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vendredi 9 novembre 2012

The Mountain Goats - Transcendental Youth (2012)





Parution : octobre 2012
Label : Merge
Genre : Folk rock, auteur
A écouter : Cry For Judas, White Cedar, The Diaz Brothers

OO
Qualmités : Doux-amer, soigné

Quand j’ai entendu pour la première fois The Life in the World to Come (2009), mon introduction auprès du trio folk-rock The Mountain Goats, ce sont les mots du chanteur John Darnielle qui m’ont frappés en premier – ce que je n’aurais pas cru possible étant donné la barrière de la langue - et la façon dont il les chantait, avec cette voix tendue, intense. Darnielle articule ses chansons à la perfection, et les phrases se font incisives, participant pour beaucoup à l’appel de ce groupe « auteur » ; bien sûr, il est aussi réputé pour écrire des chansons hors du commun.


Genre de héros du folk-rock originaire de Bloomington, Indiana, John Darnielle rappelle un peu le cas de Pete Townshend, le sincère chanteur de The Who : comme lui, il a été victime de violences étant petit (de la part de son beau père), et a trouvé sa propre manière de recycler cette expérience dans ses disques, notamment sur le très autobiographique The Sunset Tree (2005). A ma connaissance, il ne s’est pas engagé auprès d’associations combattant la maltraitance comme Townshend, mais une ligne comme « Do every stupid thing that makes you feel alive/Do every stupid thing to try to drive the dark away », sur la première chanson de Transcendental Youth, révèle une empathie pour l’état d’adolescence. Ses chansons évoquent souvent la construction de l’individu, les forces – une part d’ombre, une responsabilité, une place dans l’univers, l’acceptation de ses propres fautes, la confrontation à une spiritualité ou une religion – qui vont faire de lui un adulte. Et même si The Sunset Tree est l’un des albums les plus marquants des Mountain Goats, Danielle est plus enclin à reprendre des personnages aux traits mythologiques ou bibliques plutôt que d’étaler sa propre existence, créant une galerie gothico-comique et construisant peu à peu sa propre géographie à l’échelle planétaire. « Tout endroit sur Terre a sa propre fréquence. Elle n’est pas bonne ou mauvaise, elle est juste là, et si vous pouvez vous y accorder, vous pouvez y trouver un confort. »


IL a trouvé le moyen d’écrire des histoires sensibles et parfois menaçantes, qui pourraient se résumer, en utilisant ses mots, en des ‘stratégies de survie’. Soit à chaque fois le moyen de faire preuve d’un sens inouï de la persévérance. « Les personnes de mon entourage s’amusent de mon incapacité à la lassitude », reconnaît t-il. C’est pourquoi même après 20 ans ses chansons restent de petites triomphes pleins d’inspirations.


Comme sur Amy (Aka Spent Gladiator 1), «Fais n’importe quoi pour garder l’ombre loin de toi », ce pourrait même être son leitmotiv depuis 20 ans et 14 albums d’une constance inégalée dans la musique populaire américaine d’aujourd’hui. C’est 200 chansons, toutes très bonnes ou excellentes. Transcendental Youth s’enfonce plus loin que ces prédécesseurs dans l’évocation d’une obscurité cryptique comme seuls les groupes de black-metal, pensait t-on, avaient le secret, avec l’imagier de serpents et de traîtres, de métaphores guerrières, de peuples ou de personnes opprimées. Ca tombe bien, John Darnielle est un amateur du genre, et, lyriquement comme musicalement, il en joue avec les codes. All Eternals Decks (2011) était déjà plus noir qu’auparavant, et Darnielle continue dans cette veine, créant des personnages dont les expériences semblent s’approcher de plus en plus des limites de l’existence, résultant d’une poésie pleine de feu, d’hallucinations et de lumière sacrée, d’images bibliques ? Les Mountain Goats, après tout, ont un album appelé The Heretic Pride (2008), et un autre qui s’inspire d’extraits du nouveau testament. Darnielle en tire une modernité propre, dans sa façon de traiter différentes psychologies et de les diriger vers la rédemption.


Ici, les chansons s’appellent Cry For Judas, White Cedar ou In Memory of Satan. Dans cette dernière : “Make some scratches on my floor/Crawled out on my hands and knees/In old movies people scream/Choking on their fists when they see shadows like this”. Avant qu’avec la dérision réjouissante qui est la marque du groupe, Darnielle continue : « But not one screams cuz it's just me. » Until I Am Whole aurait pu être chantée par Neurosis : « Burn the tree line down/Hold my hopes underwater/Stand there and watch them drown.” Night Light continue dans une atmosphere doom-folk somptueuse.


Musicalement parlant , un album des Mountain Goats est toujours quelque chose d’un peu raide. Darnielle a joué pourtant régulièrement de la plénitude d’un piano, un instrument qu’il semble affectionner pour ses possibilités mélodiques comme percussives, complémentaires d’une batterie très efficace. Sur une bonne moitié des chansons de Transcendental Youth, des arrangements de cordes arrondissement les angles et permettent aux chansons de se déposer avec une grâce nouvelle. On retrouve aussi l’étonnante contradiction entre la guitare acoustique que charpente la plupart des chansons et la vaste instrumentation qui y est greffée. Autour du trio jouent une dizaine d’invités. Sur In Memory of Satan le groupe fait de l’auro persuasion en tentant de se plonger dans une sorte de torpeur, ce qui est une bonne chose puisque leurs mélodies sont habituelles hyper changeantes. D’un autre côté, certaines de ces chansons sont les plus entraînantes dans le récent répertoire du groupe : Cry For Judas ou The Diaz Brothers, un numéro de rock au piano, bien serré. La basse fretless est plus bondissante que jamais. Certaines notes de piano, Sur Spent Gladiator, dont les mots ‘stay alive’ se répètent comme un mantra, ou Until I Am Whole, les notes de piano égrenées semblent s’échapper des tréfonds d’une cathédrale. En final, la chanson titre est celle ou les trompettes, tubas et cors se manifestent dans l’esprit d’une marche funéraire de la Nouvelle-Orléans, avec la dose qu’il faut d’impertinence et de liberté.


Quand à la pochette, elle représente la notion d’ambivalence chère au groupe : « Il s’agit de gens échappant à quelque chose, mais s’élevant vers un monde hanté de démons. Elle représente l’apprentissage des choses obscures qui vous procurent du plaisir et semblent menaçantes mais vous appartiennent, en un sens. »

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