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lundi 23 janvier 2012

Julia Holter - Tragedy (2011)


Parution : août 2011
Label : Leaving Records
Genre :  Atmosphérique, Electro-acoustique, Expérimental
A écouter : The Falling Age

°
Qualités : féminin, audacieux, habité

La musique élégiaque de la jeune américaine Julianna Barwick, constituée entièrement de chœurs, a marqué les esprits en 2011. Julia Holter n’est pas très loin, par moments, d’utiliser la même palette organique. Mélangeant instruments acoustiques, et quantité de synthétiseurs, Tragedy est un album complexe mais pénétrant. Il y a du Scott Walker circa Tilt (1995) sur cette extraordinaire Interlude, et la poésie infiniment mélancolique de Max Richter (telle qu’on a pu l’entendre sur Infra en 2009), par touches ça et là ; certains y entendent le son de This Mortal Coil ou Laurie Anderson. The Falling Age fait venir à l’esprit les productions de David Lynch et Antonio Bandalamenti pour Julee Cruise sur Floating into the Night (1989) : Cruise capturée pour l’éternité dans la gaze narcotique orchestrée par le cinéaste. Ce n’est pas seulement la musique, mais la voix claire, lointaine et lente de Holter qui reproduit ce flottement dans la nuit. Avec plus de liberté ; il n’y a pas ici de morceaux pop, mais une trame en mouvement incessant, riche d’harmonies et aérienne. A défaut d’être heureux, le disque est agréable, comme une profonde inspiration.

Julia Holter est de ces musiciens que les écoles de musique firent réfléchir. Ennuyée par les préceptes qui nécessitaient d’écrire la musique pour la composer, ou de produire une pièce d’orchestre pour pouvoir passer dans la classe supérieure, elle apprit l’art selon ses propres règles. Elle ne donnera jamais complètement les ingrédients de l’expérimentation de Tragedy. Holter y joue tous les instruments elle-même, à l’exception de quelques interventions de saxophone. Beaucoup de sons ont été astucieusement transfigurés par la magie électronique, travaillés avec l’austérité et la méticulosité inspirée des compositeurs de musique contemporaine. Le processus de mixage devient l’équivalent d’un travail d’orchestration. Celui de Tragedy Finale, qui comporte une multitude de voix entremêlées avec une grâce stupéfiante – dont la sienne, transformée pour ressembler à celle d’un homme - a demandé un mois d’ouvrage.

Basé sur Hippolyte, la pièce millénaire d’Euripide, Tragedy déploie ses limites narratives dans une grande variété de goûts, de visions, produisant une œuvre à la cartographie foisonnante qui ne cesse de se déployer dans nos têtes. Ce n’est pas un disque de chansons, mais d’images cinématiques, de fondus enchaînés où l’on passe d’un ressenti à un autre. Il décrit la façon dont certaines situations affectent les esprits de différents personnages, dans un climat d’évanescence triomphante. « Je n’ai pas choisi d’utiliser la pièce pour une autre raison que parce j’ai aimé les situations dont que j’ai observées et les émotions qui ont gagné les personnages », commente Julia Holter interviewée sur le site Euterpe’s Notebook. La musicienne se pose ainsi comme simple témoin. La forme désincarnée permet d’échapper à toute notion temporelle et spatiale, ce qui est une belle idée lorsqu’on s’inspire d’une pièce vieille de plus de 2000 ans. Les paroles sont souvent directement empruntées à la pièce. Les voix échangent entre elles, les esprits sont animés de conversations. Les émotions s’étirent, s’approfondissent pendant plusieurs minutes. L’amalgame des éléments crée une musique comme un voile éthéré. Tragedy se construit dans une succession d’artifices si naturellement amenés qu’ils chassent toute idée de concept ou de style. L'album n'est dévoué qu'à se nourrir lui-même.








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