“…you can hear whatever you want to hear in it, in a way that’s personal to you.”

James Vincent MCMORROW

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vendredi 20 novembre 2015

La semaine Heavy metal # 5 - GOLDEN VOID - Berkana (2015)






OO
intense, soigné
Stoner, Rock, Psychédélique

Golden Void, groupe d’Oakland centré sur la chanteur/guitariste charismatique Isaiah Mitchell, mélange mélodies et rock cramé (‘stoner’) lourd de riffs heavy metal qui salue leurs influences Black Sabbath et Pentagram. Ils donnent plus de groove et de structure au psychédélisme à l’œuvre au sein de Earthless, l’autre groupe de Mitchell. 
Alors que le leader pourrait facilement se laisser piquer par le fuseau de son rouet et plonger dans de vastes digressions électriques, il sait faire de la place pour les autres musiciens. Il le faut pour développer des ambiances convaincantes quand quatre de ces morceaux approchent ou dépassent les sept minutes. Il ont trouvé la voie d’une musique exploratoire, riche et méditative, jamais meilleure que lorsqu’elle prend une dimension spirituelle, lancinante.  

Golden Void vous invite à un voyage solaire, une odyssée. On retrouve des claviers Arp ondulants et vintage, des déflagrations de batterie, des grooves infectieux, et des guitares saturées, mais c’est au service d’un son à la fois pastoral et cosmique, avec flûtes superposées à des nappes fuzz. Le côté plus lourd et musclé reprend régulièrement le dessus sur les rêveries ‘astrales’, jamais mieux que sur The Beacon. La dernière partie du morceau montre un groupe déterminé à affirmer sa différence, dans une scène californienne très ouverte et hagarde. Un groupe qui a le regard braqué vers un large faisceau émotionnel, mais aussi, comme ici, qui sait se recentrer pour véritablement frapper. 

Une autre influence est le chant émotionnel de John Frusciante. C’est au final une œuvre  qui parvient à atteindre un lyrisme déchirant (I’ve Been Down).

jeudi 19 novembre 2015

La semaine Heavy metal # 4 - WOUNDED GIANT - Lightning Medicine (2013)




OO

lourd, hypnotique

Heavy metal,


Un power trio. Donc un groupe de trois musiciens, comme souvent déjà expérimentés à travers d'autres groupes, et qui décident de tenter pour de bon la formule de leurs influences. Dans le cas de Wounded Giant, s'ajoute la clause 'cette musique ne pourra être jouée que par des bikers tatoués', et cela se traduit par un nouveau classique du genre.

Six morceaux parcourus d'un flegme infernal, dont trois dépassent les huit minutes, et amplement la place pour des trames telluriques et hypnotiques, enchâsses dans un psychédélisme terrien qui empêche leur musique de sembler désorganisée chaotique. C'est habile, précis et démesuré. Cela se se construit patiemment. Outre Neurosis, qui m'ont subjugué dès 2004 avec The Eye of Every Storm, je n'avais que deux albums de doom dans ma collection : l'album éponyme de Shrinebuilder, et Earthly Delights, par le duo de Rhode Island Lightning Bolt. 'Plaisirs terrestres' : ce titre seul décrivait très bien ce que j'apprécie chez ce type de groupe : leur capacité à changer l'auditeur par le corps, sans user d'effets spirituels.

Même si leurs influences avouées sont Hawkwind ou Electric Wizard, Lightning Bolt en particulier très semblent très proches de Wounded Giant ; hormis l'évocation de la foudre, il y a cette façon qu'à la basse gutturale de quasiment faire le travail d'une guitare ; et puis le chant survolté (électrique) et plein d'échos de Brian Chippendale, comme rendu par l'ampli d'un instrument. Et le jeu de batterie explosif de ce dernier se retrouve ici également.

Ailleurs, les trémolos dans la voix du chanteur trahissent son admiration pour Black Sabbath et la matière traditionnelle anglaise. Et la guitare permet d'ajouter des couleurs psychédéliques. La pochette est plutôt un prolongement de leur musique qu'une illustration, car ici on ne bascule jamais dans la dark fantasy. Lightning Medecine – dont le titre peut être vu comme un hommage à Lovecraft et à Mary Shelley - reste un album enregistré avant tout pour secouer voire déstabiliser l'auditeur et non pas pour rendre hommage à un imaginaire quelconque.

Le heavy metal est aussi le descendant spirituels du grunge des années 90, avec des groupes de Seattle. Wounded Giant est de Seattle, et la continuité est actée ici lorsque le chanteur Tad Doyle, une personnalité grunge locale, fait l'éloge de ce nouveau groupe en louant la précision de leurs riffs tranchants « comme un katana ». 

mercredi 18 novembre 2015

La semaine Heavy metal # 3 - BALAM - Days of Old (2015)





O

vintage, lourd, contemplatif

Heavy metal


Balam est un quintet de Newport (au sud de Boston) dont la musique lourde et lente rappelle celle de leurs maîtres assumés, Black Sabbath. C'est le genre de musique qui donne envie de se replonger dans les classiques du heavy metal britannique des années 70, une musique serpentante et finalement progressive, ne serait ce que par la durée des morceaux. L'un des points forts de l'album : sa méticuleuse construction. On assiste à une montée en puissance méphitique et inquiétante jusqu'à la meilleure chanson, qui est selon moi 'With the Lost'. Mais c'est une pièce de courte durée en comparaison du morceau titre (11 minutes) ou de Bound to The Serent (15 minutes). Leur deuxième grande force : l'imagination qui leur permet de tirer le meilleur parti des parties instrumentales sans les laisser s'éterniser.

