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lundi 30 avril 2012

Sinéad O'Connor - I' Do Not Want What i Haven't Got (1990)


Parution1990
LabelChrysalis
GenrePop, songwriter
A écouterFeel so Different, Three Babies, Nothing Can Compare 2 U
°°
QualitésAtmosphérique, habité, apaisé/td>

Dans les médias qui s'emparent de son succès, O'Connor apparaît déjà aussi défiante que fragile. Ses yeux lui donne un regard magnétique et sa tête rasée par conviction lui vaudra le surnom de Skinhead O'Connor. Et I Do Not Want What I Haven't Got va montrer une artiste ruminant déjà quant au coût de ses ambitions. O'Connor ne voulut jamais aller aussi loin qu'au point où le deviendrait une star et où elle ne pourrait plus changer. A 23 ans, elle essaie simplement de se défendre. « Il pense que je suis devenue célèbre/Et que c'est ce qui m'a confuse », prédit t-elle avec une étrange précocité sur The Emperors's New Clothes. « Comment pourrais-je avoir su ce que je voulais/alors que je n'avais que vingt et un ans ? » 20 ans et beaucoup de choses à éclaircir en soi pour trouver le courage de les dire aux autres. I Do Not Want What I Haven't Got n'est fait que de choses qui tiennent la chanteuse à cœur, et ce n'est pas sans conséquences pour son entourage.

2 janvier 1983 : Colin Roach, un jeune noir londonien de 21 ans, se fait assassiner. Des policiers sont impliqués ce qui apparaît comme une insoutenable bavure pour laquelle Margaret Tatcher ne réagit pas. Sinéad O'Connor ajoute une victime à son tableau de chasse, le racisme, en écrivant Black Boys on Mopeds. Elle déclare vouloir quitter son pays en signe de protestation. La menace de s’expatrier est toujours un message fort et désespéré. La chanteuse s'y positionne à la fois comme citoyenne offensée, comme fausse ingénue blessée par le manque de poids d'un message de paix déjà dispensé dans The Lion and the Cobra (1987) et comme mère protectrice. Son ambition de concilier chacune de ces facettes, cette harmonie fragile, traverse I Do Not Want What I Haven't Got.

Cet équilibre est gagné par une intensité incessante. Plus que de la spiritualité, c'est une croyance vivace qui s'écoule dans les veines de l'album, dès son introduction avec la prière de la Sérénité. « Mon Dieu, donnez-moi la sérénité d'accepter les choses que je ne puis changer, le courage de changer les choses que je peux, et la sagesse d'en connaître la différence. » Le reste ressemble à une longue prière, trouvant sa conclusion dans la chanson-titre, a cappela : « Je marche à travers le désert/et je n'ai pas peur... J'ai tout ce que je voulais/et je ne veux pas ce que je n'ai pas eu. » Les points d'orgue de ces chansons résonnent à nos oreilles longtemps après que l'album soit terminé, par la grâce de la voix profonde de Sinéad O'Connor.

Elle transforme les intentions en déclarations de foi viscérales, en travaillant à son échelle. Elle y met en évidence la façon dont nous sommes tous irrémédiablement liés par des liens diaphanes qui ne se ressentent que lorsque les sentiments les plus forts nous obligent à les éprouver. Un journaliste écrira : « O'Connor semble considérer des vérités, que dans un meilleur monde, personne n'ait besoin de connaître. Elle réalise que l'amour se finit trop souvent en trahison ; qu'il y a des forces dans le monde qui souhaite vous faire taire, vous tuer pour vos différences ; et que vous pourriez ne jamais obtenir certaines des choses dont vous avez les plus besoin dans la vie – ou que vous pourriez les recevoir sans que votre cœur ne puisse éviter d'être brisé. » Avec de tels sentiments, I Do Not Want What I Haven't Got aurait pu être un album confus ou portant la chanteuse à l'hystérie ; au contraire, il est limpide. Il lui sert de recueil, de journal et lui permet de clarifier une vie qu'elle peut déjà craindre de ne plus contrôler. L'enjeu ne sera jamais plus aussi élevé qu'avec cet album, et bien qu'Universal Mother (1994) et Faith and Courage (2000)permettent d’approfondir dans la maturité, O'Connor n'y parvient plus à la même cohérence, à la même clarté.

Trop touché par la grâce pour être morbide, l'album n'en révéle pas moins un veine romantique digne d'Edgar Poe, avec Three Babies (qui évoque plusieurs avortements) ou I'm Stretched To Your Grave, chanson tirée d'un poème du 17 ème siècle. C'est un spectacle étrange, presque mélancolique que de voir s'écouler tant de la vie intime de la chanteuse, de façon à la fois forte et diffuse, toujours portée par des intentions d'absolu. Son meilleur combat entre vie privée et vie publique se fera dans des chansons dont le plaisir d'écoute transcende la puissance des projections d'un esprit blessé. Mélancolie de voir pointer cette solitude affective à laquelle tant de chanteuses ont goûté, quand il est difficile de mener de front une carrière fulgurante et une vie de famille – ou de trouver un homme qui puisse accepter votre manque soudain de vie privée. En termes de maux de cœur, Nothing Compares 2U culmine. Chanson écrite par Prince en 1984, elle sera accompagnée d'une vidéo dramatique très appréciée à l'époque. La chanson a semblé depuis lors accaparer à elle seule une expression ; celle liée au vide existentiel consécutif à une relation qui se termine. Encouragée par des artistes qu'elle admire, O'Connor prouve qu'elle est capable de  se révéler complètement, sans se douter que son malaise de s'être tant confiée grandira progressivement. La chanson – et le visage poupin e la chanteuse, tourné face à la caméra – resteront dans le domaine inégalés.

Même si elle apprend à utiliser ce que certains appellent le 'concept de distance artistique', c'est à dire à s'investir moins frontalement, de manière à donner à ses chansons un aspect plus attrayant et assimilable, l'album reste si personnel et cathartique qui qu'il est facile d'oublier la versatilité musicale de O'Connor. Cette diversité se fit en faveur d'une générosité orchestrale apaisante, parfois presque euphorisante, à l’exception de I'm Stretched to Your Grave, qui est récitée sur un beat électronique et en devient volontairement à une austérité réparatrice. Entre la voix, assurée, et la musique, précise et belle, un équilibre majestueux est atteint. A ce stade de sa carrière, difficile d'imaginer qu'O'Connor puisse à ce point être affectée par la médisance de ses pairs ; elle semble intouchable.








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