“…you can hear whatever you want to hear in it, in a way that’s personal to you.”

James Vincent MCMORROW

Qualités de la musique

soigné (81) intense (77) groovy (71) Doux-amer (61) ludique (60) poignant (60) envoûtant (59) entraînant (55) original (53) élégant (50) communicatif (49) audacieux (48) lyrique (48) onirique (48) sombre (48) pénétrant (47) sensible (47) apaisé (46) lucide (44) attachant (43) hypnotique (43) vintage (43) engagé (38) Romantique (31) intemporel (31) Expérimental (30) frais (30) intimiste (30) efficace (29) orchestral (29) rugueux (29) spontané (29) contemplatif (26) fait main (26) varié (25) nocturne (24) extravagant (23) funky (23) puissant (22) sensuel (18) inquiétant (17) lourd (16) heureux (11) Ambigu (10) épique (10) culte (8) naturel (5)

Genres de musique

Trip Tips - Fanzine musical !

Affichage des articles dont le libellé est Efterklang. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Efterklang. Afficher tous les articles

dimanche 20 novembre 2016

EFTERKLANG & KARSTEN TUNDAL - Leaves - The Color of Falling (2016)







OO
inquiétant, soigné, lyrique
Opera, rock alternatif, expérimental


Considérant la musique left field qui passe 24/24 à la radio mise en ligne par d'Efterklang, on peu se réjouir que la leur soit aussi écoutable. C'est le cinquième album d'un groupe qui a annoncé son hiatus après Piramida (2012). Mais il occupe une place à part. Leur rapprochement avec l’orchestre national du Danemark n'est pas nouveau, mais les voilà qui combinent des éléments de leurs propre musique – les trames, les instruments à maillets, les mélodies lancinantes, la mélancolie qui renvoie à des chansons marquantes comme Sedna ou Monument sur Piramida – avec les cordes vocales de chanteurs d'opéra. Qui participent à la création d'un opéra, en fait.

Force est de constater que la voix humaine, qu'elle se mue en sons surgis de votre propre environnement – essayez d'écouter cet album dans la rue -, se perde dans des profondeurs en rapport avec la poésie biblique de ce qu'elle chante, ou stoppe brutalement, laissant la nette impression d'un silence pesant. C'est un souffle palpable, très physique, pour lequel, sur cet album, on écrit en priorité, avant de composer et d'arranger pour d'autres instruments. Peu importe qu'il s'agisse de la voix du chanteur d'Efterklang, Casper Clausen, ou de celles de chanteurs et de chanteuses énigmatiques à nos oreilles. Ils prolongent, d'une certaine façon, le travail de détachement engagé par Clausen, avec sa voix trop rare. Puis il y a la théâtralité. Imaginez simplement Stillborn chantée par Scott Walker. La chanteuse un peu dérangeante des premières chansons est devenue une source de fascination. Un peu comme la première fois que vous écoutez Peer Gynt, et que vous vous demandez à quoi bon avoir fait chanter sur une musique déjà parfaite. Lorsque vous comprenez, votre oreille musicale a franchi un pas.

Les pièces montées en vidéo pour le site internet et les réseaux sociaux nous font penser à la folie telle qu'elle a été représentée au cinéma, orientée sur une froideur clinique, où la folie, s'illustre dans les particularités des sujets filmés, comme si on avait tenté d'en capter les derniers résidus d'âme intacte. En fait, cet album lugubre me rappelle une historie imaginée il y a quelques années, das laquelle deux parents élèvent leur fille dans une forêt. Le père se fait assassiner, et la mère est obligée de fuir avec sa fille. Elle va croiser un femme isolée, elle aussi, qui la menacera d'une hache sans raison apparente, etc... Un conte où l'ennemi n'est pas celui qu'on imagine. Et une trame qui suit leur fuite, ou la progression narrative devait se ressentir comme dans un conte, ou dans un rêve. On ressent la progression de Leaves plus qu'on ne la perçoit : et j'ignore si voir l'opéra en vrai apportera quelque chose de mieux – de différent, c'est sûr – à cette oeuvre déjà très sensorielle. Ce n'est quand même pas Siegfried, même si Wagner n'est parfois pas loin.

