“…you can hear whatever you want to hear in it, in a way that’s personal to you.”

James Vincent MCMORROW

Qualités de la musique

soigné (81) intense (77) groovy (71) Doux-amer (61) ludique (60) poignant (60) envoûtant (59) entraînant (55) original (53) élégant (50) communicatif (49) audacieux (48) lyrique (48) onirique (48) sombre (48) pénétrant (47) sensible (47) apaisé (46) lucide (44) attachant (43) hypnotique (43) vintage (43) engagé (38) Romantique (31) intemporel (31) Expérimental (30) frais (30) intimiste (30) efficace (29) orchestral (29) rugueux (29) spontané (29) contemplatif (26) fait main (26) varié (25) nocturne (24) extravagant (23) funky (23) puissant (22) sensuel (18) inquiétant (17) lourd (16) heureux (11) Ambigu (10) épique (10) culte (8) naturel (5)

Genres de musique

Trip Tips - Fanzine musical !

Affichage des articles dont le libellé est Earth. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Earth. Afficher tous les articles

vendredi 16 mars 2012

Concert - Ô Paon + Mount Eerie + Earth à la Maroquinerie le 15/03/2012


Le concert s'est ouvert sur une note étonnante, à défaut d'être immédiatement convaincante : un morceau intitulé Sainte Patronne de Rien Pantoute ! Sur scène, une jolie guitariste québécoise ; auteure interprète de morceaux étirés rendus possibles, par superposition, par l'utilisation d'une pédale d'overdub. Geneviève Castrée (Ô Paon) est dessinatrice de bande dessinée à ses heures, mais lui revient ici l'honneur d'ouvrir le concert pour Earth, qu'elle ne tardera pas à remercier. Sa fierté se fait peu à peu revancharde, sa bravoure va crescendo jusqu'à ce que son interprétation devienne magnétique, soutenue par une voix puissante, remplaçant de plus en plus le chant murmuré par des refrains presque hurlés. Avant le dernier morceau, elle lâche à un importun un 'Tu vas voir, je vais te donner la diarrhée' vaguement menaçant, ce qui déclenche l’hilarité générale. Les charmes de la langue autochtone, sans doute.

La musique manque encore de maîtrise mais les chansons, qui évoquent des déchirures dans un langage aussi poétique qu'incongru, sont attachantes. Viendra Mount Eerie, présenté par la québécoise comme le chauffeur du fourgon de tournée. Le rêveur Phil Eleverium, originaire de l'état de Washington, continue dans le thème progressif et romantique lancé par Ô Paon. Il a bien pris quelques rondeurs ces dernières années, et son projet n'a jamais été aussi pop, tout en gardant ce qui fait son originalité : le son comme un manteau neigeux qui s'abat soudainement sur un champ. Des chansons contemplatives au possible, enveloppées de 12 cordes atmosphérique et puissante, tellement chargées d'images de terre et de ciel qu'elles prennent une forme étrange, détachée des traditions rock. Un mec a traversé la salle avec un tee-shirt "'ceci n'est pas du rock'roll » à un moment donné, mais finalement, si on réfléchit, plus grand-chose n'en est aujourd'hui. Et de toute façon, venir voir Earth prédispose le public, dès Mount Eerie, à ne pas broncher ou presque, à fermer les yeux un peu idiotement, en imaginant que ce que ces musiciens ont concocté de si personnel puisse nous atteindre autrement que de façon superficielle. C'est cependant un spectacle intéressant à observer, ce sacre intime d'artistes entièrement voués à défendre les tréfonds de leur inspiration par le biais de ce qu'ils qualifient de 'projet' plutôt que de performance ou de groupe. Chacun d'entre eux, Ô Paon, Mount Eerie ou Dylan Carlson, dans les halos roses ou mauves dus au beau travail d'éclairage, ne font plus illusion (en faisant croire qu'il ne s'agirait pas d'eux mais de chose extérieures) une fois face à leur public, et c'est tant mieux. Castrée se reproche à elle-même de s'être prise trop au sérieux au détour d'une chanson : mais c'est sérieux. Ainsi, malgré un morceau enjoué, interprété avec humour, Earth épousera autrement, une heure et demie durant, le sérieux de la situation.