L'image de la forêt tortueuse et onirique est parfaitement rendue à travers des chansons qui décrivent l'égarement, le vertige, les hallucinations spectrales d'être mis face au symbole de sa propre vie tourmentée, et pelant les couches de vanité humaine les unes après les autres jusqu'au rituel tribal final offert par un solo gigantesque. Le groupe dispense une brume existentielle basée sur des riffs éléphantesques (With the Lost). Si le chanteur ou surtout les guitaristes sont assez limités techniquement (ça s'entend dans les solos assez répétitifs), le batteur est l'un des meilleurs entendus depuis longtemps. Days of Old, c'est un peu son showcase. Sa rythmique irréprochable, son utilisation des cymbales, et la variété de son jeu le démarquent. 

http://thybalam.bandcamp.com/

mardi 17 novembre 2015

La semaine Heavy metal # 2 - CHRISTIAN MISTRESS - To Your Death (2015)





O

vintage, intense, soigné

Heavy metal, Hard rock



Est-ce le meilleur destin d'un groupe de heavy metal que d'apparaître dans les médias généralistes de grande audience ? Cette année, Iron Maiden l'ont fait, mais peu d'autres. Ces groupes ne se soucient pas de l'étalement de leur audience extérieure, qu'ils ne maîtriseront jamais complètement - sauf peut être pour les très rares groupes comme Maiden qui ont accompli tant de fois le tour du monde de presque toutes leurs audiences. Mais ces groupes secrets triomphent quand ils élargissent – bien malgré eux – les barrières d'un genre depuis l'intérieur. Un genre trop longtemps infantile et sans doute sexiste, qui doit désormais compter avec la maturité d'artistes masculins et féminins ne nécessitant pas d'hyper-pouvoirs d'opérette ou d'hyper sexualisation pour exister en musique.

La voix naturelle, impétueuse et vulnérable de Christine Davis est le fer de lance de Christian Mistress, un quintet d'Olympia, au nord-ouest des Etats Unis. Un jeune groupe dont le troisième album ancré dans la réalité et non dans le jeu de rôle. Et même si elle agite les démons de la nostalgie et de la bravoure, lorsqu'elle semble se voir escalader des montagnes, la musique de Christian Mistress ne sonne jamais comme une traversée de la Moria. Les deux guitaristes complémentaires Oscar Parbel et Tim Diedrich font beaucoup pour maintenir maintenir ce groupe à la réalité concrète. La naissance du heavy metal était une performance, une grosse progression vers une musique plus expansive et reflétant au mieux la psyché des artistes qui l'incarnaient. C'est encore plus fort quand, comme ici, ils n'ont pas besoin d'attributs théâtraux pour soutenir leurs évocations. Il n'y a que la musique, dense, séduisante, plus ouverte et moins sélective que jamais.


http://christianmistress.bandcamp.com/album/to-your-death

lundi 16 novembre 2015

La semaine Heavy metal # 1 - WITCHSKULL - The Vast Electric Dark (2015)





OOO

intense, sombre, envoûtant

Heavy metal, doom metal


Witchskull est ce qu'on appelle un power trio : voyez Motorhead. Une batterie puissante, une guitare et une basse qui transmettent un vrai sens du danger. Surtout, trois musiciens expérimentés qui, bien qu'il enregistrent pour la première fois sous ce nom, sont déjà connus dans la scène hard rock de leur ville – ici, Canberra (Australie). La sauvagerie poétique de The Vast Electric Dark ne peut être le fruit que d'années de maturation dans la tête de ces artistes tourmentés.

Ce qu'ils font n'est pas seulement du hard rock, mais c'est qualifié par les aficionados de culture souterraine de doom. Pour 'déclin' 'perte', 'déchéance'. Que gagne t-on, alors à jouer à corps perdu ce genre de musique ? Il s'agit d'un rituel à la fois funèbre, émotionnel et révérencieux, où toute la morgue de la chose est adoucie par l'utilisation de ces images quasi romantiques faisant état de landes sombres, de faunes sataniques, de morts-vivants et de sorcières – même votre propre mère en est une.

Qu'est-ce qui démarque les meilleurs de ces groupes, dont Witchskull fait partie, au point de se hisser comme la découverte la plus excitante de cet automne 2015 ? Les mots manquent en général pour décrire la sensation que produit la musique doom : cette délectation méphitique d'entendre dérouler des histoires de malédiction et de sacrifices fantasmés ne fait pas de tâche convaincante une fois couchée sur le papier. La conviction qu'ils véhicule ne fait pas un bon scénario, et la seule manière d'en parler de façon convaincante serait de raconter leurs déboires comme dans Anvil.

On préfère parler de cette musique en termes techniques. Et voilà donc ce qui la démarque : des tambours de guerre en guise de batterie, des riffs un son si resserré qu'ils semblent fusionner avec l'énergie de leur chanteur, dont la voix bascule entre le trémolo et les tons caverneux. Les trois premiers morceaux montrent le système : puis comme dans tout grand album, la suite approfondit et développe les thèmes et les points forts du groupe. Chose incroyable : à chaque fois qu'on se dit que si le morceau se terminait maintenant ce serait parfait, le morceau se termine bel et bien.


La chanson World's Away montre une sauvagerie et une limpidité à son nirvana. L'accélération du tempo fait que la voix de Marcus De Pasquale est plus tendue que jamais. Harvest of the Druid est la chanson qui ressemble le plus à un hommage à Black Sabbath, à une danse infernale, et c'est un point importe de l'album, avant le dernier morceau en forme d'épilogue. Le groupe, humble et sage en interview, parvient à être aussi monolithique que leurs influences. 

http://witchskull.bandcamp.com/
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