“…you can hear whatever you want to hear in it, in a way that’s personal to you.”

James Vincent MCMORROW

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dimanche 25 avril 2010

Trans Am - Thing


Trans Am, c’est le genre de son qu’on ne peut cesser d’écouter à moins d’avoir une vraie conscience positivioste qui vous permette d’y échapper. Il y a là un pouvoir de captation de toute volonté. Avec ce disque, on a tôt fait de se demander quel pacte infernal nous conduit à y retrouner avec insistance, et finalement à essayer de le décrire. Il faut dire qu’il se détache rapidement du lot, comme une excroissance douteuse, un artifice incongru. Le groupe, on préfère d’ici le laisser dans l’obcurité ; trio américain, passionnés de science fiction et de jeux vidéos, mais aussi de musique pointue et qui empruntent leurs méthodes à Brian Eno (ces fameuses obliques stratégies qui feraient office de viagra en ce qui concerne les pannes d’inspiration en studio, que l’on m’excuse de la métaphore). Mais la musique d’Eno est sûrement (un peu) moins nombriliste.

On remarque leur persévérance ; Thing est leur huitième disque. Presque inattendu puisqu’il s’agissait d’une B.O. de film qui a mal tourné (le film a tout bonnement été passé à la trappe au dernier moment). De la part de gens qui investissent tant de moyens dans de la science-fiction d’horreur, il faut s’attendre à tout, comme à garder, au cours d’une poignée de mains juteuse, la main de son interlocuteur dans la sienne. Thing (dont le titre évoque le film d’horreur The Thing) est un disque qui se nourrit de lambeaux, en essayant de leur donner l’attrait de véritables pièces. Pour cela, il faudrait qu’il y ait un semblant de construction, une atmosphère, un crescendo. Mais c’est par frustration plutôt que par délectation que l’on écoute le disque encore et encore.

Black Matter, Arcadia et Apparent Horizon offrent à voir le côté sociable du disque (c'est-à-dire qu’il y a des paroles grimées avec un goût certain pour l’absence de sentiment à travers un vocodeur). Imaginé comme une suite de séquences claustrophobes, le plupart des titres ne sont que l’assouvissement mollasson d’un désir d’être « entre ZZ Top et Kraftwerk », plus autiste que grand-guignol il me semble. C’est comme si les musiciens contemplaient leur propres attributs (électroniques) à travers le désir lent et douloureux de bien faire. Il y a la scène de combat, la scène d’amour (on imagine l’intéressé perdre son ardeur au bout d’une minute et dire : « non…désolé. Je ne peux pas, pas aujourd’hui. » Si c’est un scène d’amour qui dure moins d’une minute, il reste à imaginer la suite du film à l’avenant. C’est que le procédé paraît honnête (Trans Am n’a toujours fait que des disques concept), voire bizarrement cadré (même le générique du supposé film avait été fantasmé par nos lutineurs frustrés), sans que les Trans Am aient la tête à l’ouvrage ; ils préfèrent créer des ambiances menaçantes (Black Matter) ou effilochées (presque tout le disque) sans même, probablement, se rendre compte que leur musique fait réellement peur – parce Black Matter est bien loin de tout ce qui est tourné pour vous être agréable. Pour aller plus loin, on pourrait dire que dans un moment comme celui là, le groupe se gausse de ceux qui vont jeter une oreille à son disque, puisqu’il cherche manifestement à laisser l’auditeur dans la torpeur. Et c’est une qualité qui ne se partage pas facilement.

C’est pour cela que Thing est finalement bienvenu ; l’impression que tout peut devenir soudain horriblement faux ne nous quitte pas, mais il y a dans cet abandon, cet attitude de charognards, un véritable jeu d’ombres ; funk, krautrock, électro, et surtout, au moment de Apparent Horizon, l’impression que l’âme de Joy Division, de She’s Lost Control précisément, est là, quelque part à mascagner. Et le titre dégage une impression surréelle. 

Dommage que rien, ou presque, ne devienne concret ; que la menace ne plane sans jamais délivrer la moindre superbe, là où c’était le rôle de Space Dock, le dernier titre, de le faire. Tout ce qui fait mine de se construire ne s’affirme jamais, laissant celui qui fait l’effort d’être attentif dans l’égarement ; alors, en club, pourquoi pas, ou dans tout autre endroit d’aujourd’hui et surtout de demain, où des jeunes sous acide viendront s’entrevoir pour échanger quatre mots dans un micro-vocoder (afin que tous aient la même voix) avant de retourner dans les cages qui les protègent du monde extérieur. Vision effrayante d’un avenir où, dans ces instants précieux quand l’attention de nos esprits surentrainés sera dirigée vers l’émotion, ce sera des musiques aussi froidement défaitistes que celle de Trans Am qui nous parviendront. Exception faite, bien entendu, de l’excellent Apparent Horizon.

  • Parution : avril 2010
  • Label : Thrill Jockey
  • Produteur : Trans Am
  • Genre : Synthétique
  • A écouter : Apparent Horizon

  • Appréciation : Mitigé
  • Note : 5.50/10

 

 

dimanche 30 août 2009

Califone - Heron King Blues


Califone est un groupe rock expérimental de Chicago constitué de Tim Rutili, Joe Adamik, Jim Becke et Ben Massarella.