La fin de l'album, et des pièces telles que Abyss et No Longer Me, marque les esprits au-delà de ce qu'un album conventionnellement chroniqué sur ce genre de blog est capable. A une voix gutturale, au fracas de chaînes et de fers, répondent les imprécations de choristes spectrales, décrivant des choses qu'aucun œil humain n'a vu, mais que son esprit est parvenu, miraculeusement, à imaginer.Le miracle, c'est cela, pas les choses saintes et les guérisons inespérées ; la blessure qui est inventée, la chute provoquée, et la résolution douloureuse qui y est apporter, et qui nous inquiétant, nous inspire un changement. Éteindre les couleurs pour en créer de nouvelles, diaphanes ; des ocres, des marrons, des verts de gris inimaginables.

samedi 16 mai 2015

EFTERKLANG - Piramida (2012)




chronique écrite dans le cadre d'un article à paraître dans Trip Tips 26.


OO
soigné, lyrique, onirique
Pop, Indie folk, orchestral


Ceux qui cherchent dans les manifestations de mélancolie de grand mouvements, et des tournures originales, devraient écouter Efterklang, qui le font d'une façon assez détachée pour rappeler des parangons de la musique électronique comme Matthew Dear, jamais Sigur Ros et rarement Bon Iver. Il m'es arrivé de songer, comme modèle du chanteur Casper Clausen, à Mark Hollis, du groupe pop Talk Talk, à sa manière un peu détachée et froide. Une chose qui frape en voyant Caser Clausen en concert, c'est son allure de grand échalas, résolument penché au-dessus de ce qu'il chante. A ce point de la progression du groupe, critiquer la façon de chanter de Clausen – particulièrement peu démonstrative – revient à tenter inutilement de causer une mutinerie sur un navire en critiquant son capitaine. Plusieurs membres d'Efterklang ont d'ailleurs déjà quitté le navire, pour que le groupe se retrouve désormais sous a forme d'un trio - souvent bien entouré (Nils Frahm au piano, Peter Broderick au violon...). Il ont raté les retrouvailles de Clausen avec la mélodie vocale, ici, sur Between the Walls surtout.
La richesse de cet album se mesure en termes conceptuels et musicaux. Musicalement, c'est une profondeur sans exubérance, basée sur la qualité de sons (sur la finale Monuments par exemple). Et que penser de la façon dont le concept - isolement dans une ville fantôme - se transforme en méditations lyriques affectées ? Leur nouvelle marque de fabrique, en comparaison avec Parades (2007) et même Magic Chairs (2010), est une force minimaliste basée sur une rigueur un peu triste.
Told to Be Fine démarre dans le feu de cette ferraille frappée, transformée en percussions hétéroclites comme celles des premières nations, figurant un travail à l'unisson, les musiciens faisait désormais office de mineurs à la place de ceux qui ont quitté Piramida, la ville polaire slave, depuis longtemps. Ces marimbas improvisés produisent des sons réticents à se mélanger, enfermés chacun dans leur propre résonance – ils produisent une forme de vide et de beauté dont on ne prend la mesure qu'au fil des écoutes. Told to be Fine se termine par des chœurs, non pas ceux d'une chorale de 70 femmes, cette fois, mais du trio, qui répètent « Told you it's ok/keep me away » « Je t'ai dit que ça irait/de me laisser à l'écart. » Au final, la chanson ne laisse pas une impression très physique, mais plutôt celle d'émotions lointaines renfermées, de lieux sacrés que la lumière de cette musique pop moderne dénature. Les méditations de Clausen, ses refrains répétés discrètement, sont autant de moments emblématiques du disque dans ce qu'il contient de détachement. C'est dans l'écart entre ce qu'on entend et ce qu'on verra, une fois le groupe sur scène, que réside aussi l'intérêt d'Efterklang, un groupe capable de se réchauffer au fur et à mesure que des musiciens de talent se mettent à jouer, au fur et à mesure que le public joue à se perdre dans leur mélancolie sophistiquée.

mardi 13 octobre 2009

Efterklang - Parades (2007)

