“…you can hear whatever you want to hear in it, in a way that’s personal to you.”

James Vincent MCMORROW

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jeudi 22 juillet 2010

Memory Tapes - Interview Dayve Hawk


Photographie : Pascal Amoyel.

Dayve Hawk fusionne plusieurs projets (Weird Tapes et Memory Cassette) pour créer cet album de Memory Tapes. Un disque qui replonge le musicien - un adepte de laptop couplé d’un excellent guitariste - dans ses souvenirs d’enfance, à tenter de recréer les atmosphères dont il a le souvenir. Au final, un disque plus direct qu’on ne pourrait croire. Un album qui exploite l’affect comme matériau de construction, qui contient des éclats de toute une vie, et probablement sans suite… ou alors elle sera différente.

Est-ce que la nostalgie est importante dans votre musique ?

Dayve Hawk : C'est une grande part de ce que je fais. Je ne sais pas si c'est aussi spécifique que certaines personnes le disent. C’est comme, quand les gens me décrivent comme ayant une sorte d'obsession avec les années 80. Je veux dire, j'ai grandi dans les années 80, donc c'est une époque à laquelle je peux me référencer plus facilement que si je me référencais aux années 50. La nostalgie est une grande partie de ma relation à la musique. Mais c'est plus une nostalgie générale que je ressens, plutôt que par rapport à une ère musicale.

Êtes-vous nostalgique dans votre vie quotidienne?

D.H. : Je pense que oui. Évidemment la nostalgie a à voir avec le passé, mais pour moi ce n'est pas le passé lointain. Je suis nostalgique des cinq dernières minutes. Je pense que c'est juste comme ça je suis. Je me sens tout le temps absent ; c'est juste mon état d’esprit général. Je ne me sens jamais « dedans », je me sens toujours en dehors des choses. Quand vous êtes assis et écrire une chanson, peut-être que certaines personnes se sentent vraiment investies dans les situations, des choses se passent au présent et dont ils ont vraiment envie de parler. Ce n’est pas mon cas. Je ne me suis jamais senti pris dans des choses comme ça. Je sens que, quand j'écris, au lieu d'essayer d'écrire une chanson d'amour, je serais meilleur pour écrire une chanson qui parle d’essayer d'écrire une chanson d'amour. Ce sens de la distance par apport à l'immédiat, il est facile de traduire cela en une sorte de «nostalgie» d'observation, mais je pense que ma musique est plus mélancolique que seulement languissante pour le passé. Mais, même si ces deux sentiments sont très différents de moi, quand ils se retrouvent dans ma musique ils finissent par sonner de la même façon.

Est-ce que cette distance vous a amené à avoir l’impression de faire votre musique dans l’isolement ?

D.H. :J’ai grandi dans le sud de Jersey, dans le domaine des pinèdes, et je ne connaissais personne d'autre qui était dans la musique. Je me souviens avoir pensé qu’il n’y avait peut-être pas que beaucoup de gens qui étaient dans la musique. Puis, quand j'ai grandi, les personnes que j’ai rencontrées avaient toutes grandi avec des amis dans la musique, avaient commencé des groupes ensemble. Plutôt que de rejoindre ces groupes, j'ai essayé d'apprendre comment jouer de différents instruments au fil des années, et surtout comment enregistrer […]. Je pense que je suis naturellement anti-social, de sorte que ce processus me convenait. Et ça a fini par être une partie de ce que je fais.

Article a paraître dans Trip trips 6.

mercredi 31 mars 2010

Memory Tapes - Seek Magic (2009)




Parution : 9 novembre 2009
Genre : Electro, Experimental 
A écouter : Bicycle, Swimming Field

Note : 6.50/10
Qualités : fait main, original, rétro, onirique

Les paragraphes en italique sont de Nick Fenn, publié sur le site No Ripcord.