Carlson est un musicien estimable, pour ses prises de position pacifistes, sa recherche du bonheur essentiel acquis au prix d'incertitudes, et logiquement pour le blues élégant autant que sauvage qu'il dispense en longues plages grondantes au sein de Earth, accompagné de sa compagne Adrienne Davies à la batterie, de Lori Goldston au violoncelle et de Karl Brau à la basse. Carlson est aussi un homme fragile, un peu émacié sous ses impressionnants favoris. Sa première requête au public, dans un voix à l'accent traînant, sera de demander à se que personne n'utilise de flash. « I don't feel like having a breakdown tonight » justifie-t-il, car il est épileptique. L'éclairage est léger, pas d'images en accompagnement de la musique et c'est sans doute mieux. Dès les coups de cymbale de Davies - qui gardera tout au long du concert son équilibre entre force et furtivité – la musique devient le personnage central. Si Carlson se détache, ce n'est pas en tant que leader d'un groupe de rock, mais plutôt parce qu'il dirige l'attention vers le pouvoir de l'inspiration musicale elle-même : chose évanescente tout autant que physique, ce soir, avec Earth. Répétitive certes, lente diront les impatients, mais mouvante, gracieuse, et émouvante lorsqu'on sait tout ce que cette musique – ces accords de guitare ascendants, tournoyants, soutenus longtemps, ces stridences - représente pour Carlson. Leur set culmine sur la l'exhumation d'un morceau de The Bees Made Honey on the Lion's Skull (2008), mais les plus récents Father Midnight, The Rakehell ou The Coranesce Dog sont tous plus lancinants les uns que les autres. La musique respire et dégage de belles images. On songe à une assemblée autour d'un un tertre celte, et le quatuor tranquille communiquant, à travers leurs instruments, dans un langage naturel, avec un environnement idéalisé.

vendredi 24 février 2012

Earth - Angels of Darkness, Demons of Light II (2012)


Parution : février 2012
Label : Southern lord
Genre : Instrumental, Folk
A écouter : Waltz (A Multiplicity of Doors)

°
Qualités : contemplatif, envoûtant, lucide

Dylan Carlson a triomphé, avec Hex: Or Printing in the Infernal Method (2005), de toute spirale de violence, en a terminé avec les visions manichéennes du monde pour croire de nouveau au pouvoir qu’a la musique de nous hypnotiser. « La musique conserve une forme de magie qui a disparu de beaucoup d’autres domaines de nos vies", observe t-il interrogé par Catherine Guesde pour New Noise Magazine en 2011. « La magie existe encore dans notre monde, mais elle est beaucoup plus difficile à déceler. » Echappée la lourdeur des débuts, de Earth 2 (1993), l’album qui marque la première incarnation de Earth. L’esprit du groupe est de plus en plus aérien, devient exercice transcendantal en mélodie et en textures. Après The Bees Made Honey in the Lion's Skull (2008), Carlson recrute la violoncelliste Lori Goldstson, déjà habituée à fréquenter le milieu de la musique électrique la plus envoûtante, de Nirvana à Wolves in the Throne Room. « Je n’écris jamais pour les autres membres du groupe ; si je les ai choisis, c’est parce que j’aime leur travail ». Angels of Darkness, Demons of Light I s’ouvrait sur une composition, Old Black, qui l’inscrivait dans la continuité de The Bees…., avec une mélodie presque ramassée. Il se terminait par la pièce donnant son titre à l’œuvre, une vaste peinture sonore improvisée de plus de vingt minutes.

C’est cette veine plus éthérée qu’approfondit le second volume à presque un an d’intervalle. C’est l’enregistrement presque live des conversations entre le violoncelle de Goldston, la guitare limpide de Carlson, la percussion patiente d’Adrienne Davies, la basse de Karl Blau, dans une volonté de privilégier la spontanéité. Les overdubs sur la guitare démarquent pourtant clairement cette œuvre d’un enregistrement de concert – c’est un jeu d’entrecroisements, où chaque instrument est parfaitement distinct, à l’image de l’introduction cristalline – une guitare a-t-elle jamais été aussi pure ? – sur Sigil of Brass. « Le live reprend l’importance qu’il avait à l’origine, avant que les enregistrements ne soient mis au centre », commente Carlson.

