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samedi 7 mai 2011

Shannon Wright & Julien Pras (Le Caveau des Augustins, Bayonne) le 05/05/2011



Shannon Wright seule sur scène ? La veille, elle jouait à San Sebastian, à une petite heure de là, en Espagne, avec Yann Tiersen ; lui au violon, ou au piano ajoutant une touche contemplative à sa musique à elle, dont les chansons s’étirent alors sur la longueur. 

Quoi qu’il en soit, à Bayonne, ce jeudi 5 mai, c’est Julien Pras, chanteur de Calc, de Mars Red Sky, qui débute. C’est l’occasion pour lui de se concentrer sur son disque solo, « Southern Kind of Slang », enregistré au cours de l’année 2009 et paru chez Vicious Circle en 2010. Il interprètera aussi un morceau de Calc, utilisant ingénieusement la loop pedal pour donner l’impression d’un chœur chantant. Chansons très bien écrites, que ce soit au niveau des textes ou de la musique. Belle fluidité, refrains entêtants, on sent l’expérience, plus de dix ans qu’il travaille à sa musique. Sa voix est aussi un atout, il réussit même le tour de force de reprendre Starman de David Bowie.  Il osera un « merci de votre attention… pour ceux qui ont écouté » honorable. La réaction de la plus grosse partie du public a été à la hauteur de sa belle prestation, mais ça commence déjà à s’agiter au fond de la salle, et ça ne s’améliorera pas beaucoup. 

« Je me considère comme faisant partie du public quand je joue, plutôt que comme lui étant supérieur. Je veux que les gens dans la salle et moi-même passions un moment spécial qui est seulement à nous. Une chose que nous expérimentons ensemble même si ce n’est que pour une heure de musique. », racontait Shannon Wright dans l’interview à lire ici. Le Caveau des Augustins est un endroit presque idéal pour ce genre de réalisation. L’audience y est réduite ; environ 150 personnes. Le problème, c’est qu’étant tout en longueur, les gens les plus éloignés de la scène semblent n’avoir que le bar pour s’occuper. D’autant plus que de nombreuses personnes étaient venues sans rien connaître du petit bout de femme qui allait se produire dans quelques minutes – combien j’ai vu de gens défiler à l’entrée et demander : « C’est quoi comme style de musique ? ». On est à Bayonne après tout, et il n’y a pas de disquaire indépendant dans un rayon d’au moins 200 kilomètres – sauf peut-être à Pau. Dans la ville, le Virgin est presque déserté – dans le style « désolé les gars, c’est la crise du disque, c’est beaucoup mieux d’acheter votre musique sur Internet », sans parler de la Fnac, îlot perdu dans une zone commerciale proche où le rayon musique est encore plus sinistré. 

Chemisier et Converse blanches, jean noir ajusté, la chevelure toujours épaisse et masquant son visage, Shannon Wright se fraie un chemin depuis le fond de la salle (il n’y a qu’une issue) et monte sur scène, l’air assez détendu, souriante. Mais ça ne durera pas. Quand elle s’attaque au premier morceau (nouvelle composition), tranchant, morne et violent, les gens qui avaient demandé de quel genre de musique il s’agissait sont bien obligés de se rendre à l’évidence : c’est du rock. Très fort sans être assourdissant, vécu comme une confrontation ; et bientôt, cette voix, très puissante ce soir, par laquelle Wright mérite ses galons de diva d’un autre genre. Prestation déstabilisante d’entrée, que l’absence de batterie renvoie à une lenteur et à un chaos absents de ses disques. L’énergie qu’elle libère semble la ronger, morceau après morceau, jusqu’à ce que son visage n’exprime au mieux que la modestie, ou le doute de bien faire ; autrement, c’est de la souffrance. Shannon Wright incarne tout ce que j’aime dans le rock ; la sincérité est son maître mot, et lorsqu’elle joue on sent que c’est une manière de plonger en elle-même, dans une attitude aux antipodes de la complaisance. 

Du point de vue de la set-list, elle piochera dans tous ses disques, nous gratifiant dans les premières minutes d’un « Violent Colors » issu de « Secret Blood », son nouvel album. Murmurant un « please…wake up » après trois chansons, obligeant tout le monde à assister à son concert debout. Puis, après cinq morceaux, elle va au piano, délaissant sa guitare à même le sol. Elle entame « Avalanche », l’une de ses chansons les plus poignantes… seulement pour s’interrompre et attendre que les cons bruyants du fond de salle ferment leur gueule. Elle recommence. Les moments les plus calmes, elle les joue avec douceur, chuchote à destination de la première moitié de la salle, presque immobile et très attentive ; ailleurs, elle aboie férocement, pour couvrir le brouhaha des autres et leur montrer qu’elle les emmerde. Après une dizaine de chansons, elle quitte la scène, visiblement vidée ; et ne revient que pour un « You’ll be the Death » délibérément lugubre. Beaucoup ne parviennent à rien là où Shannon Wright réussit à merveille : nous obliger à quitter la surface des choses, à plonger dans des profondeurs lyriques insoupçonnées, même si c’est parfois douloureux ou déplaisant. Il en reste que c’est l’une des artistes à voir d’urgence si l’on veut comprendre l’esprit exigeant de la musique libre et le faire vivre par notre soutien inconditionnel. Petit bémol en direction du label Vicious Circle : ils ne vendent plus de vyniles, les tirages étant épuisés… Il faudrait qu’ils se fassent un point d’honneur à retirer les albums de Shannon Wright ; sinon, qui le fera ?

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