Parades est un disque profondément européen. Cette étiquette n’a que peu à voir avec une comparaison facile, bien que Polygyne commence doux comme un morceau de Sigur Ros, avant que des chœurs entrechoqués évoquent les travaux les plus inspirés de Bjork. Cependant, pour l’essentiel, ses orchestrations abstraites embrassent plutôt des touches ethniques, et canonisent les vestiges d’une civilisation jamais complètement reconstruite. Mirador a quelque chose de la vieille Russie. Il y a des nombreux éléments de fanfares – cuivres, et l’on dira roulements de « tambours » plus que batterie ; il y a de la musique de chambre, beaucoup de chant choral, de « aaaaaaas » et autres unissons débarrassées de mots. Il y a le freak folk de la côte ouest, et même des lignes de post-rock suffisamment mémorables ; Mirador, Horseback Tenors. Cette musique voit apparaître toutes sortes d’aberrations, diables verts, serpents jaunes, c’est une volonté d’embrasser plus que des genres, des traditions, des modes de vie. Le folklore islandais y rejoint l’indé américain farouche, le folkie entraînant est en proie à des visions gothiques du fond de la Scandinavie.

Avant cette grande œuvre, le mini-album Under Giant Trees avait débuté en haut des charts au Danemark, pays d’origine de cette troupe atypique. Parades, en 2007, a parachevé de statuer le collectif comme l’un des groupes phares de la scène européenne la plus identifiée. Que le groupe soit signé par le label nordique Leaf (Wildbirds and Peacedrums) est une autre manifestation de son identité.

Parades développe un instrumentation qui n’a que peu à voir avec le rock ; il n’y a quasiment pas de guitares, tout étant recentré sur le chœurs – un très lointain cousin des Beach Boys ? – et sur les orchestrations ostentatoires. Evoquant souvent la procession de quelques marcheurs slaves, cette musique lorgne aussi du côté d’un certain genre de pop baroque popularisée par Arcade Fire. Comme eux, c’est un couple qui chante les titres ; Thomas Sjöberg et Linda Drejer Bonde, bien que par ailleurs on assiste à la présence très prononcée de chorus féminins. Leurs chants incantatoires sont à mi chemin entre le décorum vocal à l’allemande et l’ensorcellement typiquement nordique. Un peu d’électronique, très discrète, agit comme un relique du temps de leur première œuvre – Tripper, en 2004.

Il y a la volonté de projeter une sorte de grandeur, un charme insaisissable qui n’était pas absent du travail de Peter Broderick, Home – celui-ci, qui vit en partie au Danemark, les a accompagnés en tournée. Les musiciens se sont tournés volontairement vers une musique que l’on peut appeler folklorique – changeante au gré des humeurs de ses gens, ouvrant tiroirs sur tiroirs de teintes pastel, parfois austères. Sur Frida Found a Friend, on trouve un élément morbide, renouant avec une tradition construisant sur les ruines de châteaux aux évocations de vampires.

Après un Caravan en forme de longue attente, le maléfice culmine sur Illuminant, qui conjure folk méditatif, touché par une vision toute puissante, et quelque angoisse inconnue. Il semble que Parades suive un itinéraire sans cesse changeant ; et jusqu’au bout, on se demande si le groupe va trouver une issue à sa tragédie ; finalement, Cutting ice to Snow, non content de ne pas reprendre où Illumant nous avait laissés, ne nous donne pas davantage de clefs lorsqu’il se termine abruptement.
Parades, dispensant un envoûtant et riche voyage, est à la croisée de traditions plutôt que de genres – une stratégie qui donne à Efterklang une identité particulièrement forte. C’est un disque de référence dans le paysage musical actuel, entre les expérimentations post-rock d’islandais déjà reconnus et l’envol, encore à venir – outre Kusturica -, d’une identité rock en Europe de l’Est.
Parution : 15 octobre 2007Label : Leaf
Genre Pop baroqueA écouter : Mirador, Horseback Tenors, Frida Found a Friend

7/10
Qualités : communicatif, orchestral
    Related Posts Plugin for WordPress, Blogger...