"Le plus gros problème de notre monde, en plus du matérialisme et du capitalisme, c’est le monothéisme."

C’est le plaisir des musiciens à faire exactement ce qu’il ont en tête, sans manquer d’organiser, avec légèreté, leur pensée musicale, qui séduit : évoquer sans appuyer inutilement, des contes anciens, des terres étrangères, et la lumière qui existe dans le repli intime de l’ombre. Même si ce n’est pas évident, le violoncelle est bien présent sans archet, sur His Teeth Did Brightly Shine ; Waltz (A Multiplicity of Doors) est la pièce maîtresse de l’album : en treize minutes, on est pleinement témoin de la façon qu’a le groupe de faire et de défaire, semant quelques jalons tout en demeurant en suspens, effleurant sans le saisir à pleine force le potentiel infini suscité par l’interaction et l’imagination des musiciens. La batterie donne des relents de valse, Goldson propose un série motifs soulignés par la guitare, ascendante vers l’aigu, de Carlson. Quelques notes suffisent à faire de The Corascene Dog un morceau obsédant, dans l’esprit de ce qu’a pu faire Neil Young avec la bande originale du film Dead Man en 1989. Enfin, The Rakehell restaure une nuance de vieux blues, désertique, épars. « Récemment, Tinariwen [groupe de blues de Touaregs algériens] m’a pas mal influencé. J’aimais déjà d’autres musiques africaines et soufies, mais là, j’ai vraiment eu le coup de foudre, d’autant plus qu’ils sont vraiment centrés sur les guitares. » La guitare, l’instrument qui défini tous les genres auxquels Earth peut prétendre. Celle de Carlson fait partie intégrante de sa conscience, et agit sous ses doigts comme s’il s’inscrivait dans une tradition immense. Seuls quelques signes, modulations du phrasé presque indécelables permettent de marquer la progression de The Rakehell vers une conclusion, qui, même au bout de onze minutes, semble encore prématurée.

Carlson a finalement fait de Earth, après vingt ans de carrière, non seulement un groupe influent mais aussi, à présent, le fruit d’une vision cohérente. Une recherche d’harmonie naturelle avec la terre (‘earth’ en français, bien entendu), une quête d’ouverture spirituelle. Avec, à la clef, ce message capable d’éclairer des millénaires d’obscurantisme. « Le plus gros problème de notre monde, en plus du matérialisme et du capitalisme, c’est le monothéisme. La spiritualité n’est pas mauvaise en elle-même, mais le monothéisme est l’un des plus grands mensonges actuels. » Ayant pleinement trouvé ses marques et une forme de sagesse dans ce monde, Carlson révèle que l’enregistrement n’a jamais été aussi facile qu’avec ce dernier album.

mercredi 17 août 2011

Earth (Dylan Carlson) - Interview


Même la musique instrumentale peut paraître littéraire. Les compositions mouvantes de Dylan Carlson, auteur bien entouré de ce nouveau disque de Earth, et guitariste rare, en appellent autant aux images d’une civilisation celtique ancienne et aux démons nordiques qu’à certains de ses ouvrages de chevet – le Fairy-Faith in Celtic Countries, par exemple, ou les livres traitant du folklore gaélique.

La musique, enveloppante, totale, permet à Carlson non pas d’évoquer des histoires étriquées mais l’atmosphères de continents entiers, quand elle fait renaître des sons abyssaux ou entre en résonnance avec des dimensions encore endormies. C’est une chanson de Rolland musicale. Créée de façon spontanée, c’est une œuvre qui laisse autant de place à l’imagination qu’à l’intuition, deux matériaux plus forts que les mots.

Vous avez beaucoup changé l’instrumentation entre le dernier album et celui-ci. Etait-ce parce que des personnes ont quitté le groupe de leur propre chef, ou avez-vous invité d’autres personnes parce pour changer de son, ou une combinaison des deux ?

