaginary Boys …) Heureusement, on est aujourd’hui assez éloignés de cette obscure période pour pouvoir revenir sur les vraies réussites artistiques en son sein. Elles ne manquent pas.


Remain In Light est un cocktail de new wave, de world music de post punk et surtout de pop eighties très cohérent, avec des morceaux longs, des solos de guitares à figures qui ont inspiré Radiohead (Radio Head, le nom du groupe, vient d’un morceau des Talking Heads) et font penser à Robert Fripp sur Baby’s on Fire. Il est la suite logique de Fear of Music, paru en 1979, et le début de ce qui a été qualifié d’avant-primitivism. Les morceaux sont construits autour d’un riff répété indéfiniment, un groove funk avec basse bondissante. C’est cette linéarité que l’on retrouve dans la musique africaine (m’aventurant en terrain non maitrisé, je me contenterai de citer Tinariwen, groupe qui connait depuis quelques temps un regain d’intérêt). Les instruments sont joués condensés, entremêlés – et il y a de nombreuses apparitions des guests - comme un Bush. Le travail en collaboration avec Brian Eno est palpable, dans les conductions rythmiques urgentes, et le peu de glam-rock qui reste se mêle à un funk Américain extatique. Dire que le disque est d’avant-garde, n’est pas exact ; il est un meilleur moyen de se familiariser avec deux bêtes peu abordables (que ce soit Talking Heads 77, Another Green World ou, à plus forte raison, My Life in the Bush of Ghosts et ses voix piquées au hasard à la radio).


Les trois premiers morceaux, qui constituent le première face du disque s’avalent avec une délectation particulière. C’est une perpétuelle cavalcade en avant, quelque chose de foutrement volumique et rock. The Great Curve est un morceau glam au rythme endiablé. Eno, véritable cinquième membre du groupe ici, est connu pour avoir popularisé une musique pour danser et pour penser. Ici, les paroles sont refusées à toute prétention, et c’est l’énergie plus que l’appréhension qui prime, malgré toutes les bizarreries de parcours. Surtout, c’est un album qui reste moderne et frais, presque trente ans après sa parution. Etant donné sa forte identité, c’est un signe que les formes qu’il contient ont une sorte de sagesse inaltérable (d’ailleurs commune aux travaux de Brian Eno encore référents aujourd’hui). Once in a Lifetime, le single, restera l’un des plus célèbres morceaux du groupe. Le chant de Byrne y est plein de suspense.


C’est un album entre lumière et obscurité. Comme de nombreux disques à cette période, il y a une hésitation entre une bé-attitude eighties et le pessimisme tourné en mythique incarné par Joy Division. Le dernier morceau, The Overload, est ainsi une pure imitation de ce qu’avaient fait les Mancuniens auparavant. Sans oublier le « Take a look at these hands !”, paroles scandées au travers desquelles David Byrne apparaît aussi paranoïaque que Ian Curtis. The Listening Wind, enfin, raconte l’histoire d’un Natif piégé et vengeur.
  • Parution : 1980
  • Label : Sire Records
  • A écouter : Born Under Punches, The Great Curve, The Listening Wind
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