J'aime écouter de la musique en mouvement. Randonnée pédestre, voiture, trajets aériens, footing, ça n'a pas d'importance, il y a simplement quelque chose qui se produit lorsqu’on se déplace à travers un paysage, une alchimie qui fonctionne bien avec de la musique. Voyager est aussi le moyen idéal pour découvrir de la nouvelle musique, sans autre stop qu’une destination prévisible. Vous pouvez vraiment vous concentrer sur la musique que vous passez. C'est une grande opportunité de réévaluer d’anciennes écoutes et des morceaux inconnus dont vous n’êtes pas sûr.

Seek Magic, de Memory Tapes, a été un grand disque alors que je conduisais dans le New Hampshire, depuis le Maine, avec ma copine, la semaine dernière. La Nouvelle-Angleterre est un endroit à la beauté d’automne stéréotypée, et la vision de tous ces ors et ces rouges alors que le soleil se couchait a été incroyable. Plus que cela, en regardant par la vitre, à un moment j'ai aperçu le lac le plus placide que j’aie jamais vu, posé là, entouré d'arbres, avec la lumière mourante qui le frappait. C'était la vision parfaite au moment parfait. Il y a quelque chose de suscité sur Seek Magic qui a renforcé le sentiment que j’ai eu là bas. Quelque chose d'organique, de vital.

Seek Magic est constitué de seulement huit morceaux, mais fait 40 minutes. Cela permet aux pistes de respirer et de progresser, sans aucune hâte. La majorité de la musique se fait ici aux claviers, à l’aide de boucles de batterie, guitare et basse.

Chaque morceau se développe ici de manière vraiment surprenante. Prenez Bicycles, par exemple, qui commence par une rythmique d’ambiance de fin de soirée et se termine par un chœur synthétique qui s’envole, accompagné d'un solo de guitare à la New Order. Le morceau suivant, Green Knight, tourne en faux départ pendant une minute, passant d’une house mutante à quelque chose de bien plus funky, avec « I want to give you my love » mis en évidence comme un appât. Ces moments d’innovation et de surprise font que les écoutes répétées de Seek Magic sont récompensées.

Mes moments préférés viennent à la fin, cependant, avec les deux dernières pistes, Plain Material et Run Out. Le premier est un rock électro Cure-esque qui se fait rattraper par blips et synthés épais, l’autre un down-tempo instrumental qui amène à une conclusion distordue, mais sans jamais perdre le fil, c’est-à-dire une séquence d'accords de guitare qui lie le tout.

J'ai commencé cette chronique en évoquant combien j'aime écouter de la musique pendant que je voyage, mais il serait plus juste de terminer en suggérant Seek Magic est un disque fait pour le voyage. C'est le genre d'album qui ne vous donnera pas tout d’un seul coup mais qui se révèle si vous l'emportez ailleurs avec vous. C'est de la musique pour ces moments particuliers où l’on peut vraiment être attentif.

Seek Magic fait pénétrer dans un endroit singulier ; un monde disco-club synthétique de fantaisie, avec Dayve Hawke qui pose sa voix comme un cheveu sur la soupe. Ca ne manque pas de charme. L’air de rien, l’artiste originaire de New Jersey ne cesse d’emprunter des nouvelles directions, plus étonnantes les unes que les autres, ne cédant jamais complètement à la léthargie. Sa torpeur et l’apparente paresse qui caractérise son mélange nostalgique de sonorités à l’esthétique eighties et de collages sincères est source de micro-exaspérations autant que la raison d’ y retourner, subjugué par son originalité de ton. Ses méthodes évoquent Bradford Cox, de Atlas Sound. Seek Magic est peut-être facile à détester, en y jetant une oreille distraite, mais il y a tout un monde à explorer derrière son aspect légèrement décrépit. L’existence d’un deuxième disque contenant l’instrumental de 22 minutes Treeship dans quelque édition anglaise de l’album confirme que Hawke est un talent à surveiller.



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