Il y a eu quelques concerts que nous avions prévu et que Steve [Moore, trombone, orgue] n’a pas pu faire, parce qu’il tourne beaucoup avec d’autres groupes, ainsi il a suggéré Lori [Goldston, violoncelle] pour le remplacer. J’ai toujours vraiment adoré le violoncelle et le jeu de l’archet, donc c’était bien d’avoir cette opportunité. Et Don [Greevy, basse], est dans un paquet d’autres groupes. Mais nous avons eu la chance d’avoir Karl [Blau, basse] pour jouer avec nous sur le disque. C’était donc une combinaison de personnes passant à autre chose, et à chaque fois que vous sollicitez de bons musiciens ils en connaissent d’autres – ils sont très demandés, il faut travailler selon leurs emplois du temps. Mais espérons que ce groupe reste ainsi pour un bout de temps.

Qu’aimez-vous dans l’interaction entre guitare et violoncelle ?

J’aime la façon dont cela met la mélodie et les riffs en valeur, et j’aime la technique de l’archet, qui donne à la musique la qualité d’une marée. Ou d’une respiration. Et le fait que ça peut donner des notes soutenues. Bees avait une réelle densité, et même si [ce nouvel album] reste lourd, il n’est pas aussi dense. Il est plus fluide, et simple. Pour quelque raison que ce soit, je suis toujours à la recherche de simplicité.

On a presque l’impression que l’instrument de Lori occupe la place qu’avait la distorsion à vos débuts. Comment avez-vous travaillé sur les arrangements ?

J’apprécie le fait que le jeu de Lori soit assez éloigné du répertoire classique, c’est une qualité qui n’est pas si fréquente parmi les violoncellistes. Elle envisage vraiment son instrument comme partie intégrante d’un groupe de rock ; elle utilise un ampli, des pédales d’effets, etc. Je n’ai pas vraiment au besoin de lui donner des instructions, je lui ait fait aveuglément confiancetant j’apprécie sa façon de travailler et sa technique.

Pensez-vous que la musique ur le dernier album était plus complexe au niveau de la structure ?

Définitivement. Certaines choses étaient plus ouvertes, mais c’était un disque plus construit, avec des motifs basiques pleins d’overdubs et de couches sonores, beaucoup d’harmonies, d’accords de guitare et de piano – il donnait l’impression d’être prêt à éclater, quand le nouveau est plus relâché, plus agréable, c’est plus le sentiment d’une musique jouée live, et pour moi l’enregistrement live est ce qu’il y a de mieux. Les chansons de Bees, quand on les jouait en live elles étaient souvent bien différentes des versions enregistrées, et se transformaient avant que l’album ne sorte. Tandis que cette fois, les versions live et studio sont plus proches d’une certaine façon, et le nouveau groupe permet aussi plus d’improvisation à la guitare. Avant je ressentais toujours que la guitare était comme prisonnière au centre du son du groupe, et les autres étaient suspendus à ce que faisait mon instrument, tandis que maintenant cela retourne au point où la section rythmique maintient le tout et Lori et moi pouvons partir en exploration.

Le premier morceau est appelé Old Black. Est-ce une référence à la guitare de Neil Young, et si c’est le cas, qu’est-ce que cela signifie ? De quelle façon es-tu influencé par Crazy Horse ?

Oui, c’est le plus vieux morceau de l’album ; nous l’avions pour la tournée européenne en 2009. Adrienne et moi l’avons composé un soir, nous étions en train d’improviser et elle a suggéré 'joue quelque chose dans le style de Neil Young' et c’est ce que j’ai trouvé, même si maintenant que je l’écoute, ça n ressemble pas tellement à Neil Young ! C’était aussi une tentative pour écrire une chanson très structurée. C’était la première fois que j’écrivais spécifiquement dans une tonalité mineure. C’est le chanson la plus structurée du disque, puis Father Midnight, Descent to the Zenith et Hell’s Winter étaient des riffs qu’Adrienne et moi avons développés pendant une tournée de deux semaines sur la côte Ouest avant d’entrer en studio. Puis la dernière chanson, la chanson titre, a été complètement improvisée en studio – nous l’avons juste jouée, il n’y a pas eu d’overdubs ni rien, elle est toujours telle que nous l’avons enregistrée alors.

