“…you can hear whatever you want to hear in it, in a way that’s personal to you.”

James Vincent MCMORROW

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jeudi 7 septembre 2017

{archive} VIRGINIA ASHLEY - From The Gardens We Feel Secure (1983)



OO
Envoûtant, contemplatif, naturel
Instrumental


Ce qui démarque un album de folk d'un autre, c'est son atmosphère. Enfin, ce disque de Virginia Ashley n'est pas un disque de folk, mais purement d'atmosphère. Elle préfigure ce qu'a depuis entrepris Julianna Barwick avec The Magic Place (2010) et les albums suivants : produire une musique intrumentale pour contemplation active. From The Gardens We Feel Secure est dans une classe à part, peut-être trop simple pour être vraiment admiré. Il n'y a pas de trace de techniques musicales visant à retenir notre attention sur cet album : il est dénué d'accroches, mais suscite pourtant notre émotion en nous plongeant là où, à un moment donné, nous nous sommes sentis si heureux. Dans un jardin paisible et silencieux. Comme beaucoup de choses naturelles, sa profondeur réside dans l'émotion qu'il nous procure.

Ashley, qui n'a enregistré que peu d'albums et un seul dans cette veine, nous offre la rêverie naturaliste où les bruits du jardin – chants d'oiseaux merveilleusement rendus, carillon, mais aussi balançoire – ambiancent des mélopées de piano parfois accompagné de flûte. Elle ne chante pas, pourtant sa voix vaut la peine d'être entendue. Le rythme de cette œuvre est apporté en creux, par le temps, subjectif, d'écoulement de la journée – matinée, apogée du jour et crépuscule. Les deux moitiés de l'album sont ainsi baptisées « matin » et « après midi ». Elles contiennent une envoûtante variété de mélodies. L'approche à la composition de ces huit pièces est d'une fraîcheur parfaite.

On ressent ce plaisir du temps indéfini passé à contempler la nature, dans un rayon de soleil, embrassant la vie du village. Ashley capte le patrimoine britannique, celui des campagnes où il ne se produit rien qui vaille d'être entendu dans le monde. Son mérite est de la faire entendre malgré tout et de le rendre universel.

Ces sons là, ces mélodies de comptines, on jurerait les avoir déjà vécues au fond de nous. Les titres même des chansons renvoient à des sensations familières et sensuelles : ce que l'on peut toucher, sentir et voir flottant dans l'air, ce qui au cœur de la nature devient pour l'être humain si proche de l'émotion musicale qui l'enlumine ici. Cet album est une démarche, fabuleusement gracieuse et pleine de sens.

Rien n'est suffisamment entrecroisé pour qu'on puisse y trouver de véritables chansons. Cependant, reprenant le travail, cette fois sur le thème de l'hiver, Ashley enregistrera Melt the Snow, reprenant des éléments bucoliques qui rendent From the Gardens We Feel Secure sublime, en lui adjoignant des formes évoquant plus directement la magie de noël. Les cordes délicates ont même attiré l'attention du label Elektra, ce qui résulta du single pop Tender en 1985. Egalement conseillé, son album Had I The Heavens de 1996. Introuvable, comme, on le soupçonne, tant d'autres trésors.

vendredi 1 septembre 2017

{archive} KATH BLOOM - Restless Faithful Desperate (1983)




OOO
nocturne, intimiste, envoûtant
folk, folk blues 



Restless Faithful Desperate est élémentaire et passionné. Une chapelet de notes languissantes, pas de refrains mais des tournures de phrases envoûtantes dans des chansons entrelacées. Kath Bloom possède l’une des voix les plus fluettes et incorruptibles, une voix que Josephine Foster, entraînée pour l’opéra, répliquera plus tard.

Il faut demeurer attentif, pour laisser les paroles de Kath Bloom s’envoler vers l’extase, après des écoutes répétées. Des impressions vivaces, capables de nous manœuvrer. « When i feel your sorrow, will you die tomorrow, I feel you coming, it’s cold, it’s cold, it’s cold, it’s cold. » La montée vers l’orgasme apporte une révélation non de deux êtres fusionnels, mais d’un terrain de doutes et de peurs, la chaleur corporelle dénuée de chaleur humaine. On trouve là ainsi des connotations troublantes, charnelles, envoûtantes. Soufflant le chaud et le froid, Bloom nous introduit à une nouvelle pratique de l’impatience, la sienne, une urgence bouleversante. Avec son titre sans équivoque, Restless Faithful Desperate promet la mélancolie : à l’écoute des chansons, son impact physique proche de l’exhibitionnisme se révèle l’affaire de tout le corps.

You Give Me Something et Just Don’t Tell me That It’s Gone, sont deux chansons séparées qu’un thème mélodique lie. How It Rains, dans sa première partie instrumentale, n’est rien d’autre qu’un arpège et le souffle que Bloom capte sur la bande. Et quand elle émerge entièrement formée, c’est à dire ce que beaucoup d’artistes musiciens considéreraient comme trop singulière, la mélodie est des plus languides. Parfois, comme sur Look at Me, l’impression est celle d’une berceuse nocturne, chantée à un enfant nu. «Why don’t you look at me right now/there must be something i can give you, i would do anithing to keep you, you know... »

Restless Faithful Desperate repose aussi sur la guitare, aussi aérienne qu’évocatrice, grâce au jeu blues de Loren Mazzacane Connors, avec l’utilisation d’un bottleneck et la façon de tirer sur les cordes pour les faire chuinter. Plus tard, Connors sera perçu comme un guitariste d’avant garde, mais ici, son artisanat marque en toute simplicité une rupture avec la façon dont se déploie les musiques alors, conduites par le rythme et d’autres formes d’autorité externe. Encore aujourd’hui, difficile de trouver un album si délicat.
Après quinze ans de silence où Bloom joue les mamans tentant de joindre les deux bouts, elle reprend la musique en 1999, après que le réalisateur Robert Linklater ait introduit une des ses chansons dans le film romantique Before Sunrise (1995), avec Ethan Hawke et Julie Delpy. Depuis, sont parus par exemple Loving Takes This Course, un disque pour saluer la finesse de Kath Bloom auquel participent Bill Callahan, Mark Kozelek ou Scout Niblett ; ainsi que Thin Thin Line, en 2010, qui maintient le folk au firmament, là ou l’a placé Neil Young.

mercredi 18 janvier 2012

R. Stevie Moore dans les années 80


Voir aussi mon article R. Stevie Moore dans les années 70
Voir aussi ma biographie de R. Stevie Moore
Voir aussi ma chronique de Advanced
Voir aussi le live report de r. Stevie Moore au Cri de la Mouette à toulouse

genre : rock alternatif, new-wave

Les années 80 furent le momentMoore se rapprocha le plus de la notoriété. Sur des disques comme Crises (1983) ou What’s the Point ?!! (1984), c’est aussi le moment où l’amertume à peine ressentie sur ses disques précédents se transforma en quelque chose de plus raide et austère. Sur ces albums, le musicien semblait plus qu’auparavant porter sa dissidence en bannière. Si un album de sa discographie a pu influencer pour la cohérence de sa trame de fond, c’est l’incisif What’s The Point ?!!, paru chez Cunéiform, l’un de ses petits labels quoi travaillèrent à éditer le travail de Moore pour lui donner une nouvelle cohésion. Le plaisir de Moore à inventer et à jouer avec les codes, ainsi que le voile kitsch qui recouvre une curiosité comme la vidéo pour Conflict of Interest, brouillent son rapport à l’adversité. Comme le notait Jack Barron dans la revue Sounds en 1984, « Le titre est un indice. C’est un disque sur la dépression dans la tradition des songwriters, la seule différence étant qu’il ne s’apitoie pas sur son sort. Plutôt que cela, What’s the Point ?!! est le sentiment d’un homme qui a ses problèmes sans avoir perdu son sens de l’humour. »

A début des années 1980, Moore prit le chemin du studio, pour le plaisir de changer de pratique, mais sans discriminer ses précédents disques. Pour lui, les sons les plus étranges et crasseux vaudront toujours les morceaux pop les mieux enregistrés qui figurent sur Glad Music.

Ses moments les plus kitsch ont paraît t-il donné naissance au courant chillwave, ce genre qui mélange la sensibilité indie et l’amour premier degré des sons de synthétiseur. Une chanson appelée There is No God in America (sur Crises) n’aurait pas du faire échapper Moore à son destin d’iconoclaste punk brillant et de premier couteau de la new-wave. Sur Glad Music (1985) figure la version définitive de Part of the Problem. Parfois saluée comme la meilleure chanson pop de sa carrière, elle sera décrite ainsi par Barry Mclheney du Melody Maker : « aurait pu être de ces quelques moments mémorables si seulement Stevie ne se sentait pas obligé de pratiquer une demi-douzaine de styles et le même nombre de changements de tempo en l’espace de cette seule chanson. » Le même commentateur se montra enthousiaste à l’endroit de Going Down the Way (What’s the Point ?!!), une descente garage, avant de conclure « Faire la même chose vous-même ne serait pas une mauvaise idée. »

Au moment de sa sortie, Teenage Spectacular (1987) fut décrit par Moore comme ‘le projet le plus divertissant de ma carrière’. Des albums de qualité comme Glad Music ou Teenage Spectacular montrent en effet que les années 80 pouvaient se montrer positivement divertissantes, pour Moore comme pour nous. La grande qualité de son de ces derniers disques poussera certains fans habitués au bruit de la bande sur le traditionnel quatre-piste à crier à la trahison. « I love you too much to care about me », chante Moore sur I love you too much to bother you, comme s’il devait prouver sa sincérité. Outre les collages sonores détonants comme un Revolution 9 saucissonné (Non Sequitur) et la tranche de faux broadcast qui est surtout un prétexte à jouer un rythm and blues irrésistible (On the Spot, un inédit), le disque marque par son introspection épisodique, sur l’inoubliable No Know et son ambiance de western spaghetti (une chanson très originale pour Moore), comme sur le long instrumental The Crippled Mind of a Modern Man, qui est bourré d’harmonies magiques. En 1987, si vous aviez écouté Pleased to Meet Me des Replacements, Document de R.EM., Teenage Spectacular le faisait aisément aux côtés des derniers Cleaners From Venus, Mekons ou 10,000 Maniacs.
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