Chicago est une ville de grands espaces, de parcs où épier le soleil monter et descendre, de lacs sillonnés par de beaux voiliers paresseux. Le groupe y produit une musique paisible, bien loin des éructations sèches de Detroit (The White Stripes, The Black Keys, The Stooges). Entre ballet aérien et groove électrique, la musique de Heron King Blues est faite d’une maille de notes de banjo, de guitare électroacoustique, de percussions exotiques et de beats. Mais plus que cela ; on y entend du piano, des boucles électroniques, de l’orgue, du violon. C’est en quelque sorte un assemblage post-rock mâtiné de blues et de free-jazz, avec des touches d’electronica et de world music, pour une formation qui cherche de nouvelles voies (voiles ?) afin de prendre le large de son succès critique, Roomsound (2001). Avec Heron King Blues en 2004 Califone est en chemin vers une nouvelle destination ; l’autre côté du lac ou bien l’autre côté de l’atlantique ? Un peu des deux ; Sawtooth Sung a Cheater’s Song a le flegme d’un trois mats dérivant dans un calme plat, mais la fin du morceau nous amène sur le continent africain. Cependant, la musique, excentrique, reste impressionnante même lorsque les morceaux semblent faire du sur-place.

Il y a cependant une progression tout au long du disque. Tout commence très lentement avec Wingbone et Trick Bird, ou plane un peu l’esprit Tv on the Radio, comme sur Apple. Sur la deuxième face du disque, 2 Sisters Drunk on Each Other et Heron King Blues poussent plus loin la veine expérimentaliste, remontant les pétards de fond de cale et les cuivres pour des cocktails explosifs de musique métissée. Les pulsations qui en résultent se répercutent jusque dans les rues du centre-ville. Heron King Blues dure quatorze minutes, une quart d’heure d’improvisation dans le sillage d’un sac de cordes quelque peu ardu à démêler. Mais s’il y a ça et là des nœuds dans la musique de Califone, il faut laisser courir, et, plutôt que de tenter une immersion complète, se laisser flotter sur cette riche trame, qui laisse tout de même suffisamment d’énergie comme on l’aime au dessus de la ligne de flottaison. Un groupe qui n’a besoin que d’un peu de vent pour avancer loin, loin, et nous laisser quelques pièces sourdes, délicates et distinctes.

  • Parution : février 2004
  • Label : Thrill Jockey
  • A écouter : Trick Bird, Sawtooth Sung a Cheater's Song

mardi 11 août 2009

Arbouretum - Songs of the Pearl (2009)



Arbouretum est un groupe de rock américain assez classique, avec une parenté au Crazy Horse - Neil Young - prononcée, et, à première écoute, leur son peut sembler assez banal. Cependant, il y a un soin suffisamment grand apporté à la structure des morceaux et de leurs envolées à mi-parcours pour un faire une musique plus que distrayante ; c’est parfois même du rock aventureux (Down by the Fall Line). Le disque peine à attirer la pleine attention et à susciter la reconnaissance des talents en présence ; Dave Heumann, le leader de la formation a été accompagnateur de Bonnie « prince » Billy – un grand de la musique alternative américaine - en son temps. Songs of the Pearl est le successeur de Rites of Uncovering, qui contenait des morceaux longs voire très longs - six, sept, huit, onze minutes - et permettait à Dave Heumann de faire preuve avec davantage de panache qu'ici de ses dons pour la mélodie imprévisible, ses talents de composition le posititionnant en première ligne parmi les guitaristes indie.

Song of The Pearl, est, comme son prédécesseur, avant tout un disque à guitares ; celle de Dave, par ailleurs chanteur de la formation, et celle de Steve Strohmeier. Parfois carrément heavy, elles donnent envie d’écouter le disque très fort, et leur omniprésence rend Songs of the Pearl très physique. La musique, protéiforme, rend hommage à un psychédélisme très années 60 – Infinite Corridors – et hard rock, et c’est dans sa capacité à sinuer à surprendre qu’est la beauté de l’exercice. Mais cependant, Songs... n'est pas aussi intéressant que Rites... parce que les morceaux prennent une direction plus conventionnelle et moins amenée par le seul Dave. L'avantage est que l'on assiste ici au travail d'un vrai groupe ; bien quand on sait que le projet avait démarré comme une formation autour de Dave en solo. L’album propose donc à moitié des chansons au tempo modéré qui puisent dans la balade, avant de basculer dans un trip plus abrasif.

Un soin particulier a été apporté aux paroles ; The Midnight Cry évoque l'histoire d'un prêtre de la Nouvelle Angleterre, William Miller, et de prophécie apocalyptique ; The Fall Line est davantage friante d'images aussi alarmantes qu'une bonne prophécie ; chute du soleil, les yeux de braise des loups, etc.

Parution : 9 mars 2009
Label : Thrill Jockey
Genre : Rock
A écouter : Down by The Fall Line, Infinite Corridors, Tomorrow is a Long Line

Qualités : rugueux, psychédélique
 

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