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James Vincent MCMORROW

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Trip Tips - Fanzine musical !

lundi 12 mars 2012

Soap & Skin - Narrow (2012)


Parution : février 2012
Label : Play it Again Sam
Genre : Alt-Folk,
A écouter : Vater, Wonder

°(°° pour Vater)
Qualités : envoûtant, Doux-amer, sombre

En interview, Anja Plaschg est telle une pythie déroutante, désarmée sur les questions les plus directes, et incapable de décrire le cheminement émotionnel de ses chansons tendues comme des imprécations. Elle donne parfois, à demi-mot, des indices de ce qui fait que sa musique sonne aussi neuve, encore trois ans après qu'elle ait enregistré l'excellent Lovetune for Vacuum (2009). Sa musique est capable de vous hanter, de revenir à vous sans même que vous ne la réécoutiez, à tel point qu'il ne se passait pas un mois sans que je ne me rende sur son site internet en quête de nouvelles de sa part. C'est la fascination que d'autres, peut-être, avaient pour Nico autour du Marble Index (1969).

Plaschg a un tempérament. Elle récuse toute influence de ses parents - elle a pourtant juste dépassé vingt ans – ou inspiration musicale. Il y a pourtant inspiration chez elle, mais c'est un chose qu'elle ne veut pas commenter – un processus intime sans doute indescriptible. Elle se montre protectrice, comme dans un élan de conservatisme romantique. Il y a aussi la fatigue de répondre aux mêmes questions, répétées : l'esprit baudelairien de ses chansons lui vaut la curiosité du public. A côté d'autres auteurs compositeurs solistes, Plaschg est d'une espèce troublante ; sans apaiser le mystère de sa personnalité, elle parvient à insuffler à ses compositions une émotion limpide, communicative jusqu'au mantra – sur Wonder surtout. Deux couplets, répétés dans un tournoiement de touches noires de piano : « Why we can't be/or see who cuts us asunder », exacerbent la tendresse la plus vraie.

Wonder s'écarte en apparence du sujet unique qui a donné lieu à cet EP nécessaire. La mort prématurée de son père a inspiré à la jeune autrichienne ce petit corpus de huit chansons sur le départ (Lost, Voyage Voyage, Boat Turns Toward the Port...) et d'incantations de magie noire visant à se détacher de l'être aimé : « Arrête de faire semblant de souffrir comme une enfant » sur l'effrayant Deathmental ; «Tu ressors les souvenirs/comme si un rien/avait quelque chose de plus à offrir », sur Lost, dont la mélodie est une reprise d'un morceau de Franz Shubert – avec Chopin, l'un des héros les plus vraisemblables d'Anja Plaschg. C'est comme adjurations que ses chansons sont les plus convaincantes. Son utilisation de l'allemand – sa langue natale - sur Vater (« papa ») ajoute une profondeur de sens à la chanson, telle une tentative à la fois punitive et libératrice de digression vers l'intimité de l'enfance. La voix, comme souvent doublée, se fait orageuse, autoritaire dans la deuxième partie du morceau, tandis que le piano effectue une valse irrégulière, un lied emporté. Le reste de l'album se construit à partir de cette profession de foi. La reprise du tube de Desireless, Voyage Voyage, a perdu tout l'entrain de son modèle pour devenir déchirant. « Voyage plus loin que la nuit et le jour/Voyage et jamais de revient.»

« C'est un combat. Je dois me battre avec mes chansons. J'ai le sentiment d'arriver toujours trop tard pour les saisir quand elles s'échappent. » Plaschg essaie de s'emparer de la tritesse comme une autre nuance artistique de la Vienne classique, échoue, en tire un dépit qui lui donne des désirs vengeurs. Narrow est parfaitement baptisé ; disque resserré qui chasse autour d'un seul sentiment, génère de cette perte des aberrations destinées à tenir le passé à distance – Big Hand Nail Down - comme des thèmes réparateurs. La pochette en accordéon, rose et noire, superbe et simple, montre symboliquement la séquence d'une cellule s'affranchissant en deux nouvelles cellules ; Plaschg quitte les sphères protectrices de l'enfance.

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