Je suis curieux de savoir comment marche l’improvisation avec Earth ; quelle forme prend t-elle, et qu’est-ce que cela nécessite d’improviser à cette vitesse ?

Avec les morceaux les plus ouverts, nous jouons le riff puis je vais faire un signe au groupe et passer à un autre, et il va y avoir une partie de la chanson que va rester en friche et sur laquelle Lori ou moi pourront partir en exploration. C’est toujours intéressant parce que souvent avec la musique improvisée, les musiciens essaient de remplir l’espace, tandis qu’avec nous c’est limiter les schémas autant que possible. Plutôt qu’une profusion de notes et de changements d’accords, le peu de notes que l’on joue, on essaie de les faire se dresser d’autres manières, de leur donner une inflexion ou quelque chose comme ça.

Parce qu’il n’y a pas de changement d’instrumentation d’un morceau à l’autre, le nouvel album est davantage d’un seul tenant que les albums précédents. Etait-ce délibéré ?

Je pense qu’avec cet album Earth devient davantage l’expérience collective d’un groupe ; ce n’est plus tellement ma chose. J’ai toujours senti, avec les albums de Earth, que c’était comme si chaque chanson est une partie d’un chose plus grande. Pas du point de vue de la composition, mais j’ai toujours eu l’impression que c’était comme changer de station de radio, et capter différentes parties d’une même chose. Earth a besoin de redondances. Tempos lents, chansons longues. Il y a de la similarité en cela, mais évidemment il reste beaucoup de place pour rendre les choses intéressantes. Avant, avec les premiers albums, il y avait un concept, et la musique grandissait à partir du concept, tandis que maintenant la musique vient plus rapidement que le concept. Il nous faut y revenir pour en comprendre le concept, ou ce qui est suggéré.

Si tu ne devais garder qu’un seul titre du répertoire de Earth, lequel choisirais-tu ?

Ce serait le titre éponyme de notre nouvel album, Angels of Darkness, Demons of Light car il résume parfaitement ce que Earth et moi-même sommes aujourd’hui. Il a été créé de façon spontanée, comme par magie : c’était parfait. C’est pour moi une étape importante autant dans ma vie musicale que personnelle.

Tous les autres membres du groupe sont des femmes. Comment cela change t-il l’énergie sur scène, et la façon dont le groupe interagit ?

Je ne crois pas qu’il y ait de grande différence entre les hommes et les femmes, mais je pense que de nombreuses façons, les femmes sont plus matures que beaucoup de musiciens hommes que je connais. C’est plus facile de travailler avec elles, il y a moins d’égo et de bizarreries de ce genre qui entrent en jeu, c’est un peu moins une question de compétition et davantage une expérience collective. J’aime ça aussi, car je pense que le rock a été le terrain des hommes pendant bien trop longtemps, et j’ai toujours connu et apprécié beaucoup de femmes musiciennes. Depuis qu’Adrienne puis que deux autres femmes ont maintenant rejoint le groupe, il semblerait qu’il y ait davantage de femmes pendant les concerts qu’il y en avait auparavant.

vendredi 25 mars 2011

Earth - Angels of Darkness, Demons of Light 1 (2011)



On aborde un disque de Earth tranquillement, sans cesser ce qu’on était en train de faire. L’expérience que propose ce groupe crée, aussi naturellement qu’une respiration, une seconde réalité à côté de celle que l’on menait en premier lieu. Un léger frisson accompagne le plaisir de retrouver le phrasé de guitare unique de Dylan Carlson et de sa Fender Telecaster, et toute la suite n’est que question de se laisser commander dans un calme abandon. C’est un voyage, dans lequel on peut voir des nuances toujours changeantes d’espace et de temps, de longues méditations macrocosmiques sur la pratique musicale, mais surtout la simplicité la plus humaine possible. On sent encore sur Angels of Darkness, Demons of Light 1 combien Earth est un groupe important, du haut de son art de captiver l’auditeur avec si peu de chose.

En 1991, Earth, alors duo de l’état de Washington, réinventa le heavy-metal avec Extra-Capsular Extraction ; un disque lent, oppressif et solitaire. La musique devenait enfin le personnage principal plutôt qu’une simple trame de fond pour la voix ; et comme la musique savait mieux que les mots susciter les questions, brouiller les pistes et provoquer des mystères, Earth devint une sensation captivante. A beaucoup, peu habitués aux lents développements de la musique classique, Earth a sans doute appris la patience, et créé dans son sillage de nouveaux genres musicaux basés sur la lenteur instrumentale. Mais plus importante est la progression du groupe jusqu’à aujourd’hui, son évolution constante rythmée par des changements fréquents de personnel. En 2005, ils se sont à peu près réinventés avec Hex : or Printing in the Infernal Method ; un son considérablement allégé, et davantage de place pour les évocations de la guitare flambant neuve du maître de cérémonie Carlson, jouant au gré de ses pensées et pensant au gré de son jeu. La musique prenait mieux en compte l’espace entre les notes, les échos et flous réverbérés alternaient avec les accords des mélodies, à égale importance avec elles. L’influence de genres musicaux particuliers ou de groupes précis a sans doute eu un rôle au moment ou ce changement a été décidé, mais dès lors, il n’était plus question que de capturer l’abstraction et l’essence de ce qui liait ces genres musicaux entre eux, comme de capturer avec ce nouveau son les silences entre les notes. « J’ai commencé à voir la musique comme un continuum – en particulier les formes Américaines comme le blues, la country et le jazz – et je me retrouve tout au long de ce continuum plutôt que dans une de ses composantes. »

Earth fait une musique mouvante, largement tributaire de la performance de Dylan Carlson. Seulement là où ses arabesques hypnotiques étaient sur le précédent album, The Bees Made Honey in the Lion’s Skull, soulignées, rendues plus puissantes par l’effet de l’orgue Hammond, elles deviennent sur Angels of Darkness, Demons of Light 1 plus réfléchies par l’action du violoncelle de Lori Goldston. Cette nouvelle recrue a développé depuis son apparition aux côtés de Nirvana pour son MTV Unplugged (1993) une prédisposition au répertoire rock plutôt que classique et à l’utilisation d’amplis et de pédales d’effets. L’interaction de la guitare et du violoncelle, parfois guttural, beaucoup plus versatile que l’orgue qu’il remplace, fait qu’apparaissent, derrière la simplicité, la lenteur, la répétition, la restriction, les bases d’un nouveau langage. Pour des musiciens qui n’avaient jamais joué ensemble, et dans la mesure où le disque a été enregistré dans une relative précipitation, la force de communication, la dynamique de ce duo incite au respect. Les formats les libèrent largement ; seul le premier titre, Old Black, a bénéficié d’une trame mélodique concrète ; les autres sont nés à partir de riffs ou encore, dans le cas du morceau titre de vingt minutes qui clôture l’album, presque inventé sur le vif, enregistré en une seule prise et sans overdubs. L’admiration de Dylan Carlson pour les pratiques des jazzmen, en principe particulièrement à l’aise avec l’improvisation, est manifeste, et elle est ici adaptée à une forme d’expression qu’il a mis vingt ans à développer de lui-même. Il a appris, entre autres, que les premières prises sont toujours les meilleures.

Il sait aussi donner une couleur à sa musique, qu’inspire même la littérature. Inspiré entre autres de Fairy-Faith in Celtic Countries, un livre de Walter Evans, de Susannah Clarke ou de British Goblins qui explorent le folklore gaëlique, Angels of Darkness, Demons of Light 1 a une origine celte, quand les précédents albums du groupe exploraient l’imaginaire des grands espaces américains ou de l’Inde. Il convient de saluer particulièrement la batteuse Adrienne Davies, dont le travail à la trame des morceaux, et l’utilisation des cymbales, construit le disque avec un calme pénétrant. Cette précision, cette légèreté rare est particulièrement mise en valeur sur les douze minutes de Father Midnight.

Parution : mars 2011
Label : Southern lord
Genre : Experimental, Instrumental, Post-rock
A écouter : Father Midnight, Hell’s Winter 
 
7.25/10
Qualités : pénétrant, contemplatif, lourd
 
 
Related Posts Plugin for WordPress